25 octobre 2003
Mardi 25 octobre.Je me suis débarrassé des cadavres qui encombraient mon appartement. Je n'entends pas en fournir la comptabilité exhaustive. Un peu de courage. Du nerf. Une bouteille de Genièvre et deux de bourbon dans la baignoire. En prenant mon bain le genièvre passe mieux mais la bouteille ne flotte pas, au contraire du bourbon dont les bouteilles flottent mais qui passe moins bien. Un cadavre aussi dans mon lit exécrable somnifère, s'il m'est permis de donner mon avis le goulot de cette excellente vodka reposait avec douceur étais-je tenté d'écrire sur l'oreiller. Une mise en bière, en somme, assez seyante, n'en doutons pas, pour un cadavre. Que faire du mien ? Certes ce n'est pas vraiment mon problème. Ce que j'aimerai, oui je crois que cela me plairait, c'est une incinération avec dispersion des cendres dans une décharge quelconque, je ne suis pas trop regardant. Ce serait remettre les choses à leur place. Ce qu'il adviendra de ma dépouille vraiment, j'avoue ne pas y être très au fait. Après tout, mon abonnement ne comprend aucune convenance funéraire. Il m'appartient sans doute d'en régler les modalités. Une note, à cet usage, affichée sur la porte du réfrigérateur. S'il devait m'arriver malheur. En cas de disparition. En cas de décès. Dans l'éventualité d'une fin soudaine. A ma mort. L'embarras du choix pour les formules. Don d'organe. Enterrement. Incinération. Choix plus restreint. Leg. Héritage. Dons généreux. La partie fatiguante, de toute évidence. L'épineuse question du mode de résolution du contrat. Strangulation : acceptable sans plus. Par balles : l'idéal.  , à vrai dire uniquement acceptable pour le scrabble. L'arme blanche : j'aimerais autant pas. La torture, la mort à petit feu : ce qui me fait froid dans le dos, c'est que ce n'est pas exclu. L'empoisonnement : empirique, à mon avis, mais comme je l'ai déjà écrit, la décision ne m'appartient pas. L'injection létale : neutre, j'imagine. A ce sujet je me suis toujours posé la question: pourquoi stérilise-t-on l'aiguille d'une euthanasie? L'électrocution: je regretterai sûrement de n'avoir pas pu admirer l'habileté du sabotage. Le suicide déguisé : je n'aime pas beaucoup le théâtre. L'accident de voiture : spectaculaire. Mais à l'efficacité incertaine et douteuse. Le supplice des cent morceaux : inacceptable sans morphine. Le tranchage de gorge : salissant. Emmurement : subtil. La noyade : je ne suis pas trop porté dessus. La défenestration : c'est non, dussé-je me défendre. La pendaison : pas sans documentation photographique. Et puis j'imagine que j'aurais alors le plaisir d'une dernière érection, je mourrai ithyphallique. L'incendie criminel : aléatoire pour le moins. La fléchette empoisonné : bien qu'improbable, ne serait pas pour me déplaire, cela me rappelerait certains albums illustrés de mon enfance. Quel le nom de rebaptème du Karaboudjan? Quelles sont les exportations de la Syldavie? Sceptre d'Ottokar Quel est le nom de l'hôtel dans lequel Tintin est supposé descendre à son arrivée à Chicago? Quel est le nom de la rue dans laquelle habite le professeur Fan Se-Yeng? Quel est le nom du bateau concurrent de l'Aurore dans la recherche de la météorite? Quel est le nom du professeur anglais qui vit désormais chez les Arumbayas et qui a bien du mal à leur apprendre les rudiments du golf? Quel est le nom sous lequel Tintin s'engage comme simple soldat dans les Cigares du Pharaon? Quel est le nom du collectionneur de maquettes de bateaux dans le Secret de la Licorne? Un petit coup de pouce il habite rue de l'Eucalyptus. Quels sont les noms des sept victimes des Sept boules de cristal? Quel est le nom du petit marchand d'oranges dans le Temple du soleil? Quel est le nom de l'associé du Professeur Tournesol dans Objectif Lune? Quel est le nom du passager clandestin de la fusée? pour vous aider c'était aussi l'aide de camp félon du roi Mucar XII dans le Sceptre d'Ottokar Quel est le nom du gorille de l'Ile Noire? Quel est le nom de l'entreprise de dépannage que les Duponts appellent au début de Tintin au pays de l'Or noir? Quel est le nom du colonel bordure qui fait enlever le professeur Tournesol? Quel est le nom du premier bateau qui repêche Tintin, le Capitaine Haddock et Szut et ensuite le nom du cargo qui les prend en charge le lendemain dans Coke en stock? Quel est l'autre nom du Yéti? Quelles sont l'heure et la date de la vente du Chateau de Moulinsart ? avec un bonus de quinze points si vous donnez aussi le nom du notaire quelle est la compagnie d'assurances pour laquelle travaille Séraphin Lampion ? Voir Coke en stock et les Bijoux de la Castafiore? Et enfin quel est le nom de l'assitant de Carreidas, l'armateur milliardaire de Vol 714 pour Sydney? L'enterrement vivant : angoissant, certes, mais qui résout le problème de l'enterrement, précisément.
