Samedi Samedi 12 septembre 2009





Un homme est dans le noir et il se révèle. Non, il n’est pas photograhe. Il est éditeur, ou tout du moins il l’était, et il vient de se faire opérer des yeux. Et son récit n’est peut-être pas tout à fait le sien, il est celui que sa compagne, écrivain, Lydie Salvayre, veut bien nous en donner. Il est étonnant de lire à quel point l’avertissement de tous ces travestissements possibles ou avérés nous est clairement donné et comment on lit le livre, sans jamais douter que telles furent les paroles de celui qui s’est livré, dans l’obscurité, dont on se demande s’il n’est pas en train d’écrire son propre livre, en employant un écrivain comme une manière de nègre — éventualité d’autant plus crédible que, lui-même, est-ce lui ?, est-ce l’auteur du livre ?, prétend avoir eu une carrière courte de nègre — et si tel est le cas, quelle peut-être encore la partie fictive dans un récit dont certains points paraissent tout de même vérifiables.

L’homme s’appelle BW. On sait tous comment il s’appelle sans doute, d’autant qu’en deux ou trois endroits du texte, des pistes semblables à Albertine appelant le narrateur Marcel dans la Recherche, nous le confirment, mais nous le confirment-elles vraiment ?, puisque, par exemple, le nom de famille est révélé une seule fois avec une mauvaise orthographe, une mauvaise initiale. V. et non W. et que ce sera justement le lieu d’un mensonge, BW faisant croire à une tante que ce V. dont il est question dans le journal, c’est lui, W, et que ce sont les gens du journal qui ont du se tromper. Mais voilà, des signaux, il y en a, il y en a même de très nombreux, à toutes les pages presque, au point que les formules, telles que "dit-il", "prétend-il", "assure-t-il", sont autant de feux de signalement dans un parcours tortueux, ce qui ne cesse de faire s’interroger le lecteur, est-ce là une histoire véritable que l’on essaye de faire passer pour fausse ?, dans le but, sans doute, de lui donner davantage d’une véracité perverse, ou est-ce qu’au contraire, mais, est-ce le contraire ?, une histoire fausse, une fiction, que l’on tente de faire passer pour véritable ?, dans le but, sans doute, de lui donner une épaisseur, qui, si elle est factice, n’en est pas moins efficace ? Le lecteur attentif est même tenté par une certaine forme de comptabilité qui consisterait à ranger les différents éléments de cette existence, fictive ou réelle donc, en deux colonnes distinctes, l’une pour ce qui est vraisemblable et l’autre pour ce qui l’est moins et que l’on soupçonne d’être inventé, inventaire rendu rapidement impossible par le fait même qu’il faille, à chaque instant, se poser la question, quand on flaire la fable, de savoir qui ment, l’auteur ou le personnage ?, et est-ce un personnage, plutôt qu’une personne ?

Sans compter que chaque argument présente des facettes et des niveaux de lecture qui ne sont pas les mêmes pour tout lecteur. Par exemple un lecteur germano-pratin, une personne du milieu de l’édition, par ailleurs décrit sans complaisance, mais nous allons y revenir, sera plus correctement équipée pour juger de la véracité de certaines des données de ce livre, par exemple est-ce que BW a été représentant pour Gallimard au Liban ou a-t-il effectivement occupé une position haute chez Christian Bourgois, ses amis Pierre Guyotat ou Pierre Michon, si ce sont ses amis, se retrouveront-ils dans ces quelques éclats de leur relation avec BW ? On peut même imaginer que tout ce petit monde est complice. Et toujours la même question lancinante, lassante à force de ne pouvoir trouver de réponse satisfaisante, qui ment ?, Lydie Salvayre ou B.W. ? Mais aussi bien tout lecteur qui ne connaît pas le monde l’édition française, mais qui serait assez opiniâtre pour cela, pourrait entamer des recherches dans les archives de la presse sportive et locale pour savoir si effectivement BW a été le coureur de demi-fond que ce récit en fait ?

Et à vrai dire si l’on pose de côté la question de la vraisemblance, de la fiction, ou du témoignage, il nous reste un récit pas moins labyrinthique qui contient au delà même des questions de fiction, ou non, toutes les chances de nous égarer parce que ses buts ne se présentent pas non plus sur des frontières franches, on n’est pas ici dans l’épaisseur du trait, ni même d’un seul trait. Le récit qui se présente donc comme une biographie à géométrie singulière, est à la fois biographique donc, mémoires, dialogue amoureux, par ailleurs plein d’humour — cinquante euros si tu parviens à placer deux fois le mot prolepse dans ton livre, pari tenu — testament, et plaidoirie pour ne citer que ses formes les plus évidentes. D’ailleurs on pourrait croire qu’en deux cents pages seulement, cette imbrication de formes ou de genres, n’ait pas la densité voulue, qu’elle ne tienne pas toutes les promesses rapidement faites, peut-être trop rapidement, en début de livre. Mais en fait non, la densité est là, elle tient aux détails bien souvent, comme de se souvenir que dans telle camionnette en Turquie, la radio, au début des années soixante dix jouait Black night de Deep Purple et que BW y a trouvé une certaine corrélation d’avec sa situation (black night is a long way from home), ces choses-là, on peut effectivement, dans toute leur futilité, s’en souvenir toute une vie, intactes, mais aussi aux élipses, tout un pays au travers duquel BW a voyagé et séjourné, balayé d’un seul geste, qui signifie que oui, on pourrait tout raconter, mais justement cela, l’exhaustivité, n’a pas d’intérêt.

