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ChangementDHeure

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Dimanche 27 mars, deux heures du matin, heure d'hiver, trois heures heure d'été

Nuit d'insomnie. Vers deux heures, cette incapacité à m'endormir s'est augmentée d'une agitation, j'étais en train d'écrire le début d'un roman. voyant bien comment cela allait durablement m'empêcher de dormir, j'ai fini par descendre et perdu pour perdu, j'ai fini par écrire ce début de roman.

Changement d'heure


Je suis mort en pleine nuit. Le rapport d'autopsie a estimé l'heure de mon décès aux environs de deux heures du matin, heure qui a coïncidé avec celle du changement d'heure. Du passage à l'heure d'été. C'est-à-dire qu'à deux heures du matin, il est en fait trois heures. Ce qui explique d'ailleurs que mon heure de décès ait été consignée différemment sur le rapport du médecin légiste et sur le rapport de police, l'un ayant choisi de me faire mourir à l'heure d'hiver tandis que l'autre document me donne mourant tandis que nous étions déjà passés à l'heure d'été. Un détail en fait.

D'après le rapport d'autopsie je suis mort dans mon sommeil d'un arrêt cardiaque. Ce qui est à la fois faux et juste. Ce qui est faux c'est que je sois mort dans mon sommeil cela je peux vous le dire, j'y étais en quelque sorte et je suis en fait mort les yeux grand ouverts, en pleine crise d'insomnie. En revanche c'est bien d'un arrêt cardiaque que je suis mort, d'ailleurs est-il foncièrement envisageable de mourir d'autre chose ? Enfin ce que je veux dire par là c'est que j'accepte volontiers de me ranger derrière l'avis de médecin légiste, je suis effectivement mort d'une déficience cardiaque, autant que je puisse en juger. Je ne suis pas médecin. Mais il m'a bien semblé tout de même que mon rythme cardiaque a connu une altération, je ne saurais dire si c'était une accélération ou un ralentissement, mais j'ai bien senti que le rythme avait varié. J'opterais plutôt pour l'emballement, mais sans certitude. Ce dont je me souviens c'était que j'étais allongé sur le dos éveillé donc, dans toute l'agitation mentale exaspérée de celui qui ne trouve pas le sommeil, et qui même se fait du soucis de ne décidément pas s'endormir, inquiet qu'il soit, paradoxalement, de ne pas se réveiller plus tard, parce qu'ayant été finalement rejoint par le sommeil, mais à une heure fort tardive, il puisse à ce point manquer de sommeil qu'il ne parvienne plus à se réveiller, quand ce serait l'heure. En ce sens, on peut dire que j'avais conduit cette insomnie à son paroxysme puisque effectivement je ne m'étais pas réveillé le matin quand mon réveil a sonné.

