Vendredi Carroussel



Souvent, le soir, à sept heures moins 21, je souris en regardant l’heure qu’il est et je me fais la remarque amusée que c’est l’heure de l’invention de la photographie. 18H39.

Ces derniers jours, en travaillant dans le garage sur les nombreuses images prises dans les Cévennes, notamment les séquences animées d’ailerons de requin, je me suis comparablement amusé qu’une des séquences contenait toute une série de noms de fichier qui correspondaient aux années de mon existence, DSC_1964.NEF, DSC_1965.NEF et ainsi de suite bien au-delà de DSC_2015.NEF. Et de la même manière que j’avais dans la série des Amorces décidé d’associer deux images d’après leurs noms de fichiers, formant un dyptique dont la première image portait le nom de fichier DSC_0001.NEF à cette autre image du nom de DSC_9999.NEF, j’ai eu l’idée de rassembler en séquences toutes les photographies que j’avais prises avec mon appareil-photo et qui portaient les noms de DSC_1964.NEF, DSC_1965.NEF et ainsi de suite jusqu’à DSC_2015.NEF et de leur associer les repères temporels que pour moi appelaient ces dates.

Avant même de voir quelles étaient les images qui correspondaient à ces noms de fichiers j’ai commencé par écrire sommairement les légendes, puis je les ai associées arbitrairement aux images, quoi qu’il arrive. Ce qui finit par dessiner une manière de diaporama de mon existence. J’imagine qu’une future étape de ce type de travail sera d’écrire prospectivement toutes les légendes pour toutes les images portant noms de fichiers DSC_2015.NEF à DSC_2064.NEF, on verra bien. Carroussel
 

Vendredi Ambiance de bouclage dans le garage



C’est une drôle d’habitude, à la fois excellente et pas du tout réaliste, mais je crois qu’une fois de plus je vais réussir le bouclage de Février le jour dit, aujourd’hui le 120 février, à minuit, sharp. Je crois que Guy, oui, mon ordinateur s’appelle Guy, ne sera pas fâché si je lui donne un peu de repos ces prochains jours tant il régnait dans le garage, ces derniers jours une ambiance surréelle de bouclage dans un journal, ce sont donc plusieurs milliers d’images que Guy a bien voulu traiter et quelques bons paquets de fichiers qu’il a bravement transmis à un collègue à lui, une sorte de Jules-de-chez-Smith-en-face, chez mon hébergeur. C’est que du 91 au 120 févier, je me serais encore arrangé pour en faire des choses. J’ai écrit le texte que Beat me demandait pour le festival de littérature à Soleure, je crois que c’est la première fois que l’on me passe commande d’un texte avec un thème imposé et que je m’en sorte, à sa demande j’ai donc écrit le mode d’emploi du Désordre, vous pouvez bien rire, Et puis ensuite j’ai du amputer le texte des deux tiers parce que j’avais confondu mots et caractères dans le décompte, vous pouvez bien rire, du coup j’ai trouvé un moyen assez astucieux d’alléger un texte, supprimer arbitrairement un paragraphe sur deux, ça marche assez bien, j’ai vu un tas de films, Rubber de Quentin Dupieux, Le dernier coup de marteau d’Alix Delaporte, Steak de Quentin Dupieux, L’inconnu du lac d’Alain Guiraudie, King of comedy de Martin Scorcese, Les Invasions barbares de Denys Arcand, Le journal d’une femme de chambre de Benoît Jacquot, La Chinoise et Adieu au langage de Jean-Luc Godard, et j’ai continué de lire La Maman et la putain de Jean Eustache, Shaun le mouton avec les enfants qui ont bien voulu m’accompagner pour me faire plaisir, et c’était une très belle soirée, j’ai composé un collage des coulisses de la photographie de couverture du Jour des innocents, j’ai fait un pesto avec de l’ail des ours que Marie m’avait offert, j’ai lu le dernier volume de l’Autofictif et Juste ciel d’Eric Chevillard, j’ai offert un poney à Adèle pour son anniversaire, j’ai inventé la téléportation, j’ai visité la cathédrale de Soissons, j’ai refait le monde avec Eric, et ça porte déjà ses fruits, quand je vous dis que je n’ai pas chômé, j’ai préparé une nouvelle série d’images pour le Terrier, cela s’appelle les Images de l’accumulateur, j’ai écrit quelques messages sous seenthis, j’ai lu la Dynamique de la révolte d’Eric Hazan, j’ai eu mon entretien individuel annuel avec la directions des ressources humaines de la Très Grande Entreprise, la révolte n’a pas encore abouti, en dépit de la dynamique, je suis allé dans les Cévennes, j’ai lu les Poissons ne ferment pas les yeux et le Poids du papillon d’Erri De Luca, je suis monté sur le pic Cassini avec Nathan, j’ai photographié de nombreuses nouvelles séquences d’ailerons de requin, j’ai montré à Clémence la restauration de la fresque de l’évolution de Zoo Project à Chalap, je suis allé à la Garde de Dieu, je suis allé écouter un concert de l’ensemble Dedalus aux Instants chavirés, j’ai rêvé d’être une buse, une simple buse.
 