posted by Philippe De Jonckheere at 9:59 AM
24 octobre 2003
Lundi 24 octobre
posted by Philippe De Jonckheere at 10:20 AM
23 octobre 2003
Dimanche 23 octobre.Je me plais me complais à l'écrire encore. Rien. Finalement on écrit que ce que l’on veut bien écrire. Quand bien on s’était juré de consigner, dans le moindre détail, l’ennui, les journées creuses, les vides, et les heures passées à ne rien faire. Arrive une journée où il ne s’est véritablement rien passé et on se contente d’écrire rien. C’est un peu facile tout de même. Est-ce que je ne pourrais pas plutot, dans une certaine mesure, décrire, pas nécessairement avec une minutie maladive mais tout du moins en faisant ressortir certains détails mes allers et venues dans l’exiguité de mon appartement parisien? Mais n’est-ce pas justement le domaine de la vie privée, composée de ses nombreux instants sans témoin, inconnue de tous finalement? Par commodité, on suppose que les autres vivent ces nécessités, souvent biologiques, selon les mêmes rituels éculés que les notres. Et pourtant puis-je présumer que tout un chacun bave dans son sommeil, tout comme je le fais, si j’en juge par cette auréole mouillée imprimée dans l’oreiller, sous mes lèvres au réveil? Puis-je croire que tout un chacun se débat chaque soir assis sur le bord du lit avec des ongles de pieds incarnés et que tout un chacun se lève le matin avec des hauts de coeur presque en trouvant gisant sur la moquette, ses propres petites peaux raccornies et bouts d’ongles recroquevillés sur eux mêmes comme des copeaux de bois, laissées pour compte depuis la veille au soir. Il est sans doute éronné aussi de projeter que je puisse partager avec quiconque les excavations hardies de mes narines tandis que je prends mon bain. Et puis s’il fallait que nous devisions tous de nos petites habitudes et méthodes de masturbation, ce n’est qu’un exemple de nécessité biologique, c’est vrai que nous n’aurions pas fini de nous salir les uns les autres avec de telles révélations. On pourrait spéculer, faute d’avoir pratiqué la chose collectivement en compagnie de personnes du même sexe, que derrière la masturbation, nous entendons tous la même activité morne faite de va-et-vients monotones, c’est tout de même un peu présomptueux de penser ainsi que les autres sont coupables du même manque d’imagination que le notre les va-et-vients rébarbatifs. Et si au contraire de ce que l’on avait toujours soupçonné par paresse intellectuelle en somme, par comodité bourgeoise, la masturbation des autres était un monde enchanté, un érotisme fécond de trouvailles, je ne sais pas moi, justement, des tomates bien mûres, des pastèques, des bananes, des apple-pies, des crumbles ou des tourtes encore tièdes, des aubergines, des tubes d’aspirine dont les derniers cachets brisés auraient laissé un peu de poudre de paracétamol sur les parois du tube, un homard aux pinces neutralisées à l’aide de caoutchoucs doublés en huits, un tigre, une baleine n’est pas envisageable quelle que soit la complicité de la baleine, il faudrait être, pour ça, atteint du dernier degré de l’éléphantisme, ni même les moustiques et autres yponomeutes, bostrydes, kamptazoaires et thysanoptères pour les raisons inverses, un rat, un singe , un vieux singe qui aurait plus d’un tour dans son sac, ce ne serait plus tout à fait de la masturbation alors, une vache que l’on prendra blanche avec des tâches noires, un crocodile, pour un onanisme mordant, un boa constrictor, un crapaud, un coq, un âne, un scorpion, pour un onanisme piquant, un porc, ou une truie, un buffle, certainement pas un troupeau entier de buffles, on a ses limites, un chien écrasé, pour marier les plaisirs de la zoophilie à ceux de la nécrophilie, une chienne avec collier et dessous de lingerie, un pot de confiture de rhubarbe, une bouteille de Saint Emilion, 1990, une brosse à cheveux, du papier de verre, un appareil respiratoire de survie, de tout cela d’ailleurs je ne prends pas le temps de préciser si l’objet est doué de la fonction mâle ou de la fonction femelle, ou des deux? Ne dit-on pas la chose d’autant de manières différentes: se masturber, se branler, se branlotter, se branlocher, s’astiquer la colonne, se palucher, se faire reluire, se peler le chibre, à cinq contre un, se faire dégorger le poireau, ce qui n’est évidemment pas aussi bon