Mon réveil sonna à cinq heures du matin. Heure d'été. Nouvelle heure comme on dit. L'heure qu'indiquait mon réveil lorsqu'il sonna était en fait quatre heures, heure d'hiver. Pourquoi si tôt ? Un dimanche matin ? En fait je devais me rendre à mon travail. Pourquoi si tôt ? Un dimanche matin ? Un dimanche de Pâques qui plus est. Je suis informaticien. Et mon travail consiste de fait à travailler le week-end précisément le week-end quand les gens ne sont pas là ? en informatique, on les appelle les gens des utilisateurs ? donc quand les utilisateurs ne sont pas là, pas à leur travail, et qu'on peut " leur couper la machine ". Oui, c'est assez curieux comme ça, mais en informatique ma spécialité, en somme, c'est d'intervenir sur les ordinateurs lorsque ceux-ci sont coupés, arrêtés, en fait, stoppés, comme on dit en informatique. C'est en effet à l'occasion de ces arrêts, de ces arrêts-relances, que mes collègues et moi sommes à même de réaliser des opérations, dites de changement, qui permettent notamment de prendre en compte de nouveaux matériels, de nouveaux logiciels ou des correctifs, matériels ou logiques, ou encore de changer d'heure. Rassurez-vous je ne vais pas m'étendre sur le sujet de mon activité professionnelle mais il se trouve que dans le récit de ma mort une corrélation existe tout de même entre ce décès survenu à deux heures différentes et donc à mon travail, cette activité en fait fébrile qui consiste à passer les systèmes, comme on dit en informatique, à l'heure d'été ou d'hiver, d'été, en ce dernier week-end de mars. D'ailleurs il est plus facile de réaliser ce changement dans ce sens, c'est-à-dire, dans le sens hiver-été, plutôt que, comme lors du dernier week-end du mois d'octobre, de passer de l'heure d'été à l'heure d'hiver. En effet lors du passage à l'heure d'été, on avance la pendule d'une heure, ce qui revient, pour nous les informaticiens, à arrêter les systèmes et puis les redémarrer en avançant l'horloge interne d'une heure. Pour le passage à l'heure d'hiver, il faut, au contraire, arrêter les systèmes, attendre une heure, avant de redémarrer, pour redémarrer avec la nouvelle heure, celle d'hiver, reculée d'une heure par rapport à celle d'été. J'omets de préciser que mes collègues et moi travaillons sur des ordinateurs centraux, sans commune mesure avec les ordinateurs personnels pour lesquels ces considérations d'horloge interne demeurant sans effet, les systèmes d'exploitation de ces ordinateurs personnels opérant d'eux-mêmes ces changements, en informatique on qualifie de tels changements de transparents pour l'utilisateur. Comme mes collègues et moi opérons sur des nombreux systèmes informatiques centraux, il n'est matériellement pas possible pour le faible effectif que nous sommes ? oui, nous sommes en sous-effectif depuis que l'effectif existe, et oui, sans cesse, ce nombre de personnes travaillant dans le service est remis en question, je ne vais pas m'étendre non plus sur ce sujet, mais tout de même retenez que nous ne sommes pas nombreux pour faire ce qui nous incombe, tout particulièrement les week-ends de changement d'heure ? il n'est donc pas réalisable par aussi peu de personnes de faire passer tous ces ordinateurs centraux dont nous avons la charge à la nouvelle heure, justement à l'heure dite, c'est-à-dire dans la nuit de samedi à dimanche, à deux heures du matin, aussi nous étalons ces opérations sur la totalité du week-end avec une plus forte concentration entre deux heures du matin et dix heures le dimanche matin, créneau horaire dans lequel nous donnons la priorité aux systèmes centraux de nos clients dont l'activité ne cesse pas totalement pendant le week-end et la nuit.

Vous l'aurez compris, lorsque je suis mort, à deux heures du matin, heure d'hiver, trois heures du matin, heure d'été, mes collègues de l'équipe de nuit étaient en plein pic d'activité. Quant à mes collègues, ceux de mon équipe, l'équipe de jour, ils grappillaient quelques heures de sommeil pour revenir fais et dispos à six heures, heure d'été, prendre la relève et continuer donc ces opérations de changement d'heure.

