Mardi Le tire-au-flanc vous salue bien



A : Monsieur le Directeur Général
CPAM
Assurance maladie du Val de Marne
94031 Créteil CEDEX

De : Philippe De Jonckheere
XXX, rue Charles Bassée
94120 Fontenay-sous-bois
Tel XX XX XX XX XX
Mel : pdj[@d]esordre.net
N°SS : 1641275002177 79

Re : en réponse à votre courrier automatique du 16 septembre 2014 (DG 269/2014)

Fontenay-sous-bois, le 26 septembre 2014


Monsieur le Directeur Général


Je viens de recevoir, à la fin d’une dure journée au travail, votre courrier m’informant qu’un automatisme de votre outil informatique a relevé que durant les 12 derniers mois j’avais été arrêté trois fois pour trois affections différentes, les trois arrêts-maladies ayant été prescrits par mon médecin traitant, le docteur L. De ce fait vous m’indiquez que si je devais connaître un nouvel arrêt-maladie, le règlement de mes indemnités journalières sera soumis à un examen par votre service médical. Je me doute que votre courrier automatique n’est pas sensé appeler une réponse de ma part, en revanche je souhaite apporter quelques réponses à ce qu’implique ce courrier et sa conception.

Mon dernier arrêt de travail pour maladie a couru du 31 mai au 13 juin 2014. La raison en était, celle qui figure sur l’arrêt-maladie, douleurs poitrinaires. J’ai 49 ans, je suis obèse (ce contre quoi je lutte depuis des années, j’ai perdu 20 kilos lors des trois dernières années), vous serez sans doute d’accord avec moi pour dire qu’en pareil cas des oppressions de la poitrine ne sont pas des symptômes à prendre la légère. Pour cette raison je suis allé consulter un cardiologue deux fois qui, en plus des examens qu’il a lui-même pratiqués, a par ailleurs prescrit un test d’effort. Je pense que vous devez disposer de toutes les données pour corroborer ce que je vous écris ici. Cet arrêt a duré 14 jours au cours desquels le moindre de mes efforts était sanctionné par un essoufflement et des douleurs thoraciques préoccupantes. Ces douleurs qui continuent d’apparaître désormais sporadiquement se sont estompées depuis, il semble que le cœur ne soit pas en cause, mais que les racines de ces douleurs soient à chercher dans des difficultés respiratoires, lesquelles sont connues de vos services puisque je dors sous assistance respiratoire.

L’arrêt précédent était dû à un lumbago. A vrai dire il était tellement incapacitant que je parvenais difficilement à me lever, ce que je faisais le moins possible, et une fois debout ma colonne vertébrale penchait de côté avec un angle d’une dizaine de degrés tout de même. Mon médecin a prescrit des séances de kinésithérapie, ce dont vous devez avoir la trace. Le kinésithérapeute m’a, dès la première séance, aiguillé vers une ostéopathe m’indiquant que mon état était tel que lui ne pouvait rien faire pour moi. De fait après plusieurs séances d’ostéopathie, je suis parvenu à reprendre le contrôle de ma posture et dès que j’ai été en mesure de marcher convenablement et de conduire, je suis retourné à mon travail. Je ne sais pas quelle est la profondeur de l’historique médical dont vous disposez à mon sujet, mais vous devriez avoir trace d’une opération chirurgicale de réduction d’une hernie discale au niveau de la vertèbre sacrée en 1992. Je pense que vous n’ignorez pas que les lumbagos sont hélas fréquents pour les personnes ayant connu une telle opération. De tels épisodes dans mon cas s’espacent de plus en plus dans le temps, entre autres raisons parce que je m’astreins à une prophylaxie exigeante (pratique sportive régulière et raisonnable, perte de poids, voir plus haut, mobilier, notamment lit, adapté, etc…), en revanche je dois vous dire que quand je suis atteint de mon syndrome tout personnel de Tour de Pise, je ne suis vraiment pas en mesure de me rendre à mon travail. Cet arrêt a duré 9 jours, j’étais encore incroyablement raide quand je suis retourné à mon travail, mon employeur s’en est d’ailleurs ému.

