Samedi Samedi 8 novembre 2008



Madeleine, qui descend à la table du petit déjeuner ce matin, n’est pas bien réveillée, et elle soupire que cette nuit elle a rêvé qu’elle montait un cheval nommé Ivresse.

Le soir, à la nuit tombante, belle promenade dans le bois de Vincennes, autour du lac des Minimes avec les deux filles, était-ce le soir ?, la différence de taille entre Madeleine et Adèle ?, ou encore le petit veston de velours côtelé de Madeleine ?, mais je l’ai trouvée bien grande ma fille avec sa tresse de perles dans les cheveux, elle ressemblait à ces jeunes filles plus libres que les autres, dont je tombais éperdument amoureux, jeune garçon. Et dire que ma grande Madeleine va bientôt avoir dix ans, c’est comme une réussite.

Je t’aime ma grande petite fille, et je te souhaite d’être follement aimée.  

Vendredi Vendredi 7 novembre 2008

Lecture des auteurs de publie.net au centre Cerise à l’initiative de remue.net





Fred Griot
.







Thibault de Vivies
.







Matthieu Mével
.







Antoine Boute
.







Philippe Didion
.







Véronique Pittolo
.







Patrick Froehlich
.







Jean-Charles Massera
.







Philippe De Jonckheere, with a little help from my friend François
.







Pierre Ménard
.







Arnaud Maisetti
.







Sarah Cillaire
.



Claude Favre ne souhaite pas que sa photographie soit publiée ici ou ailleurs si j’ai bien compris.



Claude Favre
.  

Jeudi Jeudi 6 novembre 2008



A. commençait ce matin son nouveau travail comme Auxiliaire de Vie Scolaire (A.V.S.) auprès d’une jeune fille, très sévèrement paralysée, dans un lycée d’enseignement général. Et A. a tout de suite débuté par un cours de Français durant lequel, le professeur fait plancher ses élèves sur la Métamorphose de Kafka, parce que Kafka est au programme. Kafka certes, mais est-ce que cela ne pouvait pas être un autre texte, le Procès, le Château, ou la Colonnie pénitentiaire, s’il faut faire plus court ? M’est avis que le cours du professeur était déjà prêt de l’année dernière pour la Métamorphose.

Je me souviens qu’en Angleterre, lorsque j’y travaillais, si une personne avait le malheur de garer sa voiture sur une place réservée aux handicapés, dans l’immense parking de notre société, elle recevait assez rapidement dans la matinée la visite du chef de la sécurité, accompagné d’un collègue à lui, handicapé, les deux apportant, à son bureau, un siège roulant vide, le confiant à la personne fautive et lui demandant de se rendre à sa voiture en chaise roulante et de la changer de place et de revenir à son bureau toujours en fauteuil roulant. Les Anglais et leur sens exquis de la punition humiliante tout de même !

N’empêche, il me viendrait volontiers l’envie de contraindre ce professeur de Français à une lecture publique de l’intégralité de la Métamorphose entièrement ligoté par un maître de bondage. Idée qui me vient sûrement à l’esprit parce que je n’en mène pas large pour la lecture de demain. Sans cela vous pensez bien que je ne serez jamais capable d’une idée aussi perverse, surtout que je prête naturellement à ce professeur de Français les traits d’un de mes anciens professeurs de français. Forcément.

N’empêche ce matin, vendredi, j’ai sérieusement encouragé A. à prendre des notes de tout ceci, parce que j’ai dans l’idée que la chronique d’une A.V.S. serait sûrement très instructive à propos des dysfonctionnements de nos institutions pour faire leur place aux personnes handicapées. Je pense à cela pour avoir reçu cette semaine le témoignage d’une mère d’un enfant très légèrement handicapé mental qui n’a pas eu non plus sa place dans l’école de Nathan l’année dernière.

Allez je vais faire comme d’habitude je vais aller relire le texte de la loi du 11 février 2005 pour me remonter le moral, un texte de loi magnifique, si rarement appliqué.

