Est-ce que l'on peut écrire debout? Je n'en ai pas l'impression.

Tiens un champignon? Je finissais par désespérer, c'est le tout premier. Un coperin chevelu hors d'âge. Je ne suis pas le pharmacien de Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille de Peter Handke, je n'y goûterai pas, son amertume probable ne me tente pas du tout.
Un peu plus loin, un autre coperin chevelu pas très frais non plus. Si ce sont là tous les champignons que ce pays a à offrir, je ne suis pas près de me laisser faire par mon employeur pour venir m'installer ici.


C'est pour moi seul le spectacle de cette vallée très encaissée?

Lorsque j'écris dans le petit carnet, je vais souvent à la ligne. Mes phrases sont plus courtes — c'est bien l'outil qui nous façonne.

Je viens de m'arrêter, le silence autour de moi, c'était donc moi qui faisais tout ce vacarme en marchant?

Est-ce possible de rater une promenade, qu'elle ne soit pas réussie?

Je ne veux plus partir de ce bois que la lumière a pourtant commencé à déserter, j'éprouve à ce départ du bois une difficulté à la mesure de la tristesse ressentie de partir demain de ce pays émouvant. La première impression était la bonne, ce pays est triste. Terriblement mélancolique. Il y fait sûrement un froid de canard continental en hiver — peut-être même étouffant en été — mais sa beauté triste est insoutenable.


Aujourd'hui c'est la journée nationale dans ce pays — je n'aurais pu m'empêcher, tout au long de ce séjour de me demander comment était la vie dans la ténèbre du communisme?

On m'offre des cadeaux pour mon départ, qu'ai-je fait pour mériter cela? Savent-ils ces jeunes gens-là qu'ils font violence, par tant de gentillesse, à une vieille personne sensible et fragile?

Ce banc au bas de la forêt, j'y aurais passé beaucoup de temps, dans l'ombre. Pour en avoir éprouvé le confort pendant longtemps, je n'ai pas besoin de le photographier.

Revenu où j'avais laissé la voiture, au bord d'une vaste clairière, je vois le bois dans lequel je me suis enfoncé pour descendre dans la vallée dont je viens de remonter, et si je refaisais un tour? Mais la nuit va tomber. Mais une autre fois, ce serait à faire.


Je suis en sueur, comme hier, et la fraîcheur me ceuille. Pourtant je n'ai pas envie de sortir du bois.





Et toi petite chambre numéro 619 de lHôtel Continental de Brno, tu m'auras bien abrité. Ton petit bureau m'aura permis de travailler tous les soirs, ta petite télévision m'aura donné les images qu'elle pouvait et même, même, un film de woody Allen que je ne connaissais pas, avec un Woody Allen admirablement doublé par lui-même, c'est-à-dire pas du tout doublé, le temps qu'il m'aura fallu pour comprendre que le film était en version orginale soustitrée en tchèque. Qui sait?, un autre que moi dans cette chambre aura vu sur ce minuscule téléviseur assis sur le rebord du lit, s'effondrer les deux tours du Wolrd Trade Center. Pour ma part c'est le Chrysler que j'ai vu tomber comme une fléchette dans un film catastrophe — et catastrophique cela va de soi — une histoire de météorite dans lequel on voit une des tours du World Trade Center amputée de son fait et l'autre intacte — la science-fiction est décidément une matière difficile dans laquelle on a vite fait de se ridiculiser.

Dans le petit tiroir de ton bureau minuscule, j'aurais trouvé une Bible, déçu qu'elle ne soit qu'une version trillingue anglais-français-allemand du Nouveau Testament. Autant je peux trouver mon content dans certains passages de l'Ancien Testament, comme la Génèse, autant le Nouveau Testament me barbe et j'ai bien du mal à lui accorder plus d'attention qu'à un médiocre roman contemporain, un de ceux vite lus, pas toujours jusqu'au bout, dont on se demande bien ce qui a pu pousser leurs auteurs à se donner le mal de les écrire.

La salle de bain résiste à toutes les tentatives de description.

PS: Emmanuelle, je me serais bien amusé avec tes cartes postales de Mains et non de Brno, dont je t'ai rapporté ... des cartes postales vieillotes comme tu les aimes.

 


Emmanuelle Anquetil
Aux bons soins du désordre