22 août 2003
Lundi 22 août.Mon premier rendez-vous de psychanalyse s'est bien passé. Curieusement ma psychanalyste, le Docteur L, m'a inspiré la même confiance qu'inspirait à tout le monde le médecin de l'accident de samedi. J'ai longtemps observé le manège saugrenu d'une femme de ménage qui habite dans une des chambres de bonne, de l'immeuble d'en face, sur l'avenue Daumesnil. Je l'ai reconnue sans mal, elle doit mesurer un mètre quatre-vingt-dix, elle a une poitrine énorme vissée sur un grand bâton droit sec, un manche à balai d'un mètre quatre-vingt-dix, c'est la femme de ménage de la veuve du deuxième étage, la veuve à la tringle à rideaux, Madame J, ce que Madame J ne sait pas en revanche, c'est qu'elle n'a pas l'exclusivité de cette femme de ménage dans notre immeuble, puisqu'elle fait aussi des heures rétribuées, elles, grassement au noir, chez la veuve du cinquième, Madame ( ). D'ailleurs je n'ai jamais très bien compris pourquoi il fallait taire à la veuve du deuxième, Madame J, que sa femme de ménage faisait aussi des ménages chez la veuve du cinquième, Madame ( ), ce qui bien sur doit être su de tout l'immeuble. Si en plus elle savait que je ne lui paye pas la Sécu m'a un jour dit la veuve du cinquième, Madame ( ), précisèment pour me dire que tout ceci devait rester tu aux oreilles de la veuve du deuxième, Madame J. Il était aux environs de vingt trois heures quand la femme de ménage officielle de Madame J et officieuse de Madame ( ), s'est dévêtue entièrement. Elle s'est d'abord absentée de la pièce d'où je pouvais la voir, pour une durée qui ne devait pas excéder celle d'une douche rapide. Elle est reparue, toujours dans son simple appareil, puis se trouvant vraisemblablement devant une armoire à glace, que je ne pouvais voir, obstruée qu'elle était par une cloison, elle s'est d'abord vêtue de sous-vêtements blancs, sur lesquels elle a passé une toilette également blanche. Se ravisant, elle s'est de nouveau déshabillée, puis a revêtu, tout d'abord des sous-vêtements rouges vermillon, sur lesquels elle a passé un ensemble rouge, un rouge moyen. À nouveau, elle s'est dévêtue entièrement pour enfiler des sous-vêtements roses tyrolien, d'abord, puis, à nouveau le même ensemble rouge que précédemment. Derechef, elle a retiré l'ensemble rouge, elle a gardé les sous-vêtements roses et a revêtu une jupe jaune citron et un chemisier saumon, ce qui n'allait d'ailleurs pas du tout, ce dont elle se rendit compte sur le champ. Nerveusement, elle s'est à nouveau entièrement déshabillée. Elle a sorti des sous-vêtements noirs, qu'elle a d'abord essayés sans les enfiler, en les tenant contre son corps nu. Puis elle a enfilé les sous-vêtements noirs sur lesquels elle a essayé deux combinaisons possibles. Une robe noire, jambes nues, la même robe noire, avec des bas noirs. Elle s'est entièrement déshabillée, enfin, puis elle est allée se coucher. Cela a bien duré une heure. Elle est ni moche ni belle, celle dont on ne dit rien, n'est-ce la disparité alarmante de son opulente poitrine sur un corps fluet interminable. Plus tard au milieu de la nuit, je me suis réveillé d'humeur aimable, et j'ai pensé au capharnaüm que devait être la chambre de cette femme qui avait jeté tels quels tous les vêtements qu'elle avait essayés. Je regardais par la fenêtre. Mardi 23 août.Tout l'immeuble d'en face baignait dans l'obscurité des rideaux tirés et des stores abaissés. Aucune lumière ne filtrait d'aucun interstice. Un cambrioleur se serait surement pris les pieds pas dans le tapis mais dans les vêtements épars qui jonchaient surement le sol de la chambre de cette femme à l'humeur changeante. Et je me réjouissais de la déconfiture du cambrioleur ayant chu, une chute à la Laurel et Hardy, une chute comme celles dont sont capables le Capitaine Haddock ou les Duponts, face contre terre, le nez dans les sous-vêtements roses tyrolien de la femme de ménage de la veuve du deuxième étage, Madame J. J'aurais voulu être dans une salle de cinéma