Samedi Samedi 13 février 2010

 

Vendredi Vendredi 12 février 2010



On dira peut-être un peu facilement que dans son exposition au Grand Palais, Christian Boltanski est un artiste parvenu au sommet de son art, sans doute inspiré en cela par les très vastes dimensions de cette dernière oeuvre, Personnes, immense installation comme celles que permet la grande halle et la vaste verrière du Grand Palais. Au même titre sans doute que dans les mêmes lieux, Anseln Kieffer, ce qui paraît discustable dans le sens où l’installation géante que constitue son propre atelier dans les Cévennes est sans doute bien davantage là son grand oeuvre, ou Richard Serra, dans le cas de ce dernier ce serait effectivement un peu plus fondé, il y a dans Promenade, une oeuvre qui dépasse en aboutissement toutes les autres qui y ont effectivement conduit, notamment dans la relation poétique et spaciale du spectateur à l’oeuvre.

Avec cette dernière oeuvre de Christian Boltanski on peut se demander si les dimensions très vastes qui lui ont été assignées ne finissent pas par emmener l’eouvre dans le voisinage d’un écueil qu’elle était parvenue jusque là à éviter. Il n’y a pas dans cette oeuvre de Christian Boltanski de formes inédites pour le connaisseur de son travail. Elle est composée d’un mur de boîtes de biscuits en fer blanc, numérotées sur une face, mais surtout très rouillées sur tous les côtés. L’uniformité de cette rouille, quasi-mêmes avancement et dessins sur toutes les boîtes, laisse à penser que le très grand nombre de ces boîtes a en fait contraint l’artiste à les faire produire pour cette exposition, et non être, comme cela a été plus souvent le cas dans d’autres oeuvres utilisant le même matériau, ce qui paraissait davantage résulter d’une longue collecte. Et ce n’est justement pas le même geste, dans la lente collecte d’objets similaires et leurs assemblages progressifs, l’oeuvre renvoit nécessairement à sa propre recherche de formes. Dans le cas de l’exposition au Grand Palais le spectateur ne peut s’empêcher de reconnaître une forme et de s’apercevoir qu’elle est devenue vocabulaire, et qu’elle est désormais produite d’une façon plus industrielle.

Donc première partie d’Personnes. La deuxième partie est elle de très grandes dimensions, elle utilise toute la longueur de la nef. Elle est constituée de rectangles au sol, marqués par des assemblages de vêtements posés à même le sol, chaque rectangle de cet assemblage étant également matérialisé par quatre poteaux d’angle en acier, du sommet desquels partent quatre câbles qui maintiennent en suspension un long tube de néon, allumé de jour comme de nuit. Tous ces rectangles dessinent au sol un plan quadrillé et autoritaitement défini.

La troisième partie d’Personnes est un immense cône, d’une dizaine de mètres de hauteur, petite montagne faite de l’entassement de vêtements de toutes tailles, de tous genres et de tous âges. Au sommet de ce cône, une grue actionne une machoire qui de façon répétitive plonge dans le sommet de cet immense tas de vêtements, en pince une vingtaine, parfois moins, c’est assez aléatroire, puis remonte vers le sommet de la verrière pour relâcher les vêtements pris dans la machoire qui s’étiolent dans leur chute alanguie vers le sommet du tas.

L’exposition tout entière est habitée par la rumeur obsédante de palpitations cardiaques très amplifiées qui d’ailleurs se mélangent assez bien avec le bruit de mécanisme de la grue dans son mouvement répétitif.

Il ne faut pas chercher bien loin dans notre imaginaire et notre histoire, de quoi Personnes peut bien être la métaphore ? : la terrible histoire de la destruction es Juifs d’Europe par les Nazis. Non que l’on soit aidé ici par une certaines connaissance des oeuvres antérieures de Christian Boltanski, mais les symboles qui composent Hommes sont assez limpides. La répartition en quadrillage des rectangles de vêtements mime assez bien le plan au sol d’un camp de concentration et de ses barraques, le mur des boîtes en fer blanc rouillé et leurs numéros symbolise sans mal des urnes de cendres anonymes, les numéros tenant lieu d’identité, comme dans les numéros tatoués aux bras des détenus des camps de concentration et la grue dans son mouvement sempiternel, de pioche aléatoire dans un immense tas de vêtement, rappelle sans mal elle aussi les photographies de ce qui était appelé le Canada à Birkenau, la barraque dans laquelle les détenus triaient sans cesse les nouveaux arrivages de vêtements et d’effets personnels des dernières victimes.

