Samedi 2 septembre 2006

Nous sommes arrivés à Bailleul. En montant le lit d’Adèle dans l’ancienne chambre de mon cousin Dominique, je trouve un vieux numéro de Marie-Patch, qui date des années 80, d’ailleurs la couverture brille de tous ses éclats puisqu’il s’agit d’un portrait d’une princesse blonde anglaise à l’étonnant rimmel bleuté, sourire idéal pour aller s’encastrer en voiture blindée contre le treizième pylone du souterrain du pont de l’Alma à Paris. Je parcours très rapidement cette revue qui a le don d’exercer une molle fascination sur moi, quand je vais chez mon dentiste et de me laisser un dégoût supérieur encore à celui des pâtes anesthésiantes que ce dernier utilise pour m’insensibiliser les gencives. Il y a là tout un reportage hagiographique sur un voyage officiel du sempiternel héritier du trône d’Angleterre et de sa blondasse d’alors à Paris, quelle stupéfaction de trouver alors moult photographies de Mitterrand et même de Rocard en demi-pamoison devant tant de blondeur péroxydée, jusqu’à Lang qui fait des courbettes au Louvre devant ce jeune couple d’Anglais aux airs abrutis et qui peinent à se donner des airs de fausse componction devant un Cézanne du musée d’Orsay. D’ailleurs ce qui m’amuse le plus dans cette photographie c’est qu’il y là un type qui doit faire plus de deux mètres dont la tête sort des photos de groupe de façon très étonnante, mais nulle légende ne dit qui il est, sans doute une huile du Louvre, je veux dire une personne importante.

Je redescends dans la cuisine où ma tante et Anne font face aux mille demandes pressantes des enfants, je demande si je peux faire quelque chose mais ma tante est prompte à me dire d’aller dans le salon. Assis dans le canapé de ma tante, je ramasse un numéro récent de l’Express et en le feuilletant je tombe sur une photographie qui me fait une impression très étrange. Il s’agit du portrait du Président du Louvre, Henri Loyrette. Je remonte dans la chambre de mon cousin Dominique et je retrouve cette photographie de la blondasse anglaise à Orsay. Et oui, il s’agit bien du même bonhomme. Il n’y a pas tout à fait vingt ans d’écart entre les deux photographies et elles ne se trouvent pas dans le même magazine. Quelle peut bien être la probabilité d’une telle coïcidence ? De se dire que la grande maison de ma tante abritait deux photographies du même Henri Loyrette, dont elle ignore tout, distantes de diux-huit ans, il y a dans ce pli assez mes yeux pour hanter durablement une maison.

A la réflexion c’est une semi-coïncidence. Quelles sont les personnes que l’on voit sur cette photographie d’il y a presque vingt ans, l’héritier benêt du trône anglais, Mitterrand, Rocard, Lang et donc Henri Loyrette. L’héritier fait encore régulièrement la une de cette presse de torchons, Mitterrand n’est plus, mais Rocard fait encore parler de lui dans le rôle du vieux sage, Lang se voit, mais il est bien le seul, président de notre république de passe droits et de supporters de football et Henri Loyrette sera sans doute là encore dans vingt ans pour guider les pas du prochain héritier du trône d’Angleterre, fils du précédent. Entre 1988 et aujourd’hui nous avons peut être connu Rocard, Cresson Bérégovoy, Balladur, Juppé, Jospin, Raffarin et Villepin comme Premiers Ministres, mais finalement ce sont toujours les mêmes personnes qui sont aux premier rangs du pouvoir, et Henri Loyrette donc, Président du Louvre.

Le soir, les enfants couchés, ma tante Moineau n’oppose aucune résistance, au contraire, bien au contraire, à une partie de Mah Jong à trois avec Anne. Dans un an ou deux il sera possible d’apprendre à Madeleine à jouer au Mah Jong et alors ce sera une comparable image (fausse) d’éternité pour moi de la voir jouer avec ma tante qui porte le même nom qu’elle, Madeleine De Jonckheere. Dans cette même grande salle à manger de la maison de Bailleul. Avec ce même jeu aux tuiles à dos de faux ébène.