Or, étant mort dans la nuit, je n'ai pas pu, cela va sans dire, me rendre à mon travail à six heures. Ce qui a posé des problèmes. Des problèmes certes pas insolubles, je ne suis pas irremplaçable, nul n'est irremplaçable dans une société d'aussi vastes dimensions que la notre, mais cela a quand même généré des tracasseries. Mes collègues ont d'abord cru à un retard. Un problème mécanique en venant au travail, ma voiture qui ne voulait pas démarrer, et comme mes collègues me savent très peu mécanicien, c'était plausible, mais rapidement, ils ont balayé cette hypothèse de côté, arguant que nous avions deux voitures, oui, je dis nous parce que je suis marié, nous avons en surcroît de nos deux voitures, trois enfants, mais j'y viendrai, aux enfants je veux dire, nos voitures, il est en fait peu probable que je vous en parle, les voitures cela ne m'a jamais beaucoup intéressé, dans une voiture j'aurais tendance à privilégier le bon fonctionnement des ceintures de sécurité plutôt que celui du carburateur, par exemple, c'est dire, si je suis un passionné, et que donc si l'une des mes voitures n'avait pas démarré, j'aurais sans doute pris l'autre. Oui, mes collègues sont affligés de cette déformation professionnelle qu'ils analysent les situations en les raisonnant par étapes successives, ils trient, comme on dit en informatique. Ils pensèrent à la panne d'oreiller, oui, c'est comme cela qu'ils disent, pour cela aussi mes collègues, informaticiens sont un peu déformés, parlant de panne pour qualifier un imprévu. Ils écartèrent d'emblée que j'ai pu me tromper d'heure, sachant l'enjeu technique de ce changement d'heure, il était impossible que je me sois trompé, que j'ai en quelque sorte oublié de changer d'heure à la maison. Ce en quoi ils avaient tort. J'étais tout à fait capable d'une telle bévue. D'ailleurs autant j'étais assez discipliné et ordonné, organisé, dans mon travail, qui comportait, de fait, sa part de ponctualité et de précision en toutes choses, autant, ce que mes collègues ignoraient, j'étais tout de même un joyeux fantaisiste dans ce que l'on appelle la vie privée. Et, par exemple, le changement d'heure des différentes pendules de la maison, four, four à micro-ondes, régulateur de la chaudière, pendule de la cuisine, montre-bracelet, pendule de la salle de bain, surtout celle-là dont les boutons de réglage étaient cassés, obligeant, pour régler cette pendule, à une délicate manipulation à la pointe d'un cutter pour entraîner les aiguilles vers une rotation contrainte d'une heure dont la précision n'est pas facile à obtenir, magnétoscope, réveil côté madame et enfin mon réveil, les trois ordinateurs personnels de la maison passant d'eux-mêmes à l'heure d'été ou d'hiver, selon, d'été, cette fois-ci, plus donc les deux horloges des tableaux de bord de nos deux voitures, le changement de tous ces cadrans pouvait s'étendre sur plusieurs semaines, d'ailleurs s'agissant de la petite voiture, comme nous l'appelions, une Peugeot 106 diesel, fidèle, rien à redire, n'était-ce, justement, l'impossibilité, désormais, de modifier son horaire, le mécanisme n'agissant plus, mais à vrai dire cette pendule-là demeurait, l'année durant, sur l'horaire d'été, aussi elle serait de nouveau à l'heure presque exacte, moyennant cinq minutes d'avance, décidément cette pendule, notamment en hiver, exigeait de nous de fréquentes opérations de calcul mental. Donc, il eut été possible que j'arrivasse avec une heure de retard à mon travail pour avoir omis de tenir compte du changement d'heure, mais c'était là une hypothèse que mes collègues écartèrent en prenant leur café au distributeur, un 12 pour Jean-Luc, un 22 pour Sandra, un 12 pour Jean-Claude, un autre 12 pour Jean-François, un 23 pour Gérald, un 43 pour Xavier et un 41 pour moi, d'ailleurs les trente centimes d'euro pour mon 41, un chocolat à l'eau, je ne saurais vous dire sans me tromper à quoi correspondaient les autres numéros, je ne me trompais en revanche pas, c'était bien un 12 pour Jean-Luc, un 22 pour Sandra, un 12 pour Jean-Claude, un autre 12 pour Jean-François, un 23 pour Gérald, un 43 pour Xavier, Jean-Claude, le collègue dont c'était le tour tacite de payer le café avait posé les trente centimes d'euros pour mon 41 sur la demi paroi qui séparait la pièce des distributeurs de café en deux, demi paroi couverte de formica et sur laquelle nous faisions souvent bar comme nous l'aurions fait au zinc. Jean-Claude, mon collègue avait laissé sortis ces trente centimes d'euros, pour me faire venir, avait-il dit, il ne pouvait évidemment pas se douter. Et, de fait, dix minutes plus tard, il les rempocha, mes collègues regagnant leurs postes de travail. Ayant écarté le problème mécanique et l'erreur d'horaire, mes collègues conclurent à une panne d'oreiller et choisirent même de ne me téléphoner que vers sept heures pour éviter de réveiller toute la famille. C'était bien là, à la fois, la gentillesse de mes collègue et leur optimisme coutumiers qui ne leur avait pas fait penser aussi à la possibilité d'un accident sur la route, mortel ou pas, ou encore d'une agression en sortant de chez moi et en allant vers ma voiture, ce matin-là, la 106 diesel, , ou encore à une crise cardiaque pendant la nuit. Non, mes collègues n'envisagèrent pas du tout cela, aussi quand mon collègue Jean-Claude, qui était celui de mes collègues qui me connaissait le mieux, n'avions-nous pas, à la fin de l'année dernière, fêter nos dix ans de travail au sein de la même équipe ?, quand Jean-Claude, donc, se prit par la main, selon son expression, pour appeler à la maison, il faut catastrophé d'apprendre d'Anne, oui, ma femme s'appelle Anne, nous avons aussi trois enfants, mais qui dormaient encore, qu'elle m'avait trouvé mort, allongé, cela va sans dire, dans notre lit, à côté d'elle.