Et c’est un peu cela qui fâche ou simplement déçoit dans cette dernière oeuvre de Christian Boltanski, elle est trop littérale, les symboles ne font plus office de métaphore ou d’allégorie, ils sont des signes et des descriptions sans distance, là même ou le reste de l’oeuvre de Boltanski quand elle s’attache à des représentations très lointaines, très symboliques du même indicible sujet, représentations infiniment plus mystérieuses et insaisissables qui permettent justement d’apprivoiser ce qui justement échappe à la représentation.

Par ces vastes dimensions, dont on a finalement le sentiment qu’elles échappent aux vraies possibilités de l’artiste — quels sont effectivement les artistes contemporains qui peuvent habiter des lieux aussi vastes ?, ils ne sont peut être pas si nombreux, après tout — l’oeuvre n’est plus incarnée par les visages flous, les listes de noms, cette dimension terriblement intime qui était celle des oeuvres du passé. Ici, dans Personnes il n’est plus possible de voir dans chaque vêtement un disparu, une personne isolée, le processus de destruction de tout un peuple est désormais représenté dans son entier, et même sa dimension industrielle.

Et qui a besoin d’une telle représentation, d’une telle image ?  

Jeudi Jeudi 11 février 2010

J’ai bien eu vent comme tout un chacun de la récente querelle qui oppose Yannick Haenel, auteur de Jan Karski et Claude Lanzmann à propos, justement, du livre du premier. D’ailleurs je ne peux me cacher que je suis appaisé, un peu, que cette dispute fasse baisser le référencement du Désordre sur les requêtes concernant Claude Lanzmann, tant je trouve regrettable que les logiques de référencement des principaux moteurs de recherche mettent en avant ma chronique, effectivement pas très flatteuse, de l’autobiographie de Claude Lanzmann, quand cette dernière n’est pas son oeuvre principale.

Bref je me renseigne un peu, j’ai beau demeurer méfiant par rapport aux positions toujours très tranchées et même violentes de Claude Lanzmann, mais sur le fond j’aurais plutôt tendance à lui donner raison. Je profite de l’accès d’une amie pour regarder sur le site d’Arrêt sur images, l’entretien avec Yannick Haynel animé par Judith Bernard et Hubert Artus, pensant que cela équilbrera mon point de vue sur la question, non pas que je pense urgent d’ailleurs d’en avoir un, mais voilà, par réflexe et, si possible, par honnêteté, je me renseigne.

Je ne trouve pas cet entretien très passionnant, autant le dire tout de suite. J’y entends la volonté de Yannick Haynel que le sujet de son livre et son livre soient davantage lus et jugés dans le champ littéraire, qu’il a bien conscience que ce livre ne peut être un document historique, parce qu’il est fictionnel et qu’il ne juge pas dangereux d’arpenter des pentes savonnneuses parce qu’il se sent protégé à la fois par le patronnage de Georges Didi-Huberman dont il isole une citation d’Images malgré tout, lui donnant donc la permission si ce n’est le devoir d’"imaginer" — ce que d’emblée je trouve très malhonnête parce que c’est une citation tronquée, hors de contexte, prise dans un livre qui justement a été écrit avec une extrême rigueur, notamment historique — mais Yannick Haynel se sent également garanti du soupçon par le simple fait qu’il fait ici oeuvre de littérature, "qu’il entre dans ce que Maurice Blanchot appelle l’Espace littéraire" (ce sont ses mots).