 

Vendredi 6 février 2009



Ce matin Adèle me demande, comme tous les matins, de lui dessiner un éléphant rose. C’est bête mais chaque fois cela me fait sourire.

La jeune femme qui me répond au téléphone pour prendre un rendez-vous pour le scanner cérébral de Madeleine — je n’aime pas beaucoup cette idée qu’il faille faire un scanner cérébral de ma petite fille — me demande de patienter, et je l’entends conseiller sa collègue, et là tu double-cliques sur le monsieur. Je me demande quel effet cela lui a fait au monsieur de se faire double-cliquer dessus.

Un ami pour lequel j’ai bricolé à tout allure un truc graphique, genre dessin au feutre sur une nappe de restaurant m’envoie un mail pour me remercier et fait une très belle faute de frappe, Merci encre.




Tiens ma petite fille, voilà un éléphanrose, dessiné pour toi par un graphiste autrement plus compétent que ton père.



 

Jeudi 8 septembre 2005

Julien et moi sommes invités au colloque Horizome dans la table ronde animée par Cyril Fievet autour de la pratique artistique du blog. On nous demande un court historique du site, ce que nous pensons de l’outil blog, et comment sans doute nous voyons notre propre futur. Petite mise au point rédigée sans doute trop hâtivement. Si ce colloque vous intéresse vous trouverez tous les détails à cette adresse.

Le site désordre existe depuis le tout début de l’année 2000, à ses débuts c’était vraiment un très vilain petit canard.

Avec beaucoup d’opinâtreté, il est devenu un labyrinthe à la fois pour ses visiteurs et pour celui qui l’a construit.

En juin 2003, je rencontre Julien Kirch, programmeur, qui me propose de me donner un coup de main avec la programmation, dès lors le site n’aura plus de limites techniques à son expansion. La première réalisation commune est le jeu de memory, une applet java qui donne au visiteur la possibilité de jouer à un jeu faisant fonctionner sa mémoire visuelle et de ressentir, de fait, le lieu du souvenir pour l’auteur des images.

Puis ce sera la version hypertextuelle d’un roman dont le thème central est la chinoiserie, à l’intérieur duquel il sera possible là aussi de jouer au jeu du tangram et de même de faire passer le lecteur dans les chemins de l’auteur décrivant sa propre pratique du jeu.

Le maniement expert de scripts aléatoires permettra dans un premier temps la mise en ligne d’un travail de photographies conçu pour le web, de même d’autres scripts aléatoires engendreront progressivement les futurs contours de la nouvelle version du site, rendant celle-ci mobile, de telle sorte que le visiteur ait davantage encore de difficulté de s’orienter fiablement dans le site.

Enfin certaines parties du site fonctionnent désormais de façon dynamique ce qui rend là aussi le site de plus en plus protéiforme.

Cette collaboration est l’exemple même d’une rencontre et d’un échange qui sont très symptomatiques de ce qu’il est permis de faire sur internet, de même qu’un passionné de restauration mécanique pourra, grâce à internet, trouver d’utiles conseils auprès d’autres passionnés mais aussi aura accès à des pièces de rechange que ces derniers lui rendront disponibles, il est pareillement loisible de mettre en commun connaissance et expertise.

Il existe vraiment sur internet une diaspora de minuscules communautés d’intérêt qui ne sont pas toutes reliées entre elles mais qui peuvent fonctionner de façon autonome. Le site désordre contient en son sein un espace de publication d’initiatives et de travaux amis. Il est par ailleurs étroitement affilié à d’autres sites, tels que remue.net, Le Terrier, Le Portillon et Bonobo

Philippe De Jonckheere et Julien Kirch




Et dans la même journée, nous avons reçu les deux introductions de Frédéric Madre et de Jérome Rigaut.

