Voilà à quoi ressemblerait le Désordre si d'aventure le projet de loi DADVSI (Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information) était adopté par le Parlement et cette loi imbécile appliquée à la lettre, si vous préférez cette page à celle-là, ne faites rien , mais si vous aviez un peu de goût pour celle-là et les suivantes, alors vous pouvez écrire à votre député et l'édifier un peu notamment avec les éléments contenus dans ce dossier. Ou signer cette pétition.
Et faire circuler le texte suivant qui est sous license CopyLeft ( ce qui signifie que vous pouvez librement le copier, le diffusez, le modifier selon les termes de la Licence Art Libre, telle qu'elle est établie ici: http://www.le-terrier.net/lestextes/laltexte.htm )
Sincèrement est-ce qui quiconque est capable de citer une loi qui aille dans le bon sens depuis le 21 avril 2002 ? Allez, parce que je n'aime pas beaucoup les gens qui aiment les voitures — il faudrait que je le rajoute à ma liste es choses que j'aime et que je n'aime pas — je vous concède que ce qui vise à limiter la vitesse est plutôt une bonne chose, ce qui est amusant, en revanche, c'est comment notre gouvernement d'extrême droite version 3.0 ait sérieusement décidé de ralentir sur les ralentissements dans le but de réduire la facture pétrolière, parce que nous nous approchions dangereusement d'une échéance électorale. Donc, non, finalement ne leur laissons même pas cela à ces peignes-culs de droite, et n'ayons pas peur d'affirmer qu'aucune loi ni bonne ni juste n'est sortie des rangs de cette extrême droite soit-disante respectable. L'extrême droite est caricaturalement clientéliste également, et un exemple de ce favoritisme outré pour les entreprises est à attendre d'ici à la fin de l'année, en droite venue de la parodie de Parlement qui ne sert plus à rien : la loi DADVSI (pour Droit d'Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l'Information).
Si une certaine marque de fabrique, très droitière et surtout très portée vers l'avantage du profit, n'était pas reconnaissable dès la première virgule, il y aurait sûrement matière de s'amuser d'une loi pondue, une fois de plus, par des gens triés sur le volet pour leur incompétence dans la matière même qu'ils ont à légiférer. Imaginez comme il serait comique et grossier de voir un grand groupe d'opticiens s'allier financièrement avec une grande maison d'édition et puis de faire pression sur un gouvernement pour obtenir une loi qui obligerait la lecture des livres du groupe d'édition avec des lunettes uniquement de la marque d'optique de son allié financier. Cela ferait sourire n'est-ce pas ? On se dirait que c'est un peu gros et tout un chacun écrirait gentiment à son député pour lui dire qu'il doit s'agir d'une plaisanterie, merci de rectifier le tir. Seulement, le même stratagème honteux appliqué au monde du numérique, dans lequel l'ignorance règne sans partage, chacun confondant les notions les plus élémentaires du médium, c'est exactement cela qu'il va se produire et qui passera comme une lettre à la poste, aussi facilement qu'un projet de réécriture scélérate de l'histoire devant une assemblée de droite.
Les sociétés de protection de droits d'auteur vont bientôt avoir le beurre, l'argent du beurre et sauter la crémière, d'ailleurs regardez-les ils commencent à avoir le sourire du chat qui a trouvé le pot de crème. S'ils ont momentanément échoué dans leur projet initial de faire payer une redevance aux internautes , ils vont cependant obtenir ceci, la répercussion du coût de la protection contre les copies, sans perdre par ailleurs la redevance qu'ils perçoivent sur les support vierges, destinés justement à une activité rendue illicite par la même loi, le beurre et l'argent du beurre. Et le sourire de la crémière ?, vous voulez que je vous dise à quoi il ressemble ? Et bien la culotte de la crémière c'est ceci : la pénalisation du logiciel libre, il ne sera plus toléré que des particuliers développent, seuls ou en association, des logiciels et des applications ou encore améliorent l'utilisation d'outils existants.
Vous vous dites sûrement à mon sujet, il exagère encore.
Lisez à voix haute les phrases suivantes et voyez comme elles sonnent. Il n'y a pas d'intrus.
Dorénavant, toute personne surprise en train de lire le journal par dessus l'épaule de son voisin dans le métro sera passible d'une amende de 300.000 euros.
Il n'est pas permis de prêter un livre à un ami sous peine d'emprisonnement pendant trois mois.
Toute personne gauchère surprise en train de paramétrer sa souris d'ordinateur pour qu'elle soit à gauche de son clavier aura la main coupée.
La colonisation a été une très bonne chose. On en mesure encore aujourd'hui les grands bienfaits.
