Je me souviens du Memory — une tentative d'autoportrait en 2500 facettes. 


Cela m'a pris telle une lubie: j'ai décidé de restaurer le vieux jeu de Memory. En fait je commence à jouer au Memory avec Madeleine et la laideur des illustrations du jeu d'aujourd'hui m'a donné à revoir en songe les illustrations de celui de mon enfance. Je l'ai ressorti, toutes les cartes du vieux jeu sont cornées et usées. Les dessins sont griffés et rayés, toutes ces éraflures disent les parties endiablées de temps lointains, et notamment de ces fins de parties durant lesquelles, dans la précipitation, on passait à côté d'un grand chelem de rêve, et on n'avait pas le plaisir de tout rafler jusqu'à la paire finale de cartes, avec, toujours, la question pour cette ultime paire: et la dernière qu'est-ce que c'est? L'escargot! ou "le petit lion"!
Le jeu de l'enfance est désormais contenu dans une vieille boîte en bois très ouvragée, cadeau d'Helena, l'amie yougoslave des parents. La boîte aussi il faudra que je la confie à Pascal pour qu'il l'a remette en état. Toutes ces vielles illustrations qui fleurent bon le début des années soixante et les souvenirs qui affleurent: étonnant comme le jeu de Memory devient lui même un objet et un enjeu de mémoire:
Je me souviens du chataîgnier en fleurs
Je me souviens de la bougie
Je me souviens de l'ananas
Je me souviens du rouge
Je me souviens de la petite flèche
Je me souviens de la grosse boule de Noël
Je me souviens de l'arbre en automne
Je me souviens du jaune "propre"
Je me souviens du jaune "sale", le même jaune que sur l'autre carte, mais parasité par des fines rainures vertes, comme un effet de matière de papier kraft.
Je me souviens des pois blancs sur fond bleu foncé (qu'il ne allait pas confondre avec pois bleus sur fond blanc)
Je me souviens de l'emballage des lustucrus (un damier mauve et blanc)
Je me souviens du poisson
Je me souviens du drapeau
Je me souviens des groseilles
Je me souviens du paon
Je me souviens de la petite boule de Noël (par opposition à la grosse boule de Noël)
Je me souviens de la petite fraise
Je me souviens du moineau
Je me souviens de la noix
Je me souviens du petit tigre à la fenêtre
Je me souviens du papillon
Je me souviens de la petite fille brune
Je me souviens du hibou
Je me souviens du bleu
Je me souviens de la petite fille blonde
Je me souviens de la petite église
Je me souviens de la petite pomme
Je me souviens du grand bouquet de fleurs
Je me souviens de la fleur bizarre dont on ne savait pas le nom
Je me souviens du ballon
Je me souviens de "la face B des Beatles" (en fait une pomme coupée en deux, la face coupée apparente, bien sûr)
Je me souviens du polichinelle
Je me souviens du cheval
Je me souviens de l'autre fleur bizarre dont on ne savait pas le nom non plus
Je me souviens des légumes
Je me souviens des pois bleus sur fond blanc qu'il ne fallait pas confondre avec pois blancs sur fond bleu foncé
Je me souviens de la marguerite
Je me souviens de "l'oie rouge" (en fait, une oie blanche sur fond rouge).
Je me souviens de l'escargot
Je me souviens des grattoirs d'allumettes
Je me souviens des petits losanges (en fait une mauvaise reproduction d'un patchwork amish)
Je me souviens du tableau bleu, de la main et de la bille rouge
Je me souviens du "gros lion" (qu'il ne fallait pas confrondre avec le "petit lion" qui en fait était un petit tigre à une fenêtre.)
Je me souviens du cardinal rouge (et c'est à cette carte de jeu de Memory que j'ai immédiatement pensé quand je vis pour la première un tel oiseau, petit oiseau rouge, magnifique, perché sur un grillage dans un parc à Chicago)
Je me souviens du paon
Je me souviens des allumettes
Je me souviens du soleil
Je me souviens du bateau dans la nuit (et comment plus tard lorsque je pris le ferry de Portsmouth un soir je repensais à cette miniature de bateau tandis que je conduisais ma voiture dans l'immense gueule du ferry, c'est étrange non cette association de pensée entre une chose minuscule — les cartes du jeu de Memory font 5X5 centimètres — et quelque chose d'énorme au contraire)
Je me souviens de Babar (et comment nous nous disputions sans cesse, mon frère Alain et moi, pour obtenir cette paire plutôt qu'une autre, enjeu à part dans une partie de Memory)
Je me souviens de "l'interdiction d'attérir" (en fait un carré séparé en deux par la diagonale, une partie en rouge et l'autre en jaune, ce qui, de fait, sous la forme d'un drapeau, sur les aéroports, signifie l'interdiction d'attérir)
Je me souviens du grand tigre
Je me souviens du citron
Je me souviens des grands losanges ( qu'il ne fallait pas confondre avec petits losanges)
Je me souviens de la cheminée d'usine (c'est cette paire de cartes qui manque au jeu, parce qu'elle était tellement abimée, qu'il était possible de la reconnaître retournée, aujourd'hui bien sûr, pour l'image, je regrette beaucoup que nous ayions jeté cette carte, d'autant que j'aurais pu la restaurer sous Photoshop comme les autres cet après-midi.)
Je me souviens du dessous des cartes, sur un fond blanc sale, des petites étoiles dessinées à l'encre bleu de Prusse, qui à l'époque était ma couleur préférée.
Je me souviens du Memory.


