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CompteRenduDeLExposition

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On ne rencontre jamais vraiment son public. Combien de personnes ce soir au vernissage se sont arrêtées devant les deux grands tirages de l'autoportrait en carrés?, si peu en fait et ceux qui se sont arrêtés, ne s'y sont souvent pas arrêtés assez de temps pour se donner la moindre chance de comprendre le plus petit des enjeux de ce travail, en grande partie parce que c'est un travail somme toute incompréhensible. Ou alors il faudrait passer du temps, sans doute beaucoup de temps, pour y déceller les abymes et les labyrinthes qui sont dissimulés dans ce travail. A vrai dire c'est un travail qui me demande déjà à moi un certain effort de concentration pour le regarder, quand bien même je suis nécessairement au fait de ce qui y est recherché. Alors pensez, toutes ces personnes que j'ai vues passer littéralement devant ces deux grands panneaux d'un mètre carré, et qui y ont accordé un peu le même regard torve dont ils auraient gratifié un étalage de carrelage de cuisine dans un magasin de bricolage, quelles étaient vraiment les chances de ces spectateus inattentifs d'y trouver la moindre signification? Et quand je mets dans la balance ce regard furtif et sans attention, avec donc dans l'autre plateau de cette même balance, ce que ce travail a coûté d'efforts et de métier pour le produire, un sentiment de dégoût sans fin se prend de moi. Se pose alors clairement cette question: mais pour qui est-ce que je travaille?, pourquoi?, aussi.

Et je crois que je viens de retrouver une réponse que j'avais déjà trouvée il y a quelques années à cette question que je me posais alors: des expositions?, mais pour quoi faire? Pourtant avec le site, et sa notoriété finalement réelle, avérée et qui jusqu'à maintenant n'a fait que croître, j'obtiens un tout autre plaisir. Le soir même d'ailleurs en consultant mon courrier, je trouve le numéro 3 de la revue Le Carrossedans lequel est publié le premier épisode d'Une Fuite en Egypte.

Malgré tout aussi, le plaisir d'être avec Alain et Céline de bonobo.net et Olivier comme parmi les miens, nous sommes tous fatigués, mais heureux, on boit des coups jusqu'à trois heures du matin, comme soulagés de ce que nous avons accompli.




Dans le grand auditorium, les fauteuils sont profonds et rouges, à l'arrière de la scène, dans les cintres, l'écran de projection est immense et le petit écran des sites que nous y démultiplions remplit cet écran entièrement, curieuse impression tout de même de retrouver dans d'aussi vastes dimensions, ce qui d'habitude n'occupe qu'une transversale d'une vingtaine de pouces. Et cela fonctionne. Toute cette technique dont je sais pourtant la fragilité de par mon travail, cette technique sensible ne faillit pas, les pages répondent présent et s'affichent donc dans les dimensions gigantesques de l'écran derrière nous sur la scène.

Vient mon tour. Je m'installe derrière le petit écran et je pianote l'adresse du site. S'affiche l'image de perfection de la petite Satoko et les menus déroulants. Comme me l'avait demandé Alain, je commence par les origines, par le début.

Ma toute première confrontation avec internet date de 1987. Oui, cela paraît curieux, mais en ces temps "reculés", j'étais étudiant aux Arts Décos et nous suivions les cours enthousiastes d'un professeur de vidéo qui s'appelait Don Foresta. Son optimisme était contagieux, lui qui développait cette idée que la technologie naissante allait révolutionner le monde de demain et qu'il était important que les artisites s'embarquent dans cette aventure sans quoi, prévoyait-il, les formes du futur seraient disgrâcieuses. Don avait une fois organisé un échange triangulaire avec une université du Japon, les Arts Décos à Paris donc, et une école de New York, Cooper Union peut-être, je n'en suis plus très sûr. A l'aide, donc, d'un modem qui prenait l'apparence d'une très grosse boîte rudimentaire, reliée par un dédale de câbles eux aussi très gorssiers, nous avions reçu, après un chargement interminable, et donc patient, une image envoyée par les étudiants japonais. Il s'agissait d'une vignette de trois cents ou quatre cents pixels de large représentant un paysage japonisant au lever du soleil. Nous devions altérer cette image pour l'envoyer aux étudiants américains et nous fûmes quelqu'uns prompts à suggérer la solution graphique évidente de modifier la position du soleil dans l'image pour l'envoyer aux Américains qui firent de même, et couchèrent, eux, le soleil, pour renvoyer l'image à l'envoyeur, au Japon, pays du soleil levant, la course du soleil sur ce paysage de l'Epinal japonais, ayant épousé, à rebours, celle du soleil, au travers des trois fuseaux horaires. Je me souviens de l'ambiance électrique qui régnait lors de cet échange sommaire, j'avais littéralement le sentiment de vivre dans un monde futur, à ce point futur d'ailleurs que j'imaginais sans mal que ce qui nous en séparait vraiment était une bonne trentaine d'années, que ce serait là en somme le monde tel qu'il existerait quand j'approcherais de l'âge de la retraite, et d'ailleurs je mis très longtemps à m'intéresser aux ordinateurs et à leurs possibilités de traitement de l'image, notamment photographique.