Anne était en pleurs, avec le sang-froid qui le caractérise, Jean-Claude a tout de suite proposé à Anne de venir l'aider, mais Anne lui a assuré que ce n'était pas la peine, que les pompiers étaient là, qui s'occupaient de tout, et qu'elle avait téléphoné à une amie voisine, et déjà à des proches, qui n'allaient pas tarder à arriver.

Lorsque Anne et Jean-Claude ont raccroché, ils sont tous les deux retournés, de part et d'autre, donc, à ce qu'ils avaient à faire, devoirs qui se ressemblaient : Jean-Claude allait annoncer à mes autres collègues qu'effectivement je ne m'étais pas réveillé, mais que je ne me réveillerai plus, tandis qu'Anne attendait anxieusement le réveil des enfants pour leur annoncer que je n'étais plus. Il y a eu une grande émotion de part et d'autre. D'abord parce que mon collègue Jean-Claude s'est effondré en annonçant à mes autres collègues que j'étais mort, et qu'à leur tour ils ont été très émus, Jean-Claude s'est ressaisi avec difficulté et a rapidement choisi d'appeler notre cadre d'astreinte, un homme affable qui avec son grand discernement a tout de suite compris que la situation était à la fois dramatique et puis potentiellement périlleuse, aussi a-t-il assuré à Jean-Claude qu'il arrivait au plus vite au bureau et il a également eu la présence d'esprit de demander à Jean-Claude de dire aux collègues de ne rien faire pour le moment, de geler les opérations en cours, ne plus entreprendre de nouveaux arrêts - relances des systèmes centraux dont nous avions la charge parce qu'il redoutait que l'émotion fût si vive que des erreurs soient commises et que mes collègues, habituellement très capables ne soient pas en mesure de faire preuve de leur maîtrise coutumière.

