Samedi Samedi 20 décembre 2008

L’accident comme ressort du récit. Dans le premier cas dans un film, Caos calmo d’Antonello Grimaldi, avec Nanni Moretti dans le rôle principal, celui du veuf.

Dès le début du film on sent qu’il va falloir beaucoup pardonner à son réalisateur puisque la femme du personnage principal meurt d’un accident — une mauvaise chute — pendant que le personnage principal, Petro donc, est précisément occupé à sauver la vie d’une autre femme, elle, promise à la noyade. On aurait envie d’expliquer au réalisateur que l’accident par mauvaise chute est très improbable, de même que de sauver une femme de la noyade et que donc la conjonction des deux actions simultanées est au moins aussi probable que de gagner au loto deux fois de suite.

On pardonne parce que l’on comprend vite que ce ne sera pas le sujet à proprement parler du film, la morte est vite expédiée, elle était très accessoire, elle permet seulement, par sa disparition, que le personnage de Petro soit aux prises avec sa fille de huit neuf ans, petite fille à l’esprit vif, une sorte de petite Alice, dans Alice dans les Villes de Wim Wenders, dont le nom est d’ailleurs cité dans le film au détour d’une conversation qui n’est pas centrale, voire décorative, ce n’est pas la plus mince des balourdises de ce film. Le sujet du film devient bientôt le pas de côté que le personnage principal va faire : ne plus se rendre à son travail, mais rester la journée entière à vivre entre sa voiture, les bancs publics et un petit café sur la place qui accueille par ailleurs l’école de sa fille. Et d’y vivre une existence décalée, dans laquelle il va jouir d’une perpective unique sur les allées et venues de ses semblables, ses proches comme ses collègues plus ou moins contraints de se mettre au diapason de ce caprice, puisqu’on ne refuse pas grand-chose à un veuf, et de lui rendre visite sur cette place admirablement ombragée.

C’est un peu saugrenu comme fable, celle de l’écart et les déplacements très lents de la réalité ainsi opérés font que l’on oublie avec bienveillance quelques maladresses et quelques poncifs encore que l’on reprocherait facilement au réalisateur que ses références cinématographiques ne soient pas très étendues ni très lointaines, la minéralité du personnage principal face à la douleur n’est pas sans rappeler le deuil de la Chambre du fils ou les désarrois amoureux du Caïman, tous les deux films de Moretti, qui, donc, incarne ici le personnage principal.

Mais je dois dire qu’en honnête spectateur de cinéma qui n’a pas envie d’être déçu par le film qu’il voit, j’étais très attentif à trouver des qualités à ce film en exagérant beaucoup ses mérites pendant que je fermais les yeux sur ses défauts, souvent plus voyants que les qualités. Jusqu’à la scène de sexe, à la fois interminable et caricaturale, scène qui ne dépareillerait pas tant que cela dans un film à caractère pornographique, effeuillage racoleur de la femme — naturellement il s’agit de la femme sauvée sur le bord de la plage au début du film et qui finit par retrouver son sauveur suivant une belle suite de concours de circonstances, toutes plus invraisemblables les unes que les autres, des ficelles grosses comme le poing, on dirait un film de Chabrol ou de Woody Allen dernière période — préliminaires, madame porte toutes sortes d’artifices de dentelles sombres ajourées très photogéniques, et est aussi naturelle dans ses attitudes qu’une actrice porno, quant à Nanni Moretti il est aussi à l’aise dans cette scène, à suçoter des bouts de seins, grosse langue dehors, que le serait sans doute Rocco Siffredi dans un film de Rohmer — ou autant qu’il peut l’être, emmanché, dans Anatomie de l’enfer de Catherine Breillat — tout ceci est ridicule et cela dure éternellement, quasi aussi longtemps qu’une scène de coït dans un film dont c’est effectivement le fond de commerce, c’est dire.

Et tout s’effondre en faisant un bruit terrible, l’invraisemblance de cette scène de fesses, filmé aussi mal qu’on peut, jusqu’à montrer la scène sous des angles et des focales différents, un peu comme le serait une rencontre sportive, donne à voir l’invraisemblance de toutes les autres scènes, singulièrement celle centrale de cet homme d’affaires qui déserte son bureau à un moment stratégique pour son entreprise, ce qui finit par lui valoir, paradoxalement, une promotion expresse. Et tout à l’avenant. Et on comprend alors rétrospectivement qu’un cinéaste qui se sert de la mort d’une femme comme d’un simple ressort de l’intrigue pour installer cette dernière aura ensuite toutes les chances de passer littéralement à côté de son récit, la mort d’une femme tout de même ce n’est pas rien.

En revanche, et c’est le deuxième exemple de la mort d’une femme comme ressort d’un récit, le risque d’une telle erreur de jugement de la situation accidentelle installée dans l’intrigue est tenu à une distance intatteignable et saine, par Sébastien Rongier, dans son premier roman Ce matin, dans lequel un jeune homme, dont on sait aussi peu que possible, à l’exception d’un détail intrigant, ce jeune homme à la vue basse, étrenne depuis la veille des lentilles de contact, ce qui devrait modifier de nombreux contours de son existence, ce jeune homme myope donc, apprend par le téléphone que sa mère vient de se tuer le matin même, dans un accident de la circulation, et qu’en tant que responsable légal, après le décès de cette mère, il aura à affronter tout le sordide des détails administratifs que réservent la disparition des proches.

