Samedi Samedi 5 décembre 2009



Elle est amusante ma petite Adèle puisque ce qu’elle attendait le plus de notre week-end en tête-à-tête en Bourgogne, à Autun, chez Martin et Isa, c’était que nous allions dans les bois construire une cabane. Donc malgré le temps, la pluie, il n’était pas question de se dérober, et nous voilà dans un petit bois triste à pleurer dans tant de grisaille à travailler à cette petite cabane dans laquelle elle seule peut se tenir debout.

Et elle rit à gorge déployée que les arbres, dont nous ramassons les branches pour cette très sommaire construction, soit des bouleaux. On fait du bon boulot avec les bouleaux répète-t-elle. Malheur, j’ai refilé à ma fille mon goût immodéré pour les jeux de mots laids.

Mais tout de même, comme je serais heureux, un peu avant de mourir, si elle me parlait de cette cabane comme un souvenir de son enfance. J’aurais le sentiment d’avoir fait du bon boulot.  

Vendredi Vendredi 4 décembre 2009



Petit livre qui ne paye pas de mine, format à l’italienne, strip de trois dessins par page — à quelques exceptions près — une ligne de texte manuscrit par dessin et l’histoire d’un homme qui avait un projet. C’est tout ?

Oui, c’est tout.

Et c’est tout aussi. Tant Autant la mer de François Matton tient du petit conte moral des temps modernes et dans son élégance simple, celle d’un dessin qui fonctionne principalement à l’économie, grandement aidée par la justesse d’un trait très sûr, jamais souligné, dans lequel, sans fard, le conte suit les mouvements incertains de cet homme qui avait un bateau dans la tête, et qui entreprend de construire son voilier donc, dans l’espoir fou de traverser les mers sur le frêle esquif en solitaire.

Oui, mais voilà. L’homme réalise bien vite qu’il a tout à apprendre pour ce projet, dont il n’a pas anticipé que c’est le projet de toute une vie et qui va demander de lui bien plus qu’il n’était sans doute prêt à consentir au départ. Et chacun se reconnaîtra dans les habiles manœuvres du personnage à la recherche de raccourcis, certains qui fonctionnent, joies éphémères, et d’autres qui au contraire égarent et font reculer, désespérance durable, et de ce fait chacun rira de lui-même reconnaissant dans le parcours sinueux de paresseux moderne ses propres pentes. La morale du conte revenant assez simplement à dire que les joies ne sont jamais longues quand elles sont pauvrement obtenues, ou encore qu’en dehors du travail pas de bonheur, que les journées de paresse ont souvent un goût amer au contraire de celles laborieuses qui trouvent leur récompense dans une juste fatigue et le contentement de la tâche accomplie.

Cela serait déjà bien suffisant pour faire de cette lecture un livre tout à fait lisible, François Matton ajoute au fond une forme qui tournoie autour du projet même de son personnage. Il faut d’abord dire que le dessin, chez François Matton, est une manière de deuxième écriture manuscrite, né avec l’oreille absolu des dessinateurs, un sens inné des proportions, qui lui permet de poser en un nombre très limité de traits — un trait gommé et le dessin s’avachit, je pense comparablement au jeu de piano de John Lewis, une note en moins et l’édifice s’effondre — le dessin, mais cela ne suffit pas, à force d’un travail d’ascète, le dessin devient donc une graphie, avec laquelle François Matton parcourt d’ailleurs son quotidien. Une telle "facilité" — même durement acquise — pourrait sans doute encourager à la paresse dans le trait, à laquelle d’ailleurs le graphiste se laisse parfois aller, un dessin ne contient que deux ronds de fumée, le jour suivant, il s’astreint à dessiner méticuleusement tout le désordre de la cabine d’un bateau abandonné, comme un encouragement personnel à se reprendre en main, oscillant avec son personnage entre la volonté de faire les choses de façon approfondie et au contraire des attitudes de dilettante.

Ainsi les dessins épousent par intermittence les états d’âme du personnage, et le livre devient pour son auteur le bateau de son personnage.

