Samedi Samedi 7 mai



François

Tu as bien de la chance que laissant la porte du garage ouverte, voyant de la lumière, celle de l’écran reflétée sur ton visage, les voisins s’enhardissent à te saluer ou à venir discuter. La porte du garage pour moi est ouverte jusque tard dans la nuit, mais j’ai souvent le sentiment que c’est surtout pour les voitures garées dans la rue que je joue du Coltrane ou du John Cage. Jamais personne ne s’est hasardé à un bonsoir. Curieusement c’est en écrivant dans le bloc-notes que j’ai davantage l’impression qu’on lit par dessus mes épaules.

Amicalement

Phil

PS l’ordinateur ne sera guéri que dans un mois ! Donc il y aura presque deux mois de retard de bloc-notes à combler. Les notes s’accumulent qui seront reprises dans un mois donc. On m’aurait cambriolé pour de bon, c’eut été pareil. Du coup j’ai le sentiment de venir bloguer chez toi, dans ton garage (alors pour cela je me permets, l’insertion d’images et de liens, comme si j’étais dans mon garage, dans mon bloc-notes), un vrai coucou. Ce matin, du coup, l’idée d’écouter le Chant des oiseaux d’Olivier Messiaen, et ses ondes Martenot.

 

Vendredi Vendredi 20 mars 2009





Il sait lire. Presque.

En fait c’est hier que Nathan m’a fait cette démonstration et je n’ai pas eu le réflexe de l’enregistrer depuis le début, je recommence donc ce soir, profitant qu’il soit bien intentionné.

Mais hier quelle émotion. La lecture a été interrompue par un coup de téléphone d’Anne-Pauline, d’ailleurs je n’ai pas résisté à faire écouter un extrait de cette lecture à Anne-Pauline, quand j’ai repris le téléphone, nous étions en pleurs tous les deux. Et oui, Nathan lit. Quel insupportable bonheur !
 

Jeudi Jeudi premier février 2007



>C’est ce soir, entre 19h55 et 20h. > >L’Alliance pour la Planète (groupement national d’associations >environnementales) lance 5 minutes de répit pour la planète, un appel >simple à l’attention de tous les citoyens : le 1er février 2007 entre >19h55 et 20h00, éteignez veilles et lumières. > >Pourquoi le 1er février ? Le lendemain sortira, à Paris, le nouveau >rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du >climat (GIEC) des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il >ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur >l’urgence de la situation climatique mondiale. > >Il y a aussi des rassemblements, pour en savoir plus :www.amisdelaterre.org. > >Et bientôt des manifs contre l’EPR et pour les énergies renouvelables, >voir le site de geenpeace : www.greenpeace.org

Reçu depuis la liste de discussion du Terrier
 

Mercredi Mercredi 25 avril 2007

Soudain, j’ai eu dix ans.

C’était aujourd’hui le premier entrainement de Nathan au rugby, et la très bonne volonté de tous ne suffisait pas toujours pour faire coller Nathan au jeu et aux consignes. Aussi pour certains exercices j’ai du accompagner Nathan, l’aider à accomplir certains gestes dont je m’émerveille que les camarades de Nathan puissent les produire avec tant d’assurance et d’adresse et qu’à moi-même il m’en reste quelques mémoires dans le corps, ou encore de guider les pas de Nathan sur le terrain, de tenter de lui faire respecter la ligne de hors- jeu, lui tenant la main de le faire courir dans la bonne direction, quand, dans une phase d’attaque les coéquipiers de Nathan font décrire au ballon cette danse magique qui le fait glisser à toute vitesse vers l’aile, là même où Nathan et moi sommes, et le dernier joueur nous envoie le ballon, dans le mouvement, très vite. Je l’attrape à la volée, le blottit dans les bras de Nathan et pousse Nathan vers le dernier défenseur. Penché que je suis pour mieux accompagner Nathan, je perçois le terrain, le ballon et les autres joueurs dans ce rapport d’échelle rapetissé comme si j’avais la taille d’un enfant de dix ans, je prends tout de même garde de ne pas pousser les camarades de Nathan, mais un bref instant, j’ai eu envie d’attraper le ballon, et de foncer dans le tas. Comme quand j’avais dix ans. Sur la grande pelouse de Garches. J’étais un peu retourné de ce bref saut dans le temps. Je me demande comment Proust aurait tourné la chose s’il avait joué au rugby dans sa jeunesse.