Où l’on voit que la conduite la plus anti-spectaculaire qui soit d’un récit, si elle sait prendre à chaque tournant des directions justifiées, finit par conduire à une maîtrise de ce récit qui sondera l’âme humaine dans ce qu’elle a d’universel, ses débattements face à la mort, celle que chacun de nous porte en devenir, de même que les béances que creusent les morts de nos proches. Mais pour un tel miracle patiemment atteint, il faudra suivre avec lenteur le personnage principal, le jeune homme, sans nom — astuce qui contribue très adroitement à faire de ce jeune homme tous les jeunes hommes possible devant une telle situation et obtenir ce faisant une adhésion parfaite du lecteur — dans une quête inattendue pour ce qu’elle passera par les couloirs des administrations, des pompes funèbres, de même que par les conseils de famille pas très dicibles.

Parce que Sébastien Rongier ne se débarrassera pas comme cela du corps de la mère défunte, en une seule scène au cimetière, dans laquelle tout le monde est habillé en noir, tout le monde embrasse l’endeuillé et lui promet toute l’aide dont il aura besoin. Non, le récit de ce deuil est infiniment plus subtil.

Il se présente effectivement comme une véritable pelote de fils de longueurs toutes inégales, et dont il n’est jamais loisible quand on tire sur chacun de ces fils de prévoir quels enseignements il nous réserve, au contraire, certains parmi les plus prometteurs de ces fils n’aboutissent à rien ou pas grand chose, comme le récit du dernier repas d’un écrivain célèbre avant de mourir dans un accident de voiture, laissant dans son cartable un roman inachevé, ou plus exactement dans une forme impubliable. Et le tragique de cet accident ne fait qu’effleurer — mais un effleurement très habile pour ce qu’il porte de catastrophe en devenir — les personnages géographiquement proches de l’accident mais à des années-lumières des enjeux de cet accident puisqu’ils ne liront jamais une ligne de cet écrivain célèbre. Au contraire d’autres fils sont tirés de l’écheveau dont on n’aurait pas pensé a priori qu’ils jetteraient des jours si peu communs, on s’attend par exemple que le jeune homme récemment appareillé de lentilles de contact voit le monde d’un œil neuf, mais c’est davantage d’un regard plus intérieur qu’il finit par observer le monde autour de lui et en particulier sa famille, et c’est au contraire des problèmes de production lacrymale qui finissent par être à l’œuvre dans cette histoire de lentilles de contact, ou encore la visite pour établir un nouveau contrat, de la boutique de pompes funèbres, un dimanche, de fête des Mères, permet d’aboutir à un de ces drôles d’arrangements dont les vivants finissent souvent par se rendre coupables lorsqu’ils font le commerce de leurs morts.

Et c’est donc dans la mise bout à bout de tous les fils tirés un à un de la pelote que le récit, de pas grand chose, une femme meurt dans un accident de voiture, elle est la mère de deux enfants, l’aîné des deux ayant à gérer, c’est le mot de gestion qui effectivement lui revient, les affaires courantes autour de cette mort, et qui se faisant se donne à voir comme une des formes possibles du récit lui-même, une manière de dire, que non seulement il sera question de raconter une histoire, aussi infime et mince soit-elle, mais de raconter comment justement il convient de raconter une telle histoire pour lui donner en vérité toute l’épaisseur qu’elle mérite vraiment. Et il ne sera pas question non plus de recourir à des ficelles de narration avec force coïncidences et quiproquos pour influer favorablement sur un récit qui sera toujours sur le bord de l’ornière, et même quand de telles possibilités se présenteront, elles n’aboutiront qu’en partie, incomplètes, comme peut l’être une existence dont le solde se trouve dans quelques cartons de papiers administratifs — et il est montré à chacun de nous, petit tour philosophique discret mais efficace, que la mort nous cueillera nécessairement impréparé, et que ce ne sera certainement pas ce que nous avions prévu de laisser le plus en leg qui fera l’essentiel de notre connaissance intime post mortem par nos proches.

Et c’est sans doute dans le faux rythme des phrases, toutes très courtes, sans décoration, sans fleur ni couronne, et leur apparente neutralité que se réalise pleinement le miracle de ce récit minimal mais dont les enseignements reforment derrière eux de nombreuses autres petites pelotes avec les fils que l’on vient à peine de démêler. C’est au contraire dans la description méticuleuse du réel, dans ses contours les moins escomptés, qu’en fouillant avec attention, en évitant l’écueil de jugements trop hâtifs et trop enfermants, on parvient patiemment à démêler un peu le labyrinthe de nos existences, il y aurait comme un cours de philosophie, d’apprentissage philosophique de l’existence, cachés derrière cette forme très épurée de roman : un tour de force abrité par des abords ternes qui réconcilie formes contemporaines et leçon de morale romanesque davantage dans l’esprit de cet auteur célèbre mort dans un accident de voiture, avec dans son cartable un roman inachevé*.