que de saisir la poire avec les mains mouillées, se pignoler, se tailler une branlette, se toucher, se faire une main solitaire, se secouer, veiller à ce que la colle ne sèche pas dans le tube, se soulager, se gratter, se tripoter, se pogner, polluer manuellement, trasciner, arroser les murs? Passons. Oui passons sur toutes ces formes d’ipsisme, de manuélisation, d’amatriptisme, de manuxorat, de maritat, de siphinianisme, de syntribat et de triboragisme. Cette diversité du langage est sans doute garante de la variété dont sont peut être capables les autres. Laissons aux autres le calme confortable et propice à leur petite branlette apparemment épicée, et revenons à nos moutons. En fait derrière l’expression vie privée, on met pêle-mêle toutes les activités triviales et les manques d’activité qui composent de bout en bout une journée entière passée à ne pas faire grand-chose. De vrais branleurs en somme. L’expression vie privée est aguichante et aurait vite fait de faire accroire une vie sentimentale intrigante, des loisirs trépidants et une vie sexuelle débordante quand en réalité ce ne sont que brossages de dents, urines du matin, dîners devant la télévision, lectures ennuyeuses, je n’y reviens pas, quand ce n’est pas assomantes, défécations laborieuses qu’est ce qui est préférable, la lecture d’un chapître de Sartre ou une constipation? hygiène générale, hygiène intime, vidange du bocal du poisson rouge, prise de médicaments à heures dites, réveils en sursaut sous l’effet d’une vessie pressante, impatience contre le bruit des voisins du dessous, le vacarme des voisins du dessus, les accouplements peu discrets des voisins d’à côté, appels téléphoniques à des services administratifs les Quatre Saisons de Vivaldi comme si on les écoutait dans une piscine ou dans une baignoire la cuisson des pâtes avec la sauce tomate toute faite qu’on a pas toujours le courage de réchauffer un peu, tomber de sommeil dans son canapé occupés que nous étions à ne rien faire, à ne penser à rien, ce qui est impossible, mais simplifions, l’écoute distraite d’un vieux disque de Patti Smith, on l’a tellement entendu, on ne prête même plus l’oreille, briquer les tommettes de la cuisine à quatre pattes à même le carrelage, passer l’aspirateur, passer l’éponge, jeter l’éponge, abandonner son ménage complet en cours, à quoi bon?, éplucher des carottes en regardant par la fenêtre au-dessus de l’évier en aluminium épaissement brossé, mat et terne par endroits au fond, dans l’immeuble d’en face, autant de gens, finalement tous affairés à éplucher des carottes, devant la télévision, une jeune femme se déhanche tout en faisant du repassage c’est la femme de ménage de feue Madame J, feue la veuve du deuxième étage, peut être déhanche-t-elle son mètre quatre vingt dix sur un vieux disque de Patti Smith, mais c’est peu probable une femme aussi met les petits plats dans les grands elle est vergeable, sans plus son mari rentre l’air accablé, harassé et exsangue d’une journée de bureau, à l’agence, en voyage d’affaires, en déplacement, chez le client, en conférence, en formation, en séminaire, la vie professionelle quoi, qu’est-ce qu’on lui trouve à la vie professionnelle?, la vie professionnelle n’a pas de témoin non plus, elle est sans vie, une femme de ménage, pas celle de feue Madame J, feue la veuve du deuxième étage, non une femme de ménage en activité, époussete le haut d’une armoire au plumeau, elle fait une pause et feuillette un magazine féminin, celui de son employeuse, elle y retourne et fait les carreaux, elle les brique à l’alcool, comme sur les recommandations de Madame, un homme chauve et épaissement moustachu fabrique des étagères, il est très méticuleux, une jeune homme bien comme il faut range ses livres par ordre alphabétique, l’homme chauve et moustachu boit un verre d’eau en pleine nuit, faiblement éclairé par la lumière du réfrigérateur laissé ouvert, il ne reremplit pas la bouteille avec de l‘eau du robinet, la femme de l’homme chauve moustachu lui en fera la remarque, une vieille femme entreprend une réussite sur la toile cirée de la table de la cuisine, des motifs marins sur un fond blanc un peu jauni, avec des cartes publicitaires d’un autre age, CINZANO en lettres blanches sur fond vert de vessie, le lendemain l’homme chauve à la moustache attaque les toilettes