Pour parfaire cette narration en images et en texte qui se superposent par endroits, dans son humeur, avec les tribulations du personnage, image et textes se parlent sans jamais dire la même chose, la narration étant le subtil mélange de ces deux canaux telle une stéréophonie particulièrement bien équilibrée. Tempérée par un humour à la fois grinçant et empathique.

Le personnage d’Autant la mer par sa touchante humanité acquiert de page en page l’épaisseur d’un Bartlebooth dans la Vie mode d’emploi de Georges Perec, un homme qui investit et engloutit tout une vie dans un projet téméraire, à l’issue très incertaine, c’est même l’échec en demi-teinte de ce projet qui nous pousse à l’indulgence à leur égard, parce qu’ils sont terriblement nous-même.  

Jeudi Jeudi 3 décembre 2009

Pour celui qui ne sait faire qu’une seule chose à la fois, au point, c’est donc mon cas, de regarder de l’eau quand elle chauffe, en attendant son point d’ébullition, le talent des membres de la Quincaille est immense, qui leur permet non seulement de jouer une musique très cuivrée, sorte de petite fanfare, d’harmonie aux accents klezmer, mais aussi de faire les pitres, on devrait dire, être des clowns, drôles, je parle de leur dernier spectacle, le Plasmoniac Tour.

Ils sont donc cinq, quatre instruments à vent, baryton, qui parfois joue de l’alto, frêle clarinettiste, qui vole son instrument à un baryton un peu enveloppé, un joueur de tuba, qui joue aussi du saxophone ténor, un tromboniste et trompettiste et un batteur. Tous les cinq s’appelle Roger, comme on pourrait imaginer la confusion dans une quincaillerie dans laquelle tous les vendeurs s’appelleraient Roger — toute ressemblance avec le magasin Brico Dr(e)am dans Bancs Publics de Bruno Polyadès est fortuite, les Rogers de la Quincaille étaient là bien avant.

Tout dans cette quincaille est destiné à partir à vau-l’eau, c’est un peu une question de distribution des rôles, Roger boit, — et il est assez remarquable dans ses numéros de "la clarinette a bu mais pas moi", façon Tom Waits dans the piano has been drinking but not me — Roger laisse tout tomber dès que c’est l’heure du tiercé à Vincennes, Roger est pyromane, Roger se refait régulièrement la banane gominée au peigne fin devant le miroir de son armoire, et le Roger en chef domine assez mal ses troupes, malgré ses airs sévères et sa forte carrure.

Et puis il y a l’armoire, personnage à part entière que cet élément du décor aux multiples entrées et sorties, qui sans cesse par sa grande provision permet de relancer le récit de cette quincaillerie où tout part de guingois, et dans laquelle on ne joue pas droit. Élément scénographique central qui permet au récit de se développer, aux personnages de changer de costume, d’accéder à de nouveaux accessoires ou encore de servir de tiroirs sans fond pour quelques pantalonnades qu’on espère nécessairement d’un spectacle burlesque.

Côté scénographique d’ailleurs, on est saisi par la progression du spectacle qui commence dans le dénuement de la scène sur laquelle seule l’armoire trône en son centre, scène qui finit par se peupler pour devenir un véritable capharnaüm en portant les stigmates accumulés de scènes de plus en plus délirantes, les Rogers devenant une danseuse du lac des cygnes, un homme de Cromagnon à la barbe bleue, un gros bourdon menaçant et un punk qui joue du saxophone à Covent Garden, le tout dans un univers foutraque, quincaillerie qui a explosé depuis longtemps, laissant ses Roger devenir qui ils sont vraiment sous leur blouse bleue pétrole. On pense à tous ces scènes de catastrophe au cinéma, le pâtissier qui se prend les pieds dans le tapis en apportant une pièce montée aux mariés, le décor est impeccable jusqu’au début de l’enchainement de chutes et de bris qui démoliront le décor, lequel pour une nouvelle prise devra être patiemment remonté pour être à nouveau démoli.

