Samedi Samedi 25 septembre 2010



A l’heure qu’il est je devrais être dans le train, en direction du Sud, au moment même où il passe devant la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire et je me rendrais au travail. Au lieu de cela, je suis à l’arrière d’une voiture qui passe devant un champ d’éoliennes sur l’autoroute du Nord où je me rends, chez ma tante, en compagnie de mes parents, en quête d’un peu de repos à Bailleul. Photographiant les éoliennes, je pense à la centrale nucléaire de Neuvy-sur-Loire, vivant l’opposition entre ces deux modes de production d’électricité comme je l’avais déjà vécue en regardant cette scène de The limits of control de Jim Jarmusch la semaine passée.

De l’autre côté passe un train à très grande vitesse, qui sait ?, à son bord quelqu’un est en train de photographier les éoliennes, tout comme mon voisin de train photographiait la centrale nucléaire à l’aide de son téléphone de poche. Ce faisant cette personne me photographie à l’arrière de la voiture que le train vient de croiser dans un très bref instant.

Je me plais à imaginer que la réalité est le continuum fragile de toutes ces intersections au même titre que la matière est constituée d’atomes qui n’en font de la matière à proprement parler qu’au prix de la rotation incroyablement rapide des électrons autour du noyau de ces atomes.

Et je me rendors, comme souvent à l’arrière des voitures, rejoignant un monde, celui des rêves, où tout coïncide nettement plus librement, sans règle.  

Vendredi Vendredi 24 septembre 2010



Comme je lui avais promis, je regarde Superman avec Nathan, Adèle dort déjà et Madeleine est au cheval, j’irai la chercher plus tard. Je suis assis sur le lit de Madeleine et Nathan est assis entre mes jambes, il est calme et pose de temps en temps des questions, notamment quand il ne comprend pas le sens de certains mots. Et ce serait déjà bien suffisant à ma félicité de ce soir, quand Nathan finit par me demander si cela va durer encore longtemps que les collègues de Clark ne comprennent pas qu’en fait il est Superman ?

Je me dis alors que les progrès de compréhension de Nathan sont vraiment prodigieux en ce moment au point qu’il est désormais capable, dans une intrigue pas trop compliquée, de deviner les intentions des différents personnages ou leurs lacunes, qu’il est, en quelque sorte, capable de s’identifier aux personnages d’une fiction. Et bien !

De même il accepte volontiers que je le laisse seul éveillé dans la maison, en train de regarder la fin de son film pendant que je vais aller chercher Madeleine à son cours d’équitation.

Madeleine est attristée quand je viens la chercher parce qu’elle a appris que son instructeur habituel avait fait une très mauvaise chute lors d’une compétition le week dernier et qu’il s’était même cassé le cou, d’après ce que je comprends de ses explications grosses d’émotion. Pour la calmer, je lui propose d’écrire une petite carte pour son instructeur dont je me fais fort de trouver l’adresse, je reconnais bien ma petite Madeleine à son bon coeur qui en rentrant à la maison se met immédiatement à écrire ce petit mot pour son instructeur.

Les vendredis soirs sont mes mes soirs préférés avec les enfants, je les sens détendus, calmes et soulagés finalement de s’être acquittés de leurs semaines.

Extrait de Portsmouth

Mais en fait non, un speaker avec une voix grave annonça en fin de mouvement que la radio jouait des airs de musique sombre à la mémoire de la princesse de Galles dont on venait d’apprendre, la nuit, qu’elle avait péri dans un accident de voiture. Etait-ce le troc heureux des variétés insipides pour une symphonie de Mahler qui le mit pareillement en joie ?, ou ne nourrissait-il pas à l’égard des grands de ce monde un certain sadisme qui pouvait le faire se réjouir d’un accident de cheval paralysant à vie Christopher Reeves, l’acteur américain connu pour le seul rôle de Superman ?, soutenant à ses amis parfois interloqués par ces effets d’humour noir, que les accidents de cheval entraînant la paralysie définitive de leurs cavaliers étaient des occurrences impondérables de l’existence et qu’il était en fait, puisqu’elles étaient inévitables, assez désopilant, que leur saupoudrage aléatoire finisse par foudroyer un homme incarnant la surhumanité, ce qui dans son esprit, faisait éclater en pleine lumière la supercherie de ces mythes modernes d’une sotte et inhumaine omnipotence. La princesse de Galles, mourant dans un banal accident de la circulation à Paris, à bord d’une berline blindée de marque allemande, une Mercedes, était de cette veine là.

