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Vu les événements de ce soir, je ne pense pas aller au Louvre demain matin, Maman de veut pas que j'y aille, et de toute façon elle pense que tout sera barricadé.

Et le deuxième message textuel de téléphone de poche : J'espère que tu n'étais pas dans Paris ce soir en tout cas, tiens moi au courant.


J'ai reçu ces deux messages un peu avant minuit.
T'es de la police ou quoi ? Je suis justement dans Paris. Chez Laurence.
Puis un tu en penses quoi toi ? de la part de Madeleine

J'ai répondu (on ne se rend pas toujours compte de la bêtise des réponses que l'on peut faire, c'est un peu comme ces voix des pilotes de tel avion qui s'est abîmé en mer entre Rio et Paris que l'on retrouve finalement enregistrées dans la boîte noire que l'on est parvenu à retrouver au fond de l'Océan Atlantique, le Commandant de bord à son copilote, avisant le cumulonimbus au-devant et dont on sait qu'il aura raison de la solidité de l'avion, et dans lequel de nombreux autres pilotes auraient eu la prudence de ne pas rentrer, quitte à faire un immense détour : « il y a de la Rumba dans l'air ! » ) : Tu es sous la juridiction de ta mère.

Madeleine a insisté, elle m'a écrit, Je voulais y aller moi mais bon je pense que même Monsieur Bouillon n'y sera pas. Tous les gens de ma classe n'y vont pas.

Une autre fois, je fais vraiment ce genre de choses, j'ai honte, j'aurais repris Madeleine sur l'impossibilité grammaticale de tous les gens n'y vont pas, ce qui veut dire que certains vont y aller et qu'il aurait mieux valu écrire, personne n'y va, là ce n'était pas trop le moment, j'ai quand même le sens de certaines réalités relatives à l'adolescence.

J'ai répondu, je suis à deux kilomètres de l'endroit où ça a bardé, je me suis rendu compte de rien.

Rentre vite padrito, je m'inquiète. Padrito c'est mon surnom, mais vous aviez compris.

Moi : Je pense que demain dans Paris tu ne risques rien et je pense surtout que tu devrais être couchée

(celle-là, avec la date et l'heure, je devrais la photographier et l'encadrer comme l'autoportrait authentique de ma bêtise crasse)

Madeleine : Bah Maman ne veut pas que j'y aille alors je ne vais pas y aller mais c'est à con-trecœur. Tu es à la maison-là ? Fais attention stp Padre chéri.

Moi : J'attends que cela se calme je suis chez Laurence.

Madeleine : J'aimerais bien que tu dormes chez Laurence. En tout cas plein de bisous à vous deux et faites attention.

Moi : Sois sans crainte

Madeleine : En tout cas la sortie est officielle-ment annulée, des personnes de la classe d'histoire de l'art ont reçu un mail

(Par bonheur certains adultes ayant la charge d'une de mes enfants, parmi lesquels les professeurs du lycée Pablo Picasso à Fontenay-sous-Bois, ont des réactions de prudence plutôt saines et suivent les informations avec une plus grande assiduité que la mienne)

Rentré à la maison, en dépit de l'heure tardive, j'ai envoyé un petit message textuel à Madeleine : Je suis à la maison sain et sauf, bonne nuit.

Super, je suis rassurée, gros bisous, bonne nuit

(Conversation en messages textuels de téléphone de poche avec ma fille Madeleine, 13 novembre 2015)