> bonjour
> désolé c’est un peu long, et un peu en retard aussi
> cv et infos en bas
>
> à tout bientôt
> jérôme rigaud
>
>
>
>
>
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> sujet : intervention version (très) courte
>
> qu’est ce que c’est qu’un blog ? / button publishing / fonctionnalité
spécifique
>
> consommation du blog / attitude / choses interressantes du moment
> (trends/zeitgeist) / à l’exterieur de l’ordinateur
>
> dématerialisation / flux -> le "blog" comme matiere premiere
>
>
>
>
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> sujet : intervention version moyennement longue
>
> qu’est ce que c’est qu’un blog ? c’est juste un machin presse bouton
> (blogger’s headline : push button publishing) mais en fait cela reste
> très proche des sites persos du début de l’internet - mis à part
> l’ordre retro-chronologique et quelques fonctionnalités : blogroll (la
> traditionnelle page de liens), le trackback/ping et les commentaires
> (version améliorée du livre d’or, qui permet à une (sorte de)
> communauté de se former). #la_spirale.org (qui resiste au phenomène
> blog)
> je dois avouer que je suis un enorme consommateur de blog - ou en tout
> cas mes applications en consomment enormement - ou en tout cas de leur
> racine rss. Mais le blog reste à mes yeux un outil de transmission,
> comme une radio. Très utile lors de la #joywar (on peut aussi parler
> de la #toywar), l’information a circulé assez rapidement et une
> communauté et des actions se sont mise en place en soutient à joy
> garnet (ou de etoy dans le cadre de la toywar).
> Il y a un blog, que j’essaye de lire régulièrement (c’est très bien
> écrit) : #click_opera. Ce que j’aime beaucoup dedans, c’est son regard.
> je veux dire l’attitude, comment on s’articule par rapport aux choses,
> ce (les objets) et ceux (les personnes) qui nous entourrent et qu’est
> ce que ça genere et qui n’est pas nécessairement electronique :
> #arnold_circus (picnic) #sexy_machinery (magazine) #martino_gamper
> (meuble) #alexandre_bettler (workshop sur le pain) #jan_family (livre
> qui vient de sortir - passionnant, frais et drole, £20, ou 25-30€,
> copinage et promotion :) )
>
> Le rss - dans les blogs - c’est un peu comme la dématerialisation
> finale (ou du moins un pas de plus vers) : on décontextualise
> l’information de son environnement visuel (est ce que ça n’est pas
> après tout qu’un succédané de personnalité, un ersatz), tout est
> ramené au meme niveau - seul subsiste les éléments sémantique du xml,
> de l’information brute (identité visuelle, présence electronique,
> personnalisation ou plus exactement : tentative). ça amène plein de
> choses formidable à faire #r-echos (oui, j’aime quand meme bien ce que
> je fais après tout, même si j’en suis rarement complètement satisfait)
> et #x-arn (mais si Yann Le Guennec est là, ce serait surement mieux
> que ce soit lui qui en parle)
>
> sur #delicious (in case of)
> (voix de fausset :) c’est un outil genial non seulement pour remplacer
> les bookmarks que l’on perd ou oublie...
> mais surtout comme instrument pour découvrir de nouvelles choses sur
> internet (#stumbleupon).
> Cependant : je me demande parfois où tout celà nous mène... Joshua est
> en train de s’offrir une base de donnée sémantique à peu de frais, si
> je puis dire (en considérant la popularité de l’outil, et
> consequemment le nombre d’utilisateur qui y travaille "gratuitement").
> à noter également : aucune source n’est disponible et parfois, je
> souris à l’idée qu’une fois que Google aura détroner Microsoft au rang
> des grands mechants, Delicious pourrait bien être le suivant sur la
> liste.
>
>
>
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> sujet : à propos de votre travail
>
> anti-chambre est une sorte de laboratoire en reconstruction
> permanente. ça enregistre plein de chose, les documente, les classes,
> les présente, les cache - les choses que je fais, lis ou vois.
> De temps en temps, il y a ges gens qui viennent, parfois ils y
> trouvent un interet et reviennent ou explorent plus à fond
> (anti-chambre c’est aussi un peu comme un souterrain, ou un
> labyrinthe) et plus rarement il y a des discussions, des projets qui
> se mettent en place.
>
> r-echos, c’est un outils - enfin une sorte d’outil. C’est un des
> modeles du mass media device (potentiel poétique des flux
> d’information) qui en est à l’origine. L’idée à la base était
> d’enregistrer les informations que je lisais (feedonfeeds), ensuite
> est venue le souhait de redistribuer/partager. Je pense que le nom
> parle de lui-même : echos dans une anti-chambre, une sorte de hub dans
> un aéroport.
>
>
>
>
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> sujet : cv
> prénom nom : jérôme rigaud
> location actuelle : londres
>
> url : http://www.anti-chambre.net http://www.textasplayground.net
> http://www.electronest.net http://www.jeromerigaud.com
>
> stuff : r-echos ( http://www.anti-chambre.net/feedonfeeds ), maison
> martin margiela ( http://www.maisonmartinmargiela.com ), kitsuné (
> http://www.kitsune.fr ), mmd5 - mass media device (
> http://www.anti-chambre.net/laboratoire/view4.php?query=1 ), maureen
> paley ( http://www.maureenpaley.com ), martino gamper, passion picture
> etc.
>
> collaboration : fritz menzer, åbäke, etoy.zai + a---b.com + fabric.ch
> (écal), electronest, daniel mair, alexandre bettler, joel vacheron,
> evren yantac, fontnest
>
> travaux actuels : electronest/cms, r-echos, r-echos.print, makin jan
> ma, we do things, « manuel de survie energétique »
>