Sincérement, je trouve l’argumentation un peu courte, mais je me décide à lire le livre, après tout, ce serait un terrible erreur de juger un livre et son auteur sans les avoir lus.

Lecture faite donc.

Jan Karski de Yannick Haenel se présente donc comme un texte en trois parties, la première d’une durée d’une trentaine de pages qui sont la description, sans grande analyse d’une scène de Shoah de Claude Lanzmann, celle de l’entretien au départ si difficile, avec Jan Karski, d’abord submergé par ses émotions au point de s’absenter de l’entretien avant même d’avoir pu dire quoi que ce soit. Cette scène révèle que Jan Karski était courrier de la résistance polonaise pendant la seconde guerre mondiale et qu’à ce titre il eut à porter un message très important en provenance de résistants juifs du ghetto de Varsovie qui d’ailleurs lui permirent de se rendre compte de visu de la situation dramatique des Juifs à l’intérieur même du ghetto, de même des résistants ukrainiens lui permirent également la visite subreptice du camp de Belzec en action, en fait Jan Karski s’est à l’époque trompé sur ce sujet puisque le camp qu’il visita sous l’uniforme d’un kapo ukrainien était celui de Izbica Lubelska.

Il faut savoir ici que les entretiens que Jan Karski consentit à Claude Lanzmann durèrent presque huit heures réparties sur deux journées de tournage, desquelles, ne furent retenues, dans le montage final, qu’une poignée de minutes, lesquelles concernaient, effectivement, sa visite du ghetto de Varsovie — c’est un reproche que Yannick Haenel fait à claude Lanzmann, n’avoir utilisé que cette partie de l’entretien et avoir délaissé tout le reste du témoignage de Jan Karski notamment à propos de la résistance polonaise, apparemment pour obtenir ce qu’il voulait, le récit de la visite du ghetto de Varsovie, Lanzmann aurait menti à Karski sus ses intentions, on peut cependant objecter que le sujet de Lanzmann dans Shoah est centré sur l’extermination des Juifs par les Nazis et que pour cette raison, il n’a pas jugé bon d’y inclure le reste de l’entretien, sans doute très intéressant, sinon sans doute il ne l’aurait pas filmé, parce qu’il l’a jugé hors-sujet, que Lanzmann ait maquillé ses intentions pour obtenir ce qu’il voulait, cela n’a rien de très étonnant, je me demande quel genre de balivernes il a racontées aux anciens nazis pour obtenir leurs entretiens en caméra cachée.

La deuxième partie du livre est elle constituée d’une soixantaine de pages qui se proposent d’être la synthèse d’un livre nettement plus ample, 600 pages et dont l’auteur était Jan Karski lui-même et qui n’est autre que son témoignage de première main, sur d’une part son enrollement dans le conflit en 1939, et aussi comment il fut fait prisonnier par les Soviétiques, comment il leur échappa, puis échappa aux Allemands, enfin comment il entra dans la résistance polonaise, en devint rapidement un courrier à l’intérieur des cercles les plus centraux de cette organisation clandestine, et comment à ce titre il fut donc le porteur du message de la résistance juive à l’intérieur du ghetto de Varsovie, de même que le témoin de l’extermination des Juifs, message qu’il parvint à conduire jusqu’à Londres dans un premier temps, et là aussi jusqu’à des instances militaires supérieures et ensuite aux Etats-Unis, où il fut reçu par Roosevelt lui-même. Ayant lu cette soixantaine de pages d’une synthèse un peu indolente et à la garantie de fidélité rapidement suspecte, il faudrait être fou pour ne pas se procurer le livre de Karski lui-même, Histoire d’un État secret.

Vient la troisième partie qui est annoncée d’emblée, dans l’avertissement du livre, comme une fiction et qui se propose de reprendre à son compte là même où le témoignage de Karski, publié en 1945, s’interrompt, Jan Karski ayant vécu jusqu’en 2000.

Il faut un certain courage pour affronter la lecture de cette troisième partie après la lecture des deux premières parties, ou faire à son auteur une confiance aveugle.

