Dimanche Au Singulier



Il faut se méfier de Marie Richeux. Elle a cette façon bien à elle de vous demander de lui raconter ceci ou cela et ce sont vraiment des histoires que vous finissez par lui raconter, jusqu’à cette petite amie allemande rencontrée, adolescents, dans les Cévennes, il y a bien plus de trente ans, Ursula.

C’est la séquence Au singulier de l’émission des Nouvelles vagues de Marie Richeux sur France Culture, cela dure cinq minutes, ce sont les moments singuliers de basculement d’une existence, il faut n’en choisir que cinq, pour moi, ce sera toute cette semaine aux alentours de 16H45. Cela n’a pas été facile d’en choisir cinq, quand j’aurais pu en raconter cinquante. De quoi le reste de l’émission, qui démarre à 16 heures, sera fait, je ne suis pas dans le secret divin pour vous le dire. Un thème sera décliné toute la semaine, mais je ne sais pas encore lequel.

Vous écoutez France Culture, les Nouvelles vagues par Marie Richeux
 

Dimanche Le jour des innocents



J’ai fait une promesse à un jeune homme, il y a très longtemps. Vingt-cinq ans. J’ai décidé de la tenir.

Je me suis donc pris en photo, nu, devant un miroir, le jour de mes cinquante ans. J’ai perdu le contact avec ce jeune homme, aussi je ne sais pas ce qu’il penserait du résultat. J’ai décidé de lui écrire une lettre, un peu longue certes, mais que voulez-vous, cela fait vingt-cinq ans jour pour jour que nous nous sommes perdus de vue. Cette lettre s’intitule le Jour des Innocents.
 

Lundi Alice, à qui je pense



Chaque fois que j’ouvre, tous les mois, le journal, ton journal ai-je envie d’écrire, que je l’ouvre sur les pages des Livres, que je vois la frise que tu avais faite avec mes photos, je pense à toi.

Chaque fois que je choisis la couleur d’un titre avec une pipette, je pense à toi, je pense à toi avec qui j’avais dû le faire pour le numéro 109, pour les titres de chapitre. Je repense à ton acquiescement quand je t’avais expliqué qu’il fallait que l’on choisisse un bleu, un vert et un rouge, les couleurs de l’écran. Et quantité d’autres choses comme ça qu’on avait faites dans ce numéro, chaque fois avec une pensée pour celui que l’on appelait non sans tendresse le lecteur attentif, celui que toi et moi nous voulions gâter particulièrement.

Chaque fois que je lance le programme de mise en page, je pense à toi, je vois Licence accordée à Jean Bave, mais derrière cela je sais bien à qui je dois cette licence.

Chaque fois que j’entends le mot carcasse, je pense à toi, j’ai même pensé à toi devant une carcasse de Rembrandt au Louvre, tu m’appelais la grande carcasse, ta grande carcasse quand tu voulais être plus gentille encore.

Chaque fois que je monte cet escalier, désormais pour aller voir Mona pour un déjeuner, je pense à toi, à l’image que j’ai de ta chevelure admirablement désordre qui se mélangeait avec les fleurs séchées et jaunies en bouquet à côté de ton écran, je pense à toi, à ton accueil, je n’avais jamais le temps de poser mon sac que déjà tu m’étreignais.

Chaque fois je jetais un coup d’œil au chemin de fer en cours pendant que tu m’embrassais. Quant au chemin de fer du numéro que nous avons fait ensemble, je ne suis pas près d’oublier le jour où je l’ai découvert accroché sur les cordes le long du mur derrière ton bureau.

Chaque fois que je chaîne deux blocs ensemble dans le logiciel de mise en page et que je coule du texte comme tu disais, je pense à toi, chaque fois je trouve cela miraculeux de voir le texte couler justement, et chaque fois je me rappelle que c’est toi qui m’as appris à le faire. Il y a beaucoup de choses que tu m’as appris à faire.

Chaque fois que j’avise le petit coin de ma bibliothèque dans lequel il y a les livres de typographie, pas assez nombreux, j’ai toujours été un cancre en typographie, je pense à toi.

