Extrait de Marelle de Julio Cortazar (inventeur du lien hyper-texte).


Chapitre 147

Pourquoi si loin des dieux ? Peut-être parce qu’on se le demande. Eh quoi ? L’homme est l'animal qui pose des questions. Le jour où nous saurons vraiment poser des questions, il y aura dialogue. Pour le moment les questions que nous posons nous éloignent vertigineusement des réponses. Quelle épiphanie pouvons-nous espérer si nous sommes en train de nous noyer dans la plus fausse des libertés, la dialectique judéo-chrétienne ? Il nous faut un Novum Organum de vérité, il faut ouvrir toutes grandes les fenêtres et tout jeter dehors, mais il faut surtout jeter aussi la fenêtre, et nous avec. C'est la mort, ou l'envol. Il faut le faire, d'une façon ou d'une autre, il faut le faire. Avoir le courage de faire irruption dans la fête et de mettre sur la tête de l'éblouissante maîtresse de maison un énorme crapaud vert, joyau de la nuit, et d'assister sans sourciller à la vengeance des laquais.