Dans les années 90 je me souviens avoir lu de nombreux articles dans le Monde diplomatique à propos des "autoroutes de l'information", terme dont je comprenais difficilement ce qu'il recouvrait mais dont je devinais que tout ceci appartenait à un monde encore très éloigné de nous dans le temps. En 1996, à la mort de François Mitterrand, est sorti le livre du professeur Gubler, le Le Grand Secret dont je n'aurais jamais très bien compris l'intérêt si ce livre n'avait pas été frappé par la censure, et comme je lus que cette tentative de censure était désormais inefficace parce qu'elle fût tout de suite contrecarrée par la publication en ligne du livre in extenso. Avec un collègue, au travail, nous parvîmnes à "télécharger" — terme qui demeurait très abstrait pour moi — ce texte, et j'eus le plaisir de le lire, quasi-religieusement, tant javais le sentiment de vivre une expérience très à la marge.

Plus tard ce que je retins de mes premiers pas sur internet, c'était la grande difficulté de trouver du contenu. Combien de sites alors qui clamaient que telle ou telle partie du site était en travaux, et qui disparaissaient en fait avant d'avoir eu la chance de faire partager ce qui promettait d'être un contenu digne d'intérêt. Et comme aussi ma démarche peu assurée de débutant dans mes recherches me faisait souvent trouver ce que je ne cherchais pas mais me faisait continuer de rechercher, de façon toujours aussi infructueuse, l'objet initial de ma recherche. Cette frustration émerveillée m'a conduit, lorsqu'il fut temps de construire mon propre site, de concevoir un site qui fut à l'image de ces recherches infructueuses.

Pour atteindre cet objectif de perdition de son visiteur il a beaucoup fallu se reposer sur de vastes dimensions du site. Aujourd'hui le site pèse presque un gigaoctet, ce sont ces dimensions imposantes qui permettent encore d'égarer les visiteurs du site, même ceux qui sont habitués à ses pitreries depuis ses début.

Plutôt que de faire semblant, devant vous, de visiter le site, en feignant de tomber dans mes propres chausse-trappes, je préferais vous montrer comment le site va évoluer et où en est sa refonte actuelle.

Un des paradoxes du travail qui est le mien sur le site, c'est que je sois confronté à une interface graphique que je trouve très laide. Travaillant au site, ce que je vois à l'écran est en général moche et laid. Et pourtant c'est au travers de ce filtre insatisfaisant au regard que je tente de créer de nouvelles formes, elles plaisantes visuellement. Pour lutter contre cet ennui visuel, j'ai fini par choisir de montrer au visiteur du site ce que justement je vois quand je travaille aux pages du site.

Un autre paradoxe du site veut que pour perdre efficacement mon visiteur il soit important pour moi au contraire de m'y retrouver notamment à cause du très grand nombre de fichiers qui composent le site, aussi pour faire désordre, il est primodial que le rangement de ces fichiers soit dan sl'éarborescence du site d'une rigueur maniaque. J'ai également décidé de donner à voir cet ordre contradictoire qui ne l'est pas tant que cela, puisque ce qui est rangé à mes yeux peut relever de la cacophonie à un tiers.

Parmi les nombreux ressorts qui sont utilisés dans le site pour fourvoyer ou tromper le visiteur des scripts aléatoires (la plupart écrits et conçus par mon ami Julien Kirch depuis plus d'une an et demi maintnenant m'aide de sa très grande science de la programmation) permette de rendre à la fois l'apparence et le contenu du site très mobile.

Pour compléter cette intranquillité d'aspect, le site utilise de nombreux scripts d'ouvertures superposées de nouvelles fenêtres, les chemins de navigation qui appelent cet entassement de fenêtres n'étant pas tous prévisibles, une impression tridimensionnelle est ici recherchée.

Enfin, pas le biais croisé d'une page d'érchives qui rend compte des différentes étapes de la construction du site et d'un site dans le site dans lequel sont exposées les prochaines étapes de la constructionn, une dimension temporelle contribue à agrandir les limites du labyrinthe.

Et ils étaient tout juste une demi-douzaine les personnes disséminées dans les fauteuils cossus de l'esapce Franquin d'Angoulême pour entendre cet exposé. Mon ami Alain s'agissant d'internet parle volontiers de l'éléphant dans le couloir que nul ne semble voir, je crois qu'il n'a pas tort, tous les jours me sont données les preuves de cette méconnaissance à la fois d'internet et de ses possibilités pourtant invraissembable. C'est un peu comme si, toujours pour paraphraser Alain, Guthenberg ayant fini sa journée de travail, ayant tiré son premier texte, soit allé boire une choppe dans l'auberge voisine, se soit vanté d'avoir tout juste révolutionné le monde nul ne l'aurait cru et pourtant, avec les textes imprimés fut fondé notre civilisation de l'écrit. Il n'est pas impossible que l'invention d'internet soit pour notre monde un phénomène de plus grande ampleur encore, mais nous feignons tous de l'ignorer, parce que c'est beaucoup plus grand que nous.




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