Puisque Yannick Haenel souhaite être lu et jugé dans le champ de la littérature, attachons-nous, dans un permier temps, à ce seul éclairage. Je n’arriverai pas bien, je ne crois pas, à discerner la vaillance de la tentative littéraire de Yannick Haenel dans ces deux premières parties, la première est une description très légèrement analytique d’une scène de Shoah qui n’est pas centrale, certainement moins déterminante que l’entretien d’Abraham Bomba l’ancien coiffeur de Treblinka, celle de l’analyse d’un horaire de train par Raul Hilberg, celle qui ouvre le film dans lequel Simon Srebnik est conduit sur un bateau à fond plat sur la rivière même qui bordait le camp d’extermination de Chelmno dont il a miraculeusement survécu. En soit la scène de l’entretien de Jan Karski reprend un schéma narratif dont il est fait un usage quasi systématique dans tout le film, premier plan serré sur la personne avec laquelle on s’entretient et sa présentation grâce à un sous-titre, début du témoignage, et puis à mi-parcours, tandis que la bande-son de l’entretien garde son flux, la caméra balaye les environs de la rencontre entre le témoin et Claude Lanzmann, souvent accompagné d’une interprète. Jan Karski étant interviewé dans son appartement à New York, les fenêtres duquel donnant sur l’Hudson River, et plus singulièrement sur la Statue de la Liberté, il y a effectivement un iatus entre ce que le récit révèle et le symbole de la statue de Bartoldi, qui opère de la même façon qu’un des premiers entretiens avec un des survivants de Sobibor, sur ce qu’il reste des quais sur lesquels descendaient les Juifs menés à la mort et pareillement la caméra filme la douceur du balayage des cimes de la forêt par un léger vent d’été. La description de cette scène par Yannick Haenel est donc, en plus d’être minimale, très parcellaire et omet de préciser qu’il s’agit là d’un principe de montage récurrent.

La deuxième partie n’est pas meilleure, elle n’est, après tout, qu’un résumé, un résumé assez long, de l’autobiographie de Jan Karski, elle présente l’intérêt de se faire une représentation plus fouillée de qui était Jan Karski, son importance historique dans la résistance polonaise, mais aussi sa mission de devoir porter des témoignages cruciaux et il est stupéfiant de se dire qu’un témoin visuel de l’horreur du ghetto de Varsovie et l’industrie de mort des Nazis dans leur entreprise d’extermination des Juifs d’Europe, que cette personne a pu par la suite traverser des frontières nombreuses dans l’Europe occupée et parvenir à rejoindre l’Angleterre et ait pu quelques temps pls tard porter son témoignage jusqu’à Rossevelt en personne. Et une telle épopée, non, vraiment, ne se résume pas dans une soixantaine de pages, qui se lisent, certes, mais qui ont tout de même l’immense défaut de vivre en coucou d’un autre texte, et le lecteur ici ressentirait presque de la gêne pour celui qui se livre à une telle facilité littéraire.

Ces deux premières parties sont donc des appéritifs plutôt insipides, frelatés même, qui auraient plutôt tendance à rester sur l’estomac de leur lecteur, au point d’installer un début de dégoût.

La vraie nausée vient rapidement au lecteur attentif. Il y a dans les phrases de la troisième partie, un ryhtme, un systématisme lancinant, des redites rabâchées, un point de vue qui se meut par cercles concentriques répétés et qui grandissent progressivement la périphérie du texte, qui font tout de suite penser à un auteur autrichien, qui n’est autre que Thomas Bernhard. Au point d’ailleurs de reprendre en plus de la litanie intrabilaire à la Bernhard la forme même du paragraphe unique d’une petite centaine de pages. Enfin, qu’on se rassure n’est pas Thomas Bernahrd qui veut, là où le grand auteur autrichien nous prend par les tripes et nous relâche qu’en fin de livre après nous avoir sévèrement maltraités — dans Extinction après six cents pages d’agonie d’une famille rance, la libération en apprenant à la dernière page que le personnage héritier rebelle de cette épouvantable lignée qui a fait ses choux gras de l’antisémitisme, décide de confier les valeurs et les propriétés de cette famille qu’il execre à un sien ami, rabbin de son état, après la nuit dense de six cents pages terribles le mince jour d’une résilience — Haenel ne fait que fantasmer nombre d’idées reçues sur la destruction des Juifs d’Europe jusqu’à mettre dans la bouche de son personnage, dans un sens très ambigu de "personnage" puisqu’il imagine le testament moral de cet homme ayant vraiment vécu, des interrogations poncives aussi stupides que de se demander si Dieu n’est pas mort à Auschwitz ?