Et puis je ne résiste pas à une adresse un peu personnelle puisque je sais que parmi les lecteurs de ces lignes, nombreux sont enseignants : arrêtez de penser que ce n’est pas à vous, en particulier, de faire en sorte qu’une telle loi puisse être appliquée, que c’est seulement une question de moyens et bien d’autres excuses et prétextes qui vous dédouanent de la nécessité d’une implication personnelle, l’intégration scolaire des enfants handicapés passe, aussi, par le fait de re-préparer un cours sur Kafka pour éviter de donner à lire un texte, si génial soit-il, la Métamorphose, dans une classe où une jeune fille n’a pas de gros efforts à faire pour s’identifier douloureusement au personnage principal. Ce n’est pas seulement une question de moyens, c’est aussi une question de volonté. C’est dit sans hargne, mais pensez-y.




Photographie de Nobuyoshi Araki  

Mercredi Mercredi 5 novembre 2008



Pour Eddie


Barak Obama est élu
Je me réveille
de méchante humeur

C’est sans rapport. Bien sûr.

A vrai dire je me souviens très bien que la journée qui avait commencé par apprendre que le fils Bush avait été "réélu" — a-t-il seulement été élu une seule fois, c’est-à-dire, sans le recours à la fraude électorale et à la cour Suprême tout acquise à sa cause, la plupart de ses membres les plus récents ayant été appointé par le père Bush — avait été une bonne journée, passée en compagnie de L. de passage à Paris. J’imagine que l’on peut comme cela passer une fort mauvaise journée, comme se casser un membre et passer la journée aux urgences un 11 novembre 1918 ou un 8 mai 1945, et être pareillement déconnecté du mouvement de l’histoire pour passer une bonne journée le jour de la chute de Saïgon — aussi lointaine que soit cette journée, je me souviens que cela avait été une bonne journée, enfant, au ski, c’étaient les adultes qui étaient tout assombris — ou encore faire plusieurs fois passionnément l’amour le 6 mai 2007 au point d’en garder surtout cette orgie en souvenir et beaucoup moins l’élection du petit président des otaries de droite. En fait je dois confesser une parfaite inadéquation à vivre de façon exceptionnelle les jours historiques, c’est un peu comme de faire la fête un 31 décembre, alors que je préférerais sans doute être festif un 28 décembre ou même un 3 janvier, vous n’avez qu’à voir les soirs de finales de coupe du monde des manchots, j’en profite pour faire de la route, déserte.

Mais je ne peux tout de même ne pas me réjouir de cette élection — encore que politiquement, il ne faille pas se leurrer, Obama est probablement plus proche d’un Chirac que d’un Bayrou — je repense alors à mon ami Eddie qui m’avait offert ce très bel anneau d’esclave en signe de reconnaissance et d’amitié, c’était lui qui m’avait expliqué notamment cette affaire de personnages noirs qui toujours se sacrifiaient dans les films pour que le personnage blanc puisse continuer avec gloire, maintes fois vérifiée — à ce sujet je m’étais lourdement trompé à propos de Barak Obama et d’un parallèle assez idiot que je faisais avec la troisième et catastrophique adaptation cinématographique de Je suis une légende le roman de Richard Matheson. N’empêche Eddie doit être bien heureux aujourd’hui. Je me doute un peu de la valeur de tout ceci pour lui. Comme tout athée que je suis, je demeure très ému à l’écoute du prêche du pasteur Jesse Jackson, ancien, et premier en la matière, candidat noir à la course aux élections présidentielles aux Etats-Unis, en 1984.

Est-ce que ce monde touche vraiment à sa fin ? Est-ce que Barak Obama est vraiment le Messie ? S’il ne l’est pas, je crains que la colère des déçus finisse par être terrible aux Etats-Unis, car c’est sans doute à lui que l’on reprochera de n’avoir pas su, ou pu, réparer tout ce qui avait été durablement cassé et détruit par son prédécesseur.