De son côté Anne était confortée par les pompiers, d'une part, elle les avait appelés au secours, mais je ne crois pas qu'elle croyait beaucoup à leurs chances de me ramener à la vie tant elle m'avait trouvé inerte, un peu refroidi, pas tant que cela s'était-elle fait la réflexion, en revanche déjà tout raide et surtout le regard terriblement fixe, en éteignant mon réveil qui avait sonné à quatre heures, heure d'hiver, cinq heures, heure d'été, s'impatientant contre moi qui n'entendait pas le réveil et, se tournant vers moi, s'appuyant finalement sur moi pour me passer outre et atteindre le bouton-poussoir du réveil, elle avait éprouvé avec effroi l'absence de chaleur et la raideur de mon corps. Allumant en toute hâte, reversant de ce fait des étagères de son côté, de mon côté, la lumière ne fonctionnait plus depuis la veille, l'ampoule était une nouvelle fois à changer, était-ce d'ailleurs l'ampoule ou ce court-circuit opiniâtre qui résistait à mes si fréquents déposes et remontages de la douille, le fait est c'était que d'une certaine façon j'étais débarrassé de ce souci, renversant donc la télécommande du téléviseur, les deux piles de type AA étaient sorties de leur logement et roulaient dans l'obscurité de la chambre sur le parquet émettant le bruit le frottement d'une bille d'acier, elle avait allumé dans un juron qui se transforma en ce cri de peur panique, elle avait réveiller la petite en braillant comme ça, elle étouffa donc son cri en le modulant, croisant mon regard, fixe donc. D'ailleurs sa mauvaise humeur à mon égard n'était pas encore entièrement tarie, parce croyant que je faisais l'imbécile, oui, j'ai honte de le dire mais il arrivait de temps en temps d'accueillir Anne qui rentrait de son travail en feignant une crise d'apoplexie qui m'avait terrassé sur le canapé de notre séjour ou même une fois j'avais poussé le vice jusqu'à m'étendre rapidement à même le carrelage de la salle de bain, en chien de fusil, le regard fixe là aussi, véritable panoplie des cadavres, ainsi Anne m'hurla dessus en me bourrant les côtes, ce qui me laissa de marbre, " Arrête tes conneries ! " éructa-t-elle donc, transite de peur. Je n'entendis rien de tout cela et je continuai de faire le mort. Le chemin que dut se frayer la pensée d'Anne pour admettre ce qui ne pouvait l'être, j'étais mort, rappelons-le, il est des nouvelles plus gaies, ce chemin était infiniment tortueux. En cela ce cheminement contrarié me rappelle qu'il y a très longtemps, appelant une ami chez lui, j'étais tombé sur son père, cet ami habitait chez son père, c'est fou tout de même ce que l'on est obligé de spécifier dès lors que l'on raconte des histoires, les précisions que l'on est obligé de fournir, son père donc, m'avait annoncé que non, je ne pouvais par parler à Patrick, oui, cet ami s'appelait Patrick, et que non, Patrick était mort, me dit son père les lèvre serrées. Et ne pouvant pas le croire, ne pouvant pas le comprendre, j'avais répondu que cela n'était pas vrai, que cela n'était pas possible, le père de Patrick avait répondu que si, Philippe, oui, je m'appelle Philippe, Patrick était mort et c'est cette deuxième fois que j'ai fini par comprendre que Patrick était mort et j'ai eu la voix coupée par les pleurs, j'étais incapable de parler, j'ai fini par cracher dans un hoquet de larmes que je rappellerai, le père de Patrick m'a répondu calmement , oui, Philippe, je m'appelle Philippe De Jonckheere, oui, Philippe, rappelle. Et d'autres fois encore, j'ai eu l'occasion de constater que lorsqu'une mort est annoncée, la première parole de celui qui reçoit la nouvelle était invariablement une expression du refus, du refus de l'évidence.