----- Original Message -----
From : To : Cc : Sent : Wednesday, September 07, 2005 1:39 PM
Subject : Re : Colloque Horizome - 14/9 - Votre intervention (rectif)

> Bonjour,
>
> Voici quelques unes de mes réflexions actuelles sur ce sujet
>
> Le blog est une forme mauvaise, pauvre et dévorante. Le blog nous avilit,
il
> nous assujetit, il faut le remettre à sa place. A la schlague et au coin,
le
> blog. Avant tout, en 2005, se poser la question de savoir si le blog est
la
> forme pertinente pour ce que l’on a envie de faire mais cela suppose que
l’on
> sache ce que l’on a envie de faire. Avant tout, en 2005, éviter le blog.
Si par
> faiblesse on y succombe il faut a tout prix le contraindre avant qu’il ne
nous
> détruise. Non seulement lui, l’objet, mais aussi et peut etre surtout,
eux, les
> visiteurs. Dehors, les visiteurs.
>
> Non il n’y a pas de blogosphère artistique car il n’y a pas d’art sur
internet
> ou si peu qu’on ne saurait le reconnaitre en tant que tel. Il n’y a pas
> d’intéret sur internet à faire survivre la forme artistique, il n’y a pour
moi
> qu’à y démontrer la résistance à la marchandise, or le blog reifie. Il n’y
a
> pas de grande communauté des artistes sur internet, car il n’y a pas de
grande
> communauté des artistes dans le monde. Prenons nous même comme exemple,
nous de
> cette table ronde, nous ne nous connaissons pas et nous ne sommes pas dans
les
> "liens" des uns des autres et probablement nous n’y serons pas. C’est très
bien
> comme ça.
>
> Evidemment sans interet qu’on porterait aux visiteurs ça devient
vertigineux. Le
> visiteur rassure sans doute je ne sais pas ça ne m’intéresse plus.
Toutefois il
> y a une dimension disons éducative, démonstrative et pratique de la
différence
> mais pas revendiquée dans ce sens là. Démonstrative du refus. Aussi on est
pas
> là pour s’adresser à tout le monde, ça non.
>
> etc.
>
> Pour appuyer mon propos je voudrais montrer mon blog 2balles
> au début : http://2balles.cc/old.html
> maintenant : http://2balles.cc/
> pourquoi il est "fermé" : http://2balles.cc/voir_venir/
> et aussi cet autre blog que je fais sous un pseudo :
> http://homme-moderne.org/musique/carnet/
> et aussi comment les gens s’en tirent :
> http://shobus.blogspot.com/
> et aussi, l’espoir :
> http://historyze.org/to-be-or/
>
> bon on peux parler de del.icio.us
> http://del.icio.us/frederic/autocritique
> si vous voulez
>
> de à quoi sert un wiki
>
http://twenteenthcentury.com/uo/index.php/FacultyForTheInterpretationOfImages
> entre autres
>
> et de social software
> http://polyptique.maisonpop.fr
> aussi, si vous voulez
>
> c’est un peu long, désolé !
> a+,
> f.
>


