Samedi Samedi 3 juillet 2010

 

Vendredi Vendredi 2 juillet 2010



Comme un passage ensoleillé entre deux orages d’été, la visite de Sarah à la maison, deux timidités qui s’affrontent et du coup finissent par se livrer bien davantage que ce dont elles ont sans doute l’habitude. Conversation abritée par des volets mi-clos pour tenter de freiner la chaleur tout en laissant passer un peu la lumière, succès mitigé de l’opération.

Après avoir raccompagné Sarah à la gare, le sentiment d’en savoir un peu plus sur l’auteur de ces Séries magnifiques, mais alors le ciel se referme d’un coup, la fin d’une éclaircie.  

Jeudi Jeudi premier juillet 2010

L’école des enfants les ayant libérés avec deux jours d’avance sur les autres écoles du royaume, j’en profite pour les emmener passer la journée au parc Saint-Paul, près de Beauvais, parc dont j’ai l’impression d’avoir vu la croissance progressive, sur les douze dernières années, d’abord les quelques premiers manèges qui ne payaient pas de mine, vieux manèges récupérés certains de Belgique et de pays de l’Est, rafistolés et puis remis en service, et tout le parc est un peu comme cela, une vaste opération de recyclage, le succès progressif du parc étant réinvesti chaque année à de nouvelles opérations d’embellissement et d’achat de nouveaux manèges. Le caractère familial de l’entreprise est manifeste, Pablo le clown à l’entrée qui accueille toujours les enfants qu’il a vus grandir depuis le temps où nous habitions à Puiseux-en-Bray, en les appelant par leur prénom. Pour moi, c’est aussi l’occasion de voir que les enfants grandissent, que chaque année ils ont accès à de nouveaux manèges, mais surtout cette année, c’est de voir à quel point Nathan a grandi et muri depuis notre dernière visite de l’été dernier, autonome, demandant poliment la permission aux jeunes forains, courageux aussi, acceptant finalement, après moultes tergiversations, de monter avec Madeleine dans les montagnes russes, vraiment russes puisque le manège porte un très bel écriteau made in USSR. La faible affluence du parc, les vacances scolaires n’ont pas démarré officiellement, me permet de laisser un peu la bride sur le cou des enfants, de les laisser s’aventurer d’eux-mêmes dans certaines attractions et de se donner des points de rendez-vous réguliers.

Et c’est comme cela que je surprends de loin Nathan faisant gentiment la queue pour les trempolines, puis son tour venant, discipliné, retirant ses chaussures et s’élançant d’abord avec circonspection, puis, de plus en plus fort, sur le matelas rebondissant, son rire clair, et sa propre surprise à se maintenir droit avec une belle constance.

C’est idiot bien sûr, mais j’ai le sentiment de le voir, comme je le vois peu souvent, débarrassé de sa nature, et entièrement rattrapé par son naturel de petit garçon de dix ans, riant aux éclats de faire du trempoline. Et quand il me voit enfin le regardant, son regard s’illumine davantage encore.

— T’as vu, Papa ?
— Oui, j’ai vu Nathan.

 

Mercredi Mercredi 30 juin 2010

Je viens de reprendre contact avec mon ancienne analyste. Le besoin de faire le point sur mes dernières interprétations, s’assurer qu’elles ne relevaient pas de l’analyse sauvage ou même de ce que j’appelle habituellement la psychologie de comptoir. En sortant du cabinet de mon analyste, je monte ficelle au septième étage où je retrouve avec plaisir la vue panoramique sur le carrefour de la Croix de Chavaux à Montreuil. Et tandis que je me livre à cet ancien rituel photographique, je ressasse à propos de l’opportunité, ou non, d’entammer une nouvelle analyse.

Y aura-t-il une saison 3 ?

Photographiant avec plaisir l’agitation de cette grande place, je me laisserais volontiers tenter, mais de retrouver les lieux tout à l’heure me rappelle aussi les quarante-cinq minutes de souffrance que cela était souvent, pénible accouchement, maieutique laborieuse entre toutes.

On verra après l’été, me dis-je, après avoir plongé tous les jours dans les eaux fraîches de la Cèze, dès la semaine prochaine. Finalement je ne devrais jamais prendre de décisions importantes sans m’être préalablement jeté dans l’eau froide. Préférablement celle pure d’un rû cévennol.

 

Mardi Mardi 29 juin 2010

Profitant d’un moment de libre dans l’après-midi avant d’aller chercher les enfants à l’école, je décide de faire la liste des travaux photographiques en cours pour lesquels je continue une lente collecte d’images, et voir aussi si je ne peux pas réactualiser les images en cours. Parmi de telles séries, il y a celle de Surexposé. Effectivement je continue, jusqu’à la nausée ?, de prendre en photo toutes les unes sur lesquelles figure les portraits du président des otaries de droite et de sa famille royale. Et sûrement je devrais ré-éppaissir l’image en cours. Ce que je me propose de faire cet après-midi.