Et puis, ayant dûment numérisé toutes les cartes du vieux jeu de Memory, la pensée naturelle, une fois les images scannées comme toutes choses passées au crible numérique, de proposer ce jeu aux visiteurs du site. Las, la programmation d'un tel jeu ne m'apparassait pas atteignable par mes seuls moyens, j'avais bien téléchargé quelques échantillons et extraits de programmes, je ne parvenais pas à les adapter à mes besoins. Par exemple je réussissais à produire un jeu de trente deux paires de cartes, et dont le fonctionnement ne me satisfaisait pas entièrement, mais j'échouais en tentant d'étendre son principe à cinquante paires de cartes, or le véritable jeu de Memory de mon enfance comporte cinquante paires de cartes et je n'avais pas l'intention de brader ce souvenir d'enfant. J'abandonnais donc cette idée.

Un soir cependant, tandis que je geignais d'avoir tant de mal, par ailleurs, à maintenir en équilibre l'édifice qu'est le site du désordre, et que je me plaignais ouvertement de tout cela dans le bloc-notes du site, je reçus le mail d'un jeune programmeur, Julien Kirch, qui m'offrait de me donner la main pour améliorer le côté technique des choses sur le site. Quand je demandais à Julien ce qu'il savait faire, je me rendais compte que rien ne lui paraissait vraiment hors de portée. Je dis à Julien mon désir d'un jeu de Memory qui redonne un peu de ce plaisir enfoui de jouer accroupis sur le tapis du salon et de s'aider de ses motifs géométriques pour prendre des repères, Julien me répondit que cela n'offrait pas de difficultés rebutantes, Julien a toujours l'air de penser que les choses, s'agissant de programmation, ne sont pas compliquées. Par ailleurs, cela faisait longtemps que je caressais l'idée de produire mon propre jeu de Memory, un jeu qui contiendrait cinquante paires de mes images — plutôt que celles assez kitsch et datant des années soixante qui étaient celles de mon jeu d'alors — je voyais dans ce projet une manière d'enjeu graphique.

Et à vrai dire, j'avais surtout l'idée de plusieurs jeux thématiques. Je pensais tout de suite à un jeu de Memory érotique, comme il existe des jeux de 52 cartes avec des bonnes femmes à poil, mais je pensais aussi à des jeux avec des motifs abstraits, qui justement donneraient un peu de fil à retordre au joueur de Memory tout de même aguerri que je suis. Je me remémorais alors ces quelques lignes d'introduction que Georges Perec a écrites dans la Vie mode d'emploi dans lesquelles il explique que si le seule difficulté d'un puzzle devait résider dans le motif qu'il morcelle, alors un tableau de Jackson Pollock serait difficile, et plus difficile encore serait un puzzle entièrement blanc, dans les deux cas ce serait surtout laborieux. Puisqu'il était question de Georges Perec et de jeu de mémoire, je pourrais aussi faire un jeu de Memory à partir de Je me souviens. Décidément ce serait une bonne idée de faire plusieurs jeux thématiques; comme Julien me demandait de lui brosser un peu les lignes directrices du jeu dont je souhaitais disposer, une manière de cahier des charges, je lui demandais de faire un programme qui puisse tourner de la même façon dans des contextes divers et produire de ce fait autant de jeux différents.

Les règles de jeu de Memory sont assez simples. Un jeu de Memory est composé d'un nombre donné de paires indentiques de cartes imagées. Toutes les cartes partagent un dos et des dimensions identiques qui empêchent qu'elles puissent être reconnues une fois retournées. Au début d'une partie, les cartes sont mélangées puis sont disposées retournées et chaque joueur, à tour de rôle, retourne deux cartes. Si les deux cartes retournées sont identiques, leurs deux faces imagées étant les mêmes, le joueur empoche les deux cartes et continue de jouer, c'est à dire de retourner deux nouvelles cartes. Si les deux cartes retournées diffèrent, les deux cartes sont retournées à nouveau, faces cachées, et c'est au joueur suivant de jouer. Le but du jeu est de collectionner le plus grand nombre de cartes possibles, ce qui est obtenu en mémorisant au mieux l'emplacement de chaque carte qui a été précédemment retournée de telle sorte que sa carte jumelle retournée, les joueurs puissent reformer la paire, en devinant, face cachée, son emplacement dans le jeu.