Musiciens très accomplis qui font feu de tout bois, comme de jouer un air de ballet classique sur une flute de pan formée de flasques d’alcool plus ou moins pleines, ou batteur qui joue du froissement et du défroissement de son journal, qui devient par la suite, déchiré en lambeaux de très efficaces ballets. Recyclages ingénieux.

Moqueries également d’une société qui pour vendre de la poudre à récurer tente de la gonfler en produit miracle et tel le crapaud qui voulait être bœuf, finit par exploser, téléviseur qui vole en éclat, gingles publicitaires qui se délitent, discours qui se vident de sens. Tout ceci est caché sous une très épaisse couche de gags en avalanches, avec, c’est vrai, quelques défauts de timings dans les enchaînements, mais rien de rédhibitoire, au contraire presque, tant on assiste sur scène à la vraie magie du spectacle de rue, élastiques, bouts de ficelle, beaucoup d’intelligence et de la générosité à revendre. Finesse aussi de n’avoir pas poussé trop en avant cette critique sous-jacente, et au contraire d’avoir gardé la place de choix pour le burlesque toujours efficace, même si attendu, mais imparable, du saxophoniste baryton, bon quintal, qui papillonne en tutu, comme un rat d’opéra obèse.

Quant à l’enchainement des péripéties final, il laisse le spectateur à cours de souffle et épuisé d’avoir tant ri. Ne croyez pas trop ces vendeurs à la criée à propos des miracles de leur poudre, en revanche les éclats de rire sont garantis sur facture.

 

Mercredi Mercredi 2 décembre 2009



La scène se passerait sur le boulevard Voltaire, à une centaine de mètres de la place de la Nation à Paris. Il serait 10H45. Deux agents de police, Nathan, Philippe De Jonckheere

L’AGENT DE POLICE N°1


— Police nationale, contrôle du véhicule.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, poli et courtois, comme chaque fois qu’il dialogue avec les forces de l’ordre, le désordre diplomate


— Bonjour Monsieur, vous permettez que je sorte de ma voiture, mes papiers sont dans mon sac à l’arrière.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Allez-y.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE


— Bon voilà la carte grise...

L’AGENT DE POLICE N°1


— Hum...

PHILIPPPE DE JONCKHEERE


— Le certificat d’assurance...

L’AGENT DE POLICE N°1


— Hum...

PHILIPPPE DE JONCKHEERE


— Le certificat du contrôle technique à jour...

L’AGENT DE POLICE N°1


— Hum, c’est surtout le permis qui m’intéresse.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE qui n’a pas très envie de lui expliquer qu’il vit dans deux villes différentes, qu’étant à la tête de deux voitures et étant de la dernière distraction il a organisé les choses en trois portefeuilles distincts, dont un qui est commun aux deux villes, celui qui contient le permis de conduire.


— Ah désolé, je dois retourner dans la voiture, il est dans mon autre portefeuille.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Allez-y.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, retournant à l’avant de la voiture, où Nathan est resté, calme pour le moment


— Ca va Nathan ?

NATHAN, inquiet


— Oui-oui Papa, ils vont nous mettre en prison la police ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, soucieux


— Non, non ne t’inquiète pas, tout va bien.

NATHAN, de plus en plus agité, crescendo


Ils vont nous mettre en prison la police, ils vont nous mettre en prison la police, ils vont nous mettre en prison la police, ILS VONT NOUS METTRE EN PRISON LA POLICE, ILS VONT NOUS METTRE EN PRISON LA POLICE, ILS VONT NOUS METTRE EN PRISON LA POLICE ...

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, refermant vivement la porte pour étouffer les cris de Nathan


— Voilà le permis de conduire, poliment, désolé, il n’est pas en très bon état

L’AGENT DE POLICE N°1


— Ca va je ne peux rien dire, les trois volets sont encore là puis donnant mon triste permis à son collègue équipé d’un talkie walkie, tu me fais une vérification, puis revenant à moi, vous passez souvent par ici ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE


— Je vous demande pardon ?