*Allez Sébastien on te reprochera tout de même d’avoir tenu à nommer cet écrivain célèbre, dont on avait deviné, lecteur attentif, le nom, au delà de son prénom mentionné dans les premiers chapitres, et on avait deviné également que le personnage de ce jeune homme aurait très pu être ce personnage mort-né dans le cartable de l’écrivain mort dans un accident de voiture sur le route de Sens. Faut être plus confiant dans son lecteur.
 

Vendredi Vendredi 26 mars 2010



Soirée de lancement d’Echap, projet éditorial des étudiantes de la Sorbonne qui m’avaient invité ainsi que de nombreuses autres personnes à plancher à partir d’une image dont les éléments de contexte étaient inexistants. Par ailleurs, le thème autour duquel il fallait travailler était le hors-champ. Nous étions enfin grandement encouragés à produire des contenus qui fussent à la fois conçus pour l’édition graphique et numérique.

J’avais donc résolu de morceler l’image d’origine dans un jeu de taquin.

Ce soir je découvre le résultat de leur travail éditorial, pas bien convaincu de l’effet surprenant du pavé vide qui troue tous les paragraphes de texte (à mon sens l’idée de hors-champ aurait pu se manifester selon des partis pris graphiques moins centraux justement), mais surpris du soin qui est apporté à la fabrication de ce petit livre.

Étrange sentiment inédit mais auquel il devient sans doute urgent que je me fasse, je dois être la personne la plus âgée de cette assemblée de personnes, toutes terriblement jeunes.

Je croise dans l’espace exigu de cette soirée, Arnaud Maïsetti avec lequel nous avons le temps de discuter et même de marcher un peu (nous perdre presque) dans cet étrange arrondissement qu’est le quinzième — il me semble qu’il y a des choses de ce quartier qu’on ne peut comprendre qu’avec un plan, comme par exemple, comment fait-on pour rallier le café La Grenouille bleue, rue de Balard, à la station de métro Lourmel, de même que je serais surpris de savoir à quoi sert (ou a servi) cette usine à l’architecture lugubre, sans compter sa cheminée déprimante dans la rue des Cévennes, et marchant avec Arnaud, je me promettais d’aller regarder tout cela depuis Google maps, et je me fais la réflexion que c’est la première fois que j’anticipe mon utilisation de cette fonctionnalité pour suppléer mon manque de compréhension d’un lieu, sans doute que si j’avais disposé d’un téléphone de James Bond, comme celui de Julien, aurais-je pu tenter de comprendre ces minuscules énigmes sur le champ, du coup je me pose la question, est-ce que dans cette anticipation de descendre tout à l’heure dans le garage pour me connecter à ce service de cartographie en ligne, je ne serais pas dangereusement en train de me rapprocher de l’acquisition d’un téléphone de poche (de James Bond) ?, cela reste peu probable. Je raccompagne Arnaud jusqu’au Panthéon où il a rendez-vous, c’est l’occasion d’échanger davantage encore.

Je trouve Victor, le baby-sitter, des enfants qui s’amuse devant la Folie des grandeurs ? suis-je en train de corrompre cette jeunesse avec mon goût immodéré pour les films de Louis de Funès ?
 

Jeudi Jeudi 15 avril 2010



Regardez bien toutes ces photographies de Nathan et tentez d’en déterminer le sujet. Parce que sujet il y a, c’est même le seul point en commun qui relie toutes ces photographies (en dehors de leur cadrage souvent déséquilibré, de leur flou et de toutes sortes d’autres maladresses qu’on lui pardonnera pour la clarté du raisonnement).

Vous ne trouvez pas ?

Prudent, histoire de ne pas donner votre langue au chat trop facilement, vous tentez, des voitures ? Vous brûlez, sans vraiment réchauffer.

En fait ce sont des photographies de Pras.

Les Pras sont sans doute ce que vous, férus d’automobile, appelez des Smarts, vous savez ces petits pots de yahourt compressés desquels s’extraient ces Parisiens friqués frimeurs, surtout quand ils parviennent à garer leur petit bolide dans le sens de la largeur, alors-là notez comme ils sortent fièrement de leur pseudo-voiture, c’est leur façon à eux de se démarquer.

Ces derniers temps, en voiture, Nathan s’est mis en tête de photographier chacune d’elles que nous croisons sur le chemin de l’école et alors la chasse devient collective, ses deux soeurs lui prêtant main forte pour lui débusquer celles qu’il n’a pas vues. J’en connais d’autres qui photographient des centrales nucléaires depuis les fenêtres de leur train hebdomadaire, je me garderais bien alors de porter un jugement sur le choix du sujet photographique de mon petit garçon. En revanche dans mon regard rétrospectif de toutes ses photographies, je demeure devant une énigme. Une indétermination.