Le programme que Julien a écrit fait appel à une fonction aléatoire qui, à chaque nouvelle partie, place les cent cartes issues des cinquante paires d'un jeu dans un ordre donné, selon un quadrillage de dix cartes par dix cartes A ce sujet il faut savoir qu'il y a 800 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 00 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 — c'est à dire factorielle 100 divisée par factorielle 50 — possibilités pour ranger cent cartes de Memory — pourvu, encore une fois, que l'on se contente d'un quadrillage de dix cartes sur dix cartes, dans la pratique réelle du jeu il n'est pas exclu de ranger les cartes, si ce n'est n'importe comment, en vrac, tout du moins selon une méthode de rangement qui ne soit pas celle régie par le quadrillage, en colimaçon par exemple. Pour donner un ordre de grandeur de ce chiffre sachez que 800 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 00 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 est un milliard de milliards de milliards de fois supérieur au nombre d'atômes que l'on pourrait faire tenir dans la totalité de l'univers observable, c'est à dire dans les grandes largeurs — pour ainsi parler — une sphère de 30 milliards d'années-lumières de diamètre. Je me souviens que le volume de la sphère, qu'elle soit de fer ou qu'elle soit de bois est égal à 4 tiers de pi R3.

Non content d'avoir réalisé un script aléatoire qui nous poussait un peu au delà des limites de l'univers connu, Julien m'assura que, non, il ne serait pas difficile de créer un nouveau script qui cette fois-ci prendrait une ou plusieurs parmi les cinquante paires de cartes d'autant de jeux que je voulais. Je me dis alors que pour bien faire il me faudrait donc composer cinquante jeux différents de telle sorte que le jeu composite soit construit à l'aide d'une paire de cartes prise au hasard à chacun des cinquante jeux.

Et je notais alors dans un fichier de bloc-notes toutes les idées de jeux de cinquante variations d'images voisines auxquelles je pouvais penser, j'écrivis à Julien:
>ce que
>j'aimerais faire ce sont des jeux de Memory quasi impossibles à jouer, ou très difficiles, >dont il existerait plusieurs versions toutes basées sur le principe d'une très grande >adversité et qui demanderait un grand sens de l'observation. En cela je ferais
>volontiers référence au début de la Vie mode d'emploi de Perec, dans lequel Perec >explique que les puzzles les plus compliqués sont ceux de tableaux abstraits comme ceux >de Jackson Pollock — Perec ne devait pas connaître Barnett Newman — puis finit par >statuer que le puzzle sans doute le plus retors serait celui d'une couleur unie.

>Les quelques idées qui me viennent de prime abord sont les suivantes (voir fichier txt joint).

Un jeu avec cinquante nuances de gris — ce jeu est tout naturellement destiné aux tireurs noir et blanc tout en leur recommandant, toutefois, de bien calibrer leur écran.



Un jeu avec cinquante couleurs unies différentes — le jeu original comportait trois cartes de couleur unie, une rouge moyen, une jaune citron et une bleue outremer, le jeu des cinquante couleurs est autrement plus difficile à jouer et demande un oeil aguerri pour dicerner et mémoriser les couleurs.


un jeu avec les détails de plusieurs tableaux de Jackson Pollock (voire cinquante recadrages du même tableau). Et c'est cette seconde idée qui fut retenue — ce jeu est extrêmement difficile et demande énormément de discernement visuel, cette exigence va de pair avec celle, non seulement de la peinture de Jackson Pollock mais aussi avec celle qui est attendue du spectateur de cette peinture.

Un jeu avec des tableaux de Piet Mondrian — à ceux qui auront beau jeu de dire que je fais un usage caricatural de la peinture de Piet Mondrian, j'entends répondre que seule une exposition rétrospective n'a d'intérêt s'agissant d'appréhender la peinture de Piet Mondrian, seul un regard rétrospectif, en effet, permet de voir que dans chaque toile de Piet Mondrian demeure une question en suspens et que la toile qui lui fait suite commence par répondre à cette question restée sans réponse dans la toile précédente, et y ayant répondu, elle pose une nouvelle question qui trouvera sa réponse dans la toile suivante, en jouant au Memory avec de petites vignettes empruntées à la peinture de Mondrian, le joueur attentif trouvera peut-être sur son chemin quelques unes de ces correspondances.

Un jeu avec cinquante coquillages issus des planches de dessins d'Albertus Seba (cela peut-être aussi avec des papillons). Ces deux jeux effectivement ont été réalisés et montrent toute l'opinâtreté du travail d'Albertus Seba dans son entreprise de recensement d'une part mais aussi d'enregistrement des plus infimes variations d'une même espèce, animale, végétale ou minérale.