bondée d'écoliers du jeudi après-midi et nous nous? aurions ri à gorges déployées de cette scène grotesque. Je me suis couché avec le sourrire. C'est idiot bien sur. Mais on ne peut pas toujours n'écrire que des choses déprimantes, graves, sans vie. J'ai de nouveau fait un rêve étrange. La même femme, maintenant je l'ai reconnue, c'est bien sur la femme de ménage de Madame J et celle ausi de Madame ( ), sous mon étreinte, sous l'étreinte de la femme de ménage de Mesdames J et ( ), pas sous l'étreinte de Madame J, ni celle de Madame ( ), Dieu me garde, la femme de ménage de l'immeuble d'en face était prise de panique, et je ne comprenais que plus tard son horreur, c'était à mon tour de me défigurer sur l'emprise du plaisir. Lorsqu'enfin je me trouvais devant un miroir je pouvais voir mes chairs se déchirer sous la poussée de mes os. Je ressemblais à l'écorché d'Odile Redon.
posted by Philippe De Jonckheere at 8:06 AM
21 août 2003
Dimanche 21 août.J'ai fait le rêve étrange, cette nuit celle qui a suivi l'accident d'une femme dont les traits se flétrissaient sous mon étreinte. Elle muait. Changeait de peaux. Au pluriel, dans mon rêve. Je fais bien le noter. En parler à la psychanalyste. Demain.
posted by Philippe De Jonckheere at 11:36 AM
20 août 2003
Samedi 20 août.J'ai été aujourd'hui le témoin de deux accidents de la circulation. Le premier accident était bénin, aussi je n'y reviendrai pas. Une route humide a occasionné un mauvais freinage du véhicule X, lequel a percuté, par l'arrière, le véhicule Y. Les dommages matériels sont négligeables, les dommages corporels inexistants. Le conducteur du véhicule X est dans son tort. Le deuxième accident fut plus compliqué. Pas moins de cinq véhicules sont impliqués dans l'accident : le véhicule A, le véhicule B, le véhicule C, le véhicule D, une moto, le véhicule E, un camion. Les conditions atmosphériques sont les mêmes, c'est-à-dire, de la pluie en abondance. Il faisait par ailleurs nuit. L'accident s'est produit au croisement de deux routes départementales à P. Les véhicules A, C et D roulaient dans le même sens mais dans l'ordre A, D et C. Le véhicule B roulait lui sur l'autre route départementale arrivant de la droite par rapport au véhicule A, C et D. Le véhicule E roulait dans le même axe que les véhicules A, C et D mais en sens inverse. Donc par rapport aux véhicules E, le véhicule B arrivait de la gauche. La séquence de l'accident est la suivante. 1°) Le véhicule A percute le véhicule B de plein fouet. 2°) le véhicule D percute le véhicule A de l'arrière. NB: le conducteur du véhicule D, un motard, donc, est éjecté de son véhicule, puis projeté au-dessus des véhicules A et B avec rebond sur le dessus du véhicule B pour atterrir un peu au devant l'ensemble formé par les véhicules A et B. 3°) dans le même temps que la chute finale du conducteur du véhicule D au sol : a/ le véhicule C percute le véhicule D, la moto restée au sol, pour l'écraser sur l'arrière du véhicule A. b/ le véhicule E percute le conducteur du véhicule D pour l'écraser sur le véhicule B, lui-même compressé entre les véhicules A et E, le véhicule A se trouvant également coincé dans la simultanéité des chocs entre les véhicules C et B, le véhicule D agissant comme tampon entre les véhicules C et A. A mon sens trois facteurs sont aggravants. 1°) le véhicule B roulait tous feux éteints. 2°) le véhicule E roulait visiblement au-delà de sa limite de vitesse autorisée. 