Jeudi Salon du livre - stand des éditions Inculte



Bon je ne suis pas bien sûr de comment on fait ces choses-là, je me lance.

Je serai au salon du livre ce week end disons samedi de 15H30 à 16H30 et dimanche de 15H à 16H, ces deux créneaux, sûr, au stand d’Inculte. Où je serai ravi de rencontrer qui veut autour d’Une fuite en Egypte. Je risque d’y être aussi un peu avant et un peu après. Voilà

Oh ben finalement ce n’était pas si difficile que ça.
 

Vendredi Le retour (triennal) du Quotidien

Je repasse en une (un bien grand mot) ce texte (un bien grand mot) de présentation des séries d’images du Quotidien (un bien grand mot aussi), parce qu’il fixait rendez-vous aux visiteurs et lectrices du Désordre début 2017 pour un nouveau tryptique, celui regroupant une image de l’année 2014, une de l’année 2015 et une de l’année 2016. C’est chose faite. Et voilà donc comment je présentais cette série, début 2014.

Chaque début d’année, je me livre à cet exercice : je choisis une et une seule photographie pour chaque journée de l’année tout juste écoulée. Donc à la question, mais alors tu prends au moins une photographie tous les jours ?, absolument tous les jours ?, la réponse est, ben oui, on pourra dire que j’aurais passé une grande partie de ma vie avec un gros truc noir qui me bouche la vue. Et naturellement c’est l’occasion de faire de cette rubrique, Tous les jours, un point d’entrée sur d’autres recherches en développement dans le reste du site dans le cours de l’année en question (l’image est parfois clicable qui permet justement cette ouverture).

J’ai entamé cette série consciemment en 2007, on peut donc accéder aux séries de 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 et donc 2013 que je viens de terminer.

Cela ne s’arrête pas là. Fin 2007, j’ai eu l’idée d’un triptyque, que j’ai appelé le Quotidien (quand j’y pense je ne suis pas très fort pour les titres, les meilleurs titres ce sont souvent mes amis et mes proches qui me les soufflent, B. par exemple a eu l’idée lumineuse de Dans les lignes de sa main pour Robert Frank, là franchement elle m’a tiré d’un terrible embarrras, donc quand vous trouvez que le titre est bon, dites-vous que c’est sûrement parce que je n’y suis pour rien, sinon s’il est mauvais c’est qu’il est bien de moi). Ce triptyque prend au hasard une des photos de la série Tous les jours de 2005 pour l’associer avec une autre image tirée au hasard parmi les images de 2006 et une troisième au hasard parmi les images de 2007.

Fin 2010, j’ai eu le plaisir de proposer un nouveau triptyque avec les années 2008, 2009 et 2010. Et, vous me connaissez, je me léchais déjà les babines à l’idée que fin 2013 je pourrai produire à la fois un nouveau triptyque et à la fois une page qui reprendrait un carré de neuf photographies prises au hasard parmi les années, 2005, 2006, 2007, 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 et 2013. Pour tout vous dire je piaffais d’une impatience un peu inquiète tout de même, parce que ce qui fonctionnait à l’état de triptyque, rien ne m’assurait que cela fonctionnerait aussi sous la forme de ce collage de neuf images.