Mais à mon désespoir je ne retrouve plus dans l’arborescence de mes quatre disques durs les couches précédentes en haute définition, en basse définition si, puisqu’elles sont en ligne, mais dans leur définition maximale, rien à faire, je ne vois plus la moindre trace de ce dossier intitulé, justement c’est cela le problème, je ne me souviens plus du premier nom que j’avais donné à cette série et qui m’aurait permis de rechercher ce nom de dossier, et le nom des fichiers des images qui peuplent ce dossier cela, si, je m’en souviens parfaitement, mais cela ne va pas m’aider vraiment puisque tous les fichiers s’appelent 001.tif, 002.tif etc... Ce qui doit être commun à plusieurs dizaines de séries d’images résidentes de mon disque dur. Il n’y a donc pas de différence objective entre avoir perdu la boîte qui aurait contenu les tirages de cette série et le répertoire qui contient les fichiers.

Et je passe un bon bout de cet après-midi à explorer les arborescence de mes disques durs phil/images/photographie/numerique/ et je ne trouve rien, puis je tente de chercher dans phil/image/graphisme/sarkozy/ mais rien non plus, puis dans phil/images/divers/ ou encore phil/images/photographie/divers/, il est partout, mais tout de même pas dans phil/divers/divers/ ? non, tout de même pas.

Je suis bien déconfit, après une bonne heure passée à tenter de retrouver ce sous-dossier, et je pars à l’école un peu amer de cet échec qui surtout commence à me laisser penser que peut-être j’ai supprimé par inadvertance ce dossier et ses sous-dossiers.

Le soir au pique-nique de la classe de Madeleine, je discute avec quelques parents d’élève, ambiance décontractée, auberge espagnole, chacun impatient de faire découvrir son vin aux autres ou, dans mon cas, sa recette de tiramisu, bonne humeur, je ne parviens pourtant pas à me départir de cette préoccupation de savoir ce que j’ai bien pu faire de ces putains de fichiers, je dois faire un convive très médiocre, déjà que, oui, déjà que d’ordinaire, sans compter que justement ce soir j’ai encore été d’une maladresse habituellement brutale, bref, un sauvage social par ailleurs fort distrait, et je m’étonnerais presque que les autres parents d’élèves ne soient pas plus prompts à venir à ma rencontre.

Le soir, tard, je viens de coucher les enfants, je redescends dans le garage, résolu d’en découdre avec la machine à coudre, parce que pendant le pique-nique, je crois que j’ai fini par comprendre ce qui a du se passer, j’ai du, sans m’en rendre compte, déplacer le dossier dans un autre dossier, erreur de manipulation qui était presque courante avec l’ancien ordinateur lorsqu’il patinait, et alors la seule ressource est d’aller inspecter tous les dossiers de mon arborescence pour retrouver le tiroir dans le sous-tiroir. Empli d’un bel enthousiasme, celui d’avoir pensé à cette possibilité d’égarement, je ne me rends même pas compte de ce qu’implique une telle nouvelle recherche. C’est que des dossiers et des sous dossiers, j’en ai quelques-uns.

Il y a malgré tout un dieu pour les ivrognes puisque je finis par retrouver effectivement le dossier de ces images imbriqué dans un autre sous-dossier, cela m’apprendra à donner un nom de dossier aussi stupide qu’overexposed, pourquoi en anglais ?, je ne me souviens naturellement plus du tout. Tout est bien qui finit bien.

Mais juste deux questions : il est donc possible de se rendre coupable sur un disque dur du même genre d’approximations catastrophiques de rangement que dans une très grande bibliothèque dans laquelle le mauvais rangement d’un livre, même à quelques encablures seulement de son emplacement voulu, et le livre est perdu à jamais. Mais aussi, est-ce bien normal qu’en 2010, le système d’exploitation de mon ordinateur ne soit toujours pas pourvu d’un système de recherche d’images par analogie de formes ? Fonctionnalité qui me rendrait tellement service.

Aller se coucher finalement soulagé d’avoir retrouver les images perdues et assez mécontent de soi pour tant d’inefficacité. Et d’aller-retours stériles.

 

Lundi Lundi 28 juin 2010



Les anciens étudiants de Joyce Neimanas s’allient pour obtenir de la Society for Photographic Education un titre honorifique pour couronner sa longue carrière de professeur de photographie. A ma grande (et très heureuse) surprise je fais partie des étudiants auxquels Joyce a pensé pour receuillir des témoignages à propos de son enseignement. Ce n’est pas Joyce qui fait la demande de ce titre honorifique, sans doute pas trop son style, mais pressée de donner des noms d’anciens étudiants, elle a donné mon mail à une personne qui fédère tout ça. C’est en Anglais, je m’en excuse par avance.