3°) la départementale sur laquelle roulaient les véhicules A, C, D et E était trop étroite pour le croisement des véhicules A et C avec le véhicule E, le véhicule D aurait, lui, pu croiser le véhicule E sans encombre sur cette même route. Je n'ai aucune précision quant à l'ampleur des dégâts humains. Au dernier bilan de ma connaissance, tandis que je signai ma déposition auprès des autorités compétentes, la situation était arrêtée à cinq morts et six blessés dont trois dans un état grave. Je reviendrais sur ces chiffres. Les dégâts matériels sont les suivants. Le véhicule A: avant (bloc moteur) entièrement enfoncé dans l'habitacle. Partie haute de l'habitacle enfoncée sur partie basse du même habitacle. Partie arrière du véhicule copieusement froissée. Le véhicule B : Réduction de la largeur du véhicule de quarante pourcents au moins. Le véhicule C : Avant du véhicule fortement endommagé, habitacle intact à l'exception du pare-brise et de la vitre côté conducteur totalement brisés. Véhicule D : tout à fait écrasé, ce qu'il en restait, se trouvait maintenant sous l'avant du véhicule C. Le véhicule E : carrosserie à l'avant très endommagée, un impact important étant à signaler sur le pare-brise un peu au-dessus du volant. Après l'accident, peu après l'arrivée des premiers secours dans l'ordre, gendarmerie et pompiers en ordre serré puis plusieurs ambulances à intervalles réguliers de trois minutes environ une déviation fut organisée par la gendarmerie dès que cette dernière fut relevée dans les premiers secours par les pompiers. Toutes les personnes furent extraites de leur véhicule, sans que ceux-ci ne fussent déplacés, à l'exception du véhicule E qui fut reculé d'environ deux mètres pour atteindre le conducteur du véhicule D. Il me semble que les effectifs respectifs des véhicules étaient, comme suit, le véhicule A; deux personnes, le véhicule B ; une personne et un chien, le véhicule C ; trois personnes, le véhicule D ; une personne, le véhicule E ; 3 personnes, et vingt-trois porcs, apparemment tous indemnes. Un début d'incendie éclata sous le moteur du véhicule A mais fut rapidement maîtrisé par les pompiers arrivant sur les lieux de l'accident au même instant. Il ne prêta donc pas à conséquence. Je ne fus pas le seul témoin oculaire non impliqué dans l'accident, deux autres personnes s'étant pareillement manifestées. Des véhicules suivant le véhicule E repartirent en sens inverse pour alerter les secours. D'autres occupants de véhicules arrivant alors de toutes directions se portèrent également volontaires pour secourir, en premier lieu, les occupants des véhicules A, B, C et E ( le conducteur du véhicule D étant inaccessible de toutes parts, et il avait visiblement perdu connaissance.) Cependant, un des conducteurs des véhicules arrivant sur la même route que celle empruntée par le véhicule B, mais en sens inverse, se trouvait être médecin de son état, et sur ses conseils les occupants des véhicules A, B, D et les deux passagers avant du véhicule C furent laissés tels quels avant l'arrivée des pompiers, le médecin estimant que l'enchevêtrement des véhicules ne permettait pas d'intervenir sur ces personnes prudemment. Les occupants des véhicules arrivés ultérieurement sur les lieux de l'accident, s'exécutèrent de bonne grâce, moi le premier, n'étant toujours pas médecin, ce qui en la présence d'un médecin, précisément, me confortait dans mon sentiment d'incompétence. Un des occupants des véhicules arrivant sur les lieux postérieurement à l'accident émit l'hypothèse que le conducteur du véhicule D était décédé. Le médecin le pris immédiatement par l'épaule et à la cantonade posa son index devant ses lèvres intimant le silence. Les autres personnes sur les lieux de l'accident s'exécutèrent, une nouvelle fois, de bonne grâce ; il devenait évident que le médecin inspirait confiance. Il inspecta brièvement le passager arrière du véhicule C, qu'il allongea plus loin, puis il se porta à la hauteur de la cabine du véhicule E, considérant les deux occupants à la droite de la cabine, leur conseilla de descendre prudemment et d'aller s'asseoir un peu plus loin. Il redescendit du marchepied et de devant le véhicule E il observera le haut du crâne de son conducteur enfoncé dans le pare-brise, lui intima de ne pas bouger, dans un premier temps, puis s'étant assuré que le crâne n'était pas entièrement prisonnier des débris du pare-brise, il aida en appuyant sur le sommet du crâne, le conducteur du véhicule E à se dégager vers l'arrière. Le médecin accueillit ensuite