et les repeints de fond en comble, la vielle femme est descendue chez sa voisine pour l’aider à repasser ses voilages, assez épié les faits et gestes des gens de l’immeuble d’en face, vider la poubelle, lire le journal, qu’est-ce qu’il y a à la téloche ce soir Bibiche, écouter la météo à la radio, une voix toute droit sortie des années cinquante, de la radiophonie des années cinquante, annone des noms de départements, dont on n’est pas toujours sur de pouvoir les remettre avec exactitude sur la carte de France, le Cantal, les Charentes-Maritimes, la Dordogne, L’Indre et Loir, la Meuse, les Pyrénées Atlantiques, le Territoire de Belfort, mais pour tous ces départements ce sera à peu près le même temps demain, de la grisaille à bouche que veux-tu, réparer la machine à laver le linge, encore ce putain de joint, sortir faire un tour, s’emmerder à mourir, remonter et recommencer tout ce cirque, tout ce manège, tout ce ménage: éplucher des oignons, repriser des chaussettes devant la télévision, se trémousser en faisant du repassage, écouter des variétés insipides pour ménagère de trente-cinq ans, mettre les petits plats dans les grands, rentrer l’air accablé, harassé et exsangue d’une journée au bureau, épousseter le haut d’une armoire au plumeau, feuilletter un magazine trouvé dans sa boîte aux lettres, il s’agit d’une erreur, ne pas la corriger et garder pour soi le magazine qui finalement nous déplait, maudire la voisine du dessous pour s’être abonnée à pareille feuille de chou, faire les carreaux, avec du papier journal, fabriquer des étagères, ranger ses disques par ordre alphabétique, pour les disques du même artiste, observer un souci de chronologie un peu lâche, pour Coltrane par exemple, classer en trois périodes, les années juste après les années avec Miles Davis, les années Atlantic avec les premiers enregistrements du quatuor Mac Coy Tyner, Jimmy Garisson, Elvin Jones, et puis les années chez Impulse!, cool, modal et free en somme, boire un verre d’eau en pleine nuit, à même le robinet, jouer aux échecs contre l’ordinateur et perdre, ou gagner en utilisant souvent la fonction de retour en arrière sur trois coups, en concevoir de la honte presque, l’ordinateur n’ayant rien perdu de nos menues tricheries, tellement humaines, repeindre le plafond de la salle de bain qui s’effrite plus que de raison, coudre les revers des nouveaux doubles rideaux, regarder les gens dans l’immeuble d’en face: ils se brossent les dents, ils urinent le matin, ils dînent devant la télévision, ils connaissent des défécations laborieuses, ils vacquent à leur hygiène générale, leur hygiène intime, vidangent l’acquarium des pirhanas du garçon, qui élève dans un autre aquarium des poissons, de la taille de petits vairons qu’il jette ensuite avec sadisme et satisfaction dans le grand aquarium, celui des pirhanas, ils prennent des médicaments à heures dites, ils se réveillent en sursaut et se ruent vers les toilettes, s’impatientent contre les gargouillis de la plomberie de l’immeuble, la lourde porte de l’entrée de l’immeuble qui ébranle le bâtiment en entier, du fait de son groom mal réglé, le cliquetis de la machinerie capricieuse de l’ascenceur, ils sont englués dans des appels téléphoniques à l’administration et tapotent du revers de l’ongle sur l’angle de la table basse, en rythme sur Blue Rondo a la Turk de Dave Brubeck ( Paul Desmond au soprano, ce qui rend cette sucrerie écoutable, même au téléphone ), ils font cuire des pâtes avec une sauce tomate dont ils ont le secret, tombent de sommeil dans leur canapé occupés à ne rien faire, le regard épars, la femme de ménage de feue Madame J, feue la veuve du deuxième étage lit un livre des Editions de Minuit Beckett? Mes jumelles ne vont pas si loin ils passent l’aspirateur, passent l’éponge, épluchent des carottes en regardant ce qui se passe dans l’immeuble d’en face, le mien donc, celui des veuves et des veilles demoiselles. Je suis en chemise, assis, cul nu parterre, je purge mon radiateur, mes couilles trainent avachies à même les lattes un peu froides du parquet, un arquet en chêne très foncé, inégalement verni, mais surtout très noueux.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:03 AM
22 octobre 2003
Samedi 22 octobre.Boire m'empêche de dormir. J'imagine que dormir, si j'y parvenais, m'empêcherais de boire.
