Samedi Samedi 8 novembre 2008



Madeleine, qui descend à la table du petit déjeuner ce matin, n’est pas bien réveillée, et elle soupire que cette nuit elle a rêvé qu’elle montait un cheval nommé Ivresse.

Le soir, à la nuit tombante, belle promenade dans le bois de Vincennes, autour du lac des Minimes avec les deux filles, était-ce le soir ?, la différence de taille entre Madeleine et Adèle ?, ou encore le petit veston de velours côtelé de Madeleine ?, mais je l’ai trouvée bien grande ma fille avec sa tresse de perles dans les cheveux, elle ressemblait à ces jeunes filles plus libres que les autres, dont je tombais éperdument amoureux, jeune garçon. Et dire que ma grande Madeleine va bientôt avoir dix ans, c’est comme une réussite.

Je t’aime ma grande petite fille, et je te souhaite d’être follement aimée.
 

Vendredi Vendredi 7 juillet 2006



Les deux derniers jours mon bras gauche a enflé, on dirait même qu’il a deux fois le volume de l’autre bras. Cet enflement est rouge, chaud, et, de fait, très douloureux. Comme il s’agit du bras qui a servi à la transfusion, je me dis qu’il y a sûrement une relation de cause à effet. Le médecin chez qui je vais est un idiot. Il lit l’Equipe. C’est dire. Il ne m’écoute pas, pourtant il me semble que j’aurais bien quelques informations à lui donner, mais son diagnostic était fait dès qu’il a vu mon bras. Il s’agit d’une phlébite infectieuse. Antibiotique. Anticoagulant. Antidouleur. Je lui dis pourtant que je ne les prendrais pas. Qu’il m’ait suffisamment passé de saloperies dans le sang ces derniers jours que j’aimerais autant que possible, mais il ne m’écoute pas &#151 je m’arrangerais avec le pharmacien &#151 et puis un anti-inflammatoire.

N’empêche, j’ai beau dire, cela fait mal. Au point de ternir mon sommeil. De me fatiguer le soir et d’influer en mauvaise part sur mon humeur, sur mon moral.

Et puis je repense à la récente vaccination de Nathan contre la rubéole, les oreillons et la rougeole, Nathan avait eu une réaction allergique très forte à la vaccination. Comme d’habitude il ne s’était plaint de rien. Et comme cela arrive de temps en temps, quand j’ai à souffrir d’un mal comparable, je souffre a posteriori qu’il ait connu la douleur en étant absolument incapable de l’exprimer. J’en pleurerais. De douleur. Pour lui.

Photographie d’Andres Serrano
 

Jeudi Jeudi 22 septembre 2005

Docteur X
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Philippe De Jonckheere
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94120 Fontenay sous Bois
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Fontenay, le 21 septembre 2005


Docteur,


Je suis venu vous voir la première fois le 24 août et à cette occasion je vous ai expliqué que j’avais besoin d’une aide psychiatrique. Lors de cette première entrevue, vous m’avez signifié que vous souhaitiez que le traitement pharmaceutique dont j’avais besoin soit géré par mon médecin traitant et qu’à vous revienne le côté strictement thérapeutique de mon traitement. Je n’y ai pas vu d’objection, ni mon médecin traitant d’ailleurs. Nous devions nous revoir le 21 septembre pour parler de la thérapie qui me conviendrait le mieux.

Lors de notre deuxième entrevue, vous m’avez proposé une thérapie dite allongée, je présume que vous entendez par là une analyse stricto sensu, arguant que mon approche trop "intellectuelle" de cette thérapie serait un frein à ce que vous appelez le " parler-vrai ". Cette approche me convient.

En revanche vous m’avez cueilli à froid en m’indiquant que le prix des consultations hebdomadaires serait de 45 euros, réglables en espèces uniquement, pour une séance d’une demi-heure pour laquelle vous ne me feriez pas de feuille de soins.

Je ne suis pas en mesure de faire face à une telle dépense. En grande partie à cause de dépenses comparables engagées dans la multi thérapie de notre enfant. Son autisme n’a pas encore été reconnu médicalement et donc socialement, ce qui signifie que son handicap n’est pas du tout, pour le moment, pris en charge, d’aucune façon que ce soit. Entre sa thérapie, les à-côtés de cette thérapie, ses soins chez un ostéopathe et très prochainement des soins administrés par un orthophoniste et aussi un psychomotricien, nos frais s’agissant de ses soins s’élèvent entre 600 et 700 euros par mois. C’est une dépense à laquelle nous parvenons à affronter avec beaucoup de difficulté.