le conducteur du véhicule E en montant de nouveau sur le marchepied, se portant ainsi à sa hauteur. Le médecin eut visiblement des paroles rassurantes car le conducteur du véhicule E reprit apparemment des couleurs et parvint de lui-même à descendre de son véhicule. Par la suite, avec l'arrivée de la gendarmerie suivie de près par les pompiers, les choses se précipitèrent, et se produisant avec simultanéité, elle devinrent difficiles à relater chronologiquement. Comme je l'ai déjà dit, les pompiers en arrivant sur les lieux de l'accident, se rendirent d'abord maîtres d'un début d'incendie éclatant sur l'avant du véhicule A. Ceci étant fait, les pompiers s'employèrent vivement, de concert avec la gendarmerie et le médecin, à dégager les passagers des véhicules par le haut, notamment à l'aide d'une scie circulaire, de telle manière qu'ils purent extirper les deux passagers du véhicule A, puis les deux passagers avant du véhicule C et enfin le passager du véhicule B. Au même moment un des gendarmes était monté dans la cabine du véhicule E et s'ingéniait à le faire très lentement reculer. Le véhicule E étant à peine reculé, le médecin se porta rapidement au chevet du conducteur du véhicule D mais ses observations immédiates donnaient à voir qu'elles confirmaient ses présomptions premières. Il ne s'attarda d'ailleurs pas et se porta maintenant au secours du véhicule du conducteur B, le conducteur du véhicule D n'avait plus de vie. Tandis que les pompiers avaient ménagé un accès direct aux deux passagers du véhicule A, le médecin donnait les mêmes signes de désintérêt envers le conducteur du véhicule B qu'il avait pu manifester à l'égard du conducteur du véhicule D, le conducteur du véhicule B n'avait plus de vie également. Passant maintenant du conducteur du véhicule B à celui du véhicule A, tandis que les pompiers s'évertuaient maintenant à dégager un accès pour extirper les passagers avant du véhicule C, le médecin pratiquant le même examen rapide abandonna tout aussi promptement qu'il l'avait fait pour les conducteurs des véhicules D et B, le conducteur du véhicule A, le conducteur du véhicule A n'avait, lui aussi, plus de vie. Avant de se pencher sur le passager avant du véhicule A, le médecin ordonna aux pompiers qui avaient maintenant entièrement dégagé le haut de l'habitacle du véhicule C, d'attendre ses instructions. Les pompiers s'exécutèrent de bonne grâce, à eux aussi, le médecin inspirait confiance. S'apprêtant à pratiquer sur le passager avant du véhicule A, le même examen qu'il avait conduit à l'endroit des conducteurs des véhicule D, B et C, il eut son premier geste brusque depuis son arrivée sur les lieux de l'accident. Il appela à la rescousse deux pompiers, qui furent chargés, selon ses recommandations, lesquelles étaient précises et impératives, d'extirper le passager avant du véhicule A. Les pompiers s'exécutèrent toujours de bonne grâce et parvinrent à extraire le passager avant du véhicule A au même moment que l'ambulance numéro un arrivait sur les lieux. Le médecin donna quelques brefs conseils aux infirmiers, qui de même, s'exécutant de bonne grâce, eux aussi, visiblement confiants envers le médecin, déposèrent le passager avant du véhicule A sur une civière, et repartirent sur le champ dans la direction opposée à celle par laquelle ils étaient arrivés sur les lieux. Au contraire des conducteurs des véhicule D, B et A, le passager avant du véhicule A était toujours en vie, lorsqu'il quitta les lieux de l'accident. Les mêmes opérations se poursuivirent pour les passagers avant du véhicule C, qui furent d'abord examinés par le médecin, puis extirpés selon les directives du médecin, par les pompiers de leur véhicule. L'ambulance numéro deux accueillit le conducteur du véhicule C. L'ambulance numéro trois, arrivée environ trois minutes après l'ambulance numéro deux, accueillit, elle, le passager avant droit du véhicule C. L'ambulance numéro quatre fut affectée au rapatriement du conducteur du véhicule