Mardi 6 décembre. Quelle est la différence entre un ascenseur et une femme?
Quelle est la différence entre un chercheur d'or et un homosexuel?
Quelle est la différence entre un ferrailleur et un séminariste?
posted by Philippe De Jonckheere at 9:48 AM
Lundi 5 décembre. Kurt Schwitters se fit un jour accoster par un bègue, en quête d'une quincaillerie. Poliment, Kurt Schwitters lui indiqua le chemin sans doute pas le plus court de la quincaillerie néanmoins la plus proche. Aussitôt le bègue lancé sur ses indications, Kurt Schwitters se rendit, en courant, par un chemin plus court à cette même quincaillerie.
KURT SCHWITTERS: Bon-bon-bon-bon-j-j-j-our Mon-mon-mon-mon-sieur. Esse Esse-est ce que-que-que-que vous-vous-vous a-a-a-vez des-des-des clous?
LE QUINCAILLER poliment: Oui bien sur Monsieur de quelle sorte vous en faudrait-il?
KURT SCHWITTERS: En-en-en-en cui-cui-cui-cui-v-v-re.
LE QUINCAILLER poliment: Comme ceux-ci?
KURT SCHWITTERS: Non-non-non-non des-des-des pl-pl-plus-plus l-l-longs.
LE QUINCAILLER Des comme ceux-là alors?
KURT SCHWITTERS: Non-non-non des-des-des en-en-en-co-co-core pl-pl-plus longs
Le quincailler retourne dans sa réserve et revient avec des clous en cuivre plus longs.LE QUINCAILLER un peu impatient: Ceux ci vous conviendront-ils?
KURT SCHWITTERS: Non-non-non-non-non pl-pl-pl-plus-plus l-l-l-longs.
Le quincailler retourne une nouvelle fois à sa réserve et prend la boîte de ses clous en cuivre les plus longs.LE QUINCAILLER très impatient: Ceux-ci sont les plus longs que j'aie...
KURT SCHWITTERS:Oui-oui-oui-oui i-i-i-ils sont-sont-sont pa-pa-parfaits.
LE QUINCAILLER rasséréné: Je vous les emballe?
KURT SCHWITTERS: Non-non-non-non vous-vous-vous-vous n'a-n'a-n'a-vez qu'à-qu'à-qu-à en-en-en-en pren-pren-pren-pren-dre-dre-dre un-un-un et-et-et-et vous-vous-vous-vous le-le-le met-mettre au cul.
A ces mots, Kurt Schwitters sort de la quincaillerie, laissant sur le seuil du magasin, passer le bègue qu'il avait tout juste renseigné.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:54 AM
Dimanche 4 décembre.Les prochains jours, pour me divertir, j'ai décidé de me raconter quelques blagues : histoire et histoires de détendre l'atmosphère. Cela aura au moins le mérite de faire passer le temps. De tuer le temps, en somme. Tuer le temps avant d'être tué soi-même, en somme. Et puis comme ils sont résolus à ne rien me donner à faire, il faut bien que je m'occupe comme je peux. Qu'ils soient tranquilles, dans un mois je ne les emmerderai plus, pour ça, ils peuvent être tranquilles, dormir sur leurs deux oreilles. Je ne ferai pas de scandale, si c'est ça qui les inquiète, ce n'est pas mon genre. Je les entends d'ici. Pas de vagues, surtout pas de vagues. C'est qu'ils feraient dans leurs frocs, ces cons. Ne soyons pas inutilement vulgaires. Non de toute manière ils peuvent bien penser ce qu'ils pensent et dire ce qu'ils disent, ce n'est pas moi que ça va déranger. Bon allez je fais ma tournée des histoires drôles. Mon répertoitre complet. La vraie fin de soirée ratée.
Le maniement réitéré des fonds multiplie les mouvements de caisse.
Les émules d'Einstein voient le monde conique.
Tu ne peux te passer de vaccin dans les régions où tu es.
Le facteur ne veut pas qu'on le chipote quand il trie.
La belle antiquaire emporte dans ses caisses le produit de mes fouilles.
Les cardinaux ne jettent guère l'habit rouge aux orties.
L'inspecteur primaire voudrait voir des bons cahiers.
La femme du charpentier doit se contenter d'un petit feu de poutres.
La femme du mineur est passée sous des piliers de mine.
La fermière a une poule qui mue.
Maladroit, vous videz vos nouilles sur ma cape!
Passe moi le Rhum, que je t'en brûle dans la cuiller.
Posez donc vos livres sur mon ombrelle.
On n'est jamais assez pour ce calcul.
La comédie nous enseigne à détester nos ridicules.
Les linges en se séchant mouillent leurs cordes.
L'Aspirant habite Javel.
Tu n'as que tes petits pois pour dîner? Comment peut-on dîner avec si maigre part? A l'hôtel du bon coucher sans doute!
Je sentis l'avidité des concierges.
Je tournai vainement ma peine vers mes livres. ( Lamartine )
Le vent printanier caresse les vitres.
La jeune existentialiste se prête au jeu du Néant.