L’AGENT DE POLICE N°1


— je vous demande si vous passez souvent par ici ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE dans son for intérieur : qu’est-ce que ça peut lui foutre ?, avec son meilleur sourire, mentant


— tous les jours, une fois dans un sens une fois dans l’autre.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Et là, désignant Nathan de son menton, vous n’êtes pas au travail ?,

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, masquant difficilement mon incrédulité


— Je vous demande pardon ?

L’AGENT DE POLICE N°1


— Vous ne travaillez pas aujourd’hui ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE ayant parfaitement compris à qui il avait affaire, qu’on se dirigeait doucement vers une provocation, mais résolu de ne fournir que des informations fausses, par principe


— Si-si, j’ai travaillé cette nuit.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Je vois que vous avez un macaron pour handicapé, pourquoi ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE point d’ébullition intérieure sur le point d’être atteint


— Parce que mon fils est handicapé.

L’AGENT DE POLICE N°1


— C’est lui-là ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE qui a beau savoir que c’est de la provocation, il n’aime pas beaucoup que le souffle de ce type passe près de la tête de Nathan et par réflexe, il commence à le jauger un peu, manière de savoir s’il se jette à sa taille, est-ce qu’il le plaque ?, la réponse est, le type sera renversé comme une crêpe


— Oui c’est lui ! il commence, malgré tout, à marquer son exaspération.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Il n’a pas l’air très handicapé, qu’est-ce qu’il a ?

PHILIPPPE DE JONCKHEERE n’y tenant plus


— Il a un fauteuil roulant dans la tête, et maintenant je vais vous dire une chose, ce qu’il a ne vous regarde pas, ne vous regardera jamais, vous avez le droit de contrôler mon véhicule, la validité des pièces que je vous produis, mais c’est tout.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Attention, monsieur vous êtes à la limite de m’outrager.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE


— Non, Monsieur, je ne vous "outrage" pas, comme vous dites, je vous fais juste valoir que vos questions à propos de la santé de mon fils me déplaisent et qu’elles n’ont pas lieu d’être.

L’AGENT DE POLICE N°1


— Vous m’outragez !

PHILIPPPE DE JONCKHEERE il s’est fait piégé, je suis un con, pense-t-il, et avisant miraculeusement son collègue derrière son épaule, son permis à la main


— Je crois que votre collègue a terminé son contrôle de la validité de mon permis

il se tourne vers son collègue

L’AGENT DE POLICE N°2


— Il a ses douze points, c’est bon.

PHILIPPPE DE JONCKHEERE, saisissant l’occasion, fayot, pire qu’un premier de la classe


— Vous voyez monsieur, je suis un conducteur honnête

L’AGENT DE POLICE N°1, il rend le permis visiblement déçu


— Ca va, c’est bien parce que vous avez tous vos points, Circulez !

PHILIPPPE DE JONCKHEERE à son plus hypocrite, en fait souhaitant au type de crever dans les six mois, d’un cancer du pancréas


— Merci Monsieur, bonne journée à vous.


Quelques exercices d’écriture de fiction que je vous propose désormais, écrivez le même dialogue en remplaçant le personnage de Philippe De Jonckheere par, dans l’ordre, une femme, un Noir, une personne d’origine magrébine, un jeune homme, un homosexuel, un travesti ou un transexuel, un Sans-Papier, un Sans Domicile Fixe qui dort dans sa voiture.

Pour le personnage de l’agent de police, gardez le même peigne-cul générique, obéissant servilement au grand dessein, court fantasme, sécuritaire de la droite, prenant sur lui de traquer les personnes qui ne sont pas au travail ou qui bénéficieraient d’avantages sociaux indûs.  

Mardi Mardi premier décembre 2009



Quelle surprise en arrivant au journal, de découvrir sur le mur du fond dans le bureau d’Alice tout le chemin de fer de notre numéro, épinglé, incrédule que je suis de voir d’une part, et d’un seul coup d’oeil, notre travail des derniers temps qui touche enfin à sa fin, mais aussi de voir mes images peupler ce numéro selon les éléments habituels de la maquette de ce journal.