E. L'ambulance numéro cinq accueillit, elle, à son bord les deux passagers du véhicule E. L'ambulance numéro six prit en charge le passager arrière du véhicule C. Après le départ de l'ambulance et n° 6, l'ensemble des occupants encore vivants des véhicules impliqués dans l'accident avait été entièrement dispersé. La vingtaine de porcs que transportait le véhicule E était indemne, décision fut prise par la gendarmerie de les laisser à bord du véhicule E. Le chien, à bord du véhicule B, lui, n'était pas indemne, décision fut prise par le médecin de mettre fin à ses gémissements en mettant fin à ses jours. De fait l'animal souffrait de blessures apparemment profondes, pour lesquelles le médecin ne s'estimait pas compétent, et les gémissements de l'animal enchevêtré dans l'amas de feraille qu'était devenu le véhicule de son maître présupposé, par ailleurs décédé de fraîche date, ces gémissements donc, redoublant d'intensité, de pathétique et de larmoyant, ces gémissements donc, rendaient la situation pressante, tant ils donnaient sur les nerfs de tous. Il fallait donc achever le chien, l'abattre. L'arme de service d'un des gendarmes fut produite à cet effet. Cependant aucun des gendarmes sur les lieux ne voulait se résoudre à pratiquer cette euthanasie, et cela bien que le médecin ait déclaré qu'il s'estimait incompétent en la matière. Je me portai volontaire. Un gendarme me tendit son revolver. Qu'il arma, puis me donna quelques recommandations d'usage. Je m'approchai du véhicule B, je parvins à pointer l'arme vers la tête du chien. Je fis feu. Les gémissements du chien cessèrent sur le champ, comme happés par le vacarme de détonnation. Je rendis l'arme à son propriétaire qui l'empocha. Son supérieur l'assura que pour le rapport inhérent à l'utilisation d'une balle, il en faisait son affaire. Nul ne me remercia. Une ambulance, l'ambulance numéro sept arriva sur les lieux, un peu tardivement, et de fait, repartit vide.
posted by Philippe De Jonckheere at 1:08 PM
19 août 2003
Vendredi 19 août." Dieu n'existe pas, la preuve essayez de trouver un plombier un dimanche, au mois d'août." Je ne sais plus de qui. J'ajouterai comme preuve à ranger au même dossier de la non-existence de Dieu, qu'il est impossible de trouver un psychanalyste au mois d'août à Paris. En effet, j'ai décidé de suivre une analyse. Il n'est pas trop tard après tout il me reste un peu plus de quatre mois pour mener à bien ce projet. Après moult coups de téléphone infructueux, j'ai fini par trouver une psychanalyste d'ouvert, le Docteur L. Je remarquai que le Docteur L et mon garagiste portaient le même nom, par ailleurs assez commun et répandu, surtout en région parisienne. J'ai donc pris rendez-vous pour la semaine prochaine, pour ma psychanalyse donc, pas pour ma voiture. Mon garagiste, lui, est fermé au mois d'août, tout le mois d'août, congés annuels obligent. En vertu de l'écriteau, lui même en vertu de la Loi sur l'écriteau, le mot Loi porte un L majuscule, mon garagiste, Monsieur L, ne badine pas avec la loi, c'est ce que semble dire le L majuscule du mot Loi et en vertu d'un article de cette Loi, l'article de loi portant sur les congés annuels OBLIGATOIRES, le mot est en majuscules sur l'écriteau, comme le L du mot Loi, les congés annuels OBLIGATOIRES de mon garagiste, Monsieur L, courent donc du lundi premier août jusqu'au mercredi 31 août, ce qui fait de mon garagiste, Monsieur L un Aoûtien avec un grand A. Au téléphone, avec le Docteur L, nous avons échangé quelques idées. J'ai précisé que je sentais que mes jours étaient comptés. Elle, la psychanalyste, le Docteur L, ne m'a pas demandé beaucoup de précisions promettant d'en reparler ultérieurement. C'est une pensée bien agréable de pouvoir faire entrer une tierce personne dans la confidence de mon projet. Je ne doute pas qu'elle sera vivement impressionnée par la nature de mon projet ; je ne me cache pas que je piaffe déjà d'impatience de confronter mes vues sur le sujet avec les siennes.
