Le brouillon de ces pages en bande dessinée


Extrait de La Vaisselle Philippe De Jonckheere



227, avenue Daumesnil. Paris XIIème. Il s'agit d'un appartement de petite taille. Environ vingt cinq mètres carrés. La porte d'entrée de l'appartement donne sur un étroit renfoncement du couloir, lequel est de l'exacte largeur nécessaire pour ouvrir la porte d'entrée. En fait, le couloir, le renfoncement pour la porte d'entrée et le coin cuisine qui fait directement face à la porte d'entrée, forment un "T" majuscule, comme imprimé en caractère gras, dont la barre verticale eût été de deux mètres cinquante de long et la barre horizontale de deux mètres de large. L'ensemble de ce "T" est éclairé de jour par une petite lucarne, plus exactement un vasistas — c'est quoi? — au dessus du coin cuisine, placé très haut, juste en surplomb des plaques électriques de cuisson, pour être précis. Une courte perche finie d'un petit crochet mal aligné sert à ouvrir et refermer ce vasistas. Elle est rangée en équilibre sur la plinthe et contre la moulure de la porte d'entrée. De nuit un petit éclairage au néon donne au-dessus de l'évier, de même qu’une lampe plafonnaire éclaire le couloir. Au-dessus de la porte d'entrée, une étagère est assez solide et large pour supporter le poids de deux valises pleines. Il s'en trouve d'ailleurs deux, mais toutes les deux vides.

À même le mur Sud du couloir, des rayonnages de bibliothèque faits de très belles planches de cerisier brut, et de briques rouges réfractaires non décapées, montent jusqu'à une hauteur respectable de deux mètres, mais l'équilibre précaire de l'ensemble fait douter de sa pérénité. Pour une grande majorité, des livres peuplent ces étagères, mais aussi nombreux qu'ils soient — de tous genres, mélangés — on y compte peu de poètes et pas de philosophe. En fait à l’exclusion de quelques guides pratiques, d’un ou deux livres d’art, de quelques exemplaires de la collection Que sais-je?, tous impécablement rangés dans l’ordre chronologique de leur numéro de parution, ce ne sont que des romans qui meublent les rayonnages de cette bibliothèque. Dans un souci maladroit de décoration, une multitude d'objets hétéroclites ornent d'une part les espaces laissés vides par les livres mais d'autre part aussi le bord des étagères déjà garnies de livres. De fait, certains de ces objets sont posés contre la tranche des livres, lesquels ne doivent pas être relus très souvent. Tous ces objets de petite taille n'ont apparemment aucun lien entre eux, et rien ne semble les rapprocher outre le fait qu'ils soient réunis dans cette même bibliothèque. Ainsi une double pendule d'échecs est-elle voisine d'une photographie en noir et blanc de format treize X dix huit, encadrée dans un petit cadre de fer forgé, tandis qu'un petit labyrinthe à cinq billles qu'il faut faire coverger vers un anneau central et une tabatière de porcelaine peuvent également être trouvés côte à côte. La photographie représente deux adolescents souriants, dont les similitudes de traits autant que les chevelures également désordres laissent penser qu'ils sont frères. D'autres objets sont donc disposés, sans logique visible et il est difficile de penser qu'un examen attentif de ces différents objets puisse fournir à quiconque la moindre indication de quelle nature que ce soit à propos de la personne qui vit dans cet appartement, pas plus d'ailleurs que ses lectures ne reflètent de goût ni de penchant particuliers.

Le coin-cuisine est malgré, ou du fait de sa petite taille, un modèle d'ingéniosité. Tout y tombe naturellement sous la main; des handicaps d'espace tels que le mur mansardé qui fait face à la porte d'entrée, sont comblés par des placards au fond tronqué pour épouser la pente de la mansarde. Un mince filet d'eau, continu, coule encore du robinet de l'évier. Il n'y a pas moyen, même en le serrant très fort, de fermer ce robinet, le joint est visiblement à changer, les dépots de calcaire le long des parois de l’évier en deux endroits appartenant à la périphérie de rotation du robinet montrent clairement que ce défaut n'est pas récent.

