29 novembre 2003
Mardi 29 novembre.En somme toute cela diffère peu d'une agonie. Vous avez remarqué comme moi, vous aussi comme ces lignes paraissent tout d'un coup très espacées. Dans l'agonie la vie ne cesse de nous retirer là une béquille, là une canne sans laquelle nous sommes incapables de marcher, là encore un organe dont nous pensions qu'il était vital. La vie nous fait tomber les dents mais qu'à cela ne tienne nous éduquons notre estomac à se satifaire de bouillies insipides, la vie nous retire l'ouie mais c'est là une gène mineure tant nous prêtions si peu d'interêt dans les bavardages des autres puis nous perdons la vue mais nous en avions assez vu comme ça de toute manière, nos jambes ne nous portent plus, restons assis que voulez vous que je vous dise, assis nous ne tenons plus, enfin grabataires, de laborieux chirurgiens trouvent encore le moyen de nous retirer un poumon, il joue l'allégement du dispositif pour ménager la monture, ils vous raccourcissent l'intestin pour cause de congestions, ils sont comme les plombiers ils vous disent ce qu'ils veulent bien vous dire, on vous dit que vos tuyaux ont vécu, l'aorte n'est plus accorte, et puis c'est le foie qui bat de l'aile, on tente la greffe, c'est pas votre matériel mais il faudra vous en contenter, faire avec, en bref les choses ne vont pas en s'améliorant, n'en déplaise à ce petit peuple besognieux de chirurgiens qui s'entêtent, s'obstinent et s'acharnent à vous décharner, ils font durer. Ils vous font durer. Malgré tout on est encore là tel un funambule sur une corde raide, à qui on retire d'abord son filet pour lui faire peur, puis son balancier pour corser l'affaire, puis on lui demande de tenir en équilibre sur un vélo, les boyaux à même la corde raide, puis lorsqu'il parvient enfin à stabiliser son assiette précaire, on lui lance indifféremment des sabres, des torches enflammées ou n'importe quel trio d'objets lourds et contondants avec lesquels il devra désormais jongler. Et quand il y parvient au prix d'efforts loaubles et désespérés et de contorsions peu naturelles on lui jète des pierres qu'il doit éviter sans interrompre l'harmonie de son jonglage. A la fin bien sur on le tire comme un lapin, comme prévu depuis le début. C'est dire si toute cette agonie sur la corde raide était une simagrée ridicule.
posted by Philippe De Jonckheere at 9:54 PM
28 novembre 2003
Lundi 28 novembre. Emettre des théories. La syntaxe, au même titre que la mémoire de la chose juste pensée, est imbécile. Des esprits bien pensants, qui ne pensent donc sûrement pas à mal, vantent aisément le mérite d'écrire les choses, noir sur blanc, comme on dit. À des fins de clarification. C'est bien pire, d'aucuns parmi les esprits bien pensants, ne pensant pas à mal, prétendent même que sous l'écriture peuvent jaillir de nouvelles idées, des choses incongrues ou pas, auxquelles d'aucuns n'avaient pas nécessairement pensé, et qui n'auraient jamais vu le jour, à défaut d'une meilleure expression, moins dramatiquement symbolique, si les pensées parentales qui les avait engendrées, n'avait pas été couchées sur le papier, toujours à défaut d'une locution plus neutre, noir sur blanc, comme on dit. À vrai dire, à vrai écrire, comme je l'écrivais il n'y a pas si longtemps, par souci de précision, sans doute, la phrase précédente, mais également celle même que je suis en train d'écrire, et qui donne tous les signes tangibles d'une construction alambiquée, ces phrases donc sont des exemples parfaits de mes assertions précédentes, à savoir que la syntaxe est imbécile ; pour ce qui est de la mémoire des choses tout juste pensées, je me promets d'y revenir, ou tout du moins d'essayer d'y revenir, sans aucune garantie, quelle promesse!, en effet, c'est exactement de cela dont il est question, les inadéquations de la mémoire du court terme à mémoriser, précisément, des pensées non encore écrites, mais dont, pour parler simplement, ce n'est pas le tour d'être écrites. Ecrire les pensées qui jaillissent, d'avoir écrit, ou d'être en train d'écrire d'autres pensées, est exaspérant et la syntaxe, imbécile, n'est d'aucun secours à sans cesse nous astreindre à trancher dans le vif dans ce qui est grammaticalement juste d'écrire et de ce qui ne l'est pas, carcan