posted by Philippe De Jonckheere at 8:53 AM
18 août 2003
Jeudi 18 août.Dans le bain, au travers de la mousse, dans un trou de mousse, pour être plus exact, j'aperçois, avec peur presque, une petite masse noire peu familière. Ma baignoire est en fait de grandes dimensions, et cette couleur noire ne correspond à rien de répertorié dans ma connaissance consciente de l'environnement de ma baignoire. Je me calme cependant presque immédiatement, un léger sursaut tout de même a eu l'occasion de précipiter un peu mon rythme cardiaque avec cette petite décharge d'adrénaline, si caractéristique en pareille circonstance nous sommes encore loin de la thrombose coronaire, pensez-vous avec mon coeur de centenaire. En fait je me calme, car par le même trou de mousse, comme les aviateurs discernent par intermittence ce qui se trouve sous eux, par delà les nuages, dans des trouées de nuages justement, je me suis aperçu que cette masse noire, sans ombre est en fait reliée au flexible de la douche. Dans mon souvenir, il ne me semble pas que le pommeau de la douche qui traîne maintenant au fond de la baignoire soit de couleur noire, mais je n'ai aucun mal à mettre en doute ma mémoire parcellaire. Pour plus de sûreté cependant je décide de me saisir de la masse noire, maintenant identifiée dans mon esprit comme étant le pommeau de la douche. Et là je sursaute à nouveau, parce que ma main et ses facultés tactiles viennent de me renvoyer une information inattendue : la masse noire n'est pas dure et son contact n'est pas mat au bout de mes doigts, comme, en quelque sorte, je m'y étais attendu. Bien au contraire, la masse noire par son contact avec mes doigts et son écrasement inattendu jusqu'à ma paume, cette masse noire est molle, flasque. Je reçois une deuxième décharge d'adrénaline mais celle-ci est à la fois incrédule et bien plus puissante que la première, la vraie peur. Elle s'est en fait additionnée à la première. Et puis, la sensation de peur s'est estompée puisque ramenant courageusement l'objet hors de l'eau par delà la mousse mes yeux reconnurent maintenant tout de suite le nouveau gant de toilette acheté l'après-midi même. La peur est partie mais l'incrédulité demeure et comme un sourire naît de la découverte : c'est l'inconnu qui fait peur. Mais dans le cas présent celui qui a jeté négligemment le gant de toilette au fond de la baignoire au tout début de son remplissage, avant même que la mousse du bain soit formée, c'est bien moi, et c'est une autre part de ce moi, différant en cela de celle qui rejoignit son bain une fois rempli, qui fut capable de faire peur à l'autre. Tout comme cette autre farce stupide, consciente celle-là, que je m'étais faite. Je dégivre une fois par an mon réfrigérateur. Tous les ans, le mouvement de pensée qui me dirige vers la décision d'entamer le dégivrage de mon réfrigérateur est chaque fois long et tortueux. D'un esprit pratique, je veux chaque fois faire concorder l'opération de dégivrage de mon réfrigérateur avec un jour où le réfrigérateur est aussi vide de victuailles que possible. Ne réalisant cette opération qu'une fois par an, en complet désaccord avec la notice d'utilisation dudit réfrigérateur qui préconise au contraire un dégivrage toutes les semaines, l'opération est assez fastidieuse puisqu'elle réclame ce qui ne doit pas être le cas lors d'un dégivrage, pas simplement régulier puisque le mien l'est tout autant, une fois par an, mais plus dans le respect des recommandations du constructeur une présence obligatoire pendant presque toute la durée de l'opération complète du dégivrage de mon réfrigérateur. En effet le givre qui couvre à la fois les parois mais aussi tout l'extérieur du caisson à glace du réfrigérateur, ce givre est tel qu'il m'oblige chaque fois au démontage partiel dudit caisson pour pouvoir recueillir les blocs de glace qui paraissent manger le caisson. D'année en années, je me suis toujours révolté contre telle