Un jeu avec des écrous, des boulons, des clous et des vis de tailles différentes

Un jeu avec des articles pris dans les pages du catalogue de la manufacture d'armes et de cycles de Saint-Etienne. En fait le fac-simile du célèbre catalogue de vente par correspondance a toujours siégé proche de mon scanner, m'aidant dans de nombreux travaux de graphisme, prenant ainsi le relai de mon dessin ni très sûr, ni très exact, s'agissant de représenter tel ou tel objet manufacturé, même parmi les plus simples, et de fait l'incroyable diversité des articles qui figurent sur ce catalogue permet de répondre à presque tous mes besoins graphiques tout comme les marchandises qui y figurent répondaient à presque tous les besoins de la vie courante d'alors.

Un jeu avec des recadrages improbables de photos pornographiques — dans la Chambre claire Roland Barthes crée un formidable outil pour regarder les images photographiques lorsqu'il établit une distinction entre le studium d'une photographie, en somme ce qu'elle s'était donnée de représenter, et le punctum, c'est à dire un détail quasi involontaire dans sa représentation, mais qui justement au delà du studium donne à voir davantage, tel une révélation, et finit par identifier le studium, une photographie sans punctum est une photographie sans qualité. J'ai lu la Chambre claire de Roland Barthes à mes tout débuts en photographie, et je ne crois pas avoir jamais regardé une image sans m'aider de cet outil de lecture. Et s'agissant des photographies pornographiques, ce mode de lecture s'avère d'autant plus efficace, ainsi devant une photographie pornographique des années soixante-dix (mes préférées) je suis toujours nettement plus troublé par le motif du papier peint ou de tout autre élément décoratif que par ce qui est, de fait, représenté, une fausse blonde opulente agrémentant une ou plusieurs verges, d'autant de façons assez faiclement prévisibles.

Un jeu avec des recadrages très serrés d'images célèbres de l'histoire de la photographie — une idée qui s'est transformée dans celle de cinquante portraits d'August Sander de l'Allemagne de l'avant-guerre — et pourquoi ce livre plutôt qu'un autre, par exemple les Américains de Robert Frank?, sans doute parce que les visages des photographies d'August Sander m'ont toujours fait la forte impression d'être figés avant de connaître l'enfer. Toutes ces personnes qui vivent là leur derniers moments de paix avant que ne s'abatte sur eux, et notamment Juifs et Gitans, le déluge de la seconde guerre mondiale. Il y a dans cette immobilité quelque chose de comparable, mais multiplié et étendu à une échelle phénoménale, à ce même calme qui précède un accident de voiture, la vie est encore là, une manière d'insouciance, celle de l'instant t-1, qui tout d'un coup va être interrompue et sacagée, et dans le chagrin qui lui fera suite, il sera souvent donné de repenser à ces instants paisibles qui ont précédé l'accident.

Un jeu avec des mots de consonnances approchantes écrits dans des typos et des effets de typo assez proches. L'idée oulipienne, prévue pour donner de la complexité au jeu, piégeant le joueur autant de fois que possible, s'est transformée en une seule et même lettre, le "E" (revenente) — la lettre "E" — dans cinquante polices de caractère différentes, jeu seulement jouable par des typographes pointilleux, ce que je ne suis pas.

Un jeu avec cinquantes variations de formes à partir de la lettre "H" de la police de caractère Helvetica — et pour moquer un peu les typographes pointilleux qui sont seuls à pouvoir résoudre le jeu de memory des "E", ces cinquante variations à partir de la lettre "H" de la police de caratère Helvetica. En première année aux Arts Décos nous avions un professeur de typographie odieux et mon amie Daphna Blancherie avait admirablement tourné en dérision un de ses exercices dont l'objet était de produire une cinquantaine de variations possibles à partir d'une seul mot écrit dans une seule police de caractère, recadrages et changements d'échelle devaient nous permettre de réaliser cet exercice. Daphna avait pris la lettre "H" de la police Helvetica et n'avait produit que de grandes plages géométriques de noir ou de blanc qui toutes pouvaient venir des formes éculées de la lettre "H", vue en quelque sorte par le petit bout de la lorgnette. Notre professeur avait été très en colère à cause de cette moquerie mais il avait du accorder l'"UV". Je faisais comparablement enrager le professeur de couleur, en ne produisant que des à-plats, en diagonale, de noir et jaune, quel que fût le sujet de l'exercice.

Un jeu avec des nombres <s>interminables</s> de chiffres en rouge sur fond noir. Ce qui s'est transformé par le manque de place qu'une vignette de 70 par 70 pixels laisse à la lisibilité, en cinquante effets typographiques avec des nombres de moins de cinq chiffres, ce qui est assez difficile comme ça — joueurs qui avaient l'habitude de dire que vous n'avez pas la memoire des chiffres, ce jeu n'est pas pour vous.