L’imbrication des motifs et des modes de narration vient aussi de fait qu’une ponctuation sèche et une mise en page sans aucun effet décoratif, des sauts de paragraphe tout juste marqués, contribuent à ne jamais tout à fait clarifier cette situation de savoir qui parle ? et qui écrit ? et encore qui parle à qui et qui écrit pour qui ? Par exemple deux registres très différents peuvent se croiser, ainsi dans un passage qui ressemble à une plaidoirie ou encore à une prophétie, s’agissant du milieu de l’édition française donné pour moribond et vermoulu, peuvent se mêler quelques fragments de conversation amoureuse, d’admiration réciproque des époux, le tout compliqué encore par l’un qui trouve en avoir trop dit et l’autre se demandant si elle ne devrait pas extrapoler et dire ce davantage qui est tu, mais qu’elle sait, forcément, et d’ailleurs est-ce qu’elle ne se rend pas coupables en d’autres endroits de ces extrapolations ?

Sans compter que l’une des ambitions du livre ressemble fort à une tentative de rachat, le récit d’ailleurs ne précise pas qui en est le plus à l’origine, on sent malgré tout une volonté commune, l’un expliquant la portée de son geste d’abandonner le métier d’éditeur, l’autre en s’efforçant d’ancrer le geste dans des raisons anciennes et un tempérament entier, comme si une manière d’excuse était recherchée pour rendre le geste de partir moins ra&dical, plus acceptable. Et dans le fait même que le livre soit publié quand bien même il n’est pas tendre, loin s’en faut, avec le milieu de l’édition, on prendrait presque espoir que les recommandations de BW permettent de freiner ou même d’annuler ses prédications, dont on mesure cependant l’acuité. Pour cela aussi le livre sort de ses propres limites de livre, puisqu’il dit de l’intérieur même de l’objet final de l’édition, le mal dont souffre l’édition.

Et pour cela aussi, on en revient, au delà même de la part du vraisembable, ou pas, qu’il est impossible de faire un partage net dans cette virtuosité entre ce qui est de la création de Lydie Salvayre ou de ce qui relève de la biographie de BW et de son talent pour le livre. C’est à cet endroit précis que le texte dépasse en débordant, gentiment, les limites mêmes du livre. Et sont-ils si nombreux les livres qui se jouent de limites mêmes de l’objet-livre ?

Pour finir, les personnes personnages de ce livre deviennent pas endroit tellement palpables que l’on finit, lecteur, qui ne connait pas ces deux personnes, par concevoir une manière de tendresse à leur endroit, cela tient à des détails, dont il importe peu de déterminer la véracité, comme ce petit mot de BW laissé sous la tarte dans le réfrigérateur et dont il sait qu’en pleine nuit, LS ne laissera rien : aurais-tu ma chérie, la mansuétude de me laisser les miettes ? point de fusion imprévisible du récit et qui n’est pas sans me rappeler, pareillement, l’attachement que l’on peut consentir pour le narrateur de la Recherche, attachement entièrement fabriqué à l’attention du lecteur et qui tient à peu de chose, comme l’évocation du motif décoratif du papier peint de la chambre de Balbec et que l’on retrouve en deux endroits distincts de la Recherche, comme soi-même on retrouverait une chambre dans une maison, après quelques années d’absence.

Ce qui ramène, nécessairement le lecteur à se poser, une dernière fois, la question de la vraisemblance, et même du caractère avéré, de ce qui est dit dans BW, cette histoire de stigmates sur le corps de BW, faut-il la croire vraiment, et ce faisant avec cette symbolique chargée de foi ? Et Lydie Salvayre a l’élégance de laisser apparents ses doutes de savoir s’il fallait, ou non, en parler dans son livre, maintenant le mystère de son livre à un point presque incandescent.
 

Vendredi Vendredi 3 juillet 2009



 

Jeudi Pour la musique s’il vous plaît



Streamer



Mon ami Régïs Boulard ne va pas très bien. Il aurait bien besoin qu’on l’aide un peu. Si nous on ne le fait pas, apparemment il n’est pas prévu que notre société lui vienne en aide. C’est expliqué ici par ses amis de la Station-service.

Pour la musique s’il vous plaît.

Et c’est Dominique qui a le fin mot pour cette triste histoire (ce qui ne me surprend pas de lui) : "Les politiques ayant pour mot d’ordre, depuis quelques années, "l’emploi dans le spectacle vivant" devraient également penser à son corollaire : la protection sociale dans le spectacle vivant."

PS : une chronique à propos de Streamer par Oolong et moi-même pour les photos dans le Terrier.
 