Enfin le troisième arrêt que vous relevez du 17 au 20 décembre 2013 est celui dont il me coûte le plus de vous en fournir la raison. Je suis le père d’un enfant autiste que j’élève avec ses deux sœurs neurotypiques dans des conditions qui sont extrêmement difficiles. L’année dernière cet enfant a connu une série de crises spectaculaires, en proie à un mal être profond, l’alliage de la crise adolescente avec l’autisme est un mélange extrêmement volatile. Il était en danger objectif, nous sommes allés trouver notre médecin traitant lui et moi, le docteur L m’a proposé de m’arrêter la dernière semaine scolaire de 2013 de telle sorte que je puisse accompagner Nathan dans ses difficultés extrêmes du moment. Ce que j’ai fait, notamment en embauchant un éducateur pour l’accompagner davantage, neuf mois plus tard mon implication personnelle au profit de mon fils porte ses fruits, il va nettement mieux. Sachez qu’en désormais douze années au cours desquelles je lutte contre le handicap de mon fils, en n’étant pas très aidé par vos services, soit dit en passant, c’était la première fois que le stress occasionné par ce handicap m’a contraint à un arrêt de travail.

J’ose espérer que ces explications franches vous montrent assez l’absence totale de complaisance de ces trois arrêts-maladies.

Votre courrier précise qu’il est motivé par un relevé automatisé. Il se trouve que je suis informaticien, aussi je souhaiterai vous faire profiter de quelques considérations techniques.

Vous disposez donc d’un relevé automatisé des arrêts-maladies de vos assurés. Parfait.

Vous devez également disposer de données propres à chaque assuré, parmi lesquelles l’âge du patient, dans mon cas, 50 ans à la fin de cette année. De même vous savez, je viens de le vérifier sur mon attestation de droits, que je suis le père de trois enfants dont un enfant handicapé mental qui jouit d’une prise en charge à 100% relative à son handicap, je pense même qu’à la lecture des informations sur ma carte vitale vous devez vous rendre compte que j’élève ces enfants en étant séparé de leur mère.

De même vous disposez de données médicales, il se trouve que je souffre d’apnées du sommeil sévères qui ont été diagnostiquées par une pneumologue de la Salpêtrière en 2010 pour lesquelles une assistance respiratoire m’est prescrite. Vous devez même disposer des comptes-rendus de cette pneumologue qui dans son dernier rapport parlait de l’excellence de mon observance du traitement (ce qui est particulièrement rare m’a-t-elle dit) Vous devez également disposer d’un historique me concernant dans lequel vous pouvez trouver des traces anciennes de ma pathologie dorsale puisque cette dernière a occasionné une intervention très importante en 1992. Enfin je ne doute pas que vous devez disposer de données émanant de la médecine du travail qui vous indiqueront que j’ai travaillé de nuit pendant plus de vingt ans. De façon continue de 1991 à 2012 (et avant cela de façon plus épisodique).

Croisez toutes ces données et vous avez un homme de 50 ans, célibataire, élevant trois enfants dont un est handicapé mental, souffrant de graves difficultés respiratoires qui nécessitent une assistance respiratoire, ayant connu une opération de réduction de hernie discale, ayant travaillé de nuit pendant plus de vingt ans (vous devriez même disposer d’études récentes sur le sujet pour vous informer que le travail de nuit entraîne très fréquemment l’obésité, du fait du dérèglement des fonctions timiques), fier de toutes ces informations me concernant, vous trouvez que 27 jours (soit 18 jours d’indemnités) d’arrêts-maladie lors des 12 derniers mois c’est suspect ?

Je travaille depuis l’été 1983. Jusqu’à la fin de mes études de façon discontinue. Puis de façon absolument continue depuis la fin de mes études en 1990. En désormais plus de trente ans d’activité professionnelle, j’ai été contrôlé une fois par un de vos agents, en septembre 2011, je ne vous félicite pas d’une part pour ce manque de contrôle, mais surtout pour l’absence de bien-fondé de ce contrôle qui est intervenu trois jours après une intervention chirurgicale, était-il vraiment utile de vous assurer que trois jours après une intervention chirurgicale j’étais encore alité ? C’est vous dire si mon explication à propos du croisement des données est forte à propos.

Je suis profondément blessé par votre soupçon.