J'étais mort donc, mais cela Anne le constatait, enfin, elle n'en était pas bien sûre, elle non plus n'était pas médecin, elle tenta, elle ne sut pas quoi tenter, elle me secoua, mais je vous assure j'étais mort, je ne sentis rien. Anne sans me quitter des yeux, et donc, sans regarder ce qu'elle faisait, chercha de sa main droite, le téléphone, et, cette fois, fit choir, le boîtier de commande à distance du magnétoscope, lequel lecteur-enregistreur de bandes magnétiques était, lui, déjà réglé à l'heure d'été, parce qu'en fait nous avions passé tout l'hiver, et peut-être même l'hiver précédent, l'hiver 2003 - 2004, oui nous étions le 27 mars 2005, je suis mort le 27 mars 2005 à 2 heures, heure d'hiver, 3 trois heures, heure d'été, le magnétoscope réglé sur l'heure d'été incapable que nous fussions de nous souvenir des manipulations savantes qu'il convenait d'opérer pour modifier l'heure du magnétoscope, ayant, de fait, perdu la mode d'emploi de l'appareil lors de notre dernier déménagement, aussi comme pour la petite voiture, étions-nous contraint, dans notre utilisation du magnétoscope, notamment pour les enregistrements différés, en hiver donc, de faire un peu de calcul mental pour ne pas risquer d'enregistrer une heure de programmes pour lesquels nous n'avions pas nécessairement intérêt et qui précédait justement le programme qui motivait notre enregistrement, risque augmenté par celui, en déclenchant trop en avance l'enregistrement de manquer la fin du programme qui nous intéressait, si d'aventure le support magnétique dont nous avions nourri le lecteur-enregistreur ne fût pas assez ample pour accommoder à la fois une heure de programme précédent et la totalité du programme qui nous intéressait, de cette façon avions nous manqué la fin de The cook the thief, his wife and her lover de Peter Greenaway, et pour l'avoir vu au cinéma avait-je été obligé d'en raconter les cinq dernières minutes à Anne, notamment la scène, est-ce vraiment délicat de vous raconter la fin de ce film ?, peut-être ne l'avez-vous pas déjà vu, je voulais tout de même parler de cette scène qui veuille que le voleur soit forcé de goûter au cadavre de l'amant de sa femme admirablement rôti par le cuisinier complice, la télécommande du magnétoscope était plus solide que celle du téléviseur, le clapet de son logement pour les piles, des piles de type AA elles aussi, tint bon et les piles demeurèrent prisonnières du boîtier, de sa main droite, mais maladroite, Anne se saisit, paniquée, du téléphone, elle réfléchit une seconde, pas plus, et voulut téléphoner aux pompiers, mais avec panique, elle remarqua qu'elle n'était plus sûre du numéro abrégé qu'il fallait faire pour appeler les pompiers. Elle descendit en tout hâte et regarda dans le bottin, logé sous une pile de catalogues de vente par correspondance. Composa le 18. Oui, pour les pompiers c'est le 18, j'aurais pu lui dire, je le savais, si je n'avais pas été décédé. Dorénavant pour ce genre de choses il faudrait qu'elle se débrouille toute seule, sans mon aide. Elle tomba sur un homme qui comprit vite la situation et l'exhorta au calme. Il invita Anne à na pas quitter. Anne l'entendit passer un autre appel sur un autre poste ou sur une radio, elle n'aurait sur dire, elle entendit l'homme demander un véhicule sanitaire au numéro X de la rue X à X. Puis il reprit, hâtif lui aussi, le combiné, j'aurais pu leur dire, à Anne et à ce pompier que ce n'était plus la peine de se dépêcher, mais, bon, je suis resté silencieux, je crois que c'est encore la conduite qui sied le mieux à un mort, dans l'écouteur la précipitation de l'homme à reprendre le combiné s'est traduite par une sonorité intéressante, qu'une de nos amis musicien aurait sûrement aimer reprendre dans une de ses pièces acousmatiques. Allo, vous êtes toujours là Madame ? Oui, Anne était toujours là, par là j'entends qu'elle avait toujours le téléphone en main et à la fois collée à son oreille, mais elle n'aurait pas su dire exactement où est-ce qu'elle était, tant elle hésitait et ne savait quoi faire, devait-elle remonter à mon chevet ?, ce dont elle avait un peu peur tout de même, c'était mon regard fixe, oui, c'était cela, ce regard, sans regard, elle avait peur de remonter me voir, c'est ce qu'elle dit à l'homme au téléphone. Avec maîtrise il lui assura que le véhicule sanitaire, l'ambulance