Lundi Photographie la girafe à défaut de la repeindre



En décembre, perds-toi dans les musées
Photographie la girafe à défaut de la repeindre
Fête ton cinquantenaire, nu
2014 c’est fini
Tu n’as plus toute la Vie, à partir de maintenant.
 

Mardi Un poisson du 91 février



Du 60 au 90 Février, fais comme il te plaît. Février, le récit dont je suis prisonnier, un prisonnier heureux, heureux de tant de travail et la gageure qui chaque mois se présente à nouveau, rendre la parution du journal de Février ponctuelle. Et je ne doute pas une seule seconde qu’un mois prochain, je serais très en retard. En attendant, je suis ponctuel. Ce qui n’est pas la moindre des fictions. Et mon requin est mon poisson du 91 février.

Du 60 au 90 février, j’ai vu des tas et des tas de belles et petites choses, j’ai été en colère contre Yasmine Youssi en défense d’Eric Rondepierre, je m’étonnerais toujours, j’ai découvert Here de Richard Mac Guire, je me suis bricolé une journée-type pour les jours sans, J’ai emmené les enfants à un mur d’escalade, j’ai lu le Tort du soldat d’Erri de Luca, j’ai fêté les 75 ans de ma mère, j’ai fini de lire une Jeunesse américaine d’Annie Dillard, que j’ai beaucoup aimé, aussi pour ce que cela me disait de l’amie qui me l’avait offert, Mona, je me suis remis en colère en écoutant une petit chronique de rien du tout sur France Culture, du coup je me suis bricolé un petit programme pour les mettre en grève, même quand ils n’y sont pas, je me suis rendu compte que j’inventais absolument tout ce que j’écrivais dans Février, et cela m’a beaucoup plu, j’ai photographié Mona, le portrait officiel pour le livre à venir, je suis hyper fier, je me suis réveillé avec la Lune, un matin, j’ai traité des sujets au boulot, je suis allé à Autun, j’y ai moulé un nouvel aileron de requin et j’ai joué avec dans le jardin et dans les ateliers d’Isa et Martin, je suis tombé malade comme un chien à Autun, mais cela n’a pas gâché mon week-end au contraire presque, j’ai pouffé de rire dans la salle d’attente du Centre Médico Psychologique dans lequel j’emmène Adèle une fois toutes les deux semaines, j’ai envoyé une cinquantaine de collages photographiques à L, pour qu’il les accueille dans le Terrier, j’ai eu une chouette discussion avec Madeleine dans la voiture, j’ai rêvé que j’interviewais Marie Richeux pour la sortie de son dernier livre, Achille, j’ai passé des radios de mes genoux et les nouvelles ne sont pas bonnes, il va sans doute falloir opérer, je me suis fait l’habituelle réflexion que si j’étais un homme de Cromagnon il y a longtemps que je serais mort, suis nettement moins solide que l’on ne croit, j’ai enregistré un rêve de Madeleine, je suis retourné sur le chemin de la piscine, j’ai voté, j’ai répondu à la question à quoi tu penses ?, et décidé d’y rejouer, j’ai lu Eric Chevillard au réveil, je n’ai pas répondu à une invitation à venir rejoindre une personne de ma connaissance dans le club de rencontres où elle venait de s’inscrire, je suis allé voir le dernier film de Quentin Dupieux, Réalité, ce qui a lavé mon humeur d’écran noir, ce jour-là, je me suis inventé une invraisemblable histoire sentimentale avec la voisine de Julien, j’ai eu une discussion extraordinaire avec Nathan, un peu dans le goût de celles que j’avais, adolescent, avec mon père, je suis allé voir les Enfants-phares de Loran Chourrau et Erik Damiano et j’ai brièvement échangé avec deux mères admirables, j’ai retrouvé le brouillon de mon grand article sur l’autisme que mon ami Fil m’avait commandé pour le Diplo et que je n’ai jamais réussi à terminer. Bref j’ai bouclé mon journal de Février, avec une ponctualité qui me stupéfie, le 90 février à minuit, sharp.
 