Et j’ai eu raison à la fois de piaffer et à la fois d’être inquiet, parce quand j’ai lancé la première sonde, le premier script, force est de constater que le résultat était plus souvent décevant que réjouissant. Certes, des fois le hasard faisait bien les choses, mais le plus souvent le hasard bâclait l’affaire, sans compter que la mise en page des neuf images, cela paraît idiot, mais était tout sauf une réussite (je fais statistiquement peu de photographies verticales, leur rareté pose justement un problème pour ce qui est de les accueillir souplement). Bref il a fallu resserrer les boulons ce qui fut fait de la façon suivante, une fois sur dix, une ou plusieurs images sont remplacées par des blancs, ce qui rend la mise en page moins monotone. La taille des images a été reprise de telle sorte que l’ensemble reste visible sur un écran qui ferait 1024 pixels de large. Les tailles des images ne sont pas les mêmes partout, il y a de petites variations sur lesquelles le hasard s’appuie pour construire des pages que l’on espère plus belles de cette façon, moins monotones. Et, last but not least, pour accéder au rafraîchissement de la page, il arrive de temps en temps que le lien actif soit placé sur une seulement des neuf images, pas toujours la même, ça c’est pour vous ralentir un peu, de telle sorte que vous ayez une vraie chance, pour chacune des 239 427 255 106 832 018 688 000 possibilités de pages (et pour les amateurs de réseaux asociaux, je vous enjoins d’attendre d’avoir vu TOUTES ces possibilités avant de vous empresser de signaler une telle page sur ce qui vous tient lieu de ligne de vie) de tisser une narration qui vous est personnelle pour lier entre elles les neuf images que le hasard s’ingénie à vous proposer de façon désordonnée. Au passage on note immodestement comment un certain Jean-Marie Queneau est littéralement enfoncé avec ses misérables cent mille milliards de petits bouts rimés.

Sans compter qu’aussi nombreux que vous soyez à regarder cette page, et même plusieurs propositions de cette page, il est peu probable que deux visiteurs voient, ne serait-ce qu’une seule fois, la même combinaison. CQFD : cette page n’est pas partageable sur les réseaux asociaux, vous ne pourrez pas dire, tiens regarde-ça !, "ça" n’existe que par très faible intermittence. Et vous n’imaginez même pas à quel point cette pensée m’est agréable.

Il ne me reste plus qu’à vous donner rendez-vous début 2017 pour un nouveau triptyque, début 2020 pour un autre triptyque encore, et fin 2020 pour un nouveau "carré" qui cette fois comportera seize images tirées au hasard. Je peux rêver d’être encore dans les parages fin 2029 pour un carré de 25, fin 2038 pour un carré de 36, fin 2053 pour un carré de 49 images, en aurais-je encore les forces alors ?, à l’âge de 89 ans tout de même, en revanche je déclare forfait pour 2068 pour un carré de 64 images, désolé, je m’y suis pris trop tard.

Et puisqu’il est question d’un certain nombre de possibilités de lectures, vous êtes allé faire un tour sur les derniers mois de la Vie ? Parce que là autant vous le dire tout de suite avec 18.000 fichiers images (pour la seule année 2013) jetés sur la page avec autant de paramètres aléatoires, notamment l’emplacement de chaque image tirée au hasard et l’opacité déterminée de façon aléatoire également, le nombre de possibilités doit excéder, et de loin, le nombre de molécules présentes sur Terre. Et ce n’est que la première année. Dès le mois prochain j’entame une nouvelle page de la Vie, intitulé Toute la Vie, et qui amalgamera désormais toutes les photos de cette rubrique toutes années confondues. La page d’accueil du Désordre étant ce qu’elle est également, extrêmement résistante au calcul de probabilités, et qui envoie vers autant de pages qui sont faites de cette façon désormais curieuse et non fixe, autant vous dire que dorénavant plus personne ne voit la même chose sur le site du Désordre. On ne peut donc plus rien partager (signaler) dans le Désordre. Les réseaux asociaux sont enfoncés à leur tour, le nombre de leurs participants ne sera jamais suffisant pour produire des doublons du Désordre. On ne peut pas reproduire le Désordre. Le Désordre gagne.

Bref en 2053 le Désordre régnera, je serai le maître incontesté d’Internet et du nombre de molécules présentes dans toute la galaxie.

On se rassure comme on peut.

J’imagine que c’est le moment où jamais, étant donné les considérations chiffrées du jour, de vous souhaiter une bonne année, comme dirait une connaissance, historien de son état, on est repartis comme en 14.




Le Quotidien, une nouvelle série de photographies numériques dans le Désordre.

 

Mardi Une fuite en Egypte



J’y suis. Une fuite en Egypte sort aujourd’hui en librairie. Chez Inculte. La classe. Je marche cinq centimètres au-dessus du sol. Le roi n’est pas mon cousin. Je suis sur le nuage numéro neuf.

Du coup je tente de mettre les petits plats dans les grands. Les petites iframes dans les grands frames.