Par ailleurs je tiens à souligner l’immoralité odieuse de votre courrier qui m’informe donc que dans l’éventualité d’un nouvel arrêt, le règlement des indemnités journalières sera précédé d’un contrôle. Vous soumettez donc mon droit d’assuré social à un contrôle dont l’expérience, dans mon cas, montre qu’il n’est pas fondé et mal ciblé, j’ai tout lieu de penser que ce contrôle s’il devait avoir lieu connaîtrait dans la nature même de ce contrôle la même inexactitude que celle qui entache vos pratiques informatiques : pour ce qui est de mon droit social je trouve cela périlleux. Et gardez à l’esprit que ce droit est inféodé à mes cotisations sociales acquittées depuis désormais plus de trente ans.

De plus, ce qu’indique en filigrane votre courrier, c’est que je dispose finalement de trois cartouches d’arrêt-maladie par période de 12 mois ? Permettez-moi de douter de l’efficacité de votre méthode, si le but est de contrôler les abus, vous vous y prenez très mal, vous n’allez rechercher des personnes abusives que parmi la population de personnes qui sont souvent malades, tandis que ceux qui sauront garder leurs abus dans les limites de votre filtre percé, ceux-là ne seront jamais inquiétés et continueront de mettre en péril notre système de santé pour lequel, comme je vous le disais, mes employeurs et moi-même contribuons depuis 1983.

Votre saupoudrage aveugle et systématique, dans la plus complète absence de croisement de données, fait peser le soupçon sur tout le monde indifféremment, cela risque surtout d’être aussi efficace qu’une punition collective. Cette dernière n’est plus utilisée depuis longtemps dans les écoles et elle est naturellement illégale. Vous devriez y réfléchir.

Les ramifications de votre soupçon s’étendent plus loin encore. Je vous rappelle que les trois arrêts-maladies que, finalement, vous me reprochez a priori, ont été prescrits par un médecin, mon médecin traitant envers laquelle j’ai, sachez-le, une immense confiance et un respect sans fond. Le docteur L est en effet notre médecin de famille depuis presque dix ans. Elle s’est systématiquement montrée à la fois très compétente et très dévouée (il y a peu encore, elle prenait rendez-vous chez la psychologue d’un de mes enfants pour sonder dans le secret médical quelles pouvaient être les raisons psycho-somatiques d’un problème dermatologique, cela sur le temps libre que lui laissait une journée de médecin). Depuis dix ans elle est aux côtés de ma famille et nous aide à surmonter les déséquilibres majeurs causés par le handicap de mon fils. Je trouve insupportable qu’elle soit également soupçonnée in fine par vos automatismes mal ficelés (et très pauvres de conception).

Sur votre traitement de ce dossier, je note que n’utilisant aucun croisement de données, vous ne devez rien connaître de moi. Or je sais que mon employeur, comme tous les employeurs de notre pays, dispose d’un droit de signalement de ce qui lui semble relever de l’abus. Personnellement j’ai un problème de conscience politique avec cette pratique (et un immense problème philosophique avec la pratique de la délation), je note cependant que puisque cette possibilité de signalement existe, sans doute devriez-vous vous en servir pour mieux cibler cette pulsion de contrôle qui est la vôtre. Mon employeur, une Très Grande Entreprise Internationale, m’emploie depuis 16 ans, l’évolution de ma carrière est tout à fait satisfaisante et généralement parlant, si j’en crois les entretiens annuels d’évaluation que j’ai avec ce dernier, je pense que je suis encore très éloigné de son soupçon à lui. Or mon employeur, au contraire de vous, me voit tous les jours et sait très bien que je ne suis pas le tire-au-flanc soupçonné par vous. Lui, au contraire de vous m’a vu quantité de fois travailler en dépit de petits maux, en dépit de ma fatigue due aux apnées avant que celle-ci ne soit palliée, en dépit de la charge morale qu’il sait être la mienne du fait du handicap de mon fils et pour laquelle il a une compréhension magnanime, il m’est arrivé deux fois l’hiver dernier de devoir m’absenter de mon travail pour faire face à des situations peu communes et je n’ai pas eu à m’en expliquer plus que cela, et mon employeur, au contraire de vous, sait qu’en de pareilles occasions je m’astreins à compenser.