rigide qui bien souvent nous, mais peut-être ne devrais-je pas émettre trop de généralités inclusives, et écrire bien plutôt qui bien souvent m'encourage à refouler en premier lieu les pensées les plus abstraites, celles qui résistent le mieux à se soumettre aux coups de ciseaux de la syntaxe, précisément. Ces dernières pensées plus réticentes aux abus simplistes de la grammaire finissent rarement par connaître leur tour, comme on dit, de même que celles qui s'énoncent aisément, au contraire, du fait qu'elles n'émettent que de vaines résistances à été écrites, ces pensées-là reviennent plus souvent qu'à leur tour. Réglons lui son compte à la syntaxe, une mauvaise fois pour toutes. Le verbe s'étire et la phrase s'étiole, je suis moribond. Dire et redire que la fin est proche pour renforcer sa proximité. Jusqu'à l'ennui. Attendre de fait qu'il n'y ait plus rien à dire, et donc à écrire, que le temps de parole, le temps d'écriture soit fini, c'est être un agonisant de la parole écrite. En venant à manquer défénitivement l'encre sera la salive de l'orateur sur le point de trépasser. Je pourrais sans doute m'astreindre à tout dire avec des mots simples seulement, des mots brefs, ce serait mieux, ce qui serait parfait ce serait des mots uniquement constitués de lettres sans ambages, toutes rases. Je ressemblerais alors tout à fait au prisonnier à qui le papier fait défaut et qui de ce fait tasse les lignes les unes sur les autres pour finir, lui aussi, par n'écrire que des mots sans "p", sans "q", ni "t", ni "y", ni "d", ni "g" imaginez la difficulté d'un prisonnier de la tour de Londres aux prises avec une description d'omelette ni "h", ni "j", ni "k", ni "l", ni "b", et certainement pas de "f", letttre proscrite par excellence. A vrai dire il y a du bon dans cette méthode. Faire l'économie de tout le superflu. Se passer de la ponctuation par exemple en respectant quelques règles élémentaires de rythme cela devrait rester lisible Faire l'économie de la ponctuation permet du même coup de se passer de majuscules lettres réputées plus aples et aussi capitales bien qu'en l'absence de ponctuation cette réputation paraisse très usurpée voilà c'est ça on progresse on atteint des vérités premières on va au noeud au noyau au corps de la chose en amputant la ponctuation je fais toute la lumière sur l'inutilité des majuscules scrutons bien nos phrases dorénavant plus de ponctuation plus de majuscules que pourrait encore retirer les accents on doit pouvoir se passer des accents la preuve une phrase denuee de toute accentuation voila c'est chose faite suppression de la ponctuation suppression des majuscules et des accents je n'y pensais pas jusqu'a maintenant mais pourquoi ne pas se debarasser aussi des apostrophes des tirets et autres traits d union superfetatoires Allons plus loin les accords ne sont il pas luxueux dorenavant si le complement d'objet direct est situe avant le verbe attribut on s en contrefout absolument les article ne serait il pas loisible de s'en débarasser mauvaise fois pour tout de meme encourageons sans restriction usage pronom bien souvent plus succinct a epeler que substantif auquel il font reference je crois que c'est cela tout a fait lorqu on a tout son temps du papier a satiete et de encre a revendre on a finalement assez peu de chose a dire et donc a ecrire donnez a tout cela contrainte coupez vivre en matiere d'encre et de parpier et tout d'un coup machine s emballe multitude d idee qui vont vous simplifier langage et vie deboule comme cela plus naturellement du monde tout coup on na pas davantage de chose a dire et donc a ecrire mais cela fait reflechir et on finit par ne plus en perdre goutte autre exemple autre idee viandons sans autre forme de procede adverbe dorenavant emploi abusif ou non adverbe est defendu faisons phrase simple sujet son verbe et complément a extreme rigueur pas adjectif ou adverbe pour venir mettre en peril equilibre parfait on va vous arranger cela pour ceux qui ne pourrait pas se passer adjectif il n auront qu a venir me voir si toutefois il sorte de mon bureau en ayant toujours epithetes dans tête et appetits adjectif attribut et autre complication alors c est sans doute qu il n y avait rien a faire cas d espece en somme difficulté pour