Je me dis que la discussion devrait être un peu moins hypocrite qu’à Bruxelles, plus honnête, mais tout de même c’est curieux ces invitations à parler de ce qui est en ligne et qui justement est prévu pour être découvert sans ces explications. On verra mercredi.

 

Mercredi 30 avril 2008



Partis sous une pluie battante, nous arrivons sous un soleil radieux à Saint-Ambroix. Quel plaisir pour Nathan de retrouver Victor et les jeux que tout de suite ces deux garçons s’inventent, d’ailleurs Victor, riche de ses deux pantalons en treillis sombre, s’empressera d’en donner un à Nathan, les deux marmots dans leur camouflage partis sur la butée dans de vastes opérations. Plus tard dans la journée, Madeleine fera la remarque que Victor est le seul camarade de Nathan qui ne lui demande pas des trucs aussi cons que de lécher les murs. De leur côté, Eva et Madeleine cassent la glace en quelques minutes, et Adèle passera de l’un à l’autre des groupes, y compris celui de Valérie et moi. Je suis content de retrouver Valérie, son calme appaisant, son hospitalité chaleureuse, les deux toujours aussi désarmants — je ne lui connais que ce seul défaut, celui de dérégler mon appareil-photo chaque fois que je viens la voir, là c’est la mise au point automatique qui ne veut plus fonctionner correctement.

Après un bon repas, dans la bonne humeur des enfants qui se plient de bonne grâce au laver des mains avant de passer à table et en sortant de table, nous partons vite au centre hippique où j’offre à Madeleine une leçon avec Eva et Victor. Elle n’est pas impressionnée du tout qu’ici on monte des chevaux et non des poneys, elle ne moufte pas de devoir faire du saut d’obstacle ce qu’elle fait pour la première fois et réalisera avec perfection son parcours, petit sourrire pour me dire qu’elle est quand même assez fière d’elle. Je hôche la tête pour lui dire combien je le suis également. Et pas qu’un peu.

Un solide goûter pour les cavaliers, et j’accompagne Victor avec Nathan pour son cours de trompette, par la fenêtre de sa classe, des marroniers en fleurs — la félicité est une chose fragile qui tient à peu de choses, comme des marroniers en fleurs dans l’encadrement d’une fenêtre dans une salle municipale — et un Nathan qui écoute avec calme les canards de son copain.