Soldats, c'est en dressant vos parts que la cantinière s'est souillé les mains. Après les douilles, vidons les carafons.
L'oiseleur de débrouille pour montrer l'appeau de ses cailles.
Méfiez-vous de la pétulance des flatteurs.
Malgré ses protestations indignées, un gendarme a fait reculer le Maître des Enquêtes.
Ne pouvant l'enfiler comme tout le monde le cul-de-jatte a emmanché la culotte.
Nos élèves apprennent à calculer en cent leçons.
Les luthiers exposent leur "la" dans les vitrines.
Le Médecin-Chef n'aime pas que l'infirmière parte pendant les ventouses.
La jeune flûtiste ne peut pas siffler de chopine avec dans la bouche pareil morceau de pain.
Voulez vous que je vous envoie dans la culture?
Il sent ce qui le brûle.
Les rédacteurs entrèrent en lutte dans les rubriques.
Omar craint les scorpions depuis qu'il en vit un sur le porc de Sabine.
Les cireuses de bottes guettent de jeunes talents.
L'Afrique est dans l'attente d'une lutte passive.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:21 AM
Samedi 3 décembre.En montant chez F, l'unijambiste, je remarque l'écriteau d'un autre temps.
Défense de cracher. Si cracher est le seul écart frappé d'interdiction, imaginez un peu tout ce qu'il est loisible et possible de faire dans cet escalier En suivant des yeux les mouvements sacadés de balancier déséquilibré du fessier estropié de F qui me précède du mieux qu'elle peut dans l'escalier, j'entrevois quelques-unes de ces conduites licites.
Y a-t-il un cancer du cracheur ?
posted by Philippe De Jonckheere at 9:51 AM
Vendredi 2 décembre.J'ai bien remarqué, ce matin, je n'ai que cela à faire de toute manière, que j'avais doublement changé ma manière de fumer. D'abord je ne porte plus, comme je le faisais précédemment, si je me rappelle bien, le briquet à ma cigarette avant de l'allumer, le briquet et puis la cigarette, par voie de conséquence. Non, depuis quelque temps, toute datation de ce changement serait inutilement ambitieuse, et, bien évidemment erronée, j'allume d'abord le briquet, à une distance d'environ trente centimètres, d'après ce que je viens de voir, puis je porte la flamme à ma cigarette qui s'allume, enfin, et toujours par voie de conséquence... Que tout ceci est insipide, soporifique, fastidieux, monotone, rébarbatif, lassant, enquiquininant, emmerdant, agaçant, pénible, casse-pieds, désolant, mortel et maussade épatant ce dictionnaire des synonymes! Je vois bien qu'il y en a qui quittent la salle prématurément, avant la fin du spectacle. J'ai beau avoir les feux de la rampe dans les yeux, je ne suis pas dupe, je peux voir que ça s'agite dans les derniers rangs. Tout ceci est assomant, on s'ennuie à cent sous de l'heure, je le déplore comme vous, mais voilà il y a des impératifs horaires à respecter. Alors je suis bien obligé de meubler. Puisque je n'ai rien à faire. Puisque de toute manière ils ne veulent pas me faire faire quoi que ce soit. Je ne me fais pas d'illusions. Là-haut, en haut lieu, ils ont déjà décidé de mon sort, ils ont dit
rien. Non, on ne lui fait rien faire. Juste des petits trucs comme ça pour rendre service, pour dépanner, mais même s'il ne veut pas les faire, n'insistez pas, ça ne sert à rien, de toute manière le mois prochain il ne sera plus là. S'il veut rester chez lui. A la rigueur, c'est encore ce qu'il y a de mieux, mais bon s'il veut venir tous les jours au travail, laissez-le faire. Pour les livres qu'il emprunte à la bibliothèque même s'il ne les rendra pas, ce n'est pas grave, on les rachétera, pour sa carte de cantine, c'est pareil, ne faites pas de scandale, on n'est pas à un ou deux repas près, ce qui compte c'est qu'il ne fasse pas de vagues, qu'il parte gentiment quand on lui dit, qu'il n'essaye pas de faire d'esclandre, surtout pas de vagues, pas de ça, pas de ça chez nous, et puis dans un mois on en sera débarassé.
Je ne crois pas que l'on puisse succomber au cancer du fumeur, en un rien de temps (un mois est une durée bien courte, une autre manière d'écrire
un rien de temps, donc autant écrire
un rien de temps) cela fait de moi un fumeur ayant la certitude qu'il ne périra pas de sa condition.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:04 AM
Jeudi premier décembre.En y réfléchissant encore, je me dis que la seule réponse qui soit un tant soit peu convenable, acceptable, sensée, c'est
rien.
posted by Philippe De Jonckheere at 1:12 PM
Mercredi 30 novembre. Je me pose sérieusement la question. Que fait-on faire à un homme à qui il ne reste plus tout à fait un mois à vivre? À agoniser? La question mérite réflexion. Il ne faudrait cependant pas faire durer cette réflexion ni cette agonie trop longtemps, pas plus d'un mois en tous cas.
posted by Philippe De Jonckheere at 8:23 PM