Quand Liu Sian, mon ami chinois, venait à Paris, il prenait ses quartiers chez moi, dans toute l'exiguïté de mon appartement parisien. Quelques amis parisiens de Liu Sian en profitaient pour lui rendre visite. Ces amis étaient chinois. Quelques uns de mes amis venaient aussi pour rencontrer Liu Sian. Ces amis là n'étaient pas chinois. Le fait est que cela donnait souvent lieu à des confusions. Parce que quand les gens s'adressaient à moi, Liu Sian croyait toujours qu'ils s'adressaient à lui, Liu Sian. Pour une raison somme toute très simple: je m'appelle Lucien. Ce qui évidemment se prononce un peu comme Liu Sian. Et pourtant, lui c'est Liu Sian, pas Lucien, lui c'est lui et moi c'est moi, et moi, c'est Lucien, pas Liu Sian, moi c'est moi, et lui c'est lui. Liu Sian, c'était son nom, le sien, le mien c'était Lucien.

Quand Liu Sian, mon ami chinois, venait à Paris, j'allai l'accueillir à l'aéroport, et quand enfin il arrivait, nous ouvrions nos bras l'un à l'autre: " Liu Sian.
— Lucien."

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