Il y a de l’obscénité vraiment dans ce livre. Et chez son auteur de ne revendiquer pas moins que de faire ici de la "littérature", ou comme il le dit lui-même dans cet entretien un peu consensuel, certainement pas hostile, qu’il entre dans l’espace littéraire comme aurait dit Maurice Blanchot. On peut raisonnablement soupçonner Yannick Haenel de n’avoir compris ou simplement lu que le titre de ce livre éponyme de Maurice Blanchot, qui très sûrement n’aurait pas dit ou écrit quelque chose d’aussi pompeux que d’"entrer dans l’espace littéraire". Il faut d’ailleurs un certain culot, une si haute estime de soi pour penser qu’en ayant écrit deux romans, dont celui-ci terriblement médiocre, que l’on puisse "entrer dans l’espace littéraire" au sens blanchotien du terme et, de ce fait, figurer parmi les Mallarmé, Proust, Beckett et quelques autres, Monsieur Haenel il vous ferait du bien de prendre un peu de recul ne serait-ce que sur la question littéraire, et modestement, effectivement lire L’espace littéraire de Maurice Blanchot au delà du titre même du livre, d’y noter, entre autres concepts que l’auteur est nécessairement dépassé par ce qu’il écrit, qu’il ne peut être son propre lecteur, certainement pas son propre critique ou l’avocat même de son texte, et que toute visée littéraire est nécessairement vouée à l’échec même.

Donc d’oeuvre littéraire, il nous sera possible de douter ici.

Reste qu’au delà de la suffisance littéraire de Yannick Haenel quelques questions subsistent. Depuis quand la littérature, si elle existe, est affranchie de toute morale au point d’absoudre le canibalisme, le plagiat et finalement une certaine forme de paresse intellectuelle ? Le plagiat et la paresse sont moins graves que le canibalisme. Restons sur ce dernier.

De quel droit Yannick Haenel peut raisonnablement espérer nous convaincre qu’il a écrit ce livre dont la moitié n’est pas de lui à proprement parler, la description indolente d’une seule scène de Shoah de Claude Lanzmann et une synthèse digne du Reader’s digest d’un livre à l’endroit duquel on aurait aimé qu’il manifestât un peu plus de respect à la fois pour le texte mais aussi pour son auteur. Ce manquement au plus élémentaire des respects vis à vis de Jan Karski ne porte pas de nom, il vampirise la pensée d’un mort, d’une personne qui lui est singulièrement étrangère, et pour nous assurer de la pertinence de ce projet dément, Yannick Haenel assène plusieurs fois dans l’entretien d’Arrêt sur images qu’il s’estime être le frère spirituel de Jan Karski. Yannick Haenel aurait-il eu le pseudo-courage d’un tel livre du vivant de Jan Karski, probablement pas tant il montre dans cette phagocie répugnante du mort que ce qu’en aurait dit Jan Karski lui-même ne l’intéressait pas, s’estimant littérairement supérieur à cet homme, dont il aurait tout à craindre, de la crainte de l’homme lâche devant celui qui n’a sans doute jamais eu besoin de prouver son courage.