Parmi les expressions populaires, il en est une qui m’a souvent arrêté, il s’agit de "si seulement tu pouvais te voir avec mes yeux", ou toute autre expression approchante et qui met en jeu cette notion impossible d’échange du regard, voire simplement de point de vue. C’est très souvent que l’on prête à la photographie ce tour de passe-passe, on parlera du regard du photographe, de ce qu’il a vu et nous prête à voir, soit-disant, au travers de son regard. J’ai toujours buté sur cette expression, et sur ses ramifications. Sans doute parce que je n’ai jamais vraiment considéré la photographie comme une affaire de regard, mais bien davantage comme un matériau, une pâte de lumière, qui habilement pétrie par certains photographes produit des images dont les principaux enjeux, les plus intéressants, sont formels. Pour donner une autre image à cette pensée, je suis soupçonneux de la peinture de s’être délestée à bon compte sur la photographie de son ancien devoir de représentation, la peinture y a évidemment gagné en vigueur, pas la photographie, notamment dans ce qu’elle tenait de plus prometteur, en devenir, dans les oeuvres naissantes, notamment de Henry-Felix Talbot, la photographie, elle, a été incapable de se débarrasser de cet encombrant fardeau vers le cinéma, trop rusé, lui, qui a refusé d’endosser cette responsabilité de la représentation, sauf peut-être dans sa branche documentaire, mais rarement avec ce pouvoir de stupéfaction propre à la photographie, immodeste, quand elle nous propose telle ou telle image comme seuls viatique et représentation possibles d’un événement — ou d’une absence d’événement — au point de contaminer ces mêmes événements : par exemple, est-il encore loisible aujourd’hui de penser au Printemps de Prague autrement que dans le noir et blanc ténébreux des photographies de Josef Kudelka ? Mais je dévie, je m’en rends bien compte.

C’est donc mal équipé que je suis en sémiologie — on l’aura compris, je ne crois pas en la signification des images que je trouve trop flexibles, informes, pour signifier fiablement — que je considère les photographies de Nathan et leur improbable sujet.

Ici, je vais retarder encore un peu le dévoilement de ce que m’apprennent ces images avec quelques précautions réthoriques. Ce que j’écris dans ces pages du bloc-notes à propos d’autisme a généralement peu de valeur. Il s’agit, au mieux, du point de vue énervé du père d’un enfant autiste, si cela devait apprendre quoi que ce soit à qui que ce soit, ce serait plus sûrement à propos des effets de l’autisme sur l’entourage direct d’un enfant autiste, et encore rarement avec toute la précision scientifique qui est celle de mes sources, résultant de mes quelques efforts de documentation personelle sur le sujet. En d’autres termes, sur le sujet même de l’autisme, j’estime volontiers que mon point de vue est nul tant il est vicié justement par la trop grand proximité affective qui est celle d’un parent d’enfant autiste. En somme je suis à la pire des places pour en parler. Ne m’écoutez jamais sur le sujet.

En revanche, je reconnais volontiers un terrain d’entente avec les vrais spécialistes sur le sujet de l’autisme, celui du balbutiement, l’état des connaissances à propos de l’autisme est tel que tous les progrès de la science sur le sujet, toute connaissance neuve, sont encore beaucoup le fruit de spéculations prudentes pour ne pas dire des intuitions qu’il est ensuite très difficile de démontrer à tout coup.

Et donc que m’apprennent les photographies de Nathan lorsqu’il s’attache à photographier des Pras ?

Je pourrais, presque, répondre : rien. Presque rien.

Ces photographies sont incroyablement indéterminées. Comme j’ai tenté de le montrer au début de cet article, si je ne donne pas à leur spectateur la clef de ce qu’elles sont sensées représenter, il est très peu probable que même le plus attentif des lecteurs aurait échoué à le débusquer. Tout au plus le spectateur de ces photographies aura risqué de penser que ces photographies malhabiles étaient des photographies de circulation.

Pourquoi est-ce que je prends la peine de préciser que ces photographies sont des photographies de Pras, plutôt que des photographies de Smarts ? Parce que je ne sais pas pourquoi Nathan appelle ces voitures des Pras et quand j’ai tenté de lui en demander l’explication, ses réponses ne m’ont pas beaucoup aidé, ces voiture sont des Pras, elles n’ont jamais été des Smarts, d’ailleurs je vois bien à l’adoption facile de ce terme par les soeurs neurotypiques de Nathan, qui régulièrement, sur le chemin de l’école, attirent l’attention de Nathan sur une de ces voitures, "Nathan là, regarde une Pra", que c’est sûrement rigidité d’esprit de ma part que de demander pourquoi ces voitures s’appellent des Pras plutôt que des Smarts.

Tout comme il ne me serait jamais venu à l’esprit, à moi, photographe, d’entamer une série de photographies de ces voitures, je l’écrivais plus haut, l’air naturellement fât d’un conducteur de ce genre de voitures me donne assez sûrement de l’urticaire, il est donc improbable que je m’attache un jour à m’intéresser à leur forme pour quelque série photographique. J’évacue la présence visuelle des Smarts comme un des nombreux éléments visuellement polluants de notre société.

