Marie Basmati rentre dîner à la maison. Il y a un mot de monsieur, sur un post-it. Jean-Pierre Basmati a toujours professé la plus grand admiration pour l'inventeur du post-it. Il a une urgence chez ATD quart-monde. Il rentrera tard. En deux minutes, Marie essaie tour à tour cinq chaînes du petit écran. Dégoûtée, elle prend la voiture et va chez Carrefour, puisque c'est le jour de la nocturne. Autant de courses qu'elle n'aura pas à faire samedi prochain. Entre les rayons, elle ne peut éviter de serrer huit mains appartenant à huit têtes vaguement connues et d'entendre huit doléances. Dommage que la Carrefour ne soit pas sur la commune. Elle va à la boucherie et prend du porc, une palette, elle aurait dû l'acheter à la Chapelle, ou moins cher chez Leclerc dans la ville voisine, mais bon, elle n'a pas à être maire vingt-quatre heures sur vingt-quatre, non plus!

Elle appelle son fils au téléphone. Il n'est pas là. Lui laisse un message. Pareil avec sa fille. Ils n'ont pas à la rappeler: qu'ils captent simplement une bise tendre.

Marie Basmati se couche tôt. Elle se masturbe en rêvassant et rêvasse en se masturbant. Personne n'a à savoir ça.

Extrait d'une Mauvaise maire, de Jacques Jouet