Puisse cet homme bénéficier dans l’exercice du pouvoir de la même élégance que celle déployée en paroles depuis deux ans — depuis deux ans j’entends ses discours avec la même ferveur que celle qui est la mienne chaque fois que j’entends le discours de Martin Luther King lors de "la Marche vers Washington pour le travail et la liberté" — et je me souviens des échanges de mails avec Karen et Ray, le lendemain de l’élection de 2004, au moins, m’avaient-ils dit, dans l’Illinois, avaient-ils bien voté et pour un Sénateur qu’ils trouvaient absolument génial. Ray doit trouver son café enfin moins amer en écoutant les informations le matin dans son atelier dans lequel il commence sûrement à faire froid.

Même si je suis toujours méfiant de tout ce que le monde de la politique américaine signifie généralement de libéralisme, c’est quand même vrai que c’est une bonne nouvelle.

Et mon humeur s’est beaucoup améliorée dans la journée.  

Mardi Mardi 4 novembre 2008



Est-ce la marque d’un esprit tordu, ou emprisonné, ou tout simplement limité, mais je viens de passer une bonne demi-heure à chercher une image dans mes sauvegardes, désespérant, dès le début de cette recheche, de la retrouver, avant que je ne réalise qu’il me suffisait de la scanner puisque l’original, je voyais assez bien où il pouvait être, au contraire de la sauvegarde de son scan, puisque cette dernière image, dont j’ai besoin pour le dossier de la fondation HSBC, mon concours photo annuel auquel je ne gagne jamais rien depuis dix ans, mais j’y participe avec une régularité dont je trouve que les membres du jury devraient tenir davantage compte tout de même, image qui se trouve être un des polaroids du Pola journal, dont toutes les photographies tiennent dans une vieille boîte en bois façon tiroir à fiches, et dont la petite poignée d’ouverture comporte une petite fenêtre à glissière pour y recevoir son carton de désignation et sur lequel, j’ai dûment écrit, Pola journal.

En dix ans de pratique quasi-quotidienne de l’ordinateur personnel, à titre personnel — puisque professionnellement, je travaille sur des ordinateurs depuis plus de vingt ans maintenant, et quels ordinateurs ! — je m’aperçois que des sillons profonds ont été creusés dans mes habitudes, comme de rester incrédule lorsque je dessine sur papier de ne pouvoir faire marche arrière après un coup de feutre maladroit, de ne pratiquement plus avoir recours au dictionnaire papier, mais au contraire à celui de l’ordinateur incroyablement plus rapide et surtout puissant, même éditeur, notamment avec ses liens hypertextes, du coup c’est tout juste si je ne peine pas pour retrouver mon alphabet, chercher et ne pas toujours trouver des images sur internet, et s’apercevoir après une heure de recherches infructueuses que je dispose de ces images dans un de mes livres, oublier parfois du tout au tout que l’on peut envoyer une lettre, un livre, des photographies, un disque par la poste, et quand je le fais, de trouver cela vraiment miraculeux, s’acheter le journal quand je suis dans les Cévennes, plutôt que de consulter le journal sur internet, l’absence de connexion obligeant, et dans les Cévennes, luxe parmi les luxes, pouvoir lire des journaux vieux de plus de six mois, qui restent d’un séjour précédent, y découvrir alors quelques prédictions erronées, et pas qu’un peu, à propos de Barak Obama, pourvu qu’il passe ! — et oui, je sais je me suis moi-même rendu coupable du même genre de prophéties hasardeuses — se surprendre, c’est arrivé une fois, à passer le doigt sur un mot souligné dans le corps du texte d’un livre et ne pas comprendre que cela ne déclenche pas l’ouverture d’une fenêtre avec quelques explications à propos du contexte, oublier de réarmer un appareil-photo argentique pour passer à la vue suivante, oubli d’autant plus inexplicable que je n’ai jamais eu d’appareil-photo motorisé et qu’au contraire j’ai développé rapidement ce geste pas très orthodoxe de déclencher avec le pouce coincé dans le remontoir pour pouvoir réarmer très rapidement sitôt la vue précédente déclenchée, et pareillement avec le 6X6, déclencher sans lâcher tout à fait la manivelle, récemment après avoir pris une photo avec un appareil argentique, chercher le bouton pour pouvoir vérifier ma prise de vue et rire de ma méprise, cela doit faire dix ans que je n’ai plus travaillé dans un laboratoire, mais je suis à peu près certain que si je devais faire du développement ou du tirage demain, je serais fort gauche et ne manquerais pas d’allumer la lumière en ayant laissé une boîte de plan-films ou de papier ouverte, alors que je pense que j’avais développé une manière de sixième sens autrefois pour ne jamais commettre ce genre de bévues — et je crois que l’on peut parvenir à cette maîtrise avec beaucoup de concentration — se désoler de la disparition de la sauvegarde d’une image donc, en présence même de l’image originale.