Yannick Haenel se présente également, dans le voisinage bien dégoûtant de Jonathan Littell, comme appartenant à une génération d’écrivains, qui parce qu’ils sont nés dans les années 60, pensent que l’heure est venue pour eux de reprendre le flambeau des témoins de la destruction des Juifs d’Europe, et que sans doute le meilleur hommage qu’ils puissent rendre aux victimes, c’est celui d’affabuler grossièrement et d’avoir des fantasmes bien courts sur ce fait majeur de l’histoire de l’homme. En cela Yannick Haenel fait montre de la même immodestie, se pensant entré dans l’espace littéraire, le voilà qui s’imagine prophète a posteriori. La réalité est moins flatteuse, il est un faible révisionniste qui écrit très médiocrement. Comme Jonathan Littell.

Chère Judith Bernard, quand vous avalisez chez votre invité son entrée fracassante dans « l’espace littéraire » et que vous arguez que c’est sans doute cela que Claude Lanzmann n’a pas compris, comment vous expliquez à vous ce que vous n’avez pas compris ? Et donnez un peu plus de crédit à l’intelligence de Claude Lanzmann, honnêtement, il le mérite. Et il comprend bien des choses. Dans le cas de ce livre, peut-être trop bien.

 

Mercredi Mercredi 10 février 2010



Cette image a été détruite. Après une heure du patient assemblage de ces presque trois cents calques, j’ai envoyé l’enregistrement de l’image sur un gros disque dur externe et je suis monté me coucher, confiant que le lendemain matin, je pourrais éteindre, satisfait de la besogne accomplie, mon ordinateur. C’était compter sans cette programmation écrite avec les pieds des développeurs de Microsoft qui fait que la mise à jour d’un module secondaire passe toujours avant toute chose et dans la milieu de la nuit, l’ordinateur s’est éteint, ne gardant aucune trace de ce qui avait été accompli jusque là. Détruite, disparue cette grande image.

Celle que vous voyez là en est un autre, en fait, presque la même, je l’ai refaite patiemment, j’ai réassemblé les 289 calques du collage et à un endroit j’ai juste inversé l’ordre de deux calques dans le quadrillage général. Rien ne me poussait à le faire vraiment, je ne suis pas certain d’ailleurs que cela constitue une amélioration, c’est peut-être même un erreur, elle est à peine visible, je ne suis même plus sûr de l’endroit exact où j’ai opéré cette inversion.

L’aurais-je fait par superstition ? en bon athée, c’est bien possible, comme un rituel pour m’abriter de la colère des dieux numériques, pour conjurer le sort, fâché que j’étais tout de même d’avoir eu à refaire ce collage, ce qui est fastidieux et astreignant pendant presque une heure.

Ces derniers temps, j’ai fait ces collages en écoutant de vieux disques de Robert Wyatt.

Cette série de grandes images composites est presque finie. Je me demande si je ne suis pas en train de la faire durer un peu, de la fignoler inutilement, de prolonger le plaisir.

Sans doute est-il temps de passer à autre chose.  

Mardi Mardi 9 février 2010



Emmené toute la famille, avec Yuma, la petite camarade de Madeleine, voir le film de Jacques Perrin, Océans, rarement je me serais à ce point ennuyé au cinéma, mais d’être à côté d’un Nathan frissonnant de bonheur devant ce film qui faisait la part belle aux requins, aux baleines et aux raies, quel bonheur ! Etonné aussi de l’ampleur de ses connaissances en la matière, faisant des distingos inattendus entre baleine bleue et baleine à bosse, entre grand requin blanc et requin tigre. En sortant du cinéma, il me dit que plus tard, c’est ce métier là qu’il voudrait faire et, solennel, qu’un jour il aimerait caresser une baleine. C’est idiot bien sûr, mais j’y vois comme une auto-prophétie.  

Lundi Lundi 8 février 2010



Adèle, moqueuse, à son frère qui a du mal avec un mot aux sonorités difficiles, tu devrais aller voir un orthophoniste. Ca me fait beaucoup rire, jsuqu’à ce que Nathan finisse par devenir très triste avec cette impression que je me moque de lui, il ne comprend pas alors que je me réjouisse et le félicite de cette susceptibilité, qui, venant de lui, est un excellent signe, les progrès de cet enfant sont décidément spectaculaires.  

Dimanche Dimanche 7 février 2010

Le bloc-notes du désordre