ce qui est de ortographe est ce que quelque simplification ne serait pas de ton non plus ainsi lettres doublees comme deux t dans le mot letre est ce qu un seul ne sufirait pas et d aileurs ne pourait on pas faire de meme avec letre muete le hache de ache justemen par exemple pareil pour conjugaison. je sen que cela vien apres cela nou trouveron suremen autre chose en atendan malade se porte deja mieu debarase qu il es maintenan de toute graisse il ya toujour un leger mieu avan la fin et pui j imagine qu on pourai faire de modique economi si on decidai toujour mauvaise foi pour toute que que s ecri qe qe sufix tion s ecrit tio que ai et ei son simplifie en é et donc en e qe ph est contracte en f et qe ain est desormai in au o de meme nou utiliseron desormai abreviatio tel qe utilise etudian qi prene en note propo profeseur donc mo meme s ecrit m^ et donc m mo home H, et donc h, mot geographi geo, chifre s ecrive en chifre et donc 1 pour un, 2 pour deu et insi de suite jusqu a l infini qi s ecri sou forme de 8 couche et qi ne figur pa sur touche machine ecrire on ne parlera plu de livre mai de £ on ne marquera plus et mai & pas sur qon y gagne gran chose d aileur mai procedure son procedure ç cedile saute bien sur degre s ecri ° davantage & positif partageron m signe + & egal = on va bien finir par y ariver encore 1 ou 2 page & tt sera ilisible enfin fin est proche n'en douton pa la fin du £ osi tt ceci m & bien = abregon on s emerd plu vec e derier g pour voyel a o u encore mot dont la significatio tombe sou le sens pouron ne pas etre ecri jusq'o bou ( d aileurs écrivon juq o bou ) ilisible tt a fai ilisib tason tason encor tason merd encule pour encule, evite repetitio dire tason 1 seule x ca va bien finir par se taire ces voi ces voi evite repet on a dit voi je ne veu plu entendre ele me case oreile il ne vo pa mieu entendre qe d etre sour com 1 po revenir a frase courte fin es proch j esper bien on di touj qa fin c& gran silenc coneri tt ca fin f& boucan putin boucan tin on pourai fair saut negatio ne plu ecrire ne pas m si c& contr&r de ce qon veu dir tte manier gen compren touj tt traver c& pir ca s aret jam coupon nou les or&l f&son con on pour& etr amen a regret& on pour& se coup or&l pour voir si chose s arange on coup 2eme si c& mieu si c& mieu on peu recol& 1ere m& o moin on ora esaye c& deja ca on reste a f&r & si juste com ca en s agitan som tte a tor on retard& fin & si fin consist& a ouvrir gran oreil & se l&ser asourdir par tt vacarm si ca va as& vit on peu cri& osi pour s asourdir soi m^ si on & mu& on & b&se si on & sour il doi y avoir qelqe chos de prevu on peu leur f&r confianc &sonsnousc& 1peutarpourypensermaionpeuausif&rsauterespaceentremoserasezdurajustifi&c&encoreceqonpeuf &rdemieu&atendonpatienceducalmduner
posted by Philippe De Jonckheere at 9:42 PM
27 novembre 2003
Dimanche 27 novembre. Se raconter des histoires. Une dictature où tout journaliste pourrait être exécuté sommairement pour un article, par lui rédigé, s'il n'a pas pris la précaution oratoire d'écrire "il semble que", ou mieux encore "il semblerait que" en tête de chaque phrase dont l'interprétation pourrait donner à penser que le régime n'a pas agi pour le mieux. Un vieux journaliste, du nom de Q, connu dans le pays entier pour la ligne antigouvernementale de ses articles a admirablement survécu les différentes décades du système en place, parce qu'il a toujours débuté ses phrases, y compris celles qui auraient pu être favorables à l'action de la dictature en place, par le garde-fou habituel, "il semble que", ou mieux encore, "il semblerait que". Cependant le lendemain de la parution d'un article, qui, aussi étrange que cela paraisse, contenait une phrase qui ne commençait pas par "il semble que", encore moins par "il semblerait que", le vieux journaliste célèbre est retrouvé suicidé chez lui. Bien entendu les autorités ne pousseront aucune enquête, de même qu'elles seront immédiatement soupçonnées par l'opinion publique d'avoir suicidé le vieux journaliste. Et pourtant, il semblerait que les proches de Q n'infirment pas systématiquement cette thèse, arguant que le vieux journaliste aurait très bien pu mettre fin à ses jours lui-même, dépité qu'il aurait été d'avoir commis une erreur d'étourderie