Samedi Samedi 28 novembre 2009



Au milieu de la nuit, le cauchemar, celui qui revient tellement souvent que je finis par croire qu’il tient de la scène primale, celui de la peur de la nuit, et pourtant n’avais-je pas eu cette semaine le sentiment, aidé sans doute par le pouvoir de la belle rencontre de jeudi, que j’avais gagné un peu de terrain sur ma nuit, le cauchemar des égorgeurs nocturnes est revenu, et avec lui, les cris d’épouvante, les miens, en pleine nuit, et dont l’écho remplit les maisons.

Et si je disais que je donnerais dix ans de ma vie, pour échapper à cette peur-là, serais-je entendu ? Et est-ce que je dispose d’un tel crédit ? Me demander si je n’ai pas déjà plusieurs fois dit cela, que je donnerais bien dix ans de ma vie pour...

Et chaque fois que ces cris me sortent de la torpeur, de la peur tout court, la honte si souvent, d’avoir crié si fort.  

Vendredi Vendredi 27 novembre 2009



 

Jeudi Jeudi 26 novembre 2009

Quel cadeau ! Merci. Aujourd’hui, je rencontrais Dominique Pifarély. Avec lequel il est question de travailler sur un projet de grande envergure et à quatre voix. Dans le café de l’Industrie, on a bien déposé deux verres dans l’espace vacant entre nous, sur la table, mais c’est tout juste si on pense à en faire usage, parce que notre écoute de l’autre est attentive. Pour ma part je ne me sens pas très grand devant un musicien aussi accompli dont j’ai pu écouter la musique depuis assez longtemps tout de même puisque je me souviens d’un concert de Banlieues bleues, il y a (très) très longtemps.

Et puis avouons-le, ce n’est pas tous les jours que je discute avec une personne qui me contraint, à la fois par la qualité de son écoute mais aussi par l’angle de ses questions, à hausser à ce point le niveau de la conversation, à charpenter ce que j’avance, et à faire en sorte mentalement que je sois capable par la suite de mettre en pratique ce que je propose. Et à vrai dire on ne devrait avoir que de telles discussions, le reste c’est du bavardage, vraiment.

J’aime qu’illustrant son propos, parlant de percussions, Dominique joint le geste à la parole et frappe dans un geste très délié la table, qui, toute table qu’elle est, produit une sonorité anormalement musicale pour une table de café, et me donne à entendre ce que sera plus tard cette percussion qui arrive ici à tel moment du discours.

Et quel plaisir de s’engager là dedans ce se disant que c’est tout le travail d’une année qui est maintenant attendu de soi. Vivement.

 

Mercredi Mercredi 25 novembre 2009



Pourquoi faut-il qu’un entraîneur de rugby gueule ? Ce sera le sujet de notre petite causerie du mercredi après-midi. Avant tout dire cette déception : mes petits poussins de l’année dernière, depuis le début de la saison n’ont pas encore pris un seul essai, mieux ils développent en attaque un jeu qui alterne le près et le large, ils agissent souvent comme un seul homme et sont solidaires dans les phases les plus ingrates du jeu. Évidemment pas à rougir de cela. Mais. Parce qu’il y a un mais. Ils deviennent sérieusement fanfarons. Et se prendraient rapidement pour des stars du jeu. Bref ils n’écoutent plus rien à l’entraînement, n’en rament plus une, ne s’appliquent pas et deviennent très indisciplinés.

Alors aujourd’hui, on pourra dire qu’ils m’auront entendu, allez tu fais un tour et t’en profites pour brancher ton cerveau, t’es en retard au soutien, c’est ce que tu peux faire de pire, dix pompes, vous deux ça vous fait marrer, deux tours, ça vaut pour toi aussi qui n’écoute pas derrière, tu me fais deux largeurs de canard.

Et vers la fin, l’attention et la concentration qui reviennent doucement et des encouragements collectifs pour ceux qui ont le plus de mal. Bref leur bon esprit revient par la petite porte dérobée de derrière.

Résultat attendu de l’effet de tétanie que cela fait sans doute d’entendre l’immense carcasse de l’entraîneur qui donne de la voix. Ce qui est, en fait, un aveu d’échec. Celui qui veut que ce n’est qu’en gueulant qu’on obtient des résultats, bref je suis prêt pour embrasser une nouvelle carrière d’éducateur comportementaliste. On n’est pas très fier.