Avant dîner nous ferons une très belle promenade pour rejoindre l’ancienne filature où a lieu le vernissage d’une épouvantable exposition de sculptures, Sculptures en Cèze, rien que le titre, l’événement est considérable, le lieu fléché avec force publicité pour Midi Libre et Radio-je-ne-sais-plus-quoi, le vernissage d’importance, lorsque nous arrivons dans le vaste parc où se tient cette exposition absurde, un violoncelliste achève de massacrer les suites de Bach pour son instrument, le relais est pris immédiatement par un saxophoniste ténor qui se croit très intéressant dans une improvisation à la Archie Shepp, les fautes techniques d’Archie Shepp, et même cettaines de son cru à lui, mais sans ce génie de provocation d’Archie Shepp ou encore sa puissance narrative, lorsqu’il se taît un duo violon guitare classique prend la suite, tout guitariste qui accepte de jouer un duo avec un violon est nécessairement masochiste pour accepter de se faire pareillement piétiner par un instrument nain, et d’être renvoyé à cette fonction décorative de passages d’accords, pendant que le petit roquet brille. Dans la vingtaine de sculpteurs ici représentés, il y a le travail d’un sculpteur, dont j’ai oublié de relever le nom, qui présenterait bien quelque intérêt s’il n’était si fortement inspiré de Tony Grand et plus fortement encore de Daniel Van de Velde — j’ai sûrement de très bonnes photogrpahies d’oeuvres anciennes de Daniel Van De Velde, mais les retrouver, comme ce serait difficile ! — bois évidés avec une évidente prise en compte du placement de la sculpture dans son espace, mais sans la rigueur de placement de ces deux derniers sculpteurs, c’est tout au fond du jardin que l’on trouve une oeuvre véritable — désolé là aussi pas de nom, pas pensé à relever, pensant sans doute que j’allais retrouver tout cela sur internet, et bernique, curieux pour moi de voir une exposition d’ausis grande ampleur médiatique et dont l’écho sur internet est quasi-nul — mais dont les visiteurs de cette exposition ne semblent pas toujours conscients qui manquent parfois de marcher dessus. Le sentiment de me promener au milieu d’une de ces manifestations culturelles comme les chronique si admirablement L.L. de Mars.
.
On s’amuse pas mal avec Valérie à railler les plus lamentables tentatives de cette exposition de peigne-culs, notamment ces "bustes" de femmes polis et aux poitrines si hautes et bombées qui feraient rougir de honte les modèles des magazines de cul, et le vin, comme nous le remarquons de concert, n’est pas digne, nous en faisons rapidement cadeau à la pelouse. Sur le chemin du retour la lumière est maginfique, nous passons devant un très beau massif de cactées, quand je pense qu’il y a encore de la neige sur le haut du Mont-Lozère.

Nous dînons, les enfants sont "drôlement tristes", le mot de Madeleine, de devoir retourner à la maison ce soir et laisser là leurs amis. Dans la voiture sur le chemin du retour, je prendrais la mesure que c’est aussi la discipline un peu sévère imposée par mes parents qui les inquiète, je n’en mène pas large.

 

Mardi 20 juin 2006



A la fin du Caïman, Nanni Moretti prend sur lui d’interpréter Berlusconi, tous les plans où il joue le rôle du dictateur d’operette, sont frontaux. Manière de dire. Tu ne me fais pas peur. Tu as encore le pouvoir. Tu es un escroc. Et un tricheur. Je joue gros. Mais je n’ai pas peur. Je te regarde dans les yeux.

Quel courage ! Et la seule question qui m’importe en somme, c’est de savoir si moi aussi j’aurais ce genre de courage, quand l’année prochaine, nous basculerons définitivement dans l’extrême droite, celle de l’homme aux petites mains. Sarkozy. Car je ne doute pas que lorsqu’il aura gravi la dernière marche sur laquelle il rêve de se hisser &#151 la propension de ces hommes politiques de tendre toute une vie entière à briguer un poste pour une décennie et d’en faire si peu, et si mal, une fois atteinte cette hauteur, Chirac quarante ans de bassesses pour monter sur le trône et alors accumuler les bourdes, les gaffes et les conneries graves, la voracité de ces appétits est encore la meilleure indication de leur incompétence à venir &#151 et ensuite combattre bec long et ongles courts pour déloger tous ceux qui voudraient prendre cette place, quand il aura réussi à monter sur ce tabouret trop grand pour lui, l’homme aux petites mains aura, c’est une certitude la manie d’abuser de cette position faussement haute pour tourmenter ces détracteurs, aurais-je alors encore le courage de dire en mon nom propre tout le mal que je pense de ses ignominies ?

Et puis dans le même film, ces scènes du combat ordinaire, celui de la vie de tous les jours, la douleur qui pousse le producteur raté à monter sur la scène du concert symphonique et hurler sa douleur à celle qui ne l’aime plus. Ce combat de tous les jours qui ne demande pas moins que le grand combat. Et mener les deux combats de front.

Pour moi c’est une inspiration. Je ne pourrais pas dire que l’on ne ma pas montré la voie.
 