Certes Nathan ne porte pas encore de jugement de valeurs sur les choses, pour lui une Pra est une Pra, une chose parmi tant d’autres que nous croisons tous les matins en voiture sur le chemin de l’école. Et cette fixette du moment sur les pras rejoint la longue cohorte des obsessions passagères de Nathan, parmi lesquelles, les requins, les débroussailleuses, les haut-parleurs, les centaines d’euros — sujet du moment — le bruit des machines etc... Qu’est-ce qui fait que dans le vaste continuum du monde qui nous entoure, Nathan tente d’isoler tel ou tel éléments et d’en exagérer la proportion de représentation, cela reste un mystère, et risque de le rester un moment, on peut espérer que plus tard Nathan, plus habile avec ces notions sera capable d’expliquer a posteriori cette façon curieuse de voir le monde, tout comme il est possible qu’il n’en soit jamais capable, incapable justement de comprendre la particularité de son propre regard.

Lorsque je regarde les photographies de Pras prises par Nathan avec lui, je tente rétrospectivement de comprendre avec lui ses façons de faire et de voir. Sur certaines images, la présence d’une Pra est à peine décelable, quand sur d’autres la proportion de surface de l’image dévouée à cette représentation est nettement plus grande, pourtant il semble que Nathan les juge pratiquement d’égale valeur. Ceci me rendrait perplexe si je n’avais pas désormais une certaine habitude des modes de représentation et d’appréhension du monde par Nathan. C’est une fausse indétermination. Le regard de Nathan ne fait pas abstraction de ce qui n’est pas strictement le sujet. Sujet et décor forment une même entité, ils participent à égale valeur de la même image. D’ailleurs cela est souvent déterminant dans la déception fréquente de Nathan vis-à-vis de ses images, parce que tous les plans de l’image photographique ne sont pas tous nets, ce qui le froisse dans sa vision plus continue de la réalité.

Lorsque Nathan voit une situation, il n’en abstrait pas les éléments d’importance secondaire à nous les neurotypiques, non seulement cela le ralentit dans sa compréhension de la situation en question, dont il semble toujours percevoir les tentants et les aboutissants avec un temps de retard, mais de surcroît, plus la situation est complexe et plus longue sera la latence. Une personne impatiente, inhabituée à l’autisme, pensera volontiers que cette latence est infinie au point de devenir inextricable, ou même apparemment inactive. Ce n’est pas le cas, loin s’en faut. Ce qu’il se passe pendant ce petit temps supplémentaire excède en fait les capacités mentales d’une personne neurotypique, c’est l’envisagement à égale valeur de TOUS les paramètres de la situation, avec un très faible recours à l’analogie.

Cela c’est la théorie en vigueur en matière d’autisme, cette trop grande utilisation de la mémoire visuelle et au contraire une utilisation atrophiée de la mémoire auditive. Le comprendre quand on est soi-même neurotypique, c’est-à-dire un utilisateur massif de la mémoire auditive et de l’analogie, est ardu, au point, cela a été mon cas pendant longtemps, de ne pas croire la chose possible. Mais des années de vie quotidienne aux côtés de Nathan ont eu raison de mon incrédulité. C’est effectivement ce qu’il se passe, l’enfant autiste apprend par coeur toutes les situations auxquelles il fait face, comme il le ferait de tableaux, ou même d’images, et par la suite éprouve une certaine difficulté au classement de ces tableaux, mémoire morte rarement rappelée, sauf dans le cas d’une reproduction parfaite d’une même situation.

Bien sûr les choses ne sont pas aussi nettes et tranchantes, pures et non diluées, en revanche je remarque aussi la pérénité de ce qui a été assimilé, d’une façon qui est souvent indéfectible une fois qu’une passerelle a été lancée entre une situation et la réaction qui lui est la meilleure réponse, cette réponse devient définitvement acquise.

Les photographies de Nathan — à la différence par exemple de celles de Madeleine, comparons ce qui est comparable, il serait stupide de comparer les photographies de Nathan avec les miennes — ne comportent aucun effet esthétique, elles sont objectives jusqu’à la rigidité. Elles ne se départissent pas ce ce qu’elles représentent. J’ai traversé les mêmes extraits du réel que Nathan — puisqu’il était avec moi quand il a pris ces photographies — et naturellement, j’en reconnais des bouts dans ses images, mais je ne ME reconnais pas dans ses images. Rétrospectivement je m’aperçois que traversant les mêmes situations, les mêmes paysages, je n’ai jamais cessé d’opérer des modifications et des travertissements visuels, occultant ce qui plaît moins à mon regard et au contraire appuyant avec emphase sur ce qui lui plaisait — ce qui reviendrait à dire que même ne photographiant pas, je traverse les paysages en en faisant des images mentales, ce qui est sans doute ma façon à moi d’éprouver le continuum du réel. Une habitude esthètique sans doute.