J’ai baissé ma garde trop longtemps, c’est cela que ça veut dire. Ils m’ont eu à la bonne trop longtemps. Et pendant trop longtemps, après les avoir dressés un peu durement, j’ai caressé l’espoir que ça y était, que je pouvais leur faire confiance que je les avais responsabilisés, oubliant du tout au tout que ce que l’on appelle les poussins sont en fait ceux que l’on appelle aussi "les moins de onze ans". Et comment dire ?, des enfants de onze ans sont encore un peu jeunes pour agir de façon responsable. Et aussi, j’ai été moi-même assez irresponsable parce qu’à la fin de la saison dernière, on a surtout beaucoup joué, et j’ai joué avec eux (je rassure tout le monde, pas au rugby, ce serait terriblement dangereux qu’un type de gabarit joue au rugby avec des poussins), je leur faisais des ascenseurs dans les touches, on construisait des vraies mêlées à huit contre huit, non poussées, juste qu’ils sachent ce que cela fait d’être en dessous, les uns dans les autres, harnachés.

L’année dernière avec les minimes c’était pire, eux ne m’écoutaient pas, jamais, je tentais de leur expliquer quelques rudiments, de leur donner des conseils, se baisser en arrivant en premier au soutien, avec notamment cette astuce qui consiste à s’obliger à toucher parterre avant de venir sur son partenaire plaqué, histoire d’avoir le dos bien droit, en chien, le menton relevé, prêt à prendre la charge adverse, il n’y avait rien à faire, et le samedi, ils jouaient tellement bien, ils gagnaient tous leurs matchs et ont fini en finale. J’étais quand même un peu fier d’eux.

Alors ces prochains temps, je vais de nouveau devoir distribuer des tours de terrain, des pompes, des abdos, bref faire de la discipline, pour avoir négligé de le faire ces derniers temps. Le rugby est un sport qui rend humble, parce que régulièrement il faut boire le vin tiré, jusqu’à la lie, même, et surtout, quand on est l’entraîneur, très amateur, des petits poussins du club de son quartier.  

Mardi Mardi 24 novembre 2009



Nathan sait nager.
(dans un style qui n’appartient qu’à lui, mélange de toutes les nages existantes, et quelques autres hybrides, une merveille).  

Lundi Lundi 23 novembre 2009



Monsieur Hortefouille de ma queue, messieurs les puissants


Pourquoi êtes vous si lâches ? Pourquoi avez vous tant peur ?

Parce que c’est cette peur et votre lâcheté qui sont les seules explications possibles à votre harcèlement de ceux de l’épicerie de Tarnac, contre lesquels, vous ne disposez toujours d’aucune preuve, d’aucune façon que ce soit, de leurs mauvais agissements supposés sur les caténaires de ce fameux TGV. Et même en tentant régulièrement d’en inventer, d’en fabriquer, vous continuez d’échouer à prouver une culpabilité qui n’est que fictive — il y auurait à dire à propos de cet échec à fabriquer des preuves, à propos de cette culpabilité qui recule à mesure que les preuves sont fabriquées.

Vous allez leur foutre la paix à ces personnes ? Encore cette semaine, vous débarquez pour arrêter la compagne d’une personne qui par ailleurs se tient déjà à votre disposition, vous savez, vous ne leur faites pas peur et ces gens-là savent lire, un courrier les convoquant sera parfaitement lisible par eux et ils sauront trouver l’adresse du commissariat où vous souhaitez les entendre. Et dans cette démonstration pathétique de ce que vous croyez être de la force, jugez plutôt, vos sbires finissent par braquer arme au poing un enfant, c’est votre impuissance qui éclate au grand jour.

Finalement que leur reprochez-vous à ces gens de Tarnac ?, d’être du parti de ceux qui s’organisent ?, d’habiter là où votre pouvoir ne s’étend plus que de façon diffuse ?, d’être capables d’organiser une véritable vie dans ce que vos géographes appellent trop facilement le désert français ? Ah oui, encore et toujours cette vieille blague, vous les soupçonnez, ce que vous ne parvenez toujours pas à démontrer, d’avoir écrit L’insurrection qui vient ?

Et quel crime voyez-vous dans ce livre ? L’avez-vous seulement lu ? Savez-vous lire ? Ce livre, qui finalement donne de l’espoir à tant de personnes, un espoir que des sinistres de votre genre ne sauront jamais doner, ce livre vous fait peur parce qu’il explique en clair toute la fragilité de votre position haute, fragilité que vous tentez de masquer sans doute avec des démonstrations de force aussi impressionnantes que celle qui consiste à braquer une arme sur un enfant quand on vient arrêter, indûment, nul doute, sa mère.

Et dans votre bêtise tellement remarquable, vous pensez sincèrement qu’en harcelant ceux de Tarnac, vous allez étouffer ce que vous pensez être un mouvement dans l’œuf. Ne voyez-vous pas leur irrépressible sourire chaque fois que vous les arrêtez, parce que eux savent que pendant que vous êtes fort occupés à vérifier et revérifier les comptes d’une épicerie de campagne, de plus grands desseins sont en train de s’accomplir, continuez de lutter contre une modique inondation dans la cave, pendant que le reste de l’immeuble est en feu. Votre agitation nous divertit beaucoup.

