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C'est quand même bien pratique internet. Je ne cesse de me demander comment on faisait avant internet pour obtenir ce genre de renseignements, par exemple la date exacte de la cavale de Florence Rey et de son compagnon dont j'avais oublié le nom, pas le prénom, Audry Maupin. Du coup pour écrire un récit comme celui-ci, on faisait com-ment ?, on laissait un blanc, on écrivait sur un petit papier de couleur jaune et de forme carrée à la tranche autocollante — je crois que l'on appelle cela un post-itvérifier la date de la cavale de Florence Rey et Audry X. Et on devait régulièrement descendre à la bibliothèque du quartier compulser je ne sais quels volumes d'archives de journaux, et si on ne se souvenait plus que ce soit en 1994 et non, par exemple, en 1993 ou 1995, on devait se fader le volume de 93 avant d'attaquer celui de 94, se décourager ne le trouvant pas dans la première moitié de 1994, attaquant la première moitié de 1995, le n'y trouvant pas non plus, revenant sur la deuxième moitié de 1994, pour effectivement le trouver à la date du 4 octobre 1994. Une aiguille dans une botte de foin. Quel boulot quand on y songe ! Et qu'on pense seulement au travail de documentation minutieuse auquel Marcel Proust s'est astreint pour la Recherche. Finalement internet c'est une Célestine extrêmement dégourdie.

Tellement dégourdie que c'est tout juste si on ne perd pas de vue la botte de foin, en faveur de l'aiguille.