Vous ne pensiez tout de même pas que je ne faisais plus rien dans le garage ces derniers temps ? quand même ? si ?

Dans la page de garde d’Une fuite en Egypte, il y a la mention d’une URL qui donne accès à toutes sortes de ressources relatives au récit, des extraits, des échanges de mail avec mon éditeur pour, notamment, la construction de la quatrième de couverture, sans parler de la couverture en elle-même, tous les morceaux de musique mentionnés dans le récit et Dieu sait si je ne peux jamais me retenir de dire quel est le disque que le narrateur écoute au moment où se déroule le récit, pareil avec toutes sortes d’œuvres, Cy Twombly, Lucian Freud, Weegee, etc… bref, les coulisses. Ne pas le faire cela aurait été se désavouer. Plus tard, dans un an ou deux, peut-être que je penserai à une version hypertexte de ce récit.

Mais ce n’est pas tout ce que j’ai fait dans le site pendant tout ce temps.

Il y a trois ans j’ai tenté de donner une nouvelle forme au Désordre, ce n’est pas un succès, mais ce n’est pas entièrement raté non plus. C’est la forme Ursula. En 2014 j’ai accumulé tout ce que je pouvais accumuler de textes, de sons d’images fixes et d’images en mouvement, et tout un tas d’autres petites constructions, notamment en html, que j’ai réunies dans une manière de bouquet, plus exactement de collection de coquillages d’Ursula. Parmi ces coquillages, il y avait le Jour des innocents, le récit de cinquante souvenirs de faits historiques, pas tous importants d’ailleurs, s’étant produit pendant les cinquante dernières années, et cela vu à ma hauteur au moment des faits, autant dire à hauteur d’enfant pendant les années 60, à hauteur d’adolescent pour ce qui est des années septante, de jeune homme pour ce qui est des années 80, de jeune adulte pour les années nonante, d’adulte pour les années 2000 et d’homme vieillissant pour les années 10 de notre ère. En 2015, j’ai tenté de tenir le journal de l’année en utilisant toujours cette séparation des contenus selon leur nature, chaque jour donnait lieu à une page qui contenait un triptyque photographique, un texte, un extrait sonore, un extrait vidéo, quelques images, un lien vers une page antérieure du site, tout cela sous la forme de blocs déplaçables à l’intérieur de la page pour faciliter, ou pas, la lecture et renforcer, ou pas, le plaisir du lecteur : Février. Début 2016, j’ai bricolé un récit en hommage à Pierre Boulez dont la disparition m’a beaucoup ému, de façon plus ou moins compréhensible, il s’agissait d’un récit à la manière de ceux produits par les invités de Marie Richeux pour la séquence Au Singulier de son émission les Nouvelles vagues sur France Culture, émission à laquelle j’avais été moi-même invité à participer, Pierre Boulez et le bricolage. Surtout pendant toute l’année 2016 j’ai construit, pour mieux le déconstruire sans doute, mon propre récit de la nuit du 13 novembre 2015, au cours de laquelle mon amie Laurence et moi sommes passés tout près de la catastrophe, il s’agit d’Arthrose (spaghetti), un récit très hypertextuel pour tenter de retrouver toutes les radicelles qui conduisent à ce qui aurait pu être la fin de nos existences. Et puis, dernière tentative reprenant cette forme inventée en collaboration avec Pierre Hanau dans le cadre éducatif des stages de formation à l’école du doc de Lussas, la forme Ursula, une manière de journal que je tiens en ligne depuis la fin du mois d’août l’été dernier, depuis que j’ai pris la décision ferme et définitive de vouloir tout ignorer de la catastrophe électorale en cours, Qui ça ?

Remarquant que tous ces projets contenaient en eux une sorte de dimension supérieure au Désordre, que le site tel qu’il avait existé jusqu’à maintenant était une sorte de toile de fond, j’ai fini par admettre que c’était désormais la nouvelle direction du Désordre, vos ascenseurs ont intérêt à ne pas tomber en panne. La page d’accueil du Désordre est désormais un tirage au sort entre ces différents projets que l’on peut par ailleurs visiter à l’intérieur même de chaque projet, on peut, par exemple, lire Arthrose (spaghetti) à l’intérieur de Qui ça ? et inversement, tout en continuant de visiter le Désordre, mais je ne sais pas si je dois recommander une telle lecture. Vous verrez.