I have been a graduate student of the photography departement of the School of the Art Institute of Chicago from september 1988 to May 1990. During the second year of this curriculum, Joyce Neimanas was my graduate adviser for one semester, she also was the chair person for the Photo Department. During the two years of my graduation there it would be an understatement to say that I was almost living on the premices of the photo departement. For that reason I have witnessed many classes of Joyce that were not intended for me, rather for beginning students and other classes as well. And last but not least, during my second year as a student at SAIC, Joyce had offered me to be the assistant and the cibachrome printer for her late husband Robert Heinecken, I was then very lucky not only to work with Robert, but also to be fed by Joyce — the lunches there were my only real meals of the week — and best of all, to be the witness of many fascinating discussions between Joyce and Robert : this was certainly unofficial curriculum, but was indeed marvelous.

Every new year, Joyce would hand out to her beginning students a questionnaire that was entitled "this is for you not for me" and it specifically stated that she did not want to see any of the answers that her students needed to provide to themselves only. She had given me a copy of this single sided sheet of paper. I had thought that this questionnaire was one of the best teaching tools I have seen. The questions started very mundanely, where are you from ? (which obviously could be answered straight forwardly, I come from Alburqueque — being french I have never been able to pronounce that name properly — or rather one could very much ask oneself where one came from, socially, psychologically and what were one’s motives to be here at the first place), and then the questions were growing a bit more personnal and focused, what are your devices ? And one could imagine that some students would have thought funny to answer that they were smoking the pipe for inspiration or whatever, but also some could have thought a bit more soundly and deeply to consider their own practice. The questionnaire ended up with two questions, what is the biggest risk you have ever considered taking ?, and last what is the biggest risk that you have actually taken ? And that was the first class for beginners, their menu ! I was really wondering what sort of helpings the more experienced students would get, let alone graduate students.

I was soon to find out.

As a graduate student when you first show your work to your graduate adviser, you are rather excited at the prospect, a sort of pride of what ou have achieved so far, and eagerness to obtain the approval of your senior adviser. Well if such is the case, don’t choose Joyce as an adviser, as chances are that when you will exit the interview, you will think poorly of the things you thought you were quite clever to have done, and on the other hand, she will have pointed out the promises laid in very tentative stuff that she has seen under the pile, and that you did not think of showing her at the first place. But what I liked best also about the first interviews, is that no matter how much work you were coming up with you were exiting with a lot more to do. And living in the darkrooms as a vital environnement then, I digged that a lot, there was no satisfying this teacher : it was relentless.

But the first sign of discouragement you were showing out and Joyce was quick to point that this was a good sign : you were growing tired of your old ways, and were about to make a breakthrough. And also there was no limit to the things you could think of doing and trying, she was game for everything, if it failed, no big deal, let’s try something else.

As I have said earlier, I was also very lucky to work in the studio that she was sharing with Robert Heinecken, and I am quite consciencious that this was an opportunity that very few had. The one thing I could witness there, was that as an artist Joyce was as demanding of herself than she was of her graduate students, probably a lot more.

I remember that as Robert’s assistant, some of my tasks involved sorting his archives or the piles of magazine pages that he would collect then, task during which I would often come across notes that Robert would take for himself, mostly there were lists of questions, such as why I am tearing down the magazine pages rather that cutting them properly with a razor blade ? I once dared to ask Robert if he would always do that, he shrugged and answered that this was nothing compared to the self-scrutinity that Joyce would go through !

The teaching of Joyce was not just good for me, I could see it work for others as well, it was quite wonderful indeed to see the work of my fellow graduate and under graduate students take stronger directions throughout the year, and that was something that the photo Department of SAIC was, thanks to the remarkable contribution of its chair person, a very busy bee house, with student emulating one another, some of them bound to remain friend for life and still sharing their views on each others work.

As you have asked me to write this short note for the Society for Photographic Education to present Joyce Neimanas with the Honored Educator Award for 2011, I am considering the past recipients of this honor, amongst which I find Robert Heinecken, Bart Parker and Barbara Crane : I must be a very lucky soul for having benefited from the teaching of these four teachers, Joyce being the fourth.

It obviously has nothing to do with what you are asking me to write about, but Joyce is also an extremly witty person, a very kind person, I love her dearly, and she makes a mean soup in the winter in Chicago.
 

Dimanche Dimanche 27 juin 2010

Le bloc-notes du désordre