Réveillons à réveiller les morts (des réveillons mortels d'ennui en somme)

Je n'ai jamais été très doué pour les réveillons du Nouvel An. D'ailleurs la plupart de mes amis le savent qui redoutent toujours à m'inviter au leur, et on ne peut pas leur en vouloir. N'empêche qu'ils ne me donnent pas souvent l'occasion de m'améliorer dans ma pratique du réveillon du Nouvel An. Parmi mes réveillons les moins marquants, je dis cela, mais c'est manière, c'est uniquement pour fixer les esprits, il y a eu celui de l'année 1987, occupé à repeindre mon appartement de l'avenue Daumesnil, en écoutant en boucle Horses de Patti Smith celui de 1990 où je me suis ennivré par mégarde — ce genre même de mégarde qui emporta Malcom Lowry, hélas pour la littérature il eut moins de chance que moi et sa mégarde fut plus grande — en regardant de façon très distraite, sur une télévision de toute petite taille, la finale de L'Orange Bowl, gagnée par Notre Dame, de cela je me souviens, c'est drôle, je me souviens aussi que la télévision était suffisamment mal réglée et insuffisamment grande pour apercevoir le ballon, je me suis réveillé couché le visage collé à même le carrelage froid de la cuisine dans l'appartement de la Wolcott Avenue à Chicago. Mon premier réveillon à Portsmouth en 1996 fut très raté, je devais travailler le Premier à six heures du matin aussi m'étais-je couché vers onze heures après une pinte prise au pub, pour être réveillé une heure plus tard par le concert des cornes de brumes de tous les bateaux au port dont j'appris cette année là que c'était une tradition dans tous les ports du Monde ce dont j'étais resté indocte jusqu'alors. Le réveillon de 1994 ne dérogea pas franchement à la règle, et malgré cet ennui, qui caractérise somme toute mes réveillons, il existe de ce réveillon de 1994, de nombreuses photographies: le soir du 31, j'avais observé avec beaucoup de mélancolie les dernières lueurs de la triste année 1993 faire des jeux d'ombres sur les murs de ma chambre. A minuit à peu près, je photographiai l'oiseau de liberté que je m'étais offert pour l'occasion (c'est dire si je ne manquais pas de bonne volonté pour égayer les circontances). Le lendemain, je me révaillai étonnament de bonne humeur et profitai à plein de la belle lumière matinale contre le rideau de ma fenêtre. Je me pris à rêver que ce serait là un bon présage pour l'année qui commençait, après, celle douloureuse qui avait emporté mon frère. Ce ne fut pas le cas.