Si, après de tels efforts je ne parviens pas à semer les derniers visiteurs du Désordre c’est à désespérer de tout.

Et sinon, vous avez Une fuite en Egypte qui reprend un mode de navigation et de lecture qui a fait ses preuves, je crois que l’on appelle cela un livre.
 

Jeudi Apnées, 7 février 2017, 20H, médiathèque de Suresnes



Tout est un peu dit sur l’affichette, mais voilà autant souligner la chose.

Apnées, spectacle de Dominique Pifarély (France, violon, traitement numérique du son), Michele Rabbia (Italie, percussions, traitement numérique du son), et Philippe De Jonckheere (France, images, traitement en direct de ces dernières), le 7 février 2017 à 20h à la médiathèque de Suresnes, 5 rue Ledru-Rollin à Suresnes (Transilien : Lignes L et U, arrêt Suresnes-Mont-Valérien, Tramway : T2, arrêt Belvédère ou Suresnes-Longchamp, Bus : lignes 144 (arrêt Pagès), 244, 241 (Suresnes-Longchamp), 175 (Nieuport), Tel. : 01 41 18 16 69), le spectacle est gratuit, en plus d’être très beau, vous n’avez aucune excuse pour ne pas aller le voir.

La page de nos échanges pour la construction du spectacle se trouve ici, elle vous donne une idée de la narration, des images.

Sur scène la rencontre toujours fructueuse, toujours surprenante, jamais sage et jamais écrite d’avance, de Dominique Pifarély et Michele Rabbia, l’un joue du violon comme personne et personne qui essaierait, et retraite numériquement en direct les sons qu’il en tire en orfèvre du truc, l’autre fait la même chose avec un set de percussions qui comprend un tom basse, des cymbales déchiquetées, et une multitude de petits objets trouvés en chemin, qu’il effleure, qu’il caresse, qu’il déchire, et pareillement retraite tout cela numériquement en direct, les deux musiciens se rejoignant dans un espace tiers dans lequel bien malin serait celui qui pourrait dire qui produit tel son et qui le modifie, à certaines de leurs expressions de surprise en concert, on comprend qu’eux-mêmes n’en sont pas toujours très sûrs, mais toujours réjouis, derrière eux un écran sur lequel sont projetées des images vidéos essentiellement produites par photographies, sorte de caméra du pauvre, animation, stop motion, time lapse, ellipses flagrantes, d’autres moins mais tout aussi coupables, mouvements de caméras énervés sur images fixes et placides, superpositions d’images à tout va, le tout mélangé et cuisiné sur place devant vous, sous vos yeux ébahis, pendant qu’on vous divertit les oreilles.

Apnées est la mise en commun irrespirable de nos rêves et de nos actes manqués, images silencieuses qui crient, et musiciens qui jouent dans le noir. On retient le souffle des spectateurs et on leur fait faire rêves paradoxaux et cauchemars doux, une expérience unique dont on ne ressort pas pareil que quand on est entré, sinon à quoi cela servirait d’aller au spectacle, de sortir de "chez soi".

Et sinon en horizontal, l’affichette, elle donne ça :

 

Samedi Est-ce qu’on pourrait avoir le choix ?

Si j’avais dû écrire cette lettre, j’aurais fait un massacre, j’aurais été insultant, violent même, tant je ressens tellement durement cette nouvelle attaque du clan des psychologues pour chiens par député d’extrême droite interposé #151 ; je parle de cette nouvelle proposition de loi de Fasquelle qui sera débattue la semaine prochaine à l’Assemblée et qui vise entre autres mesures malsaines d’interdire la prise en charge de l’autisme par les psychanalystes.

Donc pour une fois dans le Bloc-notes du Désordre, sur le sujet de l’autisme une parole calme et intelligente, mais qu’envoie quand même du bois, comme on dit au rugby.