Dimanche Le tour de force de Février



Ce n’est pas pour me lancer des fleurs, mais tout de même, réussir à tenir à jour un journal pareil, cela tient, certains soirs, du tour de force. Du 32 au 59 Février, j’en aurais fait des choses, en plus de tenir à jour mon journal, j’aurais lu le Vertige danois de Paul Gauguin par Bertrand Leclair, je serais allé écouter Seymour Wright avec Stéphane Rives, et Jupiter Terminus un soir de grande fatigue, j’aurais essuyé les reproches de la hiérarchie, je serais allé passer un week end dinch’Nord, en passant par le Louvre à Lens, j’aurais gravi à la fois le Mont-Noir et le Mont-Rouge deux sommets dans la même journée, je ne suis pas n’importe quel alpiniste moi, j’aurais appris ce qu’est le gogol et le gogolplex, et cela va beaucoup m’aider pour le travail dans le Désordre, j’aurais découvert un nouveau texte de mon ami Daniel, j’aurais travaillé à une exposition pour les élèves du collège Jean Mermoz de Laon, en me disant qu’ils avaient bien de la chance, ces petits collégiens, d’avoir mon ami Eric comme professeur d’arts plastiques, je n’aurais pas joué de contrebasse, j’aurais téléphoné à ma fille Madeleine pour lui souhaiter un joyeux anniversaire, seize ans tout de même, je me serais promené dans les plaines ondulées de Montigny-sur-Crécy où le vent est fier, je me serais entièrement inventé une journée, j’aurais tenté de rattraper mon retard dans les tâches ménagères, j’aurais filmé une jeune femme à son insu dans le Réseau Express Régional, et je me serais posé pas mal de questions à son sujet, j’aurais dîné d’un repas iranien pour la première fois de ma vie, je serais allé voir l’exposition de Paola De Pietri et d’Alessandra Spranzi au CPIF, j’aurais dessiné beaucoup d’ailerons de requin dans les marges du cahier dans lequel je prends des notes dans les réunions à mon travail, j’aurais rêvé de faire l’amour avec Amira Casar, je n’en suis pas fier, mais c’est pourtant arrivé, je serais tombé sur une chronique d’Eric Chevillard dans le Monde des Livres, j’aurais mis en ligne le mois de novembre de la chronique de la Vie, j’aurais enfin découvert Erri De Luca, j’aurais enfin mis en ligne une série d’images et de textes qui s’intitule Et (Vacances), et je serais allé voir dans la même journée les expositions de Maison Européenne de la Photographie et du Jeu de Paume.
 

Mercredi Retarde la fuite des couleurs et des lumières



En novembre, retarde la fuite des couleurs et des lumières
Garde le fer au feu
Retiens ton souffle
2014 ne veut pas s’éteindre tout à fait
Tu n’as pas toute la Vie, tiens-toi le pour dit
 

Dimanche Plein Sud jusqu’à la mer



En octobre, va plein Sud jusqu’à la mer
Déménage les Rigaudières (aide à)
Et suis une formation d’informatique
2014 s’éteint avec une certaine beauté
Tu n’as pas toute la Vie, tu auras bientôt 50 ans, c’est te dire
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Le bloc-notes du désordre