Extrait de Au moment voulu de Maurice Blanchot.  

Je brûlais mais ce feu terrible était le frisson du lointain auquel ne correspondait aucune tâche. Je devenais plus silencieux ( et comme j'étais seul, cela voulait dire, silencieux à l'égard de moi-même ). Extraordinairement oisif et cependant ayant peu de temps. Dans une certaine mesure, ma vie était l'exubérance, mais dans une certaine mesure elle était la pauvreté du souffle, et sans doute pouvais-je me dire que les forces du désir s'étant liées en moi à la vérité d'un seul instant, il me fallait bien donner à cette vérité non seulement moi-même, non seulement tout, mais plus encore ( et plus, c'était, j'imagine, la brûlure de l'être niant éternellement sa fin ), mais une telle explication tranquillisante ne m'expliquait pas pourquoi j'étais cette torche allumée en vue d'éclairer un seul instant, et expliquer, quand on brûle dans l'impatience, c'est là le genre de bassesse que jamais le jour n'autorise, lui en qui pourtant le frisson se fait jour.