Extrait de
Sortie d'Usine de François Bon.

 

Le nom de ces chariots, voyez-vous, c'est transpalette. La palette étant ce carré de planches, enfin ces deux carrés séparés par des tasseaux. On en trouve pour sur dans toute industrie, c'est normalisé. Pour les expéditions, transbahutages des colis, conteneurs, cartons, du vrac même. Tenez, là, ce vérin: il vient direct d'Allemagne, de la sous-traitance, nous on a plus qu'à le poser. Ben voyez, mis tout bête sur la palette, un bout de nylon, ficelé par-dessus avec du ruban métallique, et embarquez. L'interêt du système c'est que, si lourd et tarabusqué que ce soit, le fenwick, il vous prend ça d'un coup, y a qu'à enfourcher entre les tasseaux, et ça s'empile tout seul, pour le stockage. Plus si ça gêne dans un coin, en un rien de temps on le fourgue dans un autre. Il y a des rococos qui font comme ça le tour de la boîte une fois par an depuis des éternités.

Le transpalette, eh bien il sert à remorquer les palettes à la main chaque fois que ce serait pas la peine d'aller chercher le fenwick, ou bien qu'il n'y ait pas la place de passer. Y a pas grand effort à faire pour se représenter la chose: la fourche, deux planches métalliques parallèles, une grosse fourchette si vous voulez, montée sur roulettes, dont une orientable en tête. Du métal nu, les roulettes, pas de caoutchouc. Six huit centimètres de diamètre, du quatre-vingts millis qu'on dirait nous, dans la mécanique, qu'on cause toujours en millimètres. Et par devant la tige à tirer l'engin, le timon quoi. Inclinable, plus le système là de pédale: vous balancez à gauche et si on pompe, comme ça, ça fait cric, la fourche monte et soulève la palette à dix quinze centimètres. Jusqu'à la tonne, et tranquille, avec un petit renfort d'huile de coude, si je vois venir votre question. Et en retournant la pédale sur la droite l'engin se pose douceur concorde.