Déjeuner dans un restaurant vietnamien extrêmement exigu, mais aux portions très généreuses, avec Alice, Mona et Philippe. Aurais-je préféré un vaste restaurant aux portions congrues ? Pour la compagnie je ne l’aurais pas échangée, pour rien au monde.

Je repars avec encore du pain sur la planche, mais c’est du plaisir.  

Lundi Lundi 30 novembre 2009



En pensée avec H., qui ce soir aimerait bien voir des arbres par la fenêtre de sa chambre d’hôpital, plutôt que l’austère façade des Arts Décos, étrange coïncidence tout de même, puisque c’est là qu’H. — que j’accompagnais aujourd’hui pour son entrée à l’hôpital — et moi nous nous sommes rencontrés, il y a plus de vingt ans.

Le labyrinthe de la vie prend de l’épaisseur, quand sortant de l’hôpital où j’avais laissé une H., qui s’en allait pour le début des festivités avec un courage que j’admire, je traversais la rue, résolu de monter au troisième étage du bâtiment Ulm des Arts Décos et d’aller lui dessiner un arbre que j’aurais scotché sur une des fenêtres d’en face pour qu’H. le voit à son retour de ce premier examen, je découvrais, incrédule, combien les Arts Décos avaient changé depuis la dernière fois que j’y avais mis les pieds, c’est-à-dire le jour de soutenance de mon mémoire — autant, de retour à Brno, je vais retourner, sans pouvoir m’en empêcher, dans tel endroit de la forêt d’Ivanovice, qui n’a pas grand chose de particulier, autant je ne trouve jamais aucun intérêt à retourner sur des lieux, où je suis allé des quantités de fois, quotidiennement, donc je n’étais jamais retourné aux Arts Décos depuis ma soutenance de mémoire. C’est une telle défiguration des lieux, dont j’avais tout de même entendu parler, elle avait d’ailleurs commencé tandis que j’y étais encore étudiant, que je suis très désorienté, au point de soupçonner que le bas-relief qui matérialise l’amphi Rodin a été déplacé, la cour et ses deux préfabriqués, empilés l’un sur l’autre dispose désormais d’un véritable patio et d’une buvette très design, que je n’ai fait qu’apercevoir, a remplacé les deux préfabriqués, dont celui qui accueillait l’atelier de sérigraphie où j’aurais passé quelques heures. Et nul doute dans mon esprit que les prix pratiqués dans cette buvette ne sont sans doute pas compatibles avec toutes les bourses des étudiants, certains éléments de décor ne trompent pas. Bref je suis obligé de demander à des étudiants qui passent par là, mon chemin. Là je découvre que le grand escalier duquel nous avions fait pleuvoir une pluie de tomates bien mûres sur un ministre de la culture en visite a été remplacé par un ascenseur sinistre et un colimaçon de béton pour l’enchâsser, les étudiants remarquent ma mine déconfite et je leur explique que je ne suis pas revenu sur ces lieux depuis plus de vingt ans, une étudiante, elle, remarque en souriant qu’alors elle n’était même pas encore née !

Je finis par trouver, dans un de ces couloirs sombres, volontairement assombris par un architecte merdique qui du haut de sa prétention aura pourri la vie quotidienne des générations d’étudiants des Arts Décos, Philippe Stark, une porte qui donne sur une salle de cours, laquelle donne, d’après mes calculs, à peu de chose près, en face de la chambre d’H. Deux étudiantes me prêtent volontiers, une fois que je leur ai expliqué mon petit projet, de quoi le réaliser, une belle feuille de papier format raisin, un gros feutre noir et un rouleau de scotch.

Et lorsque j’accroche enfin mon dessin — en ayant entièrement perdu de vue qu’H. est myope — je réalise rétrospectivement qu’il y a vingt ans, nous aurions été bien avisés d’envoyer de tels messages à nos voisins d’en face, les patients de l’institut Curie.

le soir je cuisine un curry d’agneau, dont les enfants rafolent, et cela me rend triste, parce que cela me fait penser à l’endroit où dort ce soir mon amie H.  

Dimanche Dimanche 29 novembre 2009



Le bloc-notes du désordre