Bravo Madame Gay-Corajoud, je vous admire.

L’original de cette lettre ouverte se trouve ici

Monsieur,

En réponse à votre proposition de résolution « invitant le gouvernement à promouvoir une prise en charge de l’autisme basée sur les recommandations de la Haute Autorité de santé », dont vous faites une lecture biaisée et liberticide, je me permets de m’insurger car aujourd’hui c’est ma liberté de parent d’exercer des choix éclairés pour mon enfant que vous venez piétiner, comme vous piétinez et discréditez les professionnels qui nous accompagnent.

Tout d’abord, permettez-moi de vous demander en quoi un homme qui a fait ses études en droit est à même de comprendre ce qui se joue de particulièrement difficile et délicat dans l’accompagnement d’une personne autiste. Vous suffit-il d’avoir quelques connaissances autour de vous ? Quelques opinions ? Pour venir ainsi nourrir une querelle de chapelle qui ne cesse depuis des années d’alourdir le quotidien des familles touchées par ce handicap ?

Moi je vais vous dire, Monsieur Fasquelle, j’en ai marre.

Mère d’un enfant autiste, je ne supporte plus que vous nous pondiez des lois, des décrets, des résolutions et je ne sais quoi encore sur un sujet dont fondamentalement vous n’avez que faire si ce n’est qu’il sert vos intérêts politiques. Aussi, permettez qu’aujourd’hui, à quelques jours d’un vote qui risque de changer la vie de mon garçon et de celle de ma famille, je prenne la parole en public. Depuis l’émergence de l’autisme de mon fils, je n’ai fait que slalomer entre vos querelles, vos goûts du pouvoir, vos ambitions, vos prétentions et, pardonnez-moi, mais aussi vos incompétences, pour parvenir à l’élever comme je l’entendais, avec toujours la peur au ventre qu’un jour on vienne m’interdire de faire ce qui me semble au mieux pour lui.

Et ce n’est pas les recommandations de la Haute Autorité de Santé et encore moins la façon dont elles ont été instrumentalisées, qui sont venues me rassurer à ce sujet !

Il est de bon ton depuis quelques temps de s’en prendre aux psys, toutes obédiences confondues. C’est très à la mode, ça rapporte des voix… et ça nourrit le portefeuille des lobbies comportementalistes qui vous soutiennent.

Les psys, que vous aimez rendre coupables de tout ce que vous ne comprenez pas, de tout ce qui vous dépasse, de toute cette douloureuse complexité qui vous échappe et qui vous dérange.

Les psys qui pourtant, ne vous en déplaise, s’occupent depuis toujours de ces « fous » qui inquiètent, qu’on cache, qu’on entasse… et qu’on délaisse.

Ces psys qui pourtant, m’ont écoutée, entendue, secondée, soutenue… Qui ont cheminé aux côtés de ma famille, de mon fils « bancal », de cet autiste dont pourtant la société ne voulait pas… ou pas vraiment.

Car ça dérange un autiste… ça fait tâche, ça ralentit, c’est bruyant, agaçant, angoissant. Ça a des comportements qui ne s’accordent pas avec la bonne marche d’un système aveuglé par sa propre suffisance.

C’est pour ça que les comportementalistes plaisent tant ! Parce qu’ils rognent les arêtes, ils étouffent les cris, camouflent la raison d’être de ces comportements… sans chercher à en comprendre la source… car au fond, soyons honnête, qui ça intéresse ?

Pas vous apparemment.

Mais voyez-vous Monsieur Fasquelle. Il y en a que ça intéresse, dont je fais partie. Il y a des parents qui veulent autre chose que le prêt-à-porter comportementaliste et surtout, il y a des parents qui veulent avoir le choix. Le choix pour leur enfant, autiste ou non.

Car c’est là voyez-vous que j’ai du mal à comprendre. Vous ne pouvez pas interdire la psychanalyse en France, mais vous voulez l’interdire pour les autistes ? Est-ce à dire que pour vous, Monsieur Fasquelle, les autistes n’ont pas les mêmes droits que les autres ? De quelle autorité vous munissez-vous pour scinder ainsi une population dans son accès à un accompagnement psychanalytique ? J’aimerai que vous veniez chez moi Monsieur Fasquelle, regarder mon fils, écouter notre histoire, visionner nos films, feuilleter nos albums photos pour réaliser tout ce qu’il a été possible sans se borner aux lunettes étroites du comportementalisme !