posted by Philippe De Jonckheere at 8:27 AM
21 octobre 2003
Vendredi 21 octobre.Je vais résoudre le problème une fois pour toutes. Je suis un peu en retard pour mon rendez-vous de psychanalyse. Je décide cependant d'aller à la Nation à pied, en prenant indifféremment la rue Gossec ou la rue Sidi-Brahim et puis en remontant la rue de Picpus jusqu'à la hauteur de la rue de Fabre d'Eglantine pour déboucher sur la place de la Nation. Je suis à la hauteur du 225 de l'avenue Daumesnil. Un bus s'est arrêté sur l'avenue Daumesnil plus bas, à la hauteur de la rue de Picpus. Considérons l'arrêt de bus sur l'avenue Daumesnil à la hauteur de la rue Sidi-Brahim. Si j'arrive, en marchant, à l'arrêt de bus à l'angle de l'avenue Daumesnil et de la rue Sidi-Brahim, avant le bus, K cédera. Pour plus de justesse, j'attends que le feu de l'avenue Daumesnil, à la hauteur de la rue de Picpus passe au vert. C'est chose faite. Je marche sans me précipiter. Sans regarder derrière moi, toujours pour plus de justesse. En marchant j'essaye d'envisager les différents impondérables qui pourraient handicaper soit le bus soit moi-même. Un véhicule pourrait déboucher à tout moment de la contre-allée de l'avenue Daumesnil et de ce fait ralentir le bus. Un. Un autre véhicule pourrait déboucher de la rue Gossec, ce serait un cas de priorité à droite indéflectible, le bus devra s'arrêter. Deux. Un piéton pourrait surgir à la hauteur de la rue Gossec pour traverser l'avenue Daumesnil, le bus, une fois encore, devra s'arrêter. Trois. Il me semble avoir fait le tour de la question. Pour le bus s'entend. Je viens de traverser la rue Gossec. Quant à moi, je pourrais devoir m'arrêter pour traverser la rue Gossec, et laisser ainsi le passage à un véhicule. De même pour traverser la rue Sidi-Brahim. Aucun de ces fictifs impondérables n'entra en jeu et le bus et moi arrivâmes à l'arrêt de bus au même instant. Il n'y aura pas photo à l'arrivée. C'était couru d'avance. L'indécision parfaite. Finalement, la méthode des dés ne présente pas de telles incertitudes, ce que je lui reproche c'est cette maudite probabilité de un sur deux cent soixante seize mille neuf cent trente six. J'y rebute, mais il faudrait peut-être que je fasse l'une ou l'autre concession. Faire mon choix entre la chatte épilée, la cravate de notaire, la fessée, la feuille de rose et la sodomie. C'est tout vu. Ça reste une chance sur deux cent soixante seize mille neuf cent trente six.
