ce qu'ils se disent, pourtant je ne manque rien de leur conversation. Ils semblent ne pas être d'accord sur l'endroit de la vile qu'ils cherchent de loin. Elle rit. Qu'est-ce qui fait que ces deux-là se sont rencontrés ? Le hasard, sans doute, qui a voulu que leurs deux noms figurent sur la même liste de noms à l'université, ou à leur travail, ou dans l'immeuble dans lequel ils vivent.
Je n'arrive pas du tout à écrire le texte pour écritures. Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? Oui, c'est le thème. Qu'est-ce que j'en sais moi ce qu'il va se passer maintenant, moi, je suis plutôt un spécialiste des phrases qui commencent par je me souviens.
Au loin un jeune modéliste fait montre d'une très grande virtuosité en cabrioles qu'il fait exécuter à son avion téléguidé. Je suis captivé par ce spectacle beaucoup plus que je ne le serais devant les acrobaties d'un véritable avion dont le pilote enchaînerait de même tonneaux barriqués et autres immelmanns, parce que je sais qu'en cas d'accident, l'avion qui décroche ou le piqué mal redressé, il n'y a pas mort d'homme, comme on dit, débarrassé de cette angoisse putative je suis émerveillé vraiment par ce petit avion ivre qui vire sur l'aile avec beaucoup de souplesse.
C'était donc cela le rêve de l'homme, voler ? Ce n'est plus le rêve de l'homme aujourd'hui, ce n'est plus un rêve pour beaucoup, après-demain entre Vienne et Paris je serai entouré de personnes qui monteront dans l'avion comme on prend le bus, à l'aller mon voisin n'avait-il pas abaissé le rideau devant le hublot juste avant le décollage. En vol, tandis que nous survolions les Alpes qui pointaient à peine leurs plus hauts sommets hors de la ouate nuageuse, il l'avait entre ouvert brièvement pour le refermer aussitôt, ébloui par le reflet du soleil sur l'aile de l'avion, et était retourné à la lecture du Financial Times. L'homme ne rêve plus de voler. Pas cet homme-là en tout cas.
Le rêve de l'homme est devenu plus intangible.
Le rêve de l'homme d'aujourd'hui c'est l'ubiquité, cette aspiration faisant naturellement la fortune des marchands de vent, les plus grosses entreprises et les plus puissantes de ce monde ne fabriquent plus rien, elles vendent du code - de l'informatique - ou des vecteurs pour faire naviguer ces lignes et ces lignes de chiffres à une vitesse qui avoisinent celle de la lumière - les télécommunications. Nos villes sont devenues des constructions invisibles saturées d'ondes dont on découvrira un jour qu'elles sont tout le contraire d'inoffensives pour leurs navigateurs éphémères, nous.
Tandis que j'écrivais mon ombre, maintenant que je suis relevé, s'est considérablement allongée.
Ce que je photographie aujourd'hui ?, mon ombre. Aujourd'hui, plus qu'un autre jour, j'ai besoin de me voir, de m'atteindre.
D'où vient cette agitation soudaine ? Celle sortie du manque d'habitude, de l'étranger. D'être à l'étranger. Quel tumulte!
Que de chemin, en pensées aussi, parcouru en deux heures! En deux heures de temps habituellement, dans l'atelier, je parviens à accomplir si peu de choses.
Il faudrait que je sorte plus souvent. Marcher davantage. Marcher davantage et travailler moins. C'est sans doute la solution à ce tarissement que je ressens si profondément, comme si d'écrire tous les jours m'asséchait. Pourtant j'ai littéralement soif de cet asséchement.
De la sueur dans le cou, froide. J'opine de la tête pour la sentir dégouliner dans les plis du cou.
Cette partie de la ville, quel hasard que je l'ai trouvée, cachée derrière un virage en épingle à cheveu, à la sortie de mon travail.
C'est très prétentieux non ?, d'’imaginer ce qu'il va se passer dans l'avenir même proche. C'est ...(...)...