Vous n’êtes au fond, que de pauvres types.

Philippe De Jonckheere
 

Dimanche Dimanche 22 novembre 2009



Il existe une branche un peu spécialisée de la photographique que l’on nomme "photographie animalière", je crois que je n’ai pas besoin d’expliquer ici ce que recouvre le terme, discipline de photographie dans laquelle se distinguent des photographes qui feraient sûrement de très bons chasseurs et dont les représentations de leur sujet sont toujours dans des espaces virginaux. Ces photographes par ailleurs s’attardent principalement à représenter les animaux dans des attitudes les plus spectaculaires possible, la chasse, la course, le reproduction ou la naissance. Bref ces photographes se rencontrent entre eux dans des festivals hyper spécialisés comme celui de Moutiers en Der en Haute-Marne, rencontre au cours desquelles ils n’aiment rien tant que de se montrer respectivement leurs longues focales comme d’autres, mais vous avez compris ce que je veux dire.

Et puis, vous avez un étrange photographe, Jean-Luc Mylayne, qui avec le même sujet, et un sujet animalier très spécialisé, les oiseaux, et plus encore, les oiseaux de nos campagnes, produit des images radicalement en opposition de celles un peu outrées tout de même de la photographie animalière. Il faut dire que Jean-Luc Mylayne n’ira pas chasser les grands rapaces des montagnes, les vautours cévennols, ou encore les aras de l’équateur, au milieu de végétations luxuriantes, de paysages exotiques dans des éclairages de fin ou de début de jour. Son sujet à lui c’est plutôt la petite mésange charbonnière de nos campagnes, le moineau même, le pigeon pourquoi pas, un nid de chardonnerets élégants, un rossignol ou un étourneau isolé. Et le cadre de vies de ces oiseaux communs est celui de la campagne grasse et hivernale française, tout du moins européenne — encore que je ne m’émette aucune certitude, tant je me demande bien où en Europe a-t-il déniché des cardinaux rouges, qui sont par ailleurs légions en Amérique du Nord ? Et si cela n’était pas suffisant pour se démarquer d’une pratique qui n’a donc rien à voir avec sa photographie, Jean-Luc Mylayne choisit un appareillage photographique complétement antinomique de son projet de photographier des oiseaux, puisqu’il les photographie à la chambre 4’x5’ — vues qu’il semble recadrer avec constance, dans le cas de l’exposition au FRAC d’Auvergne, de façon carrée — le tout en opérant force bascules et décentrements des plans optique et film de sa chambre. Ce photographe, sans doute, partirait à la chasse au rhinocéros avec un filet à papillons.

Le résultat de cette photographie est indescriptible, presque.

En premier lieu le visiteur de l’exposition au FRAC d’Auvergne sera choqué de voir des dates de réalisation de ces photographies comprises entre la fin des années 70 et aujourd’hui, en dépit d’une très étonnante persévérance dans la facture même des images. Il s’agit donc là d’une œuvre de longue haleine. Une œuvre patiente, pas seulement dans le fait de la conduire sur la durée, les années, mais dans son acte même de photographier puisqu’on comprend rapidement que les photographies ont été prises en étant composées l’appareil-photo sur un trépied et en attendant que le sujet, l’oiseau, vienne entrer dans le cadre, avec toutes les variables aléatoires et capricieuses que la chose suppose.

En effet toutes les photographies de cette série sont à la fois des photographies d’oiseaux, c’est entendu, mais aussi des photographies de l’environnement de ces oiseaux, et là encore pas l’environnement stylisé habituel de toute photographie animalière qui tend à représenter l’animal dans un décor vidé de toute trace humaine, non la campagne, ses bocages et ses haies, ses fermes, ses murs d’enceinte, ses rues de village, ses voitures et ses maisons. Troublants paysages qui ne se laissent pas cantonner à la seule fonction de fond d’image, mais qui volent la vedette au sujet versatile, mais malgré tout déclaré, de ces images. Et la question se pose avec acuité qu’est-ce qui est photographié ici ? L’oiseau ou le paysage ? Ou les deux, résolument.

A vrai dire l’oiseau et le paysage semblent importer peu, ils agissent comme des leurres, tant il apparaît que ce qui est photographié par Jean-Luc Mylayne est bien davantage l’acte même de regarder, possiblement celui de photographier.

