Le
Téléthon, vous êtes comme moi, vous en avez sûrement déjà entendu parler, et si c’est bien le genre de grande affaire médiatique assommante et nationale que vous fuyez rapidement. Je suis comme vous.
Mais voilà, la jeune fille dont Anne s’occupe au lycée souffre d’une maladie génétique rare et très handicapante et apparemment pour elle le
Téléthon ce n’est pas un sujet de plaisanterie, aussi Anne avait décidé cette année de suivre l’invitation de nos amis Marie-Françoise et Pascal, pour la manifestation locale de cette affaire de
Téléthon au gymnase pas loin de la maison, proposant à Maya, la jeune fille dont Anne est l’A.V.S., de nous rejoindre, et Anne se faisait fort d’emmener tout le monde, et de mettre à profit la matinée inhabituellement libre pour faire une centaine de crêpes, et même que pour en manger une, j’ai du m’acquitter, dans ma propre cuisine, d’un don.
Je me faisais naturellement toute une joie de participer à une affaire de ce genre, et comme nous arrivions dans le gymnase, une forte musique amplifiée pour boîte de nuit, un animateur beuglant dans son micro des encouragements pour quelques jeunes gens, déguisés en jeunes gens et fort occupés à rouler des mécaniques pour donner une démonstration de
roller j’espère que c’est comme cela qu’on dit, je vois bien que ce n’est pas du patin à roulette standard, mais j’avoue que je ne suis pas très au jus de tout cela bref une ambiance sympathique qui me tirait volontiers vers la sortie en courant. Mais les cris de plaisir des enfants ont fait de bons avocats de ma patience.
Et puis je croise Daniela, la jeune femme qui donne les cours de ping pong auxquels j’accompagne la classe de Madeleine tous les mardis matin, qui me propose tout de suite de faire un essai contre le robot lanceur de balles que le club a mis en branle spécialement pour l’occasion de même que deux autres tables où l’on peut jouer moyennant modiques et volontaires finances. Belle occasion finalement d’éprouver, plus intérieurement encore, la fameuse scène du ping pong contre un robot de
71 fragments d’une chronologie du hasard de Michael Haneke, et de fait je suis rapidement hypnotisé par le rythme incessant de la machine qui récupère toutes les balles que je lui renvoie, au travers de filets, les stocke et me les renvoie sans cesse, je finis par demander grâce sous une pluie de balles perdues jusqu’à ce que Daniela, tout sourire, veuille bien arrêter le robot diabolique.
Bref, j’entends un peu moins la musique, Daniela se montre très patiente avec Nathan qui fait montre d’un style très particulier contre le robot, je paye une part de quiche à Madeleine et un soda à Adèle, je suis rapidement pris par le coude par Marie-Françoise qui voudrait que je fasse quelques photographies des démonstrations d’aïkido, et d’ailleurs je ne me fais pas trop prier, voilà exactement le genre de mouvements chorégraphiques que j’aime prendre en photo, même dans d’assez exécrables conditions lumineuses. Les jeunes gens en
roller me tirent par le bras, eux aussi voudraient bien que je les prenne en photo, ils sont incrédules quand je leur montre, sur le petit écran de contrôle, les photos de leur premier passage, quant aux très charmantes danseuses orientales, elles aussi faisant montre de leurs talents pour la bonne cause, elles n’ont pas à insister éternellement pour que j’accepte de les prendre en photo la danse du ventre m’intéresse photographiquement moins que l’aïkido, mais ça m’intéresse tout de même un peu.
Tout ce petit monde me donne des morceaux de papier sur lesquels sont griffonnées des adresses de mail pour que je leur envoie les photos, je suis en train de passer un très bon moment.
Mais ce n’est pas tout.