Si votre voiture est en rade au beau milieu de la nuit en plein hiver et que vos trois enfants sont à l'arrière, il vous est formellement interdit de tenter de réparer quoi que ce soit. Vous devez passer la nuit sur place.
Lorsque vous achetez un disque, réfléchissez bien : dans quel lecteur de CD vous aimeriez par la suite écouter ce disque, plutôt dans le salon ?, sur l'ordinateur du bureau ?, ou dans la chambre ?, parce qu'après l'écoute du CD sur l'un de vos trois appareils, il ne sera plus possible de l'écouter sur les deux autres.
Toutes les bibliothèques municipales vont être fermées et remplacées par des comptoirs de la FNAC ou d'Amazon, bref des supermarchés, ces transformations seront à la charge du contribuable.
Pour chaque utilisation d'une ampoule électrique vous devrez vous acquitter de droits auprès de la société qui gère les intérêts des descendants de Thomas Edison.
Si votre machine à laver le linge cause une immense inondation de votre appartement il vous est formellement interdit de jurer et surtout pas de mentionner à quiconque le nom de la marque de votre machine défectueuse, même pas à votre voisin du dessous qui a lui aussi à empâtir de cette inondation. Votre opinion en tant qu'utilisateur de machine à laver est nulle et non avenue.
Lors d'une projection de diapositives de vos dernières vacances vos amis devront payer à la société KODAK une redevance pour avoir le droit de regarder vos photos.
Les livres publiés chez Gallimard ne peuvent être lus qu'en portant des lunettes (que vous devez porter même si votre vue ne le commande pas a priori) de la marque Anquetil opticiens.
Si vous songez à l'achat d'un aspirateur pensez qu'avec la marque X vous êtes contractuellement tenu d'acheter aussi un réfrigérateur, un four électrique et une machine à laver la vaisselle. Si toutefois, vous optez pour la marque Y, alors il vous faudra acquérir une télévision grand écran, un four à micro-ondes et un ordinateur, nous reviendrons sur ce dernier achat. Vous n'avez absolument pas le droit de vous servir d'un balai. Cela va sans dire.
Votre ordinateur doit nécessairement être équipé d'un graveur de CD et de DVD, qui ne vous permettra pas de copier des programmes postérieurs à 1839, ce graveur fera l'objet d'une taxe (reversée aux société de droits d'auteur au titre de la lutte contre les copieurs et les pirates) hebdomadaire indexée sur le nombre d'heures que vous passez sur votre ordinateur, que vous vous serviez ou non de votre graveur. Cela va de soi.
Est-ce que c'est plus clair comme ça ? Bref nous n'avons aucune compétence dans le domaine numérique et il nous apparaît donc urgent de laisser la sacro-sainte "loi du marché" faire notre travail. Signé, les députés de l'UMP et le gouvernement d'extrême droite version 3.0.
Quelques remarques annexes, en 1839, le député Arago dans son célèbre discours à l'Assemblée Nationale demandera avec ferveur que la France rétribue Niepce et Daguerre pour leur invention, la photographie et qu'il était primordial que par ce geste la France fasse cadeau au reste du monde d'une invention qui était trop belle pour être gardée dans le périmètre mercantile. Epoque bénie.
Ce billet va être posté sur la lise de diffusion du site parce qu'il est important que cette information circule.
D'autant plus important que le désordre n'a pas le premier argent pour payer des droits d'utilisation des différents logiciels qui servent à sa construction, aussi bien pour la fabrication des images, des sons, des extraits de vidéo, du texte même et des pages html qui le constituent.
http://eucd.info/index.php?2005/11/16/182-appel-defendons-nos-droits-et-libertes
Signez la parition http://eucd.info/petitions/index.php?petition=2
Le Dossier http://eucd.info/153.shtml
Dans le Terrier: http://www.le-terrier.net/polis/davdsi/index.htm
Lettre de LL de Mars à Nicolas Seydoux en réponse à son heure de propagande libérale sur France Culture, le 29 novembre dernier
Monsieur Seydoux,
J'ai eu le déplaisir de vous entendre sur France Culture le 29 novembre 2005 étaler votre inaptitude arrogante à propos du projet de loi DADVSI ; par charité, je passerai sous silence les détails de votre vertigineuse inculture numérique (ah, le passage sur la bande passante pour nous fourguer un avenir improbable de compatibilité, un poème en hommage à la confusion...) pour me consacrer ici à un domaine sur lequel je suis plus inquiet encore qu'on vous laisse la parole avec autant de complaisance, à savoir la production des oeuvres d'art.