Mon fils, diagnostiqué autiste typique de Kanner à l’âge de 2 ans, mutique, automutilant… est aujourd’hui un adolescent bien dans sa peau. Il a intégré une école spécialisée et a quasiment rattrapé son retard scolaire. Il fait de la plongée sous-marine et a des projets d’avenir. Il pense même avoir des enfants plus tard ! Oh bien sûr, il est toujours autiste ! Il le restera toute sa vie, mais il le vit bien, et nous aussi.

Son comportement autistique, au lieu de me déranger, m’a aidée à le comprendre, surtout à l’époque où il ne parlait pas. Plutôt que de le rogner ou de tenter de le normaliser, j’ai observé ce comportement pour comprendre qui était mon enfant, quelle était sa place au monde et comment je devais l’aider à s’y épanouir.

J’ai pris le parti de m’intéresser à son être, à calquer ma relation à lui au fil de ses inventions et de ses intérêts, aussi restreints fussent-ils. J’ai fait absolument tout ce que combattent les comportementalistes et que prônent et conseillent ces psys dont vous voulez la peau. D’ailleurs sur notre chemin nous en avons rencontrés de toutes sortes qui sont devenus nos amis, nos alliés, nos soutiens indéfectibles. Je constate leur travail, leur engagement, leur humanité, leur ouverture d’esprit, leur instruction, leur savoir… Leur infinie richesse. Ce que vous voulez aujourd’hui remplacer par quoi ? Du comportementalisme ? Cette espèce de méthode anglo-saxonne revisitée à la sauce européenne afin de faire passer la pilule ? Ce prêt à penser ? Ce fourre-tout lucratif qui se propulse sous forme de secte institutionnalisée ?

Oh bien sûr, on me rétorquera que le comportementalisme a mis de l’eau dans son vin et a su s’adapter et se remettre en question. Oui, c’est vrai… le comportementalisme s’adapte et c’est un outil dont je pourrais me servir à l’occasion. Un outil, mais certainement pas une fin en soi ! Nos enfants autistes méritent mieux qu’être enfermés dans une méthode !

Et puis d’ailleurs, de quel autisme parlons-nous ? Kanner ? Asperger ? Avec déficience mentale ou sans ? Avec épilepsie ? De quel recoin du spectre des Troubles Envahissants du Développement ? A partir de quel diagnostic ? Un diagnostic validé par quel professionnel ? Les comportementalistes ? Oui bien sûr, puisqu’il ne restera plus qu’eux !

Non monsieur Fasquelle. Non !

Lorsque Le président, Monsieur François Hollande a appelé dernièrement à un quatrième Plan Autisme qui serait celui de l’apaisement et du rassemblement, je pensais que nous allions enfin entrer dans une aire de paix ! Que nous pourrions, enfin, travailler tous ensemble auprès de nos enfants fragiles !

Mais voilà que vous voulez à nouveau scinder, briser, diviser…

Voilà qu’à nouveau nos autistes ne sont plus qu’un moyen, une excuse… Et non plus une priorité. Voilà revenu le temps de l’inquisition.

Monsieur Fasquelle, au-delà de ma colère et de ma déception, je vous prie de percevoir à travers ces mots, l’espoir fou d’avoir su toucher l’homme en vous et je vous supplie de mettre un terme à cette résolution et à tout ce qu’elle risque d’entrainer de dramatique et d’irréparable.

Permettez aux parents de choisir pour leurs enfants. De choisir vraiment.

Valérie Gay-Corajoud
 

Vendredi Ursula



Allez, je peux bien le dire maintenant. J’ai échoué. J’ai échoué à créer un autre Désordre.