Madame, corrigea-t-il, ne va pas tarder à arriver. Et il demanda à Anne de me décrire. Anne n'ayant pas compris la question ébaucha une manière de signalement, il est grand, il est assez gros, non, Madame, je voulais dire, comment est-il ?.. je veux dire, avez-vous pris son pouls ? Anne réalisa qu'elle n'avait peut-être pas tout fait de ce qui était en son pouvoir de faire. Anne est une femme courageuse, elle dit à l'homme au téléphone qu'elle allait voir. Tandis qu'Anne montait les escaliers quatre à quatre, le téléphone sans fil, j'avais été contre l'achat de ce téléphone sans fil, d'une part parce que le téléphone avec fil que nous avions avant cela fonctionnait encore parfaitement, mais aussi parce que je n'aimais pas beaucoup l'idée de faire deux choses à la fois, comme par exemple d'être engagé dans une discussion téléphonique et de changer la couche de la petite, oui, la petite qui aura bientôt un an s'appelle Adèle, les des grands, comme nous les appelons, en dépit de leur petite taille et de leur jeune âge, six et bientôt cinq ans, les deux grands donc, s'appellent Madeleine, six ans donc, et Nathan, bientôt cinq ans donc, cinq ans dans un mois, au contraire Anne militait pour l'entrée dans notre foyer d'une double poste téléphonique sans fil, d'une part parce qu'étant donné les quatre niveaux de notre pavillon, il ne fût pas luxueux, d'après elle que nous disposions de deux téléphones, entendez deux combinés, et qu'au contraire donc, elle trouvait pratique de pouvoir répondre au téléphone quand ce fût elle qui changeait la couche de la petite, Adèle, ou qu'elle fût occupée à tout à fait autre chose, comme de faire la cuisine ou de tailler les rosiers, j'étais obligé de reconnaître qu'au vu de la situation actuelle un téléphone sans fil est tout de même très commode, montant dons les escaliers, le téléphone sans fil à la fois à la main et à l'oreille, l'homme au téléphone, à l'autre bout du fil du téléphone sans fil, eut la présence d'esprit de lui recommander de prendre le pouls à la gorge, Madame, on sent mieux le pouls à la gorge qu'au poignet, il se repris de justesse en n'ajoutant pas surtout quand le pouls est faible, mais c'était là ce qu'il voulait dire. Mais Anne me prit le pouls, comme on fait normalement, au poignet, et elle lâcha mon bras tout de suite, en déclarant, à l'homme au téléphone que j'étais tout raide et un peu froid. Je crois que l'homme au téléphone avait déjà compris que j'étais mort mais, non par lâcheté, mais parce qu'il ne voulait pas qu'Anne dont il présumait, à raison, qu'elle fût seule la nuit, dans notre maison, en présence d'un mort, présumé, là aussi, à raison, j'étais effectivement mort, je puis vous l'assurer, l'homme au téléphone, donc, redoutait qu'Anne cédât à la panique, il lui dit attendez Madame, tout n'est pas perdu, attendez Madame, le véhicule sanitaire, l'ambulance, Madame, ne va pas tarder à arriver, ils vont s'occuper de votre mari. Anne corrigea que nous n étions pas mariés, que j'étais, seulement, dit-elle, son compagnon, le père de ses enfants, et elle ajouta que j'avais le regard fixe et vitreux, oui, Anne qualifia mon regard de vitreux, l'homme au téléphone était à court d'arguments, attendez, Madame, l'ambulance va arriver d'un moment à l'autre, et, de fait, il put entendre par le téléphone et Anne par la fenêtre entrebâillée pour la nuit la sirène des pompiers. Elle courut descendre ouvrir la porte-fenêtre de notre maison dont le verre armé épais et translucide morcelant l'image du dehors, était soudain éclaboussé par les lumière bleutée tournoyante des gyrophares, Anne était pieds nus sur la pas de la porte, en culotte et T-shirt la culotte portait une marque de sang, elle avait ses règles. Le premier pompier courut vers elle. Et demanda où se trouvait la personne accidentée, selon son expression. Elle l'emmena à notre lit, je n'avais pas bougé, ben non, le pompier tenait une radio, un talkie-walkie à la main, qui crépitait des messages dont il n'était pas facile de comprendre le sens tant ils étaient exprimés dans un jargon hybride et truffé d'abréviations et d'acronymes. A une annonce tout aussi cryptée que les autres, à mi-parcours dans l'escalier, le pompier porta son émetteur-récepteur à la bouche et annonça qu'il était en place.





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