Chaque fois que je vois notre numéro dans la bibliothèque d’amis, je pense à toi.

Chaque fois que j’entends un air de salsa, je pense à toi, d’ailleurs cela me rend la salsa supportable.

Chaque fois que je mange un bobun, je pense à notre fine équipe chez Pivoine.

Chaque fois que je vois, le plus souvent dans de vieux films italiens, un pot de yaourt, je pense à toi, je pense au tien, dans lequel je ne sais pas par quelle magie tu es parvenue à faire rentrer et Mona et Fil, en sortant de chez moi, un magnifique soir de janvier, et le nuage de fumée noire qui a signé votre départ.

Chaque fois que je force une règle de césure, je pense à toi et je me dis que je fais mon petit travail de dentellière, et d’ailleurs j’ai pensé à toi récemment en entendant la chanson du Petit quinquin dans le film de Bruno Dumont, je me suis souvenu de ton air amusé quand je te l’avais chantée en forçant l’accent du Nord, Ainsi eune pôv’ dintelière en amiclotant sin tiôt garchin.

Chaque fois qu’un certain sujet de politique est mentionné ou que l’on mentionne tel ou tel nom, je pense à toi et je pense au chagrin qui fut le tien à leur mort.

Aujourd’hui c’est nous que tu chagrines.

Je n’ai pas fini de penser à toi, Alice.

Et tu te rends compte où ta coquetterie a mené, je n’ai pas une seule photographie de toi. C’est pas malin. Et donc l’image qui toujours me reste de toi c’est celle des pages des Livres que tu as déployée, en me disant Regarde.

Ta grande carcasse.
 

Samedi Va à Chantilly et aux Instants



En septembre, prends ta respiration
Va à Chantilly
Et aux Instants Chavirés
2014 tire sur sa fin prématurément
Tu n’as pas toute la Vie
 

Samedi Toujours en mon absence (le film)



C’est pas loin de dix mille photographies que j’aurais prises cet été à intervalles réguliers, le ciel s’y prêtant sans doute au-delà même de mes espérances. Naturellement quand on se lance dans ce genre de choses on fait semblant de ne pas savoir que par la suite, il y aura dix mille photographies à trier, à équilibrer, tailler aux bonnes dimensions, répartir dans des répertoires, un par séquence, renommer en masse les fichiers, vérifier qu’il n’y a pas d’images manquantes dans les séquences, puis animer les séquences en question — ce qui n’est pas le plus long, ni le plus difficile à faire, et ce qui se fait avec un certain soulagement, oui, cela a l’air de fonctionner — pour, enfin, pouvoir, se lancer dans le montage, ce qui est l’occasion de vérifier une intuition première, oui, ces images animées fonctionnent bien quand elles sont accompagnées par la musique extraite du disque dit des maisons de mon ami Jean-Luc Guionnet, qui doit être ici remercié pour si souvent se prêter, et d’aussi bonne grâce, à mes intuitions.

Et pourtant, comme l’indique le titre du film, c’est un peu comme si tout cela s’était fait en mon absence.

Ces vingt minutes de film sont téléchargeables (clic droit et "enregistrer sous") dans un format non compressé, enfin le moins possible, aussi peu pour que l’on puisse voir les étoiles tomber en pluie fine. Vous en prenez cependant pour huit cents et quelques méga-octets. Trois fois rien, le prix des étoiles
 

Vendredi Le Roi n’est pas mon cousin aujourd’hui



Cette année scolaire Nathan doit faire quelques stages. Cette semaine c’était son premier stage. Dans notre boulangerie de quartier, des gens qui en plus de faire une baguette délicieuse, ont été très gentils et très compréhensifs quand je leur ai demandé s’ils seraient d’accord pour essayer de prendre Nathan en stage.

Ce midi Nathan est rentré de sa journée à la boulangerie avec une boîte pleine d’éclairs au chocolat qu’il avait faits lui-même.

Le roi n’est pas mon cousin aujourd’hui.

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Le bloc-notes du désordre