Mercredi Lecture du soir à Fontevraud



Lecture du soir à Fontevraud
 

Mercredi En juillet apprivoise les requins



En juillet, laisse-toi endormir par la Loire et la douceur angevine,
apprivoise des requins
et regarde la mer se démonter.

N’empêche c’est déjà la moitié de l’année qui a filé et tu n’as pas toute la vie.




Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de
la Vie

 

Lundi Le centenaire décisif



Je voudrais être capable de la concision de je ne sais plus quel chroniqueur des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles, dans Libération je crois me souvenir, qui ponctuait à propos de l’exposition des photos de l’oncle Raymond aux Frères prêcheurs, "Depardon complétement en bout de course". Et tout était dit, mais je ne peux pas en faire autant, je ne sais pes en faire autant, j’ai l’impression que cela ne sera jamais suffisant de laisser au spectateur la responsabilité de comprendre que vraiment les photographies de Raymond Depardon sont gerbantes et dextrogènes et qu’il importe de le démontrer.

Donc Raymond Depardon fait partie de la Parade, terme vaguement ironique par lequel François Hebel règle un peu l’affaire de sa dernière saison des Rencontres d’Arles. Et à certains endroits c’est plutôt réussi, Vik Muniz, la photographie sérielle en commançant par Blossfeld et les époux Becher ou encore la pavillon Small universe où la photographie néerlandaise contemporaine en remontre aux nations plus connues de la photographie, parmi lesquelles la France, le pays de Henri Cartier-Bresson, comme on dit la France, le pays des droits de l’homme, quand c’est justement pour les fouler sévèrement au pied, la France, la seule, la vraie, la France gaullienne, la photographie, la seule la vraie, la photographie de Cartier-Bresson.

Par charité je ne mentionne même pas le grand raout à la gloire de Lucien Clergue, c’est à pisser parterre tellement cela en devient drôle de voir cette grande exposition de photographies dignes de clubs-photo sur les mêmes cimaises que les Néerlandais justement, Maurice Van Es, Hans Eijkelboom ou encore Jos Houweling, d’authentiques artistes, de véritables plasticiens.

Et donc notre plus fier représentant de la qualité française certifiée, l’oncle Raymond, expose une série d’une quinzaine de grands tirages, façon la France rance à la BNF comme en 2010, d’ailleurs il est à peine crédible que cette douzaine de "nouvelles" images n’aient pas été prises au corpus de la France rance de Depardon.

Je ne vais pas revenir sur toutes les excellentes raisons pour lesquelles j’ai détesté, unilatéralement, l’exposition plagiaire de la BNF il y a quelques années, je continue de ne pas aimer que Depardon parie sur l’ignorance crasse du petit milieu de la photographie français, ignorance méprisante naturellement, de la photographie documentaire américaine des années 70 et 80, Joel Sternfeld, Richard Misrach, Stephen Shore et Joel Meyerowitz pour faire fructifier leurs trouvailles à la façon de recettes suivies sans intelligence, et je continue de ne pas aimer ce petit côté de célébration de la France éternelle, celle loin des villes et des banlieues (où vivent pourtant la moitié des individus de ce petit pays étriqué), trop compliqué ça, non, l’oncle Raymond c’est la vraie France, celle des silencieux, genre la France qui se lève tôt. Bref une bonne petite France de droite et naturellement très peureuse de l’altérité. La France rance.

Et puis c’est l’année du centenaire du début de cette première grande boucherie bourgeoise mondiale, alors ce serait bête de rater une opportunité de pousser du col. Pousser du col c’est un métier, c’est un peu comme photographe. Il faut guetter les centenaires, cette année le centenaire de la naissance de Marguerite Duras, on va bien trouver des durassiens de la dernière heure comme il s’est trouvé des des résistants du mois de septembre, et celui de la mort de Jean Jaurès (là j’ai cru que comprendre que c’était nettement plus compliqué de se réclamer aujourd’hui de Jaurés — parce que de quel Jaurès se réclame-t-on ?, on pourrait presque saluer l’originalité du premier sinistre du moment quand il prend ses distances par rapport à Jaurès, si ce n’était pour comprendre, ce qui est louable de franchise, que lui au début du XX ème il aurait plutôt été du côté de Clémenceau, de droite donc, voilà qui a le mérite d’être clair) et donc du début du premier grand casse-pipe mondial. Ce qu’il y a de bien avec les centenaires c’est que c’est plus facile à ne pas manquer que les instants décisifs. Suffit de suivre un almanach à jour. Il doit même y avoir moyen de programmer une veille des centenaires sur internet, et même des applications de téléphone de poche pour écrivain en mal de sujet de biographie etc... On reconnaîtra à Jean Echenoz, dont j’avais pensé le plus grand mal de son 14, une certaine élégance d’avoir écrit et publié ce livre deux ans trop tôt, sans doute exprès, pour qu’il ne soit pas pris dans le tourbillon attendu des célébrations commémoratives de la grande boucherie.