aussi grossière. Il semble que certains même de ses proches iraient même jusqu'à affirmer que le vieux journaliste, Q, souffrait depuis quelques temps de dépressions chroniques et avait déjà évoqué, à plusieurs reprises, la possibilité d'un suicide, connaissant l'esprit frondeur de Q, ces mêmes proches insinueraient que Q ait trouvé l'idée plaisante, de se suicider par procuration, qui plus est en ridiculisant le régime en place qu'il avait, sa vie durant, combattu du mieux de ses forces. Il semblerait qu'apportant du poids à cette hypothèse est le fait que la seule phrase de la carrière du vieux journaliste qui ne commençait pas par "il semble que" et a fortiori qui ne commençait pas par "il semblerait que", cette phrase donc, la seule de sa carrière, n'émettait aucun commentaire antigouvernemental. D'un côté, il semblerait que Q ait, de fait commis une erreur de rédaction, que cependant cette erreur n'aurait pas dû lui être préjudiciable du point de vue de la dictature en place, mais que Q n'ait pas supporté d'avoir commis un tel manquement et ait donc commis le suicide qui devait l'épargner de ce qui était pour lui un terrible affront. D'un autre côté, il semble que Q, qui était dépressif, depuis quelques temps déjà, qui avait déjà évoqué, à plusieurs reprises, la possibilité d'un suicide, ait choisi de commettre ce suicide par procuration en mettant à contribution son vieil ennemi, le régime en place, et pour mieux confondre ce régime Q aurait eu l'élégance de commettre une erreur de rédaction précisément dans une phrase qui ne remettait pas en question la légitimité du régime, ce qui paradoxalement compromettrait davantage ce régime. Il semblerait que d'autres thèses affirment également que l'erreur ait pu être commise à l'imprimerie du journal. Mais il semble que là encore plusieurs théories soient avancées par les gens de la partie; il a très bien pu s'agir d'une véritable erreur, d'un véritable oubli par le correcteur, ou se pourrait-il aussi qu'un ennemi personnel de Q travaillant à l'imprimerie du journal pour lequel Q rédigeait ses articles, que cet ennemi personnel de Q ait choisi l'occasion de se débarrasser de Q. Il semble que le lendemain de la mort du vieux journaliste, la presse était également partagée entre ces hypothèses: certains journaux titraient : " il semblerait que le célèbre journaliste, Q, ait été suicidé par la milice ", tandis que d'autres journaux titraient : " il semblerait que Q se soit suicidé, n'ayant supporté de commettre une erreur aussi déshonorante pour sa carrière. " ou encore " il semblerait que Q se soit suicidé par procuration dans une dernière condamnation du gouvernement.", ou bien encore "il semblerait qu'une erreur fatale ait été commise à l'imprimerie, et qu'elle ait entraîné la disparition du célèbre journaliste Q", ou plus sensationnel "Règlement de comptes à l'imprimerie? Il semblerait qu'un antécédent personnel entre Q et un employé encore non-identifié de l'imprimerie ait entraîné la fin de Q.". Et le plus étonnant des articles fut celui que l'on trouva sur un tract éminemment clandestin:
Q suicidé par la milice, dans une grotesque opération du gouvernement. Un agent de la milice, infiltré à l'imprimerie du journal S a délibérément commis une erreur dans la retranscription d'un article de Q, donnant ainsi l'occasion rêvée au gouvernement de pouvoir enfin légitimement suicider Q. L'agent du gouvernement, dans sa pitoyable maladresse aurait même choisi de supprimer la précaution oratoire au début d'une phrase de Q qui n'était même pas apparemment tournée contre le gouvernement. Q est mort pendu par la milice à son domicile dans un effort risible de maquillage en suicide.
NE CROYEZ PAS LA MOITIE DE CE QU'ON VOUS MONTRE, ET NE CROYEZ RIEN DE CE QUE VOUS ENTENDEZ.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:08 AM
24 novembre 2003
jeudi 24 novembre.Quel mot de la langue française comporte onze lettres toutes différentes? C'est absolument introuvable.
posted by Philippe De Jonckheere at 6:41 PM
Vendredi 25 novembre
posted by Philippe De Jonckheere at 4:57 AM
23 novembre 2003
Mercredi 23 novembreRébus: Dessin du Lièvre de Mars
posted by Philippe De Jonckheere at 7:26 AM
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