Trente bouches infernales flamboient à présent dans les deux grands bâtiments, et engloutissent les victimes innombrables. Il ne faudra pas longtemps pour que ces cinq mille êtres, ces cinq mille mondes, soient dévorés par les flammes.
Les tours flambent et grondent comme des vagues de tempête, ils brûlent d'un feu allumé depuis longtemps déjà par les mains de ces barbares et assassins du monde, qui espèrent par sa lumière repousser les ténèbres de leur monde d'horreur.
Le feu brûle haut et clair, en toute tranquillité, nul ne l'entrave, nul ne tente de l'éteindre Il reçoit sans cesse de nouvelles victimes, innombrables. Comme s'il était venu au monde à cette seule fin, l'antique peuple de martyrs.
Vaste monde libre, verras-tu un jour cette haute flamme ? Et toi, homme libre, si un soir là-bas tu t'arrêtes en ton lieu pour lever les yeux vers les deux, vers leur bleu protond voilé au lointain de flammes - sache, homme libre, que c'est le teu de l'enter, qui brûle sans cesse, consume sans cesse des êtres humains. Un jour ton cœur gelé se réchauffera peut-être à leur feu et fondra, et tes mains troides, tes mains glacées viendront ici éteindre ces flammes. Et ton cœur sera peut-être ailé de courage et de bravoure, et tu chargeras les victimes pour nourrir ce feu ; cet enfer, qu'il brûle ici à jamais, et que soient dévorés dans ses flammes ceux qui l'ont allumé.