Vous êtes prétendument bienveillant — ce que, pour ma part, je ne crois pas — mais en tout cas rigoureusement incompétent pour ce qui est d'établir ce qui ressortirait, ou pas, au domaine de l'art. Non seulement les critères économiques que vous brandissez sont une insulte à tous les artistes qui, depuis la scission de la production artistique avec le pouvoir exclusif des commanditaires, ont produit des oeuvres sans l'argent ni la complicité des parasites de votre espèce, mais vous êtes un menteur en vassalisant toutes les formes d'art à la seule qui vous concerne vaguement (je parle du profit qu'on peut en tirer, pas de la jouissance à voir Roublev), le cinéma, en feignant de croire que leur genèse à toutes est placée sous les mêmes contraintes économiques (une petite lecture du désormais classique « La jouissance-cinéma » de Claudine Eizykman serait bienvenue, je pense) ; hé bien non seulement il est possible de faire de l'excellent cinéma dans un garage sans aucun producteur dans les environs (vous ferai-je l'offense d'une petite filmographie sur un sujet que vous prétendez connaître ?), mais l'intégralité des oeuvres composant ce qu'on appelle l'histoire de la littérature peut se produire avec un stylo à bille ; si vous me répondiez que pour produire des livres il faut du pognon, vous retomberiez dans les mêmes ornières navrantes qui vous font croire que ce n'est pas Hitchcock qui fait des films mais le producteur de Hitchcock. Pouvez-vous comprendre cette nuance ? Si vous ne le pouvez pas, cessez de parler au nom d'une partie de la population dont vous ignorez tout, à savoir les artistes. Que certains soient assez crédules pour vous écouter (vous écouter dire, par exemple « Je représente les auteurs »), arrivistes pour vous suivre ou menteurs pour s'enrichir en votre compagnie ne vous autorise pas à nous entraîner tous sans notre consentement sous votre bannière tape-à-l'oeil et de mauvais goût. J'ai même tort d'insister sur l'éventuelle coupure qui persisterait entre la production d'une oeuvre et ses conditions d'apparition sociale (diffusion, publication, exposition etc.), parce que ça fait belle lurette que les artistes les ont prises en main ; on ne vous a pas prévenu ? Vous ne sauriez imaginer le nombre d'oeuvres majeures dont vous ignorez tout - persuadé que le dernier état de l'art est celui qui arrive trop tard jusqu'à vous par des médias à la traîne, vendus à votre modélisation du monde étriquée et balourde - et qui circulent librement selon la volonté de leurs propres auteurs ; films, partitions, mp3, livres etc. Parlons un peu d'économie, vous voulez bien ? Vous prétendez que sans les producteurs les artistes sont foutus. C'est faux ; ou plutôt, ça n'est vrai que pour une certaine catégorie d'artistes dont, étrangement, la chute me navre d'emblée un peu moins que celle d'une feuille en automne.
En effet, lorsqu'un éditeur concède avec des mines de bienfaiteur la publication d'un jeune auteur dont les livres sont un peu plus difficiles que ce que Télérama fait passer pour de la littérature, il lui promet des ventes inférieures à celles que j'obtiens seul en auto-publication. Pour la plupart des musiciens que je connais, avec lesquels je travaille depuis vingt ans, attendre qu'un producteur accepte de les prendre en charge reviendrait à attendre patiemment la mort. Pourquoi à votre avis ? Hé bien si j'ai vent si régulièrement des chiffres de vente de la musique contemporaine, ça signifie qu'il y a toujours des porcs pour faire les comptes. Et s'il y a des porcs pour compter, c'est que nous ne sommes pas en train de parler de musique. Ça vous démange de changer de sujet, non ? Je me trompe ? Allez, me faites pas croire que ça vous a pas effleuré quand je parlais de musique contemporaine : « Qui ça intéresse la musique contemporaine » ? How much ? Des petits chiffres, l'audience, ça vaut le coup, ça vaut pas le coup ? Non ? Vous n'étiez pas déjà en train de compter ? Pourtant votre monologue sur France Culture ne laisse planer aucun doute sur ce que vous pensez être le cinéma contemporain. Non seulement les échanges de disques et les copies constantes sont depuis que j'en écoute (plus d'une vingtaine d'année) monnaie courante et n'ont jamais affaibli la moindre vente des petits labels (je me fous éperdument des autres ventes, celles de vos semblables qui pignent à l'idée de voir disparaître leurs vaches à lait, vous l'avez déjà compris), mais c'est la condition même de leur survie, c'est le meilleur organe de leur publicité. Quant au minable pourcentage que vos producteurs concèdent aux artistes qui ont la candeur de leur concéder leur travail, il sera toujours risiblement inférieur à ce que rapportent les concerts pour les uns et la prise en charge de leurs propres production pour les moins domestiqués.