Une des problématiques de cette photographie au sujet incertain demeure que l’on peut difficilement photographier à la fois l’animal, et celui là en particulier, à la fois petit et, par définition, très mobile, et le paysage sans se heurter à des contraintes photographiques retorses notamment celle de la profondeur de champ — et je n’insiste pas sur le fait que bien souvent c’est justement cela qui est représenté, un champ et sa profondeur. Ainsi, si l’on photographie l’oiseau au premier plan, le paysage derrière lui apparaîtra entièrement flou. Et, au contraire, si l’on photographie le paysage, il est peu probable que l’on voit l’oiseau, tant celui-ci sera soit au premier plan et alors complétement flou ou soit encore fondu dans le paysage et donc proche de l’invisible — il y a dans les récents développements de Jean-Luc Mylayne des tentatives de ce type représentant l’oiseau perdu dans le paysage. Il est donc impossible de photographier notre expérience même de regarder des oiseaux, soit sur le rebord de notre fenêtre ou au fond de notre jardin, l’œil décrivant souplement des allers-retours vifs dans sa perception que l’appareil-photo naturellement peine à reproduire. Et pourtant Jean-Luc Mylayne y parvient avec maîtrise, en utilisant ce que l’on appelle les effets de Scheimpflug, qui consistent à basculer le plan optique de la chambre, voire à cambrer également le plan-film, de telle sorte que la mise au point s’exerce dans la continuité sur un plan fictif qui va de zéro à l’infini mais à une hauteur donnée — typiquement un effet de Sheimpflug va permettre de photographier un paysage de plaine avec une impression de netteté continue de tout le sol, du plus proche vers le plus lointain, mais s’il y a un arbre dans ce champ, ce dernier ne sera net que dans la première hauteur de son tronc et entièrement flou dans ses branches les plus hautes. Ici une explication très complète du phénomène, mais très âpre et ici et c’est un peu plus clair quoiqu’en en langue anglaise, de même ici une vidéo qui met ce principe en pratique, en plus de le combiner à des images accélérées, ce qui a pour effet immanquable de miniaturiser les scènes qu’elle représente.

Or Jean-Luc Mylayne fait de l’effet de Scheimpflug une utilisation presque sauvage, définissant effectivement un plan de netteté continue qui permet dans le même cadre de voir parfaitement nets des objets qui ne sont pas sur le même plan de netteté naturelle et, dans le même temps, de parasiter son image avec des éléments affligés de flou de netteté apparemment erratique. Cette utilisation cavalière du principe optique lui donne la possibilité de créer des images mentales dans ce qu’elles représentent l’action de regarder, l’aller-retour cognitif que le cerveau produit sur le regard de telle sorte qu’il finit par percevoir dans un même temps presque, un temps continu, des éléments qui sont à des niveaux d’accomodation différents, ce que la photographie ne parvient jamais tout à fait à imiter, prisonnière qu’elle ait de son principe de focale fixe.

Dans des images apparemment sans ordre, le regard peine parfois à déceler ce qu’il est censé regarder, le thème récurrent des oiseaux le pousse donc à chasser dans les taillis et dans les arbres des traces d’oiseaux, ce qu’il parvient généralement à faire, mais rarement sans être passé par toutes sortes de plages de l’image sur lesquelles il a soit glissé tout à fait, soit au contraire buté : comme les photographies sont tirées dans de grands formats, le regard finit par décrire la même action que s’il était face au paysage et cherchait du regard l’oiseau dont il entend le chant. C’est en cela que les photographies de Jean-Luc Mylayne sont des photographies de l’action même du regard.

Plus sournoisement, Jean-Luc Mylayne produit également son lot de compositions déséquilibrées, en grande partie par le placement souvent erratique de l’oiseau dans le cadre, mais on aurait tort de blâmer seul l’oiseau pour cet inconfort, interrogeant notre regard sur ses propres mouvements de son observation d’un sujet aussi trivial que les oiseaux que nous avons sous les yeux tous les jours, Jean-Luc Mylayne finit par l’interroger sur sa capacité en propre également à fabriquer ses images conditionnées, ses compositions-types, ses images mentales.

L’économie de moyens qui parvient à une telle interrogation du spectateur — après tout ce n’est qu’une exposition de photographies — qui, de prime abord, paraissent même maladroites, à la fois dans leur composition, mais aussi dans ce qu’elles échouent parfois aussi à montrer de leur visée première, les oiseaux, qui bien souvent à force de mouvements trop rapides apparaissent flous, cette photographie pauvre, est au contraire d’une grande force et d’une insondable richesse. Et serait souvent l’encouragement indispensable au spectateur à mieux regarder et bien souvent à se déconditionner des images archétypales qui sont les siennes.

On sort de cette exposition avec un oeil neuf, ce qui n’est pas rien.
Le bloc-notes du désordre