En revanche je ne peux me cacher une certaine tristesse en considérant désormais ces photographies de Nathan, tant j’ai le sentiment d’y découvrir un monde, le sien, dénué de beauté, comme si Nathan n’avait justement pas accès à la beauté. Si on devait me priver moi de beauté, j’en souffrirais beaucoup, au point sans doute de ne pas comprendre l’intérêt de la vie. Pourtant je ne pense pas que Nathan soit malheureux, plutôt même le contraire, n’étaient-ce, de temps en temps, ces passages nuageux qui font de l’ombre au dessus de sa tête, moments de conscience fugitive de sa part, réalisant qu’il n’avance pas au même pas que ses semblables. L’absence de la beauté ne semble pas faire souffrir Nathan.

Comme bien d’autres situations qui s’avèrent douloureuses pour son entourage, il arrive fréquemment que l’enfant autiste ne souffre pas de ce qui fait souffrir son entourage à son sujet. Parce que sa perception n’a rien de commun avec la notre, neurotypiques.
 

Mercredi Mercredi 6 mai 2009

Longue et agréable discussion avec Emmanuelle, le soir, à la terrasse d’un café, Emmanuelle boit du vin blanc, je bois de la bière, cela fait longtemps que nous n’avons pas pris le temps d’une telle discussion, laquelle ce soir ne semble pouvoir s’interrompre que parce que la fraîcheur du soir est en train de m’engourdir les jambes courbaturées du rugby. Sans parler cette épaule qui me lance : je goûte à mon propre médicament, un des deuxièmes lignes de l’équipe des minimes m’a demandé de lui montrer le raffut, la main qui vient chercher et agripper l’épaule du défenseur et c’est tout l’avant-bras qui vient ensuite barrer le torse du défenseur qui ne s’est pas baissé assez tôt, je lui montre deux fois, il a bien compris et ensuite je lui demande de venir contre moi, une fois, trop tard, deux fois, trop haut, la troisième fois, parfaitement dans le temps et je me fais bien raffuter, mais dans mon épaule ce soir, je continue de sentir sa poigne, j’ai dans l’idée que dans quatre ou cinq ans il ne sera pas facile à arrêter en pleine charge ce jeune homme. Mais le plaisir de lui avoir appris ce qui va lui servir et lui resservir.

 

Mardi Mardi 24 octobre 2006



Le soir, après le repas, discussion pendant que la table n’est pas encore débarrassée, c’est une discussion qui est courante entre nous, à propos de ce qui peut bien nous pousser à travailler comme nous le faisons, nous partageons nos découragements et aussi nos espoirs, il est curieux de voir que depuis quelques années c’est souvent l’heure des bilans. Et pour tout dire je ne suis pas satisfait du mien. Ces derniers temps, plus que de raison sans doute, je me suis demandé à quoi bon ? Je me suis posé la question régulièrement de savoir si j’avais vraiment le droit de m’absenter de la vie à la maison, des enfants, pour aller dans le garage et travailler à ce qui ressemble de plus en plus à une chasse aux chimères. Est-ce que, par exemple, ma petite Madeleine n’aurait pas besoin de davantage d’attention de la part de son père ?, et la lui donnant, je n’aurais alors plus le temps vraiment de chasser la chimère, ou au contraire, m’attelant au travail, j’ignore la demande d’attention de Madeleine. Je courre plusieurs lièvres à la fois et je n’embrasse personne. Permanent état d’insatisfaction. Et de le retrouver, modulo les différences inhérentes à chacun, dans le souci de mes amis, ne rassure pas. Au contraire.

Tout planter là ? Et pourquoi pas ?
 

Lundi Lundi 6 août 2007



Dans les bois, en cherchant des champignons avec Isa, soudain derrière moi, une branche maîtresse d’un grand arbre craque et tombe, bois mort. Cette chute que rien n’avait provoquée, que rien ne semblait prédire, figure ces abandons silencieux lorsque lutter est au dessus des forces de celui qui a longtemps combattu sans se plaindre. La forêt, après ce grand fracas redevient silencieuse, à la mesure de notre silence quand l’un d’entre nous vient justement d’abandonner. Dans notre silence du respect pour celui qui était à nos côtés encore hier, mais aussi la culpabilité de n’avoir pas mesuré l’intensité du combat qu’il menait et ce qu’il rognait ses forces lentement, au point de n’en lui laisser aucune sur la fin.

Nous traversons un champ en friche, mon appareil est dans le prolongement du bras, les herbes hautes en frottant sur nos cuisses chuintent, j’ajoute à cette musique simple, le bruit mécanique du déclenchement de mon appreil, sans lever le bras, comme cela au jugé, mais confiant. Ce sont des images réussies mais qui ne m’apprennent rien, je demeure surpris qu’elles furent appelées par un bruit.

Nous n’avons pas trouvé beaucoup de girolles, mais assez pour agrémenter notre repas du midi.

L’après-midi, j’ai bien du mal à me mettre au travail. Comme si j’avais jeté en une seule journée, hier, goinfre, les forces que j’avais patiemment rassemblées pendant le mois de juillet. Non, sans doute pas.