Si je vous avais choisie c’était en grande partie parce que vous étiez psychiatre, non seulement parce que j’avais besoin d’un soutien psychiatrique, mais aussi parce que je comptais sur le remboursement de vos soins par la sécurité sociale. Je comprends très bien le principe de pression financière de la thérapie, en revanche celle que vous me proposez là est en dehors de mes possibilités et risque de devenir immédiatement un tracas.

J’aimerais donc discuter de cette difficulté avec vous. Je suis déjà venu à votre cabinet gracieusement deux fois pour débattre de la méthode à suivre. Aussi ai-je parfaitement l’intention de vous régler cette future séance de mercredi selon les règles établies lors de notre dernière entrevue, mais j’aimerais que nous trouvions un autre modus operandi.

Respectueusement.



Philippe De Jonckheere
 

Mercredi Mercredi 19 septembre 2007



Ce que Nathan a accompli aujourd’hui relève un peu du miracle. En arrivant au stade, il m’a demandé de bien vouloir l’aider à l’habiller, notamment l’aider à chausser ses crampons, ce qu’il ne sait pas encore faire seul — mais c’est souvent que j’aide d’autres enfants à bien lasser leurs crampons, dans les vestiaires comme sur le terrain — mais que pour le reste, "maintenant", selon l’expression de Nathan il ne voulait plus que je l’aide du tout dans la séance d’entraînement. Il a écouté avec attention les consignes de Boris son entraîneur qui lui a expliqué qu’aujourd’hui ils allaient travailler le soutien — le soutien au rugby est un geste assez complexe, qui est celui que l’on doit accomplir quand son coéquipier porteur du ballon vient d’être plaqué et qu’il est au sol, on doit l’enjamber, si possible à deux, et alors se lier, et ce faisant repousser les vélélités adverses de s’emparer du ballon, de telle sorte que le demi de mêlée puisse venir extraire le ballon de ce regroupement de joueurs et relancer un nouveau temps de jeu.

Pour la première fois depuis début avril, quand nous sommes arrivés au club, Nathan a suivi l’entraînement, du début jusqu’à la fin, et a réalisé tous les exercices sans l’aide d’un tiers.

Et quand enfin Boris a sifflé la fin de l’entraînement et a renvoyé les joueurs au vestiaire, nous nous sommes regardés et on était un peu bêtes, lui et moi, à se sourrire comme ça. Boris a gagné son pari, faire jouer un enfant autiste au rugby et l’intégrer entièrement dans une équipe de poussins. "Continue comme ça Nathan et à la fin de l’année tu joueras les matchs", lui a dit Boris.

Je me souviens de la première fois que nous avons rencontré Boris, il avait dit simplement, ne vous inquiétez pas cela va bien se passer, cela va lui faire de bien et cela fera du bien aux autres.

Et quelques fois cet après-midis, les tapes amicales des camarades de Nathan dans son dos, parce que Nathan avait bien plaqué. Nathan plaque avec un geste de faucheuse, ce n’est pas grâcieux mais c’est prodigieusement efficace. Et cela amuse beaucoup les autres gamins qui se trouvent comme passés par dessus bord.

Il se passe quelque chose en ce moment avec Nathan. Quelque chose qui dépasse de loin ce que j’avais cru possible pour lui un jour. Nathan vient de me refiler un truc étrange : de l’espoir.
 

Mardi Mardi 14 juillet 2009



Je déteste, naturellement la Fête nationale. Je déteste les feux d’artifice. Je déteste les bals du 14 juillet. Je déteste danser. Je déteste les sonos braillantes par dessus lesquelles il est impossible de tenir une conversation avec la personne qui est juste en face de vous. Et pour rien au monde je ne manquerais la fête du 14 juillet à Concoules, son petit feu d’artifice contre l’obscurité de la montagne et l’écho de ses explosions, les enfants allongés sur une grande couverture dans l’herbe, son bal dans la poussière de la piste de boules, entre les deux rangées de platanes de la place, la buvette et ses sirops de grenadine à 50 cents le verre, danser avec Madeleine, et cette année pour la première fois avec Adèle qui n’a pas donné sa part au chien.

Et comme chaque année, le spectacle admirable vers la fin de la soirée des derniers danseurs encore motivés pour se trémousser, les résidents de la Cézarenque, le C.A.T. de Concoules, pour eux cette fête-là c’est celle de l’année.
 

Lundi Lundi 11 avril 2011



 

Dimanche Dimanche 8 août 2010

Le bloc-notes du désordre