Un jeu avec cinquante parmi les variations possibles d'une face de Rubick's cube (à noter qu'il y a 10077696, c'est à dire 6 à la puissance 9 possibilités d'associer 6 couleurs aux neuf facettes d'un face de cube de Rubick, j'y vois là la très grande infériorité du cube de Rubick sur le jeu de Memory) — jeu tout à fait injouable — je veux parler du jeu de Memory à partir du cube de Rubick, et non du cube de Rubick lui-même, quasiment injouable lui aussi sauf en apprenant par coeur quelques séquences de mouvement — vous aurez beaucoup de mal à terminer ce jeu en faisant moins de 2500 coups, ce qui est le nombre maximum de coups que l'on peut faire au Memory sans terminer un jeu.

Le jeu de Memory original de mon enfance entièrement restauré — et après tout pourquoi ne pas fournir quelques jeux plus facilement réalisables pour les joueurs débutants?, sans compter que parmi les visiteurs du site certains seraient sans doute contents de retrouver les images dont ils avaient peut-être tout oublié, un comble.

Un jeu avec cinquante vers des Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, l'idée s'est transformée, toujours par manque de place dans une vignette de 70 par 70 pixels, en cinquante mots choisis dans les Cent mille milliards de poèmes — les cinquante substantifs choisis ici le sont parmi la petite centaine d'entre eux présent dans le livre, étonnant tout de même que Queneau ait pu composer 10 puissance 14 poèmes avec une petite centaine de substantifs, cela devait paraître insensé à René Char.

Un jeu avec des boutons — j'étais alors certain de faire plaisir à une visiteuse du site qui, ravie de voir mes petits boutons scannés servir de boutons cliquables dans certaines pages du site, cette visiteuse, donc, depuis, m'abreuve régulièrement de nouveaux boutons de son ample collection — ce jeu demande par ailleurs une grande capacité d'observation, mais est moins difficile qu'il n'y parait.

Un jeu avec la cinquantaine de photos que j'ai déjà prises de la salle des serveurs à mon travail. Je n'ai jamais retrouvé ces photographies.

Un jeu avec des cartes perforées. Je n'ai pas retrouvé le petit tas de cartes perforées que je conserve depuis des années, en revanche j'ai pu facilement faire 50 recadrages de l'image des 96 monolithes que j'avais faite à partir de rayogrammes de ces cartes perforées que je ne retrouve plus — au même titre que les cinquante faces possibles de cube de Rubick ce jeu est proche de l'impossible parce qu'il demande des capacités d'observation vraiment inhumaines, et cependant, c'était bien là mon propos: faire trébucher des humains là où les ordinateurs les plus rudimentaires retrouvent instantanément leurs petits, leurs petits trous.

Un jeu avec des figures très compactes de Tangram — et combler un peu ce désir permanent qui est le mien, c'est à dire de pouvoir combiner deux jeux, enfant je n'arrivais pas à convaincre mon père de l'intérêt qu'il y aurait à tenter une partie d'échecs sur un damier par exemple, histoire de changer de cadre, lui objectait que le jeu original des échecs offrait déjà suffisamment de ressources, ce qui n'est pas faux — à la fin de sa vie cependant José-Raoul Capablanca, trouvant peu d'adversaires à sa très grande hauteur étudiait, seul, à quoi pouvait ressembler une partie d'échecs pourvu qu'au début de la partie la position des cavaliers et des fous soit inversée, mais c'était Capablanca. Plus tard quand je découvrais les échecs féériques, c'est à dire toutes sortes de jeux d'échecs dont les règles étaient légérement modifiées, tel que de jouer sur un échiquier cylindrique ou en introduisant des pièces imaginaires telles que la sauterelle dont les mouvements étaient très particuliers et tout à fait anachroniques sur un échiquier, découvrant ce monde imaginaire, j'en voulus presque à mon père de m'avoir dissuadé dans ces recherches farfelues à un moment de ma vie où mon imagination était particulièrement prolixe pour inventer de nouvelles règles au sacro-saint jeu d'échecs.

Un jeu avec les cinquante premiers coups d'une partie d'échecs opposant Capablanca à Alekhine, le tout joué bien sûr sur l'échiquier de poche de Marcel Duchamp. Mieux(!) qu'une opposition entre Capablanca-Alekhine j'ai retrouvé dans mes livres d'échecs, ceux que je tiens de mon grand-père Oscar De Jonckheere, une partie qui opposait Anderssen avec les Blancs à Kieseritsky avec les Noirs — pour réussir ce jeu il faut, à mon sens, faire montre de deux qualités combinées, être un solide joueur d'échecs capable de repérer et mémoriser une position, et aussi avoir une très bonne vue. Suivre cette partie à l'écran avant de se lancer dans la partie de Memory. Les coups de cette partie.

Un jeu avec une cinquantaine de mots qui constitueraient les cinquante articles d'une liste de courses écrite par Anne pour un festin indien dont elle a le secret — vous avez tout intérêt à vous entraîner à ce jeu avant de vous risquer dans la rue du Faubourg Saint-Denis en mission recommandée pour Anne pour en rapporter toutes les précieuses épices, et, plus difficile, n'en oublier aucune.

