| Extrait de Marelle de Julio Cortazar (inventeur du lien hyper-texte).
Chapitre 94 Morellienne Une prose peut s'avarier comme un morceau de rumsteck. Jassiste depuis des années aux signes précurseurs de la pourriture de mon style. Comme moi, il a ses angines, ses ictères, 1'appendicite, ses crise d'aboulie, mais il me devance sur le chemin de la dissolution finale. Après tout, pourrir signifie en finir avec 1'impureté des composants et rendre ses droits au sodium, au magnésium, au carbone chimiquement purs. Ma prose se pourrit syntaxiquement et avance - à grand-peine - vers la simplicité. Je crois que c'est pourquoi je ne sais plus écrire cohérent; mon verbe se cabre et me jette tout de suite à terre. Fixer des vertiges, comme cest bien. Mais je sens qu'il me faudrait fixer des éléments. La poésie est faite pour cela, comme certaines situations de roman, de nouvelle, de théatre. Le reste n'est que remplissage et me rebute. Oui, mais les é1éments, est-ce là 1'essentiel? Fixer le carbone est moins intéressant que fixer 1'histoire des Guermantes. Je crois confusément que les éléments que je vise sont une limite de la composition. On inverse le point de vue de la chimie scolaire. Quand la composition est parvenue à sa limite extrême, s'ouvre le domaine de l'élémentaire. Fixer ces éléments et, si possible, être ces éléments. |