Je vois Anne au travail. Avec Maya. Entièrement paralysée, à l’exception de ses poignets et de ses mains, et des muscles de son visage. Anne vient d’installer Maya derrière une table de ping pong, lui a mis une raquette dans la main droite, la positionne bien comme il faut et lui envoie balle après balle que Maya parvient parfois à remettre de l’autre côté de la table, sous un tonnerre d’encouragements, et visiblement son plus grand bonheur. C’est donc cela qu’Anne fait au lycée, des miracles, tous les jours.
D’ailleurs je ne sais pas ce qu’elle fait de plus miraculeux ce soir, faire jouer Maya au ping pong ou me traîner, pour mon plus grand plaisir, finalement, à une manifestation locale de
Téléthon. Un peu plus et je me joindrais aux jeunes danseuses orientales avec Madeleine et Adèle, non, tout de même pas, il y a des limites à tous les miracles. N’empêche je repense au
Loup des steppes de Herman Hesse et je me dis que je ferai bien parfois de rompre avec mes habitudes grognonnes.
Rentré tard le soir, je me mets un peu au travail
dans le garage pour faire une demi-douzaine de couvertures qui sont en retard pour
publie.net, constater que pour d’eux d’entre elles, je me permets des libertés que je ne me serais sans doute pas permises avant d’aller à la soirée du
Téléthon. Finalement je ne demande que cela d’être un peu bousculé.
Un peu avant d’aller me coucher, je fais tout de même quelques recherches sur internet sur cette affaire de
Téléthon et je trouve naturellement toutes sortes d’
informations et d’
opinions qui risquent de gâcher un peu ma prochaine soirée de
Téléthon fut-elle accompagnée de gentils
Aïkidokas, de joueurs de ping pong accueillants, de jeunes gens en
roller fort sympathiques et de danseuses orientales graciles le
Loup des steppes n’est pas mort en moi.
L’impression d’avoir été, toute la journée, poursuivi par les pseudo-analyses du discours du président des otaries de droite, il y a d’abord eu les effets d’annonce, il va prononcer son discours à Douai, c’est un discours très attendu — attendu par qui ? — dans lequel on pouvait déjà savoir qu’il déploierait l’argumentaire d’un plan anti-crise — et vous pensez comment un tel discours est attendu, encore une fois il allait tous nous sauver, j’aimerais tellement qu’il arrête d’essayer de nous sauver, sans compter que je ne cesse toujours de m’interroger sur ces informations prospectives et dire que je continue de penser naïvement qu’un journaliste doit attendre le déploiement complet des faits avant de n’en faire le récit, mais ce journalisme d’état, semble posséder ses appartements dans les chiottes du gouvernement d’extrême droite — puis ce fut le discours lui-même, des passages en direct, puis des passages rapidement retransmis à nouveau — et pourtant je vous l’assure la parole de ce président des otaries de droite ne fait pas de mystère, on comprend généralement du premier coup — puis des analyses à chaud, qu’avait-il voulu dire par là ? et ils étaient drôlement enthousiastes les commentateurs de cette parole de droite, et toute l’après-midi, ce discours disséqué jusqu’à l’envi par des spécialistes qui tous semblent ne pas se rendre compte que cela fait des mois, des années pour certains, qu’on ne les écoute plus. Une fois dans la journée j’ai même entendu à la radio parler d’une analyse de texte, chose que l’on confiait d’ailleurs plus ou moins à un des conseillers du président des otaries de droite lui-même, voilà notre gouvernement d’extrême droite plongé dans l’analyse de son propre discours.
Et sans doute cette expression d’analyse de texte, m’a fait penser à ces exercices scolaires que nous faisions au lycée, l’analyse de textes des grands auteurs — et combien la pratique me rebutait d’emblée alors, cette notion de dissection, notamment de Baudelaire, alors je me suis pris à rêver à un monde dans lequel tous les intervenants des grandes ondes seraient affairés toute une journée à l’analyse minutieuse de quelques extraits des Fleurs du mal, bien sûr cela ne nous aurait pas informés à propos de cette fameuse crise économique que nous traversons aujourd’hui, mais la façon servile avec laquelle est relayée le discours gouvernemental nous informe-t-elle vraiment ?, en tout cas cela n’aurait en rien terni ou gâché le cours de cette journée dont je porte à croire qu’elle aurait été différemment éclairée.