Alors l’Oncle Raymond il se dit la grande guerre, le centenaire, tout ça tout ça, ça finit par monter un peu dans sa tête et il se dit comme ça que ce serait sans doute possible d’aller jeter un coup d’œil torve dans les milliers de clichés à la 20X25 de la France rance de Depardon et que sûrement il se trouverait une petite douzaine de monuments aux morts de la guerre mondiale de 78, tu parles dans le lot de toutes ces petites places mignonnes tout plein de la France éternellement profonde et profondément éternelle, cela serait bien le diable.

Et ni une ni deux, les douze-quinze monuments aux morts sont là, en voilà une petite exposition de l’Oncle Raymond qui n’a pas demandé trop de travail. C’est qu’il est plus tout jeune non plus l’Oncle Raymond et que le camping-car il a déjà, soit-disant, bien donné.

Et puis tonton Raymond, sa crédibilité, son aura, comme j’ai entendu dire à cette exposition, en pouffant sous cape, tout ça tout ça ferait le reste.

Et justement non, cela ne fait pas le reste.

Les monuments aux morts de la guerre de 14 ne sont pas seulement des stèles et des sculptures, généralement d’un goût très douteux, que les villes ont offertes en remerciement des sacrifices consentis à la nation. Leur érection a une véritable histoire qui n’a pas grand chose à voir avec une volonté véritable de consolation, même légèrement insincère, mais plutôt une mascarade politique de communicants d’alors, dans le but inavoué d’acheter la paix sociale auprès de la classe ouvrière et agricole qui ont été saignées et faire passer la pilule amère de la méthode Nivel (vous ne voulez pas vous battre, qu’à cela ne tienne on en colle un sur dix devant un poteau) et bien d’autres avanies génocidaires de la classe ouvrière, dont la vraie gauche, celle des héritiers immédiats de Jaurès, commençait à demander aux dominants des comptes des deux côtés du Rhin.

Et naturellement cet achat devait se faire à un prix le plus modique et vil possible. L’aurait pas fallu non plu que cela coûte des mille et des cents de consoler le petit peuple. Aussi ce sont de véritables poncifs du sacrifice des Poilus qui ont été déclinés par de mauvais et incompétents sculpteurs et le résultat est là, un siècle plus tard tous les villages et les villes français sont désormais encombrés de ces mauvaises réalisations, indéboulonnables dans leur laideur répétitive. Et si en 2018, on rendait vraiment hommage aux ouvriers et paysans massacrés et qu’on lavait cet affront posthume en déboulonnant toutes ces sculptures merdiques ?

C’est précisément là où je veux en venir. Si j’étais l’Oncle Raymond, dans toute son aura chamanique de photographe contemporain qualité française, l’Instant décisif, Magnum tout ça tout ça, et que je devais me saisir d’un tel sujet, il me semble que je me serais un peu plus documenté à propos de ces monuments, que j’aurais tâché d’en dégager l’essence sérielle et propagandaire, de me préoccuper de leur histoire, de leur fabrication, pour finir par démontrer visuellement que les monuments aux morts de la guerre de 14-18 sont en fait une insulte supplémentaire à la classe systématiquement perdante à ce petit jeu des faux symboles nationaux, et dans le cas présent, le symbole est un crachat à la face des victimes du génocide de classe. En gros je ne me serais pas contenté de relire mes planches-contacts et donc de produire ces images dénuées de toute distance critique. Avec un tel enjeu politique, idéologique même, les images des monuments aux morts ne pouvaient pas être aussi anodines, c’est-à-dire, au sens étymologique du terme, hors douleur.

Mais pour cela, pour avoir d’aussi immédiates et accessibles intuitions, sans doute faut-il avoir un peu de culture politique et historique, ne pas se contenter de se fier aux faux semblants de la domination. Être de gauche. Pas de droite. Pas du côté des puissants et de la domination. En un mot ne pas être le photographe officiel de la domination. Le photographe hagiographique. De droite donc.

Pour moi qui vomit toutes ces célébrations de la grande boucherie, cet admirable revival nationaliste, ce n’est pas une surprise de trouver à leur intersection d’avec la photographie, l’Oncle Raymond de la qualité photographique française, en bout de course, en effet. CQFD.

Donc mot d’ordre pour 2018, détruire les monuments aux morts de la guerre de 14-18, et bombage du présent pochoir sur les photographie de la France rance de Tonton Raymond.
 

Lundi Greg, dans ses oeuvres.



Dimanche pluvieux, rangement dans le garage et du coup je tombe sur cette photographie magnifique de mon ami Greg Ligman, qu’il m’avait offerte, si j’en crois l’inscription au dos du tirage, en 1989, c’était un peu avant la déferlante de Photoshop. J’ai passé une bien belle heure à scanner méticuleusement en huit morceaux ce grand tirage et en raboutant les morceaux au mieux que je sache faire, du coup cela me fait plaisir de vous en proposer deux grand et très grand agrandissements qui permettent de naviguer à l’intérieur de cette image et dans toute sa folie de préméditation

Et suivre la discussion qui prend son point de départ dans cette image pour arriver, pour le moment au pied du Monjuic à Barcelone, et notamment le récit d’un essai raté, sur seenthis
 

Jeudi Pas de Vie en deçà



En juin prends donc exemple sur tes amis musiciens qui risquent tout à chaque geste, à chaque souffle, et rien en deçà qui vaille.
Mieux, sans cela la Vie ne vaut pas grand chose
Toute la vie. Il n’empêche ton mois de juin cette année n’est pas fameux.




Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de
la Vie

 

Vendredi Le révolutionnaire de droite



Comme il fait bon, mais comme c’est triste à la fois — la fin du livre comme celle du film me font toujours pleurer —, de relire la Société du spectacle de Guy Debord — et de revoir son film —, comme j’en ai eu expressément envie après avoir visité l’épouvantable exposition de Thomas Hirschhorn au Palais de Tokyo. Envie de relire ce texte extraordinaire pour laver l’insulte de le voir, même pas volé à une bibliothèque, sur les rayonnages fort pauvres — tout est dans la taille démesurée de ces rayonnages presque vides — de la fausse bibliothèque de cette révolution de papier crépon.

Flamme éternelle mon cul.

Comme il est facile de faire son malin parfaitement abrité par les conditions somptueuses d’exposition d’un centre d’art contemporain de renommée internationale.

Comme il est facile de s’approprier une culture et un combat qui ne sont pas les siens toujours parfaitement garanti par une institution qui non seulement protège le soit-disant fauteur de trouble mais surtout maintient à l’extérieur ceux qui de tout temps seront maintenus à l’extérieur. Ceux justement dont on singe la véritable culture.

Comme il est facile de feindre la révolution. Et d’assurer dans le même coup des conditions de confort sans heurt aux visiteurs. Ah les selfies des visiteurs qui se vautrent dans les canapés neufs, achetés au prix du neuf sans doute, et entièrement recouverts de scotch d’emballage. On voudrait faire avaler toutes ces tablettes et téléphones de poches à ces visiteurs petit bourgeois en mal de sensations sociales.

Comme il est facile de disposer d’un budget sans doute exprimé en centaines de milliers d’euros (pour mémoire l’exposition, certes plus étendue, de Philippe Parenno dans le même cadre avait un budget de deux millions d’euros), pour recréer un faux décor de manif ou de communauté autonome (dont on comprend sans mal que Thomas Hirschhorn n’en connaît aucune).

Mais quand même continuer de faire payer les bières, pour subventionner quelle grand cause ? Je préfère ne pas m’attarder sur le chemin visqueux du principe de gratuité de cette exposition.

Comme il est facile d’encourager au désordre, de feindre d’en donner les outils, du gros scotch, du polystyrène, des feutres et une photocopieuse, quand il faudrait fournir l’essence, les fusils et les explosifs.

Comme il est facile de récupérer les slogans de ceux qui sont véritablement dans la lutte et aux abois et d’en faire des fétiches incantatoires ou pire encore des questions de quiz, la propriété c’est ...

Comme il est facile de donner l’apparence d’une participation au spectateur quand les vrais contours de l’installation sont déjà parfaitement cernés — et on ne peut plus décoratifs. Et je n’ai aucun mal à imaginer que chaque soir, chaque nuit, après minuit, après la fermeture du musée — un musée qui ferme à minuit c’est-y pas cool ? —, les femmes et les hommes de ménage passent l’aspirateur pendant que les manutentionnaires déchargent la livraison quotidienne de nouveaux blocs de polystyrène et de rouleaux de gros scotch marrons, de nouvelles ramettes de papier pour la photocopieuse, pour que la jeunesse bourgeoise puisse s’encanailler (et obtenir de beaux selfies bien subversifs), mais le lendemain pas trop tôt non plus hein ?, faudrait pas qu’on ait à se lever aux mêmes heures que les hommes et les femmes de ménage — dont on espère que les horaires nécessairement décalés sont dûment compensés sur leurs feuilles de salaire.

La vraie jeunesse ce sera celle qui viendra vraiment mettre le feu à ce monument de connerie qu’est devenu le Palais de Tokyo, et remplacer la livraison quotidienne de nouveaux blocs de polystyrène par des pains d’explosifs.

Que tout ce désordre est factice et comme c’est vain, stupide.

Comme il est stupéfiant que les habituels clochards du patio continuent de coucher devant les fenêtres même de cette exposition, fenêtres occultées par les parodies de banderoles. Pendant qu’on loue les services de quelques figurants qui jouent les SDF bien habillés, quand à l’extérieur de vrais clochards qui ne sentent pas bon affrontent les rudesses de la rue.

Flamme éternelle c’est un squat avec un service d’ordre et des vigiles. En uniformes.

Thomas Hirschhorn est un authentique branleur qui rêve d’une révolution qui ne changera rien, d’une révolution dans laquelle sa petite personne ne risquera pas de dangers excessifs. Un révolutionnaire de droite. Un décorateur de révolution, ce dont justement la révolution saura très bien se passer.

Delenga Tokyo Palazio est.
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Le bloc-notes du désordre