 

Mardi Mardi 12 mai 2009

Déjeuner avec François. Marrant ce besoin de se voir périodiquement, en secret presque, pour déjeuner dans un endroit finalement connu de nous seuls, excepté Lucien Suel avec qui nous avions déjeuné une fois dans ce petit restaurant, et comment en marge de la ville, de son agitation à laquelle nous retournons, comme happés chaque fois l’un et l’autre, rarement dans le même vent ni dans la même direction, et de refaire le point sur les discussions en cours par mail. L’impression cette fois-ci que c’est davantage à mon tour de parler, de dire que je ressens confusément ces derniers temps la nécessité de produire un travail plus en profondeur, davantage abrité des regards, tenter de nouvelles expériences avec l’image et ne plus obéir à la nécessité de tenir à jour les chantiers visibles en permanence du public. D’autant que je reviens à d’anciens questionnements ces derniers temps, lesquels ont besoin de s’affranchir de l’empilement vertical que je déplore notamment dans la forme du blog. Tant il me semble qu’il y a eu un moment où les possibles de l’internet, de ses réalisations et de ses créations, étaient plus ouverts qu’il ne le sont aujourd’hui justement à cause de notre féodation à ces nouveaux outils — dont je ne trouve justement pas le fonctionnement si convivial que cela — destinés à rapprocher la technique de tous, et de laisser coupablement entendre précisément que de composer des pages en html serait une tâche insurmontable pas beaucoup, ce qui est rigoureusement faux. Et du coup j’ai depuis quelques années ce sentiment que les meilleurs esprits s’égarent à faire fonctionner des outils qui n’en sont pas, sans compter que je ne comprends pas la nécessité promise au plus grand nombre de s’affranchir pareillement de l’outil, alors que c’est précisément beaucoup de plaisir dans son maniement, sans compter que c’est dans la contingence de cette fausse matière que les plis les plus inattendus sont sans doute les plus riches à explorer, contradiction flagrante d’avec le discours ambiant qui veuille qu’il faille simplifier la technique.

Alors je pense aux toutes premières discussions que j’ai pu avoir avec mon ami Laurent Grisel et ses interrogations foisonnantes à propos de l’affichage du poème sur un écran, et Laurent d’être plein d’intelligence à soupçonner que l’écran pourrait notamment résoudre les problèmes insolubles de la délimitation du poème dans la page. Réflexions qu’il avait ensuite conduites dans Poésies choisies, petite merveille d’adaptation de l’écran à la lecture.

Mais ce n’est pas tout, je pense par exemple à ce texte de Jean Genet, Ce qui est resté d’un Rembrandt déchiré en petits carrés bien réguliers, et foutu aux chiottes et la circulation de son texte en deux paragraphes qui sont le miroir l’un de l’autre, je suis toujours incrédule de voir que de telles possibilités formelles, que je considère comme découlant immédiatement du médium internet, natives, ne soient pas une brèche dans laquelle les auteurs contemporains puissent s’engouffrer, à mon avis avec délice ? Et j’en veux justement à ces formats d’aujourd’hui, peut-être moins à leur graphisme pauvre, qu’aux sillon trop profonds qu’ils creusent, l’empilement vertical donc, et comment ils masquent des formes en devenir à ceux qui naturellement seraient portés vers elles.

Il y a dix ans on pouvait encore plaisanter sur le fait que les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau avaient été conçus pour être lus en ligne et non dans l’inconfort d’un livre aux languettes désespérantes d’inconfort de lecture, ou encore rêvasser à ce que des auteurs comme Georges Perec auraient fait s’ils avaient connu les immenses possibilités technique d’internet (d’abord il n’est pas sûr que l’esprit laborieux dans le maniement de la pâte textuelle de Georges Perec se serait si facilement adapté à la nouveauté de l’outil), je constate avec déception que de telles fantasmagories masquent surtout le fait que très peu d’auteurs se sont effectivement saisis de l’outil, dans son affichage nouveau, dans sa capacité à faire cohabiter les supports, et dans sa nature programmatique.