Enfin, sachez que si je devais être prochainement arrêté pour des raisons de santé qui ne seront pas imaginaires, croyez-le, et que vous persistiez dans votre volonté mesquine et mal fondée de me contrôler, le médecin de votre service qui voudra m’examiner aura à le faire dans la rue, devant chez moi, quelles que soient les conditions météorologiques du jour, quels que soient les risques sanitaires encourus par cette procédure médicale mal abritée, parce qu’il est hors de question que quiconque de votre service du haut soupçon pénètre chez moi, dans ma maison.

Vous l’aurez compris, je me sens blessé et surtout je me sens insulté par le caractère culpabilisant, stigmatisant et soupçonneux de votre courrier par ailleurs hors de propos. Il est de fait profondément insultant pour moi qui m’évertue depuis trente années à travailler dans des conditions qui ne sont pas toujours roses (le travail de nuit est un hachoir, sachez-le), qui depuis des années concilie une activité professionnelle avec l’éducation d’une famille nombreuse et la lutte contre le handicap d’un de ses enfants, qui ne suis d’ailleurs pas aidé, entre autres par la Sécurité Sociale, à la hauteur de ce que représente la prise en charge sanitaire de ce handicap, il m’est donc profondément insultant de recevoir votre courrier.

Vous m’avez manqué de respect.

Et l’expression de votre considération automatiquement distinguée n’y fait rien, au contraire. Pour ma part, veuillez agréer mon cul !



Philippe De Jonckheere

PS j’étais parti par ailleurs pour vous soumettre quelques considérations politiques à propos des non-dits de votre prose automatique, mais, vous m’excuserez j’ai du travail ce matin, notamment le croisement de toutes sortes de flux de données que je vais m’employer à réaliser avec un peu plus de doigté que ce que produisent les indigents informaticiens de votre service. De toute façon c’est peine perdue, si vous êtes incapable de comprendre le principe et les vertus du croisement des données, il y a peu de chance que vous compreniez mes considérations politiques sur le sujet du travail rémunéré et de celui qui ne l’est pas, sur le sujet de l’assurance sociale et, finalement sur bien d’autres sujets encore.

Et sachez pareillement que j’ai aussi nombre de griefs à propos du centre de Sécurité Sociale, dont vous êtes le directeur général, pour la médiocrité de la prise en charge du handicap de mon fils, mais cela c’est un autre sujet. Dont je n’ai pas très envie de discuter avec un aussi médiocre interlocuteur.
 

Mercredi Lecture du soir à Fontevraud



Lecture du soir à Fontevraud
 

Mercredi En juillet apprivoise les requins



En juillet, laisse-toi endormir par la Loire et la douceur angevine,
apprivoise des requins
et regarde la mer se démonter.

N’empêche c’est déjà la moitié de l’année qui a filé et tu n’as pas toute la vie.




Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de
la Vie

 

Lundi Le centenaire décisif



Je voudrais être capable de la concision de je ne sais plus quel chroniqueur des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, dans Libération je crois me souvenir, qui ponctuait à propos de l’exposition des photos de l’oncle Raymond aux Frères prêcheurs, "Depardon complétement en bout de course". Et tout était dit, mais je ne peux pas en faire autant, je ne sais pes en faire autant, j’ai l’impression que cela ne sera jamais suffisant de laisser au spectateur la responsabilité de comprendre que vraiment les photographies de Raymond Depardon sont gerbantes et dextrogènes et qu’il importe de le démontrer.

Donc Raymond Depardon fait partie de la Parade, terme vaguement ironique par lequel François Hebel règle un peu l’affaire de sa dernière saison des Rencontres d’Arles. Et à certains endroits c’est plutôt réussi, Vik Muniz, la photographie sérielle en commançant par Blossfeld et les époux Becher ou encore la pavillon Small universe où la photographie néerlandaise contemporaine en remontre aux nations plus connues de la photographie, parmi lesquelles la France, le pays de Henri Cartier-Bresson, comme on dit la France, le pays des droits de l’homme, quand c’est justement pour les fouler sévèrement au pied, la France, la seule, la vraie, la France gaullienne, la photographie, la seule la vraie, la photographie de Cartier-Bresson.

Par charité je ne mentionne même pas le grand raout à la gloire de Lucien Clergue, c’est à pisser parterre tellement cela en devient drôle de voir cette grande exposition de photographies dignes de clubs-photo sur les mêmes cimaises que les Néerlandais justement, Maurice Van Es, Hans Eijkelboom ou encore Jos Houweling, d’authentiques artistes, de véritables plasticiens.