Lundi 10 avril 2006

A Dijon au FRAC de Bourgogne, l’installation de Knut ÅSDAM. Le grand hangar est divisé en trois parties, on entre par le milieu directement dans la nuit artifielle qui y a été créée, happé tout de suite par le contexte d’un parc de nuit, ça sent le pin, il faut rester quelques temps dans cet espace pour s’habituer à cette pénombre et notamment ne pas buter douloureusement contre un des bancs. Un chemin obscur mène aux deux autres parties du grand hangar, ces deux pièces sont absolument vides, toutes les deux plongées dans l’obscurité également et sur le mur du fond de chacune d’elles, la projection immense d’une vidéo.

Vous dire exactement ce dont il est question dans cette vidéo ce serait me demander davantage que je ne suis capable de produire. Dans des environnements urbains à la fois communs et filmés comme tels, des personnes évoluent et discutent de toute sortes de choses dont le contexte nous manque au point du de mal comprendre ce dont il est question, j’ai tenu un quart d’heure sur la première et cinq minutes sur la seconde, après quoi je me suis levé et j’ai quitté les lieux, avec le sentiment qu’il n’y avait rien à voir. A force de filmer l’ennui au plus près, le commun, l’ordinaire, et s’attacher en tous points à débarrasser toutes les images de la moindre de leur chance esthétique, on a vite fait de produire des images apparentables à des films de Rohmer de cette veine pas toujours inspirée qui a fait suite aux Nuits de la pleine lune. Bref on s’ennuie, mais cela on le faisait peut-être aussi bien chez soi ou à son travail non ?

Vous l’aurez compris, je ne suis pas du tout convaincu par cette installation. Mais je crois surtout que ce qui aurait même tendance à m’énerver c’est son caractère symptomatique de ce que je peux voir depuis une dizaine d’années dans les FRAC notamment, une manière de démesure de moyens — la montagne — pour accoucher d’un message simplet — la souris. Car dans l’exposition de Knut ÅSDAM, si je tente de faire sens de l’installation, je n’aboutis à pas grand chose, l’exposition est ouverte le jour et donne à voir un parc la nuit, la nuit on crée un jour artificiel pour la photosynthèse des végétaux de cette réplique de parc. Les deux vidéos traitant d’univers urbains où la marque de l’homme est tout particulièrement mal inspirée, nous sommes en Angleterre dans des espaces de centre ville mal pensés du point de vue urbain ; En un mot comme en mille le message, si toutefois une telle chose a un sens, le message de l’installation de Knut ÅSDAM serait de disserter sur l’empreinte de l’homme sur son environnement naturel ou ce qu’il en reste et les reproductions de cet environnement originel auquel il s’astreint nostalgiquement. Bref rien de neuf. Rien surtout que nous n’aurions eu l’opportunité d’éprouver ailleurs avec davantage de profondeur.

Cela fait bien une quinzaine d’années que je suis, de loin en loin, la création contemporaine, en grande partie parce que la fin des années 80 avait débouché sur ce que je pensais être un effet de mode, attendre des artistes qu’ils soient les analystes de leur propre travail, ce qui à mon sens est une posture impossible (comme on peut difficilement être son propre lecteur, cf Maurice Blanchot) qui par ailleurs condamne toute possibilité d’advention véritable, d’autant que l’atelier alors n’est plus nécessairement le lieu de travail de ces artistes, la dimension du travail s’étendant aussi à sa promotion, sa recherche de subventions et de nouveau sa promotion et sa recherche de financement. N’ayant jamais été porté sur les dossiers de presse et autres exercices de ce style pauvres, je ne suis pas prêt à abdiquer trop rapidement mon goût pour la peinture, notamment, et la préférer à la lecture de descriptifs et de projets et de leur critique, je continue, de façon très rétrograde, je l’admets volontiers, à recevoir davantage devant les toiles de Mark Rothko de la Tate Gallery — la série des tableaux peints pour le restaurant Four Seasons de New York, qui sont par ailleurs accrochés dans une pénombre à laquelle, là aussi il faut s’habituer, pour jouir du travail de cette peinture lente. Mais quand bien même, je ne suis plus avidement les programmes des expositions comme je le faisais autrefois, je continue, quand l’occasion m’en est donnée d’aller visiter les expositions, comme celle de Knut ÅSDAM au FRAC de Bourgogne, je me demande même si je n’espère pas chaque fois être détrompé dans ma méfiance, mais l’effet de mode déjà décrit et que je goûte peu s’éternise et nous continuons d’assister à la mise en lumière d’espaces stériles.