Un jeu avec les photographies des cinquante objets qui jonchent mon bureau, ce qui est devenu naturellement cinquante photos de mon bureau tandis que je travaillais à composer les cinquante variations du jeu de Memory — classique mise en abyme.

Un jeu de cinquante vignettes de Tintin transpirant — relisez vous -même Tintin, vous verrez que c'est un héros qui transpire beaucoup.

 

Un jeu de cinquante photographies de la série Anne, qui en compte presque cinquante

 

Un jeu de cinquante autoportraits de la série la Vie — et s'il avait été possible d'inclure les images entières de cette série dans des vignettes de 70 par 70 pixels, c'est sans doute ce que j'aurais fait, chaque carte serait alors devenu un jeu de Memory miniature en elle-même.

Un jeu de cinquante caractères chinois — à moi aussi ceci est du chinois, ce qui donne, précisément, à ce jeu des allures de véritable casse-tête chinois.

 



Et donc, bien sûr, un jeu à partir des tuiles du jeu de Mah Jong, ce qui avait ceci d'amusant que cela rappelait les parties de Memory de l'enfance dans les Cévennes avec justement un jeu de Mah Jong, parce que nous n'avions pas de jeu de Memory à proprement parler dans les Cévennes. A noter qu'à la différence du jeu de Memory avec un jeu de Mah Jong tel qu'il apparait ici, dans la réalité, une telle partie diffère d'une partie normale, puisqu'elle se joue avec les 108 tuiles, qu'il y a quatre exemplaires de chaque image, et que l'on peut donc choisir de les associer par paires, les quatre exemplaires d'un neuf bambous donnant deux paires de neuf bambous, ou, au contraire, considérer que c'est là une version chinoise du jeu de Memory et pervertir la règle: décréter qu'il faille retrouver les quatre tuiles de la même figure, donc retourner les tuiles quatre par quatre, ce qui, de fait confère au jeu une difficulté et une saveur toutes orientales, à déconseiller aux ponentais réfractaires.

Un jeu de cinquante recadrages de Tar Findings de Barbara Crane — avec Barbara et l'écoute de John Cage, j'ai compris tout le parti qu'il y avait de laisser au hasard le soin de faire certaines choses.

 

Un jeu de la cinquantaine d'icônes et de raccourcis qui jonchent le bureau de mon ordinateur — j'accorderais volontiers le prix Nobel, toutes disciplines confondues, à l'inventeur de raccourcis sur un vrai bureau aussi encombré que ma table de travail, un mécanisme permettrait de faire réapparaître la table qui porte le capharnaüm et une double pression légère sur quelques boutons essentiels ferait revenir sur le dessus de la pile tel ou tel document par ailleurs enterré sous une pile de papiers sans importance.

Un jeu de cinquante misérables variations graphiques réalisées avec le programme Illustrator dont je ne comprendrais jamais rien du fonctionnement et avec lequel je ne sais absolument rien faire, de loin le jeu le plus moche de la série — et cette laideur est l'image même de ma paresse, celle qui m'empêchera à jamais de lire ce qui se trouve dans les menus d'aide de ce programme au motif fallacieux que je préfère lire Dostoievski.

Un jeu de cinquante aperçus de ma Très Petite Bibliothèque — je lis somme toute peu, quand bien même je ne lis pas les menus d'aide des programmes que j'utilise, pour avoir le temps de lire Flaubert.

 

Un jeu avec les cinquante dessins d'un flip-book réalisé par Benoît Jacques —je ne connais pas Benoît Jacques, nous avons manqué de nous croiser une paire de fois chez mon ami François, en revanche je connais son frère Olivier, chez qui je gardais les enfants pour quelque argent de poche, quand j'étais adolescent, et dans la bibliothèque duquel, outre quelques images érotiques qui me faisaient toujours vive impression, je trouvais les premières bandes dessinées de son frère Benoît que je lisais à plat ventre sur la moquette du salon en écoutant les premiers disques de jazz auxquels je prêtais attention, et notamment Gary Peacock avec Keith Jarrett et Jack de Johnette dans l'album Tales of another ou les enregistrements au Village vanguard de Bill Evans avec Scott La Faro à la contrebasse, il y avait dans cette immense bibliothèque murale tant de livres, de revues, de disques et de bandes dessinées, même celles, originales, de Benoît Jacques, je ne touchais jamais mes livres de sciences physiques que j'emportais avec moi pour donner le change à mes parents, il y avait beaucoup mieux sur place, tant de choses qui par ailleurs ont fondé mes goûts de maintenant, alors pensez quand j'ai découvert les petits livres de Benoît Jacques dans les rayonnages de la librairie de mon ami François, c'était du pur plaisir retrouvé. Ce jeu est par ailleurs très difficile, cliquez ici et vous verrez le flip-book comme s'il était au bout de vos doigts.

Et donc, dans le même genre d'idées, un jeu avec cinquante photographies de la série Soap Opera — au même titre que le Petit prince de Benoît Jacques, les autoportraits, les photo-matons de Gisèle Didi, la partition de Bach ou encore la partie d'échecs, ce jeu fait appele à des facultés de mémoire d'observation dans le temps.