Quel grand rêveur je fais parfois. De la poésie sur les ondes, n’importe quoi, pourquoi pas de la littérature comparée ou de la philosophie conceptuelle pendant qu’on y est, ou même encore de la politique !

Les semaines se suivent et se ressemblent étrangement, vif plaisir de faire jouer mes poussins, de les voir pour certains, enchaîner les beaux gestes de ce sport et consternation de voir les minimes s’enterrer dans une attitude stérile, dans laquelle la (mauvaise) pression des pairs joue un rôle central, laquelle condamne le groupe, et d’ailleurs leur indiscipline le dernier samedi en match leur vaut aujourd’hui le discours des dirigeants en début d’entrainement, ce qui, à mon avis, ne devrait pas contribuer trop rapidement à leur faire sortir la tête de cet étau qu’ils s’imposent d’eux-mêmes.
Et pendant toute la séance, il sera tellement difficile, impossible pour certains, de leur imposer quoi que ce soit, même un entrainement, un peu punitif, c’est vrai, mais de circonstances, un solide atelier de placage. Plusieurs fois je les engueulerais, je les chambrerais, des répliques d’un autre temps qui me reviennent en tête, à ceux qui mettent leurs mains dans leur short parce qu’ils ont froid aux mains, si elles explosent tu n’as plus de main, mais c’est dur, tellement dur que je me dis que c’est encore plus difficile de diriger leur groupe que de faire progresser Baroukh seul, ce que je me garde bien de leur dire, mais j’y pense.
Et finalement avec le collègue entraineur on décide de les renvoyer aux vestiaires prématurément, quel échec ! Je rentre à la maison déçu, fourbu, une bonne douleur dans le bras droit, l’un d’eux tout à fait déconcentré m’est rentré dedans pleine charge alors que je m’occupais de guider les gestes d’un de ses camarades, il y a des mercredis soirs, où je rentre tout aussi fatigué physiquement qu’aujourd’hui, mais autrement satisfait du résultat. En allant me coucher de fort bonne heure, je repense au petit Niels qui a marqué un bel essai en suivant un coup de pied de dégagement. Le sourire gourmand sur son visage en se tournant vers moi, manière, tu vois j’ai compris, j’ai suivi le ballon. Ça ira mieux la semaine prochaine.
En sortie avec la classe de Madeleine au cinéma du Kosmos, nous allons voir l’Argent de poche de François Truffaut. Son instituteur me demande en souriant si je ne l’ai pas déjà vu, oui, bien sûr, un grand nombre de fois, mais à la réflexion jamais au cinéma.
A la sortie du film, Madeleine qui me trouve tout chose, m’en demande discrètement la raison, et je lui réponds que la prochaine fois qu’elle me demande comment les choses étaient dans mon enfance, ce qu’elle me demande de temps en temps, je me souviens que je posais souvent la même question à mes parents, enfant, je n’aurais plus qu’à lui répondre que c’était comme dans l’Argent de poche. Elle me regarde incrédule, oui, Madeleine ce qui t’apparaît aujourd’hui comme préhistorique, c’est tout simplement le souvenir assez exact de mon enfance.
Et bien sûr, je ne lui dis pas qu’à la faveur de l’obscurité dans la salle, j’ai eu bien du mal à contenir quelques larmes, notamment à la vue du papier peint de la chambre de la facétieuse petite fille qui s’arrange pour faire croire à la cour entière de son immeuble que ses parents sont partis au restaurant en la laissant seule dans l’appartement, sans manger.