 

Jeudi Jeudi 23 septembre 2010



Soirée inhabituelle puisque nous accueillons ce soir Eden et Ruben, petits camarades de classe de Madeleine, enfants adorables avec lesquels je m’entends très bien. Mais c’est quand même du boulot, parce que pendant que je fais à manger, je fais faire leurs devoirs à ces enfants, pour constater d’ailleurs qu’ils sont bien stéréotypés dans leur genre, Madeleine et Eden buttent sur toutes les lignes de leurs exercices de mathématiques que Ruben survole d’un trait, tandis qu’il a bien du mal à étoffer un peu les lignes sèches de sa rédaction de français, ce que Madeleine et Eden prennent apparemment plaisir à faire. Il s’en faut de peu que le gratin de poireaux et pomme de terres ne crame tout à fait, n’était-ce le flair admirable de Madeleine. Après dîner, j’ai beaucoup de plaisir à voir Ruben jouer de façon très patiente avec Nathan et même un peu plus tard avec Adèle. Je cède mon grand lit aux petits collégiens, Eden comme à son habitude est plongée dans la lecture pendant que Ruben et Madeleine discutent calmement. Je descends pour tenter de domestiquer un peu le désordre de la cuisine et quand je remonte tout ce petit monde est endormi, à l’exception de Nathan qui est heureux de me voir dormir dans le lit d’à côté.  

Mercredi Mercredi 22 septembre 2010

Le graphisme c’est pas toujours de la tarte. Les dix propositions graphiques faites à Pierre Mari pour Point vif, publié chez publie.net. Mais du plaisir cela oui. Et la satisfaction d’être arrivé à bon port.





















 

Mardi Mardi 21 septembre 2010



En sortant de la piscine, les pieds de plomb et la fatigue prend le contrôle de mon humeur — la piscine est particulièrement fatigante puisque j’y reproduis des apnées, notamment lorsque l’on me confie le rôle du grand requin-tigre, est-ce qu’il ne serait déjà pas suffisant que je me retienne sans cesse de respirer la nuit ? — et dire qu’il faut que je prépare à manger pour huit personnes. Oui, huit personnes puisque Laurent, Marie, Sacha et Baptiste viennent dîner à la maison ce qui est une surprise pour les enfants, immense gigot d’agneau que j’engloutis dans un four brûlant, après l’avoir tartiné de miel et saupoudré de romarin, une purée de potimaron, c’est Nathan qui en a fait sa spécialité, l’épluchage de cette immense courge, et je ne pense plus du tout à la fatigue, je fais même le point avec Madeleine des devoirs qu’il faudra faire demain, voir même si on ne pourrait pas s’avancer un peu.

Et quand nos invités arrivent avec la nuit, on se croirait sur les bords du Tarn à pique-niquer près d’eaux très froides.

Comme souvent Adèle se réjouit d’une présence féminine à la maison et prodigue des câlins collés-serrés à Marie, trop heureuse, comme elle dit, de ce plaisir de petite fille.

Après le dîner j’installe un film dans la chambre de Madeleine qui devient la salle de projection exiguë de cinq enfants, et je retourne à la discussion avec Laurent et Marie. C’est vrai que le soir est doux, on dirait presque la suite de cette journée passée au bord du Tarn, la suite logique, après s’être dit au revoir à cette fête votive, égarés que nous étions à la buvette d’un concours de pétanque.  

Lundi Lundi 20 septembre 2010



Je rends visite à Clémence dans son nouvel appartement dont force est de constater qu’une fois entré dedans, on bute très rapidement sur ses limites au point qu’on se retourne presque imédiatement pour en sortir.

Assis de part et d’autre de ce minuscule appartement, aux diverses conceptions fort économes de place et de volume, nous discutons avec plaisir, la fenêtre ouverte sur la cour intérieure baignée par une lumière fort douce. Clémence m’explique un peu en quoi consiste son nouveau travail d’animation de groupe de paroles dans une prison. Je trouve cela passionnant, j’ai un peu de mal à l’imaginer dans un tel cadre. Discussion à bâtons rompus, on parle de Deleuze, de l’Abécédaire de cette notion de vide, tellement propre à notre époque paradoxalement pleine à craquer et pour parler de cette époque nous passons également par l’Insurrection qui vient.

Nous sommes tous les deux bien fatigués — cette fatigue constante qui recouvre tout pour moi ces derniers temps, et comment je m’accroche à cette idée que dès la semaine prochaine, correctement appareillé, pour respirer naturellement dans le sommeil, je devrais en être lavé, des fois je me pose la question si je ne regretterais pas cette ouate épaisse, cette densité de mercure qui englobe les contours de tout, mais l’impossibilité d’en faire et d’y faire quoi que ce soit, me montre bien que je ne regretterais jamais une brume aussi désorientante —, Clémence parce que ses journées sont longues, nous descendons dîner dans un restaurant japonais, dans lequel nous serons longtemps les seuls convives dans une salle fort impersonnelle, si ce n’est un écran géant qui diffuse une émission de variété japonaise, à laquelle naturellement nous ne captons rien, si ce n’est son esthétique épouvantable, mais pas pire que ce nous voyons sur nos télévisions ponantaises.

Clémence choisit le menu trois et moi le menu cinq.

Je repars fatigué mais heureux de cette belle soirée, j’ai même l’occasion une paire de fois de sortir mon appareil-photo et de prendre quelques photographies qui pourraient bien servir à Formes d’une guerre, encore qu’il m’en faudrait sans doute davantage.  

Dimanche Dimanche 19 septembre 2010



Le bloc-notes du désordre