Mais les écrivains ne sont pas les seuls poltrons de l’affaire, dans la dizaine de sites de bandes dessinées dont je suis de loin en loin l’actualité quels sont les auteurs qui détournent à leur avantage les possibilités encore inédites de l’outil ? Et dans ce domaine ce que l’on rencontre surtout ce sont des pages verticales dont l’affichage s’adapte si mal à un écran désespérément horizontal, comme si la marque de l’édition graphique l’était au fer rouge (et pourtant je vous l’assure il y a quelques bandes dessinées qui s’étendent dans un format à l’italienne, Jimmy Corrigan de Chris Ware par exemple). Ne viendrait donc à aucun auteur de bandes dessinées l’idée de composer une page infinie, une page immense qui s’exprimerait dans une longueur et une largeur dépassant très largement les dimensions de l’écran, ou encore de se servir du lien hypertexte comme vecteur de la narration ?

Et plus je grogne sur le sujet et plus je m’aperçois que cette timidité par rapport au nouveau médium est générale, et entièrement gangrénée par le discours mercantile des centrales de blogs, que de construire un site c’est une affaire de techniciens chevronnés alors que de faire un blog c’est fastoche comme tout — bon courage aux apprentis blogueurs quand ils voudront faire évoluer le squelette de leur blog sans aucune connaissance html et/ou .css ! — alors que tout le plaisir est là justement, le terrain est vierge, la garrigue vaste et les cartes de ce territoires encore très imprécises.

On qualifiera forcément ce coup de sang de combat d’arrière-garde, je m’en moque bien pour moi-même, c’est-à-dire que je ne suis pas prêt d’abandonner trop rapidement le maniement de l’outil html pour mes propres explorations et les agrandissements futurs de mon petit foutoir, en revanche je suis attristé que la chance pour l’invention de nouvelles formes ait été négligée, et restera le plus sûrement inusitée.

A de rare exceptions près. Que je chéris.

 

Lundi Lundi 2 juin 2008



Elle est émouvante cette conversation avec cette femme dans la salle d’attente du psychomotricien. Cela fait quelques semaines seulement que le rendez-vous de son petit garçon précède celui de Nathan, et comme Nathan joue calmement avec le petit établi prévu pour l’attente des enfants, et que son petit garçon à elle est en sécance, elle me demande pourquoi je viens, si cela fait longtemps que je viens. Elle est interloquée quand je lui explique que cela fera trois ans à la fin de cette année. Trois ans pour elle, cela paraît le bout du monde. Au tout début quand nous avons commencé à emmener Nathan chez le psychomotricien, mais aussi chez l’orthophoniste, ou, de façon plus ancienne encore, chez la psychologue, je crois que nous avions parfaitement intégré le fait que nous nous engagions là dans une voie longue, mais c’est vrai que rétrospectivement cela fait long trois ans. Elle m’explique que son petit garçon a été récemment diagnostiqué comme souffrant de Troubles Envahissants du Développement, dans le jargon on dit TED, classification ample, qui comprend, comme une sous-partie, une grande part des différents types d’autisme. Alors je suis heureux de pouvoir lui dire que Nathan, lui, est à la frontière entre l’autisme atypique et sans doute une classification non encore existante des TED.

Elle a un peu de mal à le croire, elle dit, mais il est tellement calme. Je l’assure que Nathan n’a pas toujours été comme ça, mais que justement trois ans de thérapie psychomotricienne, mais aussi de l’orthophonie, et d’autres choses encore et on finit par acquérir cette certitude que oui, il va s’en sortir.

Elle a du mal à me croire cette femme. D’autres lundis, c’est son mari qui accompagne leur petit garçon et je vois bien comment lui aussi observe Nathan et tente de percer une manière de mystère, de se demander de quoi peut souffrir Nathan pour venir chez le psychomotricien. Alors je me doute bien que ce soir quand elle rentrera chez elle, elle ne pourra s’empêcher d’annoncer à son mari que le petit garçon dans la salle d’attente chez le psychomotricien, notre petit Nathan, est en fait autiste, et que si seulement cela pouvait donner du courage à ces gens, comme je serais fier de mon petit bonhomme !

Mais tout de même cette conversation et la douleur que je devine chez cette femme ou dans les regards silencieux de son mari me replongent vivement dans cette période tellement floue durant laquelle nous avons apprivoisé lentement l’idée que tout ne tournait pas rond dans le psychisme de Nathan et cette autre période, longue elle aussi, durant laquelle nous avons du accepter le fait qu’il soit autiste, ce qui ne nous apparaissait pas comme synonyme d’espoir, alors.
 