On pourrait continuer, égrener : peinture exposée par les artistes eux-mêmes, bédés auto-produites etc. Les producteurs, ils arrivent quand le boulot est déjà fait, quand nous nous sommes crevés à faire - bien avant leur apparition dans notre paysage - une vie entière d'artiste, c'est-à-dire tout entier faisant corps avec ce qui se joue bien au-delà de la petite question de l'argent ; encore un truc qu'on vous a pas dit, mais toute oeuvre d'art digne de ce nom est une critique de la valeur ; elle en fonde une nouvelle. Autant vous dire que vous ne sauriez pas la reconnaître pour ce qu'elle est avec un parcours flêché au néon devant le pif, tant qu'elle ne se sera pas dévaluée dans la seule monnaie computable par vous.
Ah, et le partage... Gros morceau, ça, le partage. Vos producteurs chéris sont infoutus d'assurer le dixième du travail que le partage permet ; pendant des années je suis allé pleurnicher chez le loueur de vidéos de mon bled pour lui demander si quelqu'un avait pris en charge la publication de « la foule » de Vidor (idem à l'époque pour « The servant » de Losey, toute la filmo de Duras, la plupart des Ruiz etc.). Je rêvais de montrer à ma compagne ce film sublime vu une fois dans une cinémathèque. Rien. J'ai abandonné, usé. Hé bien voilà qui grâce au peer to peer est enfin fait, elle l'a vu. Sans les échanges en peer to peer, comment aurais-je pu enfin voir le « Funeral parade of roses » de Matsumoto, découvrir le cinéma de Buttgereit, faire découvrir autour de moi les films expérimentaux du début du siècle précédent ? Comment diffuserais-je mes propres films, d'ailleurs ? S'il fallait compter sur les éditeurs, comment pourrait-on aujourd'hui lire les textes de Vachey mis à disposition sur mon site ? Vous croyez vraiment que les producteurs de disques ont pris en main le pressage de tous les vinyles en CD ? Des clous : la moitié de ma discothèque serait considérée comme perdue corps et bien avec vos aigrefins, adieu les chants de travail et d'amour de Taïwan, adieu la collection Prospective du XXIe siècle, adieu les petits pressages de l'extraordinaire collection de Illusion Productions, adieu les interprétations exceptionnelles comme cette version de la K546 de Mozart par I Musici... Etc. Vous savez quelle est la chance de ces musiques de continuer à exister ? Le peer to peer.
La bande dessinée est, selon ses historiens mêmes, un médium sans histoire. On ne republie pas, ou presque pas les classiques. Martine Van et François Mutterer ont formé une génération de scénaristes avec leur « Carpet Baazar » ? Et bien ils seront condamnés à en parler avec les yeux qui brillent à des générations qui n'auront aucune chance de comprendre de quoi ils parlent. À moins qu'ils ne copient leur exemplaire, évidemment. Hé bien je viens de découvrir avec bonheur qu'a été inventé un logiciel de consultation de bédés numérisées, qui fait que circulent actuellement des centaines de titres jusqu'ici introuvables. J'aurai moins de scrupules à évoquer à mes amis des livres dont je craignais qu'il ne puissent jamais satisfaire l'appétit que je leur en avais donné.
Vous pourriez aujourd'hui sans rougir, par exemple, déclarer « Le photocopillage tue le livre » ? (c'est purement rhétorique, évidemment, cette question. Bien sûr, que vous pourriez, on a assez entendu sur France Culture que vous ne reculiez devant aucune énormité), allez, essayez après-moi, et venez regarder ma bibliothèque, celle de mes proches, ou allez simplement faire un saut dans une librairie : « Le photocopillage tue le livre ». Je ne vois pas de morts, moi. Vous en voyez, vous ? Ils sont où, les cadavres ? Il y a un moment où il faut se calmer un peu sur les déclarations frappantes, les slogans du genre « Le photocopillage tue le livre », parce que tôt ou tard, quelqu'un vous demandera des comptes sur le sens de ces métaphores. Continuons sur la métaphore : un détail assez éclairant, par exemple, sur votre mode de pensée, ce sont vos métaphores bouchères : que vous soyez assez épais pour penser réellement qu'il y a déperdition d'oeuvre quand elle est partagée est déjà confondant (c'est le contraire, vous l'ignoriez ? Une oeuvre est grandie par tous ceux qui se donnent à elle) ; j'ignorais en effet qu'on manquait de film quand on était plus de dix dans la salle, qu'on manquait de livre quand on se le passait de main en main après l'avoir lu. Mais que pour étayer cette niaiserie vous compariez les oeuvres d'art à du boeuf à débiter, voilà qui est réellement offensant.
j'ai la réputation d'être grossier,
donc,
veuillez agréer mes couilles,
L.L. de Mars