Il y a même surenchère. Où l’on voit par exemple Daniel Buren défigurer récemment l’architecture du Guggenheim à New York avec une installation qui singe en fait celle des années 70 qui avait assis sa célébrité, mais avec davantage de moyens, s’entend. C’est-à-dire que ce qui était un manifeste alors, devient sa propre parodie, et on entend déjà dans le discours que cette manie autoréférencielle est volontaire, oui, on s’en doutait bien, n’empêche, ce n’est pas une telle absorption de soi-même qui débouchera sur de nouveaux espaces.

C’est assez abominable parce que devant de telles expositions, tellement dispendieuses de moyens, monumentales, et qui finissent par déboucher sur des oeuvres mineures, médiocres même, je ne peux m’empêcher de tenir un raisonnement de paysan bourru : est-ce qu’il ne serait pas tellement plus disant de s’en tenir à des petites oeuvres et qui seraient au contraire riches de bien davantage de sens ? Et je n’aime pas ce raisonnement de l’efficacité qui est le mien, le less is more conservateur, ou encore le raisonnement tordu qui veuille que l’oeuvre Blissed de Knut ÅSDAM, qui mette tant l’accent sur les ressources naturelles en milieu urbain, soit justement tellement consommateur de ces mêmes ressources, un peu comme des végétariens militants qui seraient très attachés à leur blouson et à leur chaussures en cuir véritable — ne riez pas j’en ai déjà rencontrés. J’ai du garder un attachement entêté et démodé pour ces oeuvres de bouts de ficelles, des morceaux de cartons découpés et peints, un peu de fil et des clous, façon Marcel Duchamp et Lazlo Moholy Nagy, alors pourquoi une oeuvre de Duchamp m’engage-t-elle davantage que celle monumentale de Knut ÅSDAM ? Ce n’est pas comparable, cela certainement pas, mais dans le cas de Knut ÅSDAM la démonstration est tellement pesante que l’on applique ici un raisonnement économique et de reprocher à cette oeuvre poussive son manque de pertinence.

Ce que je n’aime pas non plus dans cette exposition et celles que je vois finalement assez souvent dans les différents FRAC, qui semblent tous unanimement portés sur cette création monumentale, c’est aussi que je la trouve seulement suiveuse, elle est à la mode, puisque la mode ne se départit pas de cette recherche du monumental, c’est un peu à celui qui réussira la plus grosse installation. Et tous n’ont pas le talent d’un Martin Kippenberger — je pense à cette oeuvre labyrinthique, the happy end of Frank Kafka’s Amerika. Et je ne peux pas non plus m’empêcher de penser qu’elles sont assez rares ces installations monumentales depuis Josef Beuys qui ont justement le pouvoir de créer véritablement des espaces, des plis et des brêches adventices.

En somme je pardonne mal à ces installations d’être seulement médiocres, de n’être, en dépit de leur taille, que de petites oeuvres. Et je donne naturellement tellement plus de valeur à ceux qui m’engagent avec bien moins de moyens, tel un alignement de pierres de Richard Long.


Je n’étonnerais personne aussi en parlant en bien, au contraire, de l’exposition de LL de Mars, Sept expositions qui n’auront pas lieu à la galerie Rapinel à Bazouges, parce que justement, par le dessin seulement, sont créées des installations monumetales et dont le sens m’apparaît infiniment plus riche. Mais je vous l’ai dit, j’ai un attachement sentimental pour l’économie de moyens.

En revanche comme je regrette de n’avoir pas pensé à prendre mon enregistreur de mini-disques, pour enregistrer la conversation que j’ai eue avec Martin et Isa dans la voiture sur le chemin du retour à Autun, après avoir visité cette exposition ! On ne peut pas tout enregistrer.

 

Dimanche 21 décembre 2008



Le bloc-notes du désordre