désinvolture de ma part, chaque dégivrage accompli, et caisson entièrement remonté donnant lieu au même lot de bonnes résolutions et remontrances que je m'adressais. Las, rien n'y fit jamais. Une année qui n'était pas faite comme les autres, je tentais, à mon insu presque, une manoeuvre psychologique. Cette dernière consista à remplir le fond du caisson à glace de pierres de petite taille, grises foncé, un gris de payne soutenu. Confiant que mon habituelle paresse s'agissant du dégivrage de mon réfrigérateur me conduirait au rendez-vous habituel et annuel de l'été suivant je crois que c'est la difficulté croissante à extraire des glaçons de leurs casiers qui me rappelle finalement à l'impératif du dégivrage je comptais utiliser le message de ces quelques pierres grises pour dire à celui qui dégivrerait l'année prochaine le réfrigérateur ce que je pensais de son inconséquence, de mon inconséquence. Naturellement une année passa. Toujours dans cette humeur incertaine qui est la mienne pendant le dégivrage annuel de mon réfrigérateur, une humeur mêlée de dépit, de dégoût, et d'auto-dérision et plus simplement de honte née du manque de respect à la parole donnée que sont mes chimériques bonnes résolutions annuelles, je démontais donc le caisson à glace, du moins sa porte, et sa trappe de récupération des eaux de dégivrage et je ramassais les blocs de glace à l'aide d'un long couteau tranchant pointu qui était toujours en pareil labeur le meilleur outil possible, choix qui avait lors de son année d'adoption donné lieu à de la perplexité vraiment, tellement un si bon couteau de cuisine, aiguisé, affuté et nettoyé avec soin, après chaque usage, était en fait compromis dans une opération si peu digne et si lointaine de son habituelle fonction. Les blocs d'une glace sale, détachés étaient ensuite lancés à travers la cuisine vers l'évier. Cette année-là donc, je fus assez surpris, après être allé faire un tour, de retrouver dans mon évier, la glace sale et piteuse du dégivrage de mon réfrigérateur ayant fondu, une multitude de petits galets gris que je reconnus tout de suite comme ayant été ramassés sur les plages du Sud de l'Angleterre, mais que je ne reconnus pas immédiatement comme ayant été laissés là, l'année précédente par le dernier dégivreur en date, c'est-à-dire moi-même. Dans cet intervalle de temps, somme toute très court, entre la reconnaissance des pierres comme provenant du Sud de l'Angleterre et celle plus affirmative de son expéditeur, moi-même, l'inconnu eut le temps de produire ses angoisses subites, ses fantasmes mais surtout cet aiguillon de peur si reconnaissable à sa petite décharge d'adrénaline.
posted by Philippe De Jonckheere at 6:55 AM
17 août 2003
Mercredi 17 août.Les choses se précipitent. J'écrivais, il y a quelques jours, le samedi 30 juillet pour être précis, avoir le sentiment d'être entouré de gens mal portants. Je ne peux que me féliciter de ma clairvoyance. Effectivement, je viens d'apprendre qu'un de mes proches vient d'être hospitalisé, et étant donné son âge canonique, les choses ne se présentent pas, dans son cas, pour le mieux. J'ai doublement raison d'être satisfait de ma lucidité. D'une part le sentiment d'être entouré de gens mal portants n'est plus une simple vue de l'esprit, mais d'autre part la personne qui vient drastiquement de s'être approchée du trépas, figure, de fait, en tête de liste des lettres de condoléances à rédiger. Je note également avec satisfaction que toutes les lettres de condoléances relatives à cette personne sont dûment rédigées et n'ont plus qu'à être datées. Il m'ennuie d'ailleurs de ne pouvoir le faire illico, la bienséance m'empêche cependant d'effectuer cette datation anticipée, la résistance au mal de tout un chacun étant une affaire personnelle. Je vais donc, pour l'instant, me contenter de rester sur le qui-vive.
posted by Philippe De Jonckheere at 7:39 AM
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