En fin d’après-midi, Isa m’emmène au musée de Bibracte. Quelle immense architecture pour ne renfermer que quelques débris laissés par nos ancêtres et toutes sortes de maquettes pour nous donner à voir comment ils vivaient, construisaient et adoraient leurs dieux !, et naturellement l’affluence à un tel musée est très grande, et pourtant comment une telle architecture et de tels moyens seyeraient beaucoup mieux à un musée d’art contemporain, mais alors, au beau milieu de la Bourgogne ; ce musée aurait-il un seul visiteur par jour ? Evidemment de mauvaise foi, et de mauvaise humeur — de ne pas parvenir, comme je l’entendais, me mettre au travail — je ne peux m’empêcher de constater que nous avons là un exemple précurseur de ce que sera sûrement la fameuse "culture pour tous" revendiquée par le programme de Sarkozy.

Au musée, je photographie les reliefs de l’exposition d’Isa, après le feu des grands chefs. Pour n’avoir pas pu suivre de bout en bout ce projet — parce que le 11 juin, jour des grands cuisiniers venus se frotter aux chaudrons d’Isa, j’étais à Brno — j’éprouve une certaine difficulté à appréhender ce qui habituellement relève pour moi de l’évidence, le travail d’Isa. Mais, je remarque vite, en photographiant les pièces restantes, comment justement de les photographier m’enseigne ce que je ne parvenais pas à comprendre jusqu’alors. C’était comme si j’avais oublié cette vertu de la photographie, sa faculté à m’instruire.
 

Dimanche Dimanche 13 février 2011



Quelques considérations à propos de cette drôle d’expérience qui consiste à tenir sa chronique à jour de façon anticipée. Dans un premier temps, il est sans doute judicieux de tenir la comptabilité de cette entreprise.





Lundi : le taux de véracité de cette journée est très haut, en revanche ce que je n’avais pas anticipé, c’est curieux d’ailleurs, c’est de voir à quel point cette chronique prospective serait souvent mentionnée dans la conversation avec ces amis qui auront tous goûté la plaisanterie au point d’en rajouter un peu dans le domaine, comme de me proposer de me connecter à mon bloc-notes avant que l’on se sépare pour que je vérifie ce que j’avais à faire du reste de la journée. Et dire que j’étais passé à côté de cette mise en abyme potentielle ! Seul point qui finalement échappe à ma description et auquel j’aurais pu penser, tant il est habituel après un déjeuner avec Mona, Alice et Philippe, cette fois-ci accompagnés de Guillaume, Vincent et Philippe donc, je suis allé faire quelques courses d’épicerie asiatique dans le treizième arrondissement voisin, notamment dans l’idée de cuisiner une soupe chinoise pour mes convives du lendemain soir. J’aurais pu mentionner également le rendez-vous chez le psychmotricien avec Nathan, mais de même qu’en temps normal je ne raconte pas tout, dans le cas présent la séance chez le psychomotricien n’a pas donné lieu à quoi que ce soit qui me l’aurait fait mentionner. Finalement il n’est même pas utile de remplacer la photographie du Boboune d’un autre déjeuner par celle du déjeuner de ce lundi.





Mardi, la chronique de la journée est également très fidèle à son cours, de fait Martin est arrivé en fin de matinée et je l’ai rapidement installé dans le garage, devant mon scanner par transparence, le reste de la journée est en tous points conforme aux prédictions, les moqueries de Martin et celles de B., allant à l’unisson, celles de B., bientôt rejointes, le soir, par celles de Julien et Clémence, effectivement une bien belle soirée.





Mercredi, en faisant une chronique d’un entraînement de rugby, singulièrement celui de la séparation des gros et des demoiselles, l’expérience aidant je ne pouvais me tromper de beaucoup. J’aurais pu aussi, j’aimgine, me risquer à un pronostic sur le match qui opposait l’Irlande à la France, j’imaginais les Irlandais gagner, mais avec de la difficuté, à cause, notamment de leur joueurs un peu viellissant, en fait c’est tout le contraire qui s’est produit, une équipe un peu verte, c’est le cas de le dire, s’est fait ceuillir, comme des trèfles donc, par l’équipe de France et une entrée tardive du très expérimenté (et très doué) ouvreur irlandais, O’Gara, a manqué, de peu, de les remettre dans le sens de la marche. Je fais bien donc de m’en tenir à des pronostics plus personnels.





Jeudi : là aussi, ma vie est décidément décevante de prédictibilité, J’ai bien perdu une demi dioptrie, mais c’est insuffisant pour ce qui est de changer de lunettes, d’autant que la prochaine paire devra probablement commencer à corriger la vue de loin — et dire qu’en bon hypermétrope, j’ai un jour été capable de voir plus loin que l’infini, l’infini optique s’entend. Je passe récupérer le tirage pour Sébastien au labo, j’ai même droit aux remarques élogieuses des deux tireurs — c’est ce qui fait le plus plaisir, quand ça plaît aux tireurs — et de fait dans le garage, je confectionne quelques collages de la Vie.





Vendredi : Statistiques conformes, en tous points, à mes prédictions. Le sourire de la pneumologue en perspective.