Un jeu de cinquante rayogrammes simples (noirs sur blanc) — je vous donne sans hésiter cette recette qui n'est pas de moi : dans l'obscurité, placez une feuille de support photosensible, à plat ou contre un support, placez un objet devant cette feuille, allumez briévement la lumière, puis développez le support photosensible selon les directives figurant sur son emballage, si vous êtes comme moi, cela devrait vous tenir occupé quelques années.

Un jeu avec les cinquante variations de semeuses prises à la collection de timbres de ma mère — c'est assurément les collections de timbres en plus des parties de Memory qui auront développé dans mon enfance le goût pour la variation à partir du même motif, mais aussi, dans le cas de la pratique du jeu de Memory une mémoire visuelle très précise.

Un jeu avec une page de la Recherche du temps perdu morcellée en cinquante facettes.

 

Un jeu avec cinquante articles de Je me souviens de Georges Perec.

 

 

Une évocation des camps de concentration de la Shoah, de ces mêmes camps de la mort desquels sont revenus Primo Levi et Robert Anthelme, mais dans lesquels ont péri Robert Desnos et des millions d'autres. D'après le calendrier de l'an 55 du Lièvre de Mars. Et chaque année baisser un peu la densité de ces vignettes, jusqu'à les fondre toutes dans un même blanc uniforme avalant les derniers vestiges d'une mémoire fragile.

 

Si je devais retenir trois enjeux majeurs de mémoire en littérature, ce serait ces trois-là, Proust, les Je me souviens de Perec et les témoignages des camps de Primo Levi et Robert Anthelme. Merci au Lièvre de Mars d'avoir bien voulu composer un jeu de Memory dont l'enjeu de souvenir fut précisément la partie la plus sombre de notre mémoire.

 

 

Un jeu de cinquante mains de Wound/Healing — à ne pas reproduire chez vous :brûlez vous sévérement en posant la main sur une plaque chauffante électrique allumée et rouge vive, puis tous les jours allez dans le magasin de photocopie le plus proche et faites une photocopie de votre main jusqu'à disparition complète des dernières ampoules, la main posée sur la vitre de la photocopieuse, tous les jours, sentez au passage du rayon lumineux le souvenir de la brûlure, la mémoire de la douleur.

Un jeu de cinquante polaroids de la série Pola journal — ce qu'il reste d'une année entière tendue dans le but de produire un polaroid par jour, une discipline en soi.

 

Un jeu avec cinquante peintures de mon amie Emmanuelle Anquetil — l'amitié et la peinture d'Emmanuelle m'accompagnent depuis 22 ans, s'il fallait donner la raison d'un tel choix

 

Un jeu avec cinquante vignettes issues des planches contacts de mes photographies des dernières vacances — et de pouvoir, une fois n'est pas coutume, ne pas choisir.

 

Un jeu fait avec les cinquante pochettes de mes cinquante disques de jazz préférés —ces choix-là ne souffrent, au contraire, aucune discussion.

 

Un jeu à partir de mon écran d'ordinateur — tandis que je travaille à produire un jeu de Memory — morcellé en cinquante morceaux — la sempiternelle préoccupation de donner à voir le travail quand il s'accomplit, souvent parce que quand les formes sont toujours sur l'établi et qu'elles n'ont pas encore été poncées et finies, elles tiennent en elles une grâce à disparaître, sans doute doute parce qu'elles gardent, quelques instants encore, dans leur silhouette le dessin qui les a fait naître, le reste, l'exécution, c'est du bavardage.

Un jeu de 49 graffitis abstraits et d'un intrus qui est justement la carte d'un jeu de Memory qui a appartenu aux précédents propriétaires de notre maison à Fontenay.

 

Un jeu avec cinquante éléments du site Désordre tels que la 404 ou un bouton — de même que dans la construction d'un site, il convient de ranger informations et fichiers dans des répertoires dûment labellés (règle d'or dont on aura aucun mal à comprendre que le site du Désordre ne lui obéit pas toujours), il est toujours possible de revenir chercher des fichiers dans d'autres régions du site pourvu que l'on remonte sans cesse à la branche commune, ou encore jusqu'à la racine du site, les 51 jeux de Memory du Désordre, site dans le site, remontent à la racine du site et compose un jeu reprenant cinquante items caractéristiques du site.

Un jeu fait des cinquante morceaux découpés dans la partition de l'Aria des variations Goldberg — en espérant que les visiteurs clavecinistes du site auront à coeur de me transmettre un enregistrement de leur interprétation du jeu entièrement reconstitué, et, de fait, il est fort possible que seul un claveciniste soit capable de reconstituer ce jeu.

