Mardi Paysages de nos larmes



C’est sans doute une périlleuse gageure que de tenter de tenir la chronique du spectacle Paysages de nos larmes (Texte de Matéi Visniec et mise en scène d’Eric Deniaud, musique de Dominique Pifarély) tant on peut être assuré que dès que l’on essaiera de cerner la poésie, l’immense poésie de ce spectacle, cette dernière s’enfuira, elle est déjà partie à l’approche du mot immense. Paysages de nos larmes est le lamento de Job si durement éprouvé par Satan, avec le consentement de Dieu, et qui n’abdiquera pas sa foi en l’Homme quand bien même ses assaillants le priveront de tout, tueront ses fils, violeront sa femme et ses filles, qui, toutes, deviendront folles, le priveront de ses mains, de ses pieds et lui crèveront les yeux, les tympans et lui couperont la langue, même sa douleur il ne pourra la partager avec quiconque, car, jamais, il n’abdiquera sa foi en l’Homme.

Pour tenter de réparer tant d’injustice et de douleur, trois marionnettistes se pressent au chevet de la dépouille de Job et avec des gestes infiniment tendres et prévenants lui redonnent à la fois vie et parole (le texte de Matéi Visniec, absolument magnifique récité avec une voix admirable par Roger Assaf), quant à son âme elle est désormais entre les mains magiques du violoniste Dominique Pifarély qui chante cette âme avec une délicatesse orientale qui bouleverse.

Tant de beauté, vraiment, de poésie, vraiment, sont portées par une mise en scène à la simplicité trompeuse, rien n’y est simple, loin s’en faut, les surprises (du sable qui tombe des cintres, du blé que l’on plante à même les planches) de cette mise en scène terrassent le spectateur par l’émotion qu’elles suscitent et, la gorge serrée, le spectateur est rappelé à la bravoure de Job, à sa grandeur d’âme, à sa fraternité qui nous sont toutes droit adressées. Trois millénaires plus tard nous recevons en legs de devoir donner raison à Job, à son immense foi en nous, nous ferions bien de nous en souvenir, avant ou pendant qu’il est trop tard.

Continuons de planter du blé, du blé d’agriculture biologique si possible, et laissons parler en nous la poésie, soyons sensibles. Donnons raison à Job. Contre Dieu. Rien moins que cela. Notre salut, collectif, est à ce prix. N’attendons pas de Dieu qu’il nous donne notre pain quotidien. Plantons inlassablement. Pour nos fils et nos filles. Refusons le chantage. Croyons en l’Homme. Et croyons en Job.
Le bloc-notes du désordre