posted by Philippe De Jonckheere at 10:02 AM
20 octobre 2003
Jeudi 20 octobre.Je repense à mes coups de dés d'hier. Il me semble qu'il y aurait moyen de rationaliser un peu la chose. Sur un seul jet de dé, la probabilité de tirer l'As de trèfle est de un sixième. En jetant sept fois le dé, la probabilité de tirer l'As de trèfle sept fois de suite est de un sixième puissance sept. Soit un sur deux cent soixante seize mille neuf cent trente six. C'est plutôt mince. La probabilité donc pour que je me fasse K demain, qu'elle est la chatte épilée , qu'elle me fasse une cravate de notaire, qu'elle me laisse la fesser, qu'elle me fasse une feuille de rose, et que je la sodomise est de un sur deux cent soixante seize mille neuf cent trente six. Je m'en doutai à peu. C'est négligeable. Négligeons donc. Pour les plus exigeants parmi nous, précisons tout de même que s'ils avaient envisagé qu'en plus de la chatte épilée, de la cravate de notaire, de la fessée, de la feuille de rose et de la sodomie si en plus de ce lot, ils avaient envisagé d'attacher K, la probabilité de réussite aurait été de un sur un million six cent soixante dix neuf mille six cent seize. Finalement il n'est pas trop de dire qu'en matière de sexualité, s'il on est un tant soit peu exigeant, la probabilité pour que l'on exauce ses voeux les plus élémentaires, cette probabilité donc est somme toute assez faible, c'est dire si les motifs d'insatisfaction en la matière sont nombreux. Ne compliquons pas inutilement les choses en arguant que d'attacher K peut faire croître la probabilité de certains éléments. De fait attachée et donc contrainte, on peut estimer qu'il deviendrait possible de se faire K, ne serait-de que par voie de viol, de lui raser la chatte, que cela lui plaise ou non, de se branler à ses seins, de la fesser tout à loisir et de la sodomiser avec ou sans son assentiment Il y a deux manières d'enculer les mouches, avec ou sans leur consentement* arguons que de contraindre K à nous faire une feuille de rose, tout attachée qu'elle soit, ne serait pas garanti. Non, par attacher K, nous entendions cela comme une curiosité supplémentaire librement consentie comme les perversions précédentes. Cela ne peut donc influer sur les probabilités, comme c'est le cas dans les calculs de probabilités de suite d'événements pour lesquels il faut tenir compte du fait qu'un des événements dans la séquence peut annuler une partie de la séquence. * citation approximative de Boris Vian
posted by Philippe De Jonckheere at 11:17 AM
19 octobre 2003
Mercredi 19 octobre. K continue de résister à toutes mes avances. Je ne me fais cependant pas une raison. Elle cédera. J'en fiche mon billet. L'entreprise d'une semaine, tout au plus. Tout du moins, c'est le temps maximum que j'ai décidé d'y employer.
Parmi les objets que je garde précieusement dans la bibliothèque, entre les livres tous parcourus avec des fortunes diverses, je n'y reviens pas, se trouvent cinq dés de poker. Je m'en saisis d'un.
As de trèfle
Roi de coeur
Dame de trèfle
Valet de pique
Dix de carreau
Neuf de trèfle.
Je tire.
Si c'est l'As de trèfle, c'est que ça s'emboîte bien.
Avec la perfection des poupées russes K n'est pas russe, c'est une poule, pas une poupée.
Je retire.
La première fois ne compte pas.
Chauffer les dés.
Je n'approfondis pas.
Je retire donc. 
Ça s'emboîte donc bien.
Je vais retirer.
Choisir un enjeu.
Délimitons les choses dans le temps.
Combien de temps encore devrais-je poursuivre K de mes assiduités?
L'As de trèfle pour un jour.
Le roi de coeur pour deux jours.
La dame de trèfle pour quatre jours.
Le valet de pique pour cinq jours.
Le dix de carreau pour six jours.
Le neuf de trèfle pour au moins une semaine, je retirerai pour une meilleure évaluation.
Je retire donc.
En l'écrivant, je réalise que je tire un coup de dés pour savoir quand sera la prochaine fois que je tirerai un coup tout court. Je retire donc. 
C'était à prévoir.
Retirage donc.
" Plus les faits se reculent et plus le désir s'accroît ", in Polyeucte de Corneille. 
J'ai oublié de redéfinir les paramètres.
Soit.
As de trèfle: la semaine prochaine.
Roi de coeur : dans deux semaines.
Dame de trèfle : dans trois semaines.
Valet de pique: le mois prochain.
Dix de carreau : dans deux mois.
Neuf de trèfle: ultérieurement autant dire jamais.
Ça me convient assez.
Je retire donc. 
Ça se précise.
Ça se présente bien, enfin.
C'est un peu au-delà des délais impartis, mais je me fais une raison.
Je retire.
Pour voir.
Un coup à blanc. 
Bon il faut que je précise un peu les modalités.
Si As de trèfle, alors elle aura la chatte épilée.
Je tire. 
Chatte pas épilée.
Dommage.
Si As de trèfle: cravate de notaire.
Je tire. 
Cravate de notaire.
Ça baigne. Je retire.
Si as de trèfle: fessée.
Je tire.
Pas de fessée. Si as De trèfle: feuille de rose.
Je tire. 
Pas de feuille de rose. Si As de trèfle : sodomie.
Je tire. 
Pas de sodomie.
Plus si affinités?
N'en jetons plus.
posted by Philippe De Jonckheere at 12:40 PM
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