La liste des choses que j’ai trouvées en cherchant tout à fait autre chose dans le garage, la cassette de Big science de Laurie Anderson sur laquelle figure le morceau Walking and falling, et dans lesquelles j’ai trouvé suffisamment d’intérêt pour ne pas les remiser, dans le vague duquel je les avais extraites.
Une pièce d’échec, le fou,
noir, en céramique
bleu outremer foncé, cadeau d’un des lycéens spécialisés en génie des matériaux à Saint-Dizier lorsque je travaillais au sein de l’association
l’Entre-tenir. L’objet est imparfait, je devais avoir un cavalier aussi, mais je ne sais plus ce que j’en ai fait, l’absence de voisinage de ces deux objets dans ma recherche d’aujourd’hui fera qu’ils resteront encore longtemps séparés. Les quelques visites que j’ai faites dans ce lycée professionnel notamment lors des coulées de la sculpture de
Martin, m’auront donné une vision terrifiante de l’avenir, tant les classes de cet enseignement véritable étaient vides, au contraire de celles d’une section voisine où l’on enseignait — enseigne-t-on vraiment ce genre de choses ? — les techniques de vente, et surtout une grande salle de classe transformée en décor en carton mâché d’une supérette, voisine de l’atelier de fonderie, et dans laquelle de nombreux élèves étaient éduqués dans l’art et la manière d’achalander une tête de gondole. Finalement ce fou
bleu est devenu dans mon esprit un symbole de cette véritable folie.
Une boîte de kodakrome qui contient, comme l’indique son étiquette sur son emballage d’un
jaune orangé reconnaissable entre mille, des photographies d’un week-end à la campagne en août 1987, de même que quelques photographies d’un début de série que j’avais entreprises alors, des images anti-spectaculaire de la banlieue parisienne, thème qe j’ai d’abord laissé en suspens puis repris, puis abandonné et repris à de nombreuses reprises, et dont je vois bien comment certaines de mes photographies d’aujourd’hui sont une manière de prolongement de cette vieille marotte, la photographie de l’ennui au travers du paysage, recherche suivie de loin en loin et dont il est le plus vraisemblable qu’elle n’aboutira jamais. Je suis nettement plus ému de tomber sur l’une des rares photographies que je dois encore posséder d’Isa, une petite demi-douzaine d’années sans doute avant sa mort par overdose. Plus de quinze après ce gâchis, je suis encore capable de nourrir du ressentiment à l’égard de cet Australien de malheur qui avait empoisonné une vie qui était à mon avis faite pour de bien plus grandes aventures.

Un étui contenant quelques plans-films
noirs sur lesquels j’avais gratté dessins et lettres, ce qui me donne à revoir comment on faisait avant
Photoshop, notamment quand on avait besoin de lettrage. Et sans doute parce que mon apprentissage de la photographie et du graphisme se sont faits bien avant l’invention des logiciels de retouche d’images, je ne parviens jamais tout à fait quand je me sers de l’un d’eux aujourd’hui à oublier à quel point leur maniement est aisé et le travail de fourmi que supposait avant eux de telles interventions sur l’image, ne serait-ce que d’imprimer du texte sur une image ou même de mettre deux images côte à côte.
Quelques pièces en bois disparates sans doute empruntées aux jeux des enfants, c’est effectivement souvent qu’ils me prêtent de ces petites pièces en bois pour servir de cale à je ne sais quelle petite construction destinée à être prise en photo. Je souris à l’idée que je les mets de côté pour les prendre bientôt en photo, histoire d’augmenter le stock de telles images pour les besoins des formes brèves de
publie.net, et dire que l’autre jour quand Madeleine m’a demandé ce que je voulais qu’elle m’offre pour mon anniversaire, elle ne m’a pas cru quand je lui ai répondu qu’un jeu de kapla me ferait tout à fait plaisir.