Ben oui, j’ai essayé, depuis deux ou trois ans maintenant, depuis décembre 2013, de créer un autre site internet, un autre Désordre. Je l’avais appelé Ursula. Pendant un an, de fin 2013 au début 2015, je me suis évertué à accumuler, dans un autre ordre que celui auquel j’avais habitué tout le monde, depuis plus de quinze ans, le Désordre — une forme d’ordre en soi, une forme paradoxale —, tout ce que je pouvais enregistrer d’une manière ou d’une autre, des photographies bien sûr, mais aussi des dessins, des enregistrements sonores, des séquences filmées et des notes et encore des notes.

J’ai cherché une nouvelle façon de faire, j’ai tâché d’utiliser une forme que j’avais créée pour d’autres, les stagiaires de l’école du doc à Lussas, la fameuse forme Ursula qui sépare les contenus par modes (écrits, sons, images fixes, images animées) et qui les présente aléatoirement à hauteur égale — j’avais repris, en l’adaptant beaucoup, cette forme pour les coulisses de Formes d’une Guerre, à Poitiers, en juin 2011. Et j’ai chargé dans cette table de montage hasardeuse, tout ce que j’ai pu produire de sons, d’images et de textes pendant un peu plus d’un an, et j’ai joué avec Ursula. Cela m’a donné de très beaux bouquets, d’autres moins bons, voire nettement moins bons. Par exemple cela m’a permis de donner une forme qui me plaisait au récit du Jour des innocents. Evidemment cela ne s’est pas fait sans l’aide toujours aussi précieuse de Julien.

Début 2015, je n’étais vraiment pas sûr de ce que j’avais produit, hors quelques bouquets épars, dont le Jour des innocents — et d’autres trucs que je garde par devers moi pour le moment, dont Raffut, un roman —, je me suis alors astreint à la même forme, mais une forme journalière, le fameux Février, ce qui était à peine humain à réaliser — pensez, un son, une vidéo, souvent réalisée en animation, un texte en triptyque, un triptyque de photographies et tous les bonus auxquels je pouvais penser pour une même journée —, d’ailleurs, je ne suis pas parvenu à aller jusqu’au bout, le matériel, comme moi, avons craqué avant.

Pendant toute l’année 2016, j’avais des choses à digérer parmi lesquels un récit auquel je vais tâcher de donner une forme Ursula aussi, mais indépendante, celui d’Arthrose, ou comment j’ai bien manqué d’aller dîné au mauvais endroit le mauvais soir, un 13 novembre 2015, par bonheur, je suis fait un mal de chien en trébuchant dans les escaliers de chez mon amie Laurence, alors que nous partions au Petit Cambodge. Mais je voudrais me donner encore du temps pour ce récit. Rien ne presse.

De même je suis en train d’entamer un tout nouveau projet, un documentaire à propos d’une petite fille, qui enfant, sautait sur les genoux de Céline, cela m’est tombé dessus de façon vraiment imprévisible. Et pour ce projet, je me suis rendu compte que je devrais probablement suivre les bons conseils de Pierre Hanau, à Lussas, à savoir se servir d’Ursula comme l’outil idéal pour concentrer ses matériaux.

Et du coup, rouvrant les répertoires qui contiennent la moulinette Ursula, je me demande ce que je vais faire d’Ursula. Sa première forme. Pas très aboutie, brouillonne. Celle sans titre, finalement.

A part vous la donner à lire, écouter, voir, je ne vois pas ce que je pourrais en faire d’autre. Donc je vous présente Ursula, créature/création à la fois inaboutie et à la fois mystérieuse à mes yeux. Comme si c’était un livre qui comptait autant de récits que de lecteurs — et dont, par endroits, je peux être moi-même un lecteur.

Vous me direz. Si vous voulez.
 

Lundi A la Folie



C’est à Autun. A la Folie. Chez Martin Et Isa. le 17 septembre 2016 à 19H45, un spectacle de Dominique Pifarély, Michele Rabbia et Philippe De Jonckheere, évenement culinaire d’Isa Bordat.

La Folie c’est 10 route de Chateau-Chinon, sur les bords de l’Arroux dans les faubourgs d’Autun. Dans l’ombre, presque, du temps de Janus.

L’annonce plus complète sur le site de Dominique
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