Au fond du couloir, c'est à dire au bas de la barre verticale du "T", la porte donne sur la pièce principale. Visiblement, chose que l'on remarque, la porte a été rabotée sans doute par un des locataires qui avait dû penser faire poser de la moquette dans la pièce principale et puis s'était ravisé, souci économique peut être et avait donc laissé le plancher nu et la porte anormalement rabotée en son bas. La pièce principale fait trois mètres de large sur trois de long. La pièce est pour ainsi dire vide, ce qui contraste, pour le moins avec l'occupation optimale de l'ensemble coin cuisine - couloir - entrée. Pour seuls meubles une table pliante ronde — le demi cercle fermé poussé contre la fenêtre, l'autre demi cercle étant ouvert, un vase vide posé dessus — deux chaises, elles mêmes soigneusemant poussées sous la table, leur dossiers seuls dépassant. Contre le mur Est, c'est à dire à gauche en entrant, un simple matelas posé à même le sol fait office de lit. Le lit est défait, une couverture bleue au motif écossais, quelques lignes rouges. Curieusement, sous l'oreiller se trouve un violon de petite taille, pour enfant, parfaitement désacordé et dont l'archer est introuvable, même sous le matelas. Au mur opposé, un manteau de cheminée trône, seul élément décoratif de la pièce dont les murs sont peints d'un blanc mat et dont le plancher — en parquet de chène — est irrégulièrement ciré. Sur le manteau de la cheminée, posé contre le mur, un petit cadre contient une photographie en couleur — celle-ci représentant une jeune femme ni belle ni laide, celle dont on ne dit rien, mais très souriante, c'est apparemment ce sourire radieux qui a motivé l'encadrement de la photographie — véritable accident coloré dans ce désert blanc au parquet de chène. Le cadre est du même cru, une baguette de chêne clair cirée, d'une tonalité différente cependant. Posé au sol, dans le coin Nord-Ouest de la pièce, le téléphone parait très isolé et s'en servir doit être mal aisé voire inconfortable. Le choix de son emplacement ne peut uniquement s'expliquer par la proximité de la prise le reliant, elle même au dessus de la plinthe du coin Nord-Ouest. Le cordon est pourtant d'une longueur qui aurait permis l'installation du téléphone dans un emplacement plus commode.

Immanquablement, le visteur de cet appartement, du téléphone, fin en soi de la visite, serait retourné sur ses pas, peu engagé par cette pièce principale dépouillée, il aurait trouvé réconfort dans le désordre sympathique des rayonnages de la bibliothèque, mais se serait assurément demandé où se trouvait la salle d'eau.

Pas de salle de bain. Pas de placard non plus, ce qui explique le rangement des peu nombreux vêtements dans la bibliothèque. Les toilettes se trouvent sur le palier, elles sont de ce fait afférentes à l'appartement, encore que ce détail ne revête que peu d'importance puisque l'appartement est la seule partie habitée du sixième étage, techniquement septième, eût égard à l'entresol, étage à part entière dans cet immeuble.

Toujours retournant sur ses pas .

Dans la bibliothèque, sur une étagère d'une hauteur différente de celle des autres se trouvent des piles de documents divers — factures, articles de journaux découpés etc — on les remarque en sortant de la pièce principale, également une revue pornograpique en langue italienne, aux textes rares et succincts et aux images concises, enfin en une pile distincte, six photocopies de la même lettre.


On me l’a envoyée, je vous l’expédie. Elle vient du Vénézuela, est écrite par un légionnaire. Cette chaîne doit faire le tour du Monde. Même si vous n’êtes pas supersticieux, faites attention à ce qui suit... Monsieur Froid, père de sept enfants, reçoit la chaîne en 1969, fait 24 copies et les envoie. Il gagne trois millions à la loterie trois jours après. Monsieur Malgras la reçoit en 1969, la fait photocopier par sa secrétaire et les envoie. Il voit ses conditions sociales s’améliorer rapidement. Monsieur Hulé reçoit la chaîne, la lit et la brûle, sa femme et ses deux fils ont trouvé la mort, la nuit, dans un incendie de la maison. Monsieur Menvussa l’oublie dans un tiroir et perd son emploi. Il la retrouve et obtient un emploi supérieur au précédent. Dans aucun cas cette chaîne doit être brisée. Faites 24 copies et envoyez les. Vous aurez un événement dans les neuf jours.

Bien amicalement.


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Bien amicalement.


Aucune des copies de la lettre n'est signée.