Une photographie orpheline, un petit tirage, représentant une scène assez exceptionnelle, ce qui sûrement a motivé cette photographie aux apparences communes, mon amie Florence affairée à faire la cuisine, c’est ça qui exceptionnel, Florence faisant la cuisine, pas la photo, pitié.
Une série d’autoportraits de dos, ratés, à la chambre, je ne me souviens plus très bien de ce que je tentais de faire alors, force est de constater aujourd’hui que cela n’avait pas réussi du tout. Il semble me souvenir que je tentais une version un peu différente d’
All Change !, pourquoi de dos ?, je ne me souviens plus. Au delà de ces photographies ratées, je constate qu’il y un peu plus de dix ans, j’avais nettement moins de cheveux
blancs qu’aujourd’hui et il me souvient effectivement qu’alors je portais des chemises tous les jours, je n’en porte plus du tout aujourd’hui, leur préférant de loin les t-shirts.
Une coupelle remplie de dès à jouer pas très usuels, et dont je me demande bien à quel genre de jeux ils permettent de jouer, il me souvient que mon ami Pierre m’en avait fait cadeau au moment d’un de ses déménagements, je les lance tous,
à tout hasard, comme on dit, mais rien.
Et puis finalement, un carton de petite taille qui contient quelques cassettes, il y en a bien d’autres des cartons de ce genre, mais je pense que certains ne sont même pas entreposés dans la maison ici, puisque je sais que quelques-unes de mes plus anciennes archives sont dans la cave chez mes parents à Garches. Et dans ce carton, je finis par mettre la main sur une cassette de Laurie Anderson,
Home of the brave qui n’est pas celle que je cherchais, celle de
Big science, mais dont j’extrais donc
White Lily que je réécoute avec plaisir. Dans le même carton, je retrouve également une antédiluvienne cassette de
Creedence Clearwater Revival,
Cosmos factory, non que je voue quelque admiration que ce soit pour ce groupe fort commun, mais je lui prête cette faculté improbable de me faire entendre, au travers de ses enregistrements d’époque, avec des moyens sûrement rudimentaires, genre garage ou grange, le souvenir que je peux avoir de la musique qu’écoutaient mes grands cousins lors des
week-ends que nous allions passer dans le Nord, musique que par la suite ils tentèrent de faire leur, notamment avec le groupe
Helter Skelter, auquel participaient deux de mes cousins, Fernand et Raymond, n’étant pas grand amateur de rock moi-même, je m’aperçois que dans mes différentes écoutes de ce genre musical, c’est toujours plus ou moins le souvenir des répétitions de mes cousins à Loos que je recherche, ce qui fait que c’est finalement la médiocrité d’un groupe comme Creedence Clerwater Revival qui me rapprochera le plus de ces souvenirs chéris. Et beaucoup moins finalement l’écoute des grandes épopées du rock, les
Rollings Stones,
Dylan ou
Led Zeppelin, à l’exception près, finalement, de
Frank Zappa pour lequel j’ai beaucoup d’admiration, en grande partie à cause de ses nombreuses parodies d’un milieu musical rarement rejoint par l’impression de vraie médiocrité de ses créations.
Une trouvaille plus intéressante sans doute dans touttes ces cassettes, un disque du pianiste
Andrew Hill, dont je me souviens que je faisais grand cas, mais réécoutant toute la cassette pour en extraire un morceau, je peine à retrouver que j’aimais tant dans ce disque, si, peut-être ceci, le contre-emploi presque d’
Eric Dolphy aux anches, cantonné ici dans une formation très orchestrée dont il peine à s’extraire, le cherchait-il, ou au contraire tentait-il de se fondre inhabituellement dans la masse ?, avec des sonorités que l’on reconnaît pourtant immédiatement chez lui. Mais à vrai dire je doute qu’il y ait une quinzaine d’années j’avais une telle écoute de ce disque.