Mercredi Mercredi 3 juin 2009



Les applaudissements de la veille ne me valent rien,, tout paraît terne en comparaison aujourd’hui, sans compter qu’on s’habitue vite au luxe, et je suis surpris, ce soir, qu’ayant fini d’éplucher les pommes de terre du dîner, ce ne soit pas suivi d’une nouvelle salve d’applaudissements à tout rompre.
 

Mardi Le moteur de recherche de ma Vie



Souvent on me demande comment je fais pour classer toutes les photographies que je prends. C’est vrai que c’est un problème. Je crois que j’ai dit récemment combien j’en prenais, c’est très déraisonnable. Un ami s’étonne que je les classe par dates de prises de vue. Lui, assurément ne ferait pas comme ça, et il ironise sur ma mémoire des chiffres et des dates. Mais, en fait, c’est nettement plus rationnel qu’il ne le pense. C’est vrai que j’ai une bonne mémoire des chiffres et des dates, je fais de l’hypermnésie des données chiffrées pour être plus précis. Mais ce n’est pas suffisant. En fait je me sers beaucoup de la chronique de la Vie comme moteur de recherche. Les photographies sont toutes rangées dans un répertoire qui porte leur date pour titre, et comme chaque collage des journées de la Vie porte pour nom de fichier le même nom que le répertoire dont sont issues les images qui le composent — ça va vous me suivez toujours ? —, quand je ne suis plus bien sûr du jour où j’ai pris telle ou telle photographie que je cherche, je regarde dans le repertoire de la Vie. Parfois l’image que je recherche fait partie du collage de la journée en question, c’est le cas le plus facile, parfois il n’en fait pas partie, mais des images voisines de la même journée font alors partie du collage de la Vie du jour et j’en déduis alors facilement la date que je recherche.

Evidemment quand je prends du retard dans les mises à jour de la Vie, je finis par naviguer à vue dans mes archives récentes. Et c’est parfois problématique. C’est un peu le cas en ce moment, alors je travaille darre-darre à combler ce retard.

Finalement je suis souvent en retard dans la Vie.




Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de
la Vie

 

Lundi Lundi 28 mai 2007





se contenter de tout petits progrès chaque jour.
 

Dimanche Dimanche 28 décembre 2008



J’apprends dans cet article de Libération un détail que j’ignorais encore des méthodes de notre saloperie de Ministère de l’Immigration, ministère (et ministre) que sans doute, le monde nous envie — je dis cela pour rappeler utilement que non, il n’est pas normal d’avoir un ministère de l’immigration.

Lorsqu’un avion de ligne est requis pour reconduire dans son pays d’origine une personne sans papiers, la police distribue des tracts aux autres passagers de ce même avion, qui eux ont choisi leur destination, les informant que toute tentative de leur part pour faire obstruction à cette expulsion est passible de peines lourdes.

Le reste de l’article mentionne toutes sortes d’autres agissements mais qui, hélas, sont plus familiers à ma connaissance. La lecture de cet article n’en reste pas moins riche.

Cette méthode d’intimidation me dégoûte. Elle dit toute la honte que j’ai d’être français d’une part, mais tout simplement la honte dans laquelle ce gouvernement de peigne-culs de droite agit, une telle honte de leur propre politique qu’ils préfèrent prendre les devants des fois que, par miracle, ils tombent sur des gens avec un peu de sens citoyen, vacarme et intimidation. La droite dans toute sa triste splendeur.

Alors je voudrais redire un certain nombre de choses à ces peigne-culs, d’abord leur assurer que leur intimidation ils peuvent la ravaler, ils pourront toujours me faire plus mal que peur, et comme bien d’autres je ne suis pas près de la fermer, et que oui, il importe qu’ils sachent qu’ils ont de la merde de droite dans le cerveau, et leur expliquer une mauvaise fois pour toutes que ces pauvres gens, aux destins brisés, sans grande défense, dans un système qui mes rejette, de toute façon, comme une mauvaise greffe, ces gens-là sont les meilleurs d’entre nous. Eux ont eu le courage de tout laisser derrière eux pour quitter la misère ou l’oppression, ou les deux, ils ont eu le courage de franchir des frontières et des mers, de marcher longtemps, ils ont réussi à rentrer dans une forteresse bien gardée, ils ont réussi à s’y maintenir, parfois de longues années, quand tout était prévu pour les dénoncer et traquer, quels sont parmi nous ceux qui seraient capables de cela ?, ces gens ont une valeur inestimable. S’acharner contre eux pour complaire à un petit peuple de droite, de contremaîtres blancs, est non seulement lâche mais terriblement stupide. Donnez des conditions de vie décente à ces gens, une formation digne de ce nom et ils sont notre seul avenir possible, il faut être aveugle (ou de droite) ou très con (ou de droite) pour ne pas s’en apercevoir.

Sarkozy t’es vraiment qu’un (petit) peigne-cul.

Putain, j’ai 44 ans aujourd’hui et je suis toujours en colère.

Et je rappelle aux pilotes de ces avions que vous êtes le seuls maîtres à bord, en conséquence vous n’êtes pas tenus d’accepter de faire voyager des personnes contre leur gré, alors vous attendez quoi pour rendre leurs prisonniers à ces policiers tellement zélés ?
Le bloc-notes du désordre