Et donc notre plus fier représentant de la qualité française certifiée, l’oncle Raymond, expose une série d’une quinzaine de grands tirages, façon la France rance à la BNF comme en 2010, d’ailleurs il est à peine crédible que cette douzaine de "nouvelles" images n’aient pas été prises au corpus de la France rance de Depardon.

Je ne vais pas revenir sur toutes les excellentes raisons pour lesquelles j’ai détesté, unilatéralement, l’exposition plagiaire de la BNF il y a quelques années, je continue de ne pas aimer que Depardon parie sur l’ignorance crasse du petit milieu de la photographie français, ignorance méprisante naturellement, de la photographie documentaire américaine des années 70 et 80, Joel Sternfeld, Richard Misrach, Stephen Shore et Joel Meyerowitz pour faire fructifier leurs trouvailles à la façon de recettes suivies sans intelligence, et je continue de ne pas aimer ce petit côté de célébration de la France éternelle, celle loin des villes et des banlieues (où vivent pourtant la moitié des individus de ce petit pays étriqué), trop compliqué ça, non, l’oncle Raymond c’est la vraie France, celle des silencieux, genre la France qui se lève tôt. Bref une bonne petite France de droite et naturellement très peureuse de l’altérité. La France rance.

Et puis c’est l’année du centenaire du début de cette première grande boucherie bourgeoise mondiale, alors ce serait bête de rater une opportunité de pousser du col. Pousser du col c’est un métier, c’est un peu comme photographe. Il faut guetter les centenaires, cette année le centenaire de la naissance de Marguerite Duras, on va bien trouver des durassiens de la dernière heure comme il s’est trouvé des des résistants du mois de septembre, et celui de la mort de Jean Jaurès (là j’ai cru que comprendre que c’était nettement plus compliqué de se réclamer aujourd’hui de Jaurés — parce que de quel Jaurès se réclame-t-on ?, on pourrait presque saluer l’originalité du premier sinistre du moment quand il prend ses distances par rapport à Jaurès, si ce n’était pour comprendre, ce qui est louable de franchise, que lui au début du XX ème il aurait plutôt été du côté de Clémenceau, de droite donc, voilà qui a le mérite d’être clair) et donc du début du premier grand casse-pipe mondial. Ce qu’il y a de bien avec les centenaires c’est que c’est plus facile à ne pas manquer que les instants décisifs. Suffit de suivre un almanach à jour. Il doit même y avoir moyen de programmer une veille des centenaires sur internet, et même des applications de téléphone de poche pour écrivain en mal de sujet de biographie etc... On reconnaîtra à Jean Echenoz, dont j’avais pensé le plus grand mal de son 14, une certaine élégance d’avoir écrit et publié ce livre deux ans trop tôt, sans doute exprès, pour qu’il ne soit pas pris dans le tourbillon attendu des célébrations commémoratives de la grande boucherie.

Alors l’Oncle Raymond il se dit la grande guerre, le centenaire, tout ça tout ça, ça finit par monter un peu dans sa tête et il se dit comme ça que ce serait sans doute possible d’aller jeter un coup d’œil torve dans les milliers de clichés à la 20X25 de la France rance de Depardon et que sûrement il se trouverait une petite douzaine de monuments aux morts de la guerre mondiale de 78, tu parles dans le lot de toutes ces petites places mignonnes tout plein de la France éternellement profonde et profondément éternelle, cela serait bien le diable.

Et ni une ni deux, les douze-quinze monuments aux morts sont là, en voilà une petite exposition de l’Oncle Raymond qui n’a pas demandé trop de travail. C’est qu’il est plus tout jeune non plus l’Oncle Raymond et que le camping-car il a déjà, soit-disant, bien donné.

Et puis tonton Raymond, sa crédibilité, son aura, comme j’ai entendu dire à cette exposition, en pouffant sous cape, tout ça tout ça ferait le reste.

Et justement non, cela ne fait pas le reste.

