15/05/2008: Lettre à Chantal Creste, conseillère aux arts plastiques de la DRAC de Bretagne, par Stéphane Batsal. Télécharger le film (clic-droit et enregistrer la cible sous)

Rennes, le 18 février 2008

Madame Creste,

C’est mon atelier que vous visitez. Il fait environ 55m2. Ce n’est pas vraiment mon atelier ; c’est un atelier d’artiste que je loue à la ville 120 euros par mois. Bon marché. Toutefois je n’ai pas le droit d’y vivre et je consacre l’essentiel de mon existence à y travailler. Utilisant mes idées et ma force de travail à des activités artistiques, je trouve toutefois du temps pour gagner de l’argent mais assez peu. Depuis une petite vingtaine d’années environ c’est comme ça. J’ai 44 ans, aucune formation artistique, j’ai d’abord écrit, puis fait des collages, et des collages, des assemblages et encore des collages, et de plus grands collages depuis que je bénéficie de cet atelier. Quand on me l’a alloué on m’a suggéré d’y travailler, encouragé à pratiquer. Ce que j’ai fait - mais pas pour suivre le mot d’ordre. A un moment, j’ai eu l’idée de ces caissons, qui donnent une autre dimension aux oeuvres - enfin, à cette dimension s’attachent plusieurs sens ; c’est que, chez Castorama, on ne découpe pas le bois au-dessous de 10 cm, peut-être aurais-je choisi quelque chose de moindre épaisseur mais vous n’ignorez pas la paresse des grands travailleurs, ou plutôt l’inverse, et d’autre part je vernis beaucoup, et le vernis associé à la scie sauteuse et au médium et à la poudre que ça produit... Bref, les 10 centimètres d’épaisseur des caissons sont aussi dûs à ma paresse et à la difficile rencontre entre les techniques que j’utilise. Ce n’est pas anecdotique ce que je vous raconte. J’en ai fait de ces collages avec les caissons, et comme vous pouvez le voir c’est très pratique à ranger mais au bout d’un moment ce n’est plus logeable. Je me suis donc posé des questions, d’autres questions, et j’ai travaillé davantage avec la vidéo. Mais ce problème d’espace que je résolvais positivement s’est transformé lorsqu’il y a quelques temps je me suis aperçu que je devais quitter les lieux. Fin juin 2008 exactement. Sans possibilité de prolongation de bail selon la mairie.

J’ai cherché évidemment des endroits où continuer à travailler mais ce qu’on me propose sur le marché de l’immobilier ne remplit pas mes conditions, vous vous en doutez - puisque c’est moi qui les pose ! Et il m’est inconcevable de travailler plus pour gagner plus pour stocker mes travaux pour quoi faire ? Les difficultés que je rencontre sont créatrices mais mon désir, et celui de l’art j’imagine, n’est pas de faire table rase de ce qui existe. Aujourd’hui je continue à faire de la vidéo et fais des collages plus petits. Faut-il aussi que, fin juin, sans atelier, je détruise le travail plus volumineux qui s’est fait depuis quatre ans ?

Aussi, afin de me déplacer de manière plus leste sans pour autant détruire mes oeuvres, je vous invite à venir voir l’atelier et y choisir un collage, que je vous donnerai. De même, si vous avez des collègues qui promeuvent l’art, je leur céderai volontiers mon embarras, et mes encombrants à d’autres collègues aidant les artistes, et de belles traces de ma pauvreté à des voisins de bureau, et un peu du poids de mon désarroi à vos supérieurs engagés à soutenir les travailleurs pauvres, et, promis, sans pour cela leur causer une impression... d’embarras ! Toutefois, si vous pensiez à quelque chose qui pourrait m’aider à continuer à travailler et conserver mes travaux en vue d’expositions et ventes futures, cela remettrait en question ma proposition de don...

Vous pouvez m’écrire au 6 rue Vaneau, à Rennes, ou par l’intermédiaire de ma boîte email : stephanebatsal[@]free.fr, ou me contacter au 02 23 .. .. ...

Film produit par le Front Gauche de l'Art