Dimanche Dimanche 9 avril 2006

Pour rejoindre Autun depuis Clermont, il faut reprendre un temps l’autoroute de Paris mais sortir en direction de Moulins, c’est du moins ce que m’affirme l’itinéraire que je viens de télécharger sur internet. Et puis prendre la nationale 79 pendant 91 kilomètres et quatre cents mètres, arriver à une intersection avec la départementale 982, prendre à gauche pendant 56 kilomètres et trois cents mètres et passer par Digoin, Neuzy, Gueugnon, Toulon-sur-Arroux et Etang-sur-Arroux, puis prendre à droite la nationale 81 pendant encore 9 kilomètres et quatre cents mètres et arriver à Autun. Et sous Autun frappé du petit drapeau d’arrivée à bon port, une bannière qui me propose de faire une rencontre à Autun pour peu que je précise si je suis un homme ou une femme et si je recherche un homme ou une femme. Je dois être bien naïf parce que je suis toujours saisi par ces raccourcis. Pourquoi, me rendant à Autun, aurais-je envie de faire une rencontre, dont les termes sont finalement assez simples, de quel sexe suis-je et quelles sont mes inclinaisons sexuelles — au passage je remarque qu’une personne transexuelle qui n’aurait pas de préférence sexuelle entre un homme et une femme aurait bien du mal à choisir dans les deux menus déroulants — plutôt, que, par exemple, visiter la très belle cathédrale d’Autun, et notamment sa salle capitulaire dans laquelle se trouve une admirable Fuite en Egypte ou encore le musée Rolin dans lequel il y a cette magnifique scène de manne céleste dans le désert, ou bien encore me renseigner sur le programme du remarquable petit théâtre à l’italienne de la ville, autant de choses que je pourrais raisonnablement espèrer d’un guide, mais ce ne sont pas là les options que l’on me propose. Me rendant à Autun, ou ailleurs, on suppose que ma pulsion sexuelle — si cet annonceur savait ce qu’il en est vraiment de ma pulsion sexuelle du moment ! — soit telle que j’ai besoin de faire une rencontre. Et je suis sans cesse ramené à cette dimension, si présente sur internet, comme dans un prisme, celui du spam — ces mails non sollicités que je reçois fréquemment et dont je n’ai rien à faire — et qui cible mes besoins a priori de la sorte, gagnez de l’argent facilement et si possible de chez soi sans rien faire, avoir une verge imposante (penis improvement) et longuement erigée (Viagra), acquérir à vil prix des logiciels piratés — quitte à utiliser des logiciels piratés autant ne pas les payer et les télécharger non ? — acheter des calmants — offre non cumulable avec le Viagra, faudrait savoir ce que l’on veut — rencontrer l’âme soeur donc — là aussi sans sortir de chez soi — des astuces à n’en plus finir pour obtenir des crédits à des taux qu’on finirait par se demander s’ils ne sont pas négatifs, ne plus payer son essence — voilà qui devrait beaucoup aider au réchauffement de la terre — ou encore faire de mon site une entreprise très prospère — parfois je me dis que si j’avais du temps à perdre, et aussi un peu d’argent, je devrais engager les services de ce genre de loustic et de le voir peiner à faire du site désordre, une entreprise riche et prospère — et, fin du fin, un fichier contenant 350000 adresses de mails valides — pour la modique somme de quinze malheureux dollars — pour les spammer autant que je le souhaite.

Et bien non finalement, je ne vais pas demander à rencontrer un homme ou une femme, ou les deux, ou deux hommes ou deux femmes ou trois femmes quatre hommes et un transexuel à Autun, je crois que je vais me fier à mes intentions premières, passer quatre jours chez Martin et Isa, prendre des photos de la cathédrale d’Autun pour Le Lièvre de Mars — pour son projet de dictionnaire architectural — et travailler aussi sur mon roman en cours et peut-être même commencer à fabriquer des jeux de taquin dans le désordre, et plus généralement passer du temps avec mes amis à boire du thé, manger des confitures d’oranges au whisky de Martin, boire du bon vin, dont les amis de mes amis sont si souvent prolixes, discuter avec Martin et Isa de toutes sortes de choses, et notamment de Jackson Pollock et de Jasper Johns, peintres à propos desquels nous sommes intarissables. Pas de rencontres, merci bien.

Adèle, ma petite fille tu as deux ans aujourd’hui et dans quel monde tu grandis, vraiment !

Le bloc-notes du désordre