Les monuments aux morts de la guerre de 14 ne sont pas seulement des stèles et des sculptures, généralement d’un goût très douteux, que les villes ont offertes en remerciement des sacrifices consentis à la nation. Leur érection a une véritable histoire qui n’a pas grand chose à voir avec une volonté véritable de consolation, même légèrement insincère, mais plutôt une mascarade politique de communicants d’alors, dans le but inavoué d’acheter la paix sociale auprès de la classe ouvrière et agricole qui ont été saignées et faire passer la pilule amère de la méthode Nivel (vous ne voulez pas vous battre, qu’à cela ne tienne on en colle un sur dix devant un poteau) et bien d’autres avanies génocidaires de la classe ouvrière, dont la vraie gauche, celle des héritiers immédiats de Jaurès, commençait à demander aux dominants des comptes des deux côtés du Rhin.

Et naturellement cet achat devait se faire à un prix le plus modique et vil possible. L’aurait pas fallu non plu que cela coûte des mille et des cents de consoler le petit peuple. Aussi ce sont de véritables poncifs du sacrifice des Poilus qui ont été déclinés par de mauvais et incompétents sculpteurs et le résultat est là, un siècle plus tard tous les villages et les villes français sont désormais encombrés de ces mauvaises réalisations, indéboulonnables dans leur laideur répétitive. Et si en 2018, on rendait vraiment hommage aux ouvriers et paysans massacrés et qu’on lavait cet affront posthume en déboulonnant toutes ces sculptures merdiques ?

C’est précisément là où je veux en venir. Si j’étais l’Oncle Raymond, dans toute son aura chamanique de photographe contemporain qualité française, l’Instant décisif, Magnum tout ça tout ça, et que je devais me saisir d’un tel sujet, il me semble que je me serais un peu plus documenté à propos de ces monuments, que j’aurais tâché d’en dégager l’essence sérielle et propagandaire, de me préoccuper de leur histoire, de leur fabrication, pour finir par démontrer visuellement que les monuments aux morts de la guerre de 14-18 sont en fait une insulte supplémentaire à la classe systématiquement perdante à ce petit jeu des faux symboles nationaux, et dans le cas présent, le symbole est un crachat à la face des victimes du génocide de classe. En gros je ne me serais pas contenté de relire mes planches-contacts et donc de produire ces images dénuées de toute distance critique. Avec un tel enjeu politique, idéologique même, les images des monuments aux morts ne pouvaient pas être aussi anodines, c’est-à-dire, au sens étymologique du terme, hors douleur.

Mais pour cela, pour avoir d’aussi immédiates et accessibles intuitions, sans doute faut-il avoir un peu de culture politique et historique, ne pas se contenter de se fier aux faux semblants de la domination. Être de gauche. Pas de droite. Pas du côté des puissants et de la domination. En un mot ne pas être le photographe officiel de la domination. Le photographe hagiographique. De droite donc.

Pour moi qui vomit toutes ces célébrations de la grande boucherie, cet admirable revival nationaliste, ce n’est pas une surprise de trouver à leur intersection d’avec la photographie, l’Oncle Raymond de la qualité photographique française, en bout de course, en effet. CQFD.

Donc mot d’ordre pour 2018, détruire les monuments aux morts de la guerre de 14-18, et bombage du présent pochoir sur les photographie de la France rance de Tonton Raymond.
 

Lundi Greg, dans ses oeuvres.



Dimanche pluvieux, rangement dans le garage et du coup je tombe sur cette photographie magnifique de mon ami Greg Ligman, qu’il m’avait offerte, si j’en crois l’inscription au dos du tirage, en 1989, c’était un peu avant la déferlante de Photoshop. J’ai passé une bien belle heure à scanner méticuleusement en huit morceaux ce grand tirage et en raboutant les morceaux au mieux que je sache faire, du coup cela me fait plaisir de vous en proposer deux grand et très grand agrandissements qui permettent de naviguer à l’intérieur de cette image et dans toute sa folie de préméditation

Et suivre la discussion qui prend son point de départ dans cette image pour arriver, pour le moment au pied du Monjuic à Barcelone, et notamment le récit d’un essai raté, sur seenthis
 

Jeudi Pas de Vie en deçà



En juin prends donc exemple sur tes amis musiciens qui risquent tout à chaque geste, à chaque souffle, et rien en deçà qui vaille.
Mieux, sans cela la Vie ne vaut pas grand chose
Toute la vie. Il n’empêche ton mois de juin cette année n’est pas fameux.




Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de
la Vie

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Le bloc-notes du désordre