Un extrait du code en java de Julien découpé en cinquante carrés — une autre mise en abyme, par ailleurs je crois que seul Julien, qui n'est pas, à ma connaissance, claveciniste, Julien donc, est, sans doute, le seul capable de jouer avec ce jeu-là, c'est à dire de s'y retrouver dans son hébreu numérique.

 

Un jeu de cartes de bonnes femmes à poil, auquel manquent le 2 de trèfle et le 2 de carreau, c'est à dire les deux cartes que l'on ote généralement du jeu pour une partie de barbu à cinq — voyez par vous-même si vous vous repérez aux numérotations des cartes ou à tout autre repère visuel sur ces mêmes cartes.

Un jeu constitué de cinquante photographies prises parmi l'ample collection de négatifs en verre de mon grand-père Oscar De Jonckheere — je n'ai pas connu mon grand-père paternel mort peu de temps avant que je ne naisse, et pourtant il me reste deux choses de lui, quelques livres de théorie échiquéenne, que j'ai potassés, quand bien même la plupart de cette théorie était sinon tout à fait obsoléte, tout du moins désuète, ce qui me valut quelques plaisanteries aimables au cercle d'échecs où je jouais il y a quelques années, et dans lequel on disait facilement de moi que j'étais vieux-jeu, et il me reste également un précieux carton de plaques négatives en verre dans lesquelles se tiennent des visages d'inconnus qui ne sont autres que mes ancêtres, mes prédécesseurs.

Naturellement, pour finir, un jeu de cinquante paires de cartes sur lesquelles on distingue cinquante variations du jeu composite, hyperméthropes et/ou astygmates s'abstenir.

 

Et ayant préparé les cinquante jeux de cinquante paires chacun qui composent donc ce jeu multiple de Memory, je demandais à Julien, pensant la chose impensable — pensez il existe 9 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 jeux de Memory possibles en prenant un epaire de cartes au hasard dans cinquante jeux différents, ce chiffre vous parait un peu extravagant tout de même?, vous n'avez pas tort, c'est à "peu" de choses près le nombre de mm3 que vous trouverez dans un cube qui ferait un milliard d'années de côté, chiffre qui quand on l'associe, en le multipliant à 800 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 00 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000, c'est à dire le nombre de façons différentes de disposer un jeu de Memory de cinquante paires de cartes selon un quadrillage de 10 par 10 cartes, donne donc le chiffre de 720 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000 000, chiffre pour lequel les ordres de grandeur manquent "grandement" — en termes de programmation, si vraiment, il était possible d'avoir ce cinquante et unième jeu composite des cinquante autres jeux. Je reçus une réponse dont Julien avait le chic: on s'apprête à envoyer des hommes sur Mars, on peut bien essayer de bricoler un script aléatoire. Et quelques jours plus tard je reçus les lignes de code magiques, et ayant réuni les cinquante jeux, je lançais ce script. L'image résultante des cinquante paires de cartes prises au hasard me fit une très forte impression, tant elle m'apparaissait proche et à la fois ressemblante. Quand toutes les cartes furent retournées, j'entammai ma première partie avec ce jeu composite et je compris au fur et à mesure que je retrouvais les paires que ce que j'avais réalisé là, avec l'aide remarquable de Julien, était une manière d'autoportrait à la fois involontaire et très fidèle.

De fait, cet autoportrait comprenait un autoportrait quotidien, un polaroid, une photographie d'Anne, un très mauvais graphisme réalisé sous Illustrator, une carte à jouer avec une bonne femme à poil, une icône d'ordinateur, une mesure des variations Goldberg de Bach, un punctum de photographie pornographique, une couleur unie, une lettre "e", la lettre "H" d'Helvetica, une carte de mon vieux jeu de Memory, une page de Proust dans laquelle il est question de madeleine, une photocopie de ma main brûlée, une photographie de mes dernières vacances, une semeuse, un tableau de mon amie Emmanuelle Anquetil, un chiffre à retenir, un extrait d'une toile de Jackson Pollock, une tuile de Mah Jong, un flip-book de Benoît Jacques, l'image d'un savon fondant, un portrait d'August Sander, un coquillage et un papillon dessinés par Albertus Seba, un graffiti abstrait, une page du Désordre, un article de Je me souviens de Georges Perec, un substantif pris aux cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau, une image de Tintin suant, un rayogramme, un extrait de code en java, un tableau de Piet Mondrian, une carte perforée, une face de cube de Rubick, un livre, un extrait de Tar findings de Barbara Crane, un article du catalogue des Manufactures d'armes et de cycles de Saint-Etienne, un disque de jazz, un caractère chinois dont on ignore tout de la signification, un gris uni, une photographie de mon grand-père Oscar De Jonckheere, un nom de camp de concentration et un puzzle de tangram, de même qu'une photographie de mon bureau tandis que je travaillais à ces quelques 2500 facettes. On ne se refait pas.


Remerciements, du fond du coeur, à Julien Kirch. Remerciements également à mon cousin Raymond Desodt pour les considérations mathématiques dont lui seul est capable