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Ce n'est pas la moindre des douleurs induites par l'étude historique de la destruction des Juifs d'Europe que celle d'être si souvent confronté à de tels raisonnements et qui sont autant de vecteurs et de passages qui font passer le lecteur de telles sources, telle la Destruction des Juifs d'Europe de Raul Hilberg, d'une quête d'un savoir historique à la nécessité de questionnements philosophiques, en cela, c'est la spécificité philosophique de cette Histoire, c'est par exemple ce qui relie la lecture de Hilberg à celle de Hannah Arendt, et c'est doute seulement quand ces deux lectures sont bien comprises que se fait jour, au-delà de la spécificité à la fois historique et philosophique de la destruction des Juifs d'Europe, l'impossibilité de toute fiction dans son voisinage. Ce n'est pas tant un problème de représentation, fusse-t-elle fautive, que de porosité évidente entre la fiction et le révisionnisme. La fiction contient en elle-même, intrinsèquement, des éléments toxiques.

image: Raul Hilberg dans Shoah de Claude Lanzman dans la séquence dans laquelle il explique toutes les informations que l'on peut tirer d'un manifeste ferroviaire.