Finalement, la seule chose que je n’avais vraiment pas prévue, de toute cette semaine, était sans doute que je me lie d’amitiée avec un insecteur d’académie et que j’entame avec lui un échange épistolaire dont je pressens qu’il sera frucuteux.









Monsieur l’inspecteur de l’académie de Créteil

Je n’ai jamais douté que ces attributions d’AVS étaient une affaire compliquée. Et je ne doute pas non plus qu’un parcours sinueux donne lieu à leur recrutement.

En revanche là où j’ai réagi, bondi même, c’est en lisant le mot de "diligence" dans votre réponse à la dernière lettre de l’association des parents d’éléves de l’école Decroly. Vous reconnaîtrez sans mal que l’on peut difficilement parler de diligence quand cela fait une moitié d’année scolaire que nous sommes en attente de ces précieuses heures d’AVS.

A la fin de votre courrier, je lis que vous tentez de me faire comprendre que des impératifs budgétaires risquent de vous rendre l’affectation de ces heures d’AVS dues, difficiles, voire impossibles. Sur ce dernier point vous comprendrez rapidement que je vais rester tout à fait sourd à votre argument. Pour deux raisons.

La première, nous sommes en février, je veux bien croire que les finances de l’Etat ne soient pas florissantes, en revanche en début d’année il est impensable que vous ne disposiez pas des fonds nécessaires à l’embauche immédiate des AVS manquants.

La deuxième raison est que je dois vous avouer que je me moque un peu des impératifs purement comptables, la loi, notamment celle du 11 février 2005, garantit à mon fils une obligation d’accompagnement de son handicap dans son parcours scolaire, il l’obtiendra, soyez en sûr. Et dans un délai très court, j’ai été assez patient comme cela. Je ne peux pas attendre la fin de l’année scolaire, les besoins de mon fils sont actuels pas prospectifs.

Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre et vous souhaite des recherches fructueuses dans les deux semaines à venir.

Philippe De Jonckheere


Quelques précisions. A ma très grande surprise, Monsieur l’inspcteur chargée de l’adaptation des enfants handicapés de l’académie de Créteil m’a répondu, un dimanche soir (j’avais donc raison de le soupçonner d’emmener son travail avec lui le week end end, voire en vacances). Je vais donc lui réécrire, sa réponse n’étant pas pleinement satisfaisante, mais au moins il y a dialogue.

Par ailleurs certains lecteurs bien intentionnés du Bloc-notes du Désordre m’ont fait remarquer, je finis par leur donner raison, surtout au vu de la réponse courtoise reçu dimanche soir, qu’il n’est pas correct de ma part, de donner son nom publiquement, j’ai donc corrigé.

Monsieur l’inspecteur de l’académie de Créteil

Je vous avoue tout de suite ma consternation, je n’ai pas reçu de réponse de votre part à mon dernier courrier. J’en suis d’autant plus surpris que je vous sais partisan de la diligence.

Mais sûrement aviez-vous besoin d’un peu de répit à l’approche de ces vacances de février, cela tombe mal j’ai décidé de ne vous en accorder aucun. Vous ne le méritez pas. Vous aurez mérité du répit quand mon fils Nathan aura un AVS à raison de 18 heures par semaine, et pareillement quand les autres enfants handicapés de l’école Decroly en déficit d’heures d’AVS auront effectivement reçu ce qui leur est du, en plus d’avoir été administrativement attribué par vos services non-diligents.

Il n’est pas normal que ces enfants ne puissent compter sur ce soutien qui leur est dû.

Il n’est pas normal que leurs parents soient sans cesse contraints de faire l’assaut de vos services non-diligents pour obtenir ce qui leur est dû, attribué, donc promis.

Il n’est pas normal qu’à la somme déjà exhaustive de difficultés que rencontrent les familles d’enfants handicapés doive s’ajouter le fardeau de devoir réclamer ce qui leur est du.

Il n’est pas normal que ces familles soient sans cesse contraintes de dépenser tant d’énergies, de moyens financiers et de temps qui seraient autrement mieux employés à aider leur enfant, pour se battre contre votre administration anti-diligente.

Il n’est pas normal qu’une administration qui dépend de l’Etat pratique cette politique honteuse de l’usure. Ce faisant cette administration, dont vous êtes le représentant sur cette question, se place clairement hors-la-loi, en ne respectant pas ses propres lois, dans le cas qui nous occupe, je parle de la loi du 11 février 2005, dont je vous recommande la lecture, si vous êtes assez honnête, vous y verrez à quel point votre administration est en faute.

Mais je me trompe sûrement, vous êtes comme moi, c’est souvent que vous profitez de votre week-end pour faire avancer les dossiers en souffrance, et en ce dimanche matin, tasse de café à la main, vous êtes en train de travailler d’arrache-pied pour trouver une solution à notre problème, vous passez des coups de téléphone, vous bataillez ferme et je n’ai aucun souci à me faire, vous êtes la diligence même et à la rentrée la directrice de l’école Decroly me présentera le nouvel AVS de Nathan, et tout ceci sera oublié.

Soyez diligent ! Vous n’avez plus le droit de nous décevoir.

Philippe De Jonckheere
Le bloc-notes du désordre