Ayant rassemblé et numérisé ces quelques éléments qui suscitent chez moi l’intérêt et un peu la surprise tout de même, je tente de les réunir dans
un très improbable collage. Et ce faisant, je me demande quels autres collages comme celui-ci je pourrais de la sorte produire, presque toutes les semaines, quand je suis à la recherche de je ne sais quelle archive personnelle, et qu’est-ce qui fait, finalement, que des hasards, pour lesquels je trouve une certaine qualité, puissent se produire avec davantage de réussite que je ne pourrais croire de prime abord ? Le désordre de mon
garage sans doute.
Sans compter que l’exiguïté du garage en question aidant, d’avoir travaillé à la mise ne forme de
cette page, aura engendré davantage de désordre.
Et par je ne sais quel miracle, en écoutant la totalité de la cassette d’
Home of the Brave de Laurie Anderson, à la fin de la cassette, selon mon habitude d’alors de combler les blancs à la fin de chaque facce, je retrouve
Walking and Falling, que je peux donc ajouter à l’ensemble.
Quelle humiliation, devoir rebrousser chemin à mi-pente dans ma très modeste ascension du petit Suchet, volcan éteint, coincé entre le Puy de Dôme et le Puy de Pariou, m’enfonçant dans la neige jusqu’aux genoux à chaque pas, pelant de froid aux pieds, mes chaussures complètement détrempées et une belle tempête de neige qui se dessinait derrière le Puy de Dôme et dont il n’était pas difficile de prédire qu’elle serait bientôt sur ma tête, ne pas pouvoir s’empêcher de se faire l’application de cette impression de renoncement à une notion plus ample et plus généralisée d’abandon.
Et le plus dur n’était, finalement, pas de monter mais de descendre, glisser, tomber, se relever, marcher, glisser à nouveau, ne pas tomber mais glisser à nouveau et tomber cette fois, puis se relever et marcher à nouveau et en fait dans cette descente laborieuse, retrouver le sourire en chantonnant la chanson de Laurie Anderson,
Walking and falling.
You’re walking. And you don’t always realize it,
but you’re always falling.
With each step you fall forward slightly.
And then catch yourself from falling.
Over and over, you’re falling.
And then catching yourself from falling.
And this is how you can be walking and falling
at the same time.
Des années que je n’ai pas entendu cette chanson ça devrait être assez joyeux de retrouver cette cassette
dans le garage, et que vais-je trouver d’autre en cherchant cette cassette dont je ne suis pas assuré du tout de la retrouver ? Il est fou celui, qui tombe dans la neige et pense comme cela à la rédaction de son bloc-notes.
Note de lundi matin : effectivement le projet de retrouver cette cassette était assez fou — et stupide — je n’ai pas retrouvé la cassette de Big Science, mais naturellement j’ai retrouvé celle de Home of the brave, dans laquelle j’ai finalement choisi d’extraire White Lily, dont j’aime cette idée de faire une chanson à propos d’une question aussi minuscule, question à laquelle je n’ai jamais cessé de penser, sans jamais pouvoir y répondre, plus tard, en voyant des films de Fassbinder, me demandant si ce serait, dans chacun de ces films, qu’un fleuriste, répondrait : "White Lily". J’espère pour B. de Kill me Sarah que ces disques sont mieux rangés que les miens et pas mélangés avec le reste.
Le thème du bloc-notes du lundi est tout trouvé : la liste de toutes les choses que j’ai trouvées dans le garage en cherchant une cassette de Laurie Anderson. Je devrais sans doute lui écrire, elle en ferait peut-être une chanson, il est fou celui qui se préoccupe de la rédaction de son blog avec un jour d’avance, sans parler d’écrire à Laurie Anderson.
Les paroles de White Lily
What Fassbinder is it ?
The one-armed man walks into a flower shop and says :
What flower expresses days go by
And they just keep going by endlessly
Pulling you into the future.
Days go by
Endlessly
Endlessly pulling you into the future.
And the florist says :
White Lily.