Ne pas s’étonner après cela, me connaissant bien pour ce genre de travers, que je ne sois pas pressé de disposer d’un téléphone portable, voyant tous les travers dans lesquels mes contemporains tombent avec l’utilisation de ce gadget, quelle utilisation tordue et mal à propos ferai-je d’un tel dispositif ?, je préfère ne pas y penser — sans compter que j’ai découvert chez Stéphane que les nouveaux téléphones portables-ordinateurs-liseuses, ça doit sûrement porter un autre nom, mettaient à profit la sensibilité de l’inclinaison de l’appareil pour l’équiper d’un petit jeu de labyrinthe à billes, j’imagine bien les heures que je serais capables de passer sur de tels jeux, délaissant ma collection de jeux en bois et aux billes d’acier.

Mais le plus étonnant dans cette affaire, finalement, c’est ma redécouverte d’une de ces petites images de dix centimètres par dix centimètres, un polaroid, son imperfection, son contraste aléatoire, sa mesure de la lumière qu’il faut piéger pour obtenir ce que l’on veut, son irrégularité d’une vue sur l’autre pourtant plus ou moins exposées dans les même conditions, ses balances chromatiques, cette image finalement très médiocre, mais qui m’a si longtemps fasciné au point d’en avoir des boîtes et des boîtes pleines. C’est donc ça un polaroid.  

Lundi Lundi 3 novembre 2008



Quelle impression cette promenade dans le bois de Vincennes ensoleillé et flamboyant de toutes les couleurs de l’automne, après le déluge. C’est comme si toutes les pensées sombres nées du déluge et du cheminement erratique des deux derniers jours étaient gommées d’un seul coup.

D’autant qu’Anne me fait découvrir dans le bois de Vincennes dans lequel pourtant je me promène depuis plus de cinq ans maintenant, une parcelle que je ne connaissais pas du tout, faute de rarement aller du côté de Nogent, les jardins coloniaux, et quelle peut bien être l’absence de motivation de l’Etat d’entretenir ces jardins et ces anciens bâtiments ? De la honte pour le passé colonial de la France ?, ce serait tout de même très étonnant de notre gouvernement d’extrême droite quand on se souvient de son zèle pour inscrire dans les programmes d’histoire un chapitre sur les effets positifs de la colonisation. N’empêche c’est un grand dommage que de trouver les ruines de ces jardins et anciens bâtiments, l’un d’eux semble avoir brûlé récemment, il y aurait bien là de quoi faire quelques ateliers d’artistes ou encore de généraliser l’occupation d’un immeuble, plus récent à cet endroit, et d’en faire effectivement des lieux d’étude, mais je dois sûrement rêver debout.

Je pense au gage que m’a donné Fred Griot, et que je n’ai pas pu réaliser dans les Cévennes tant les rivières tumultueuses et surtout boueuses ne se prêtaient pas du tout à sa réalisation, aujourd’hui dans les petits cours d’eau du bois de Vincennes, j’ai l’occasion de faire des dizaines de photographies qui répondraient à son gage, mais ce serait sans doute tricher, le gage spécifiait bien qu’il fallait que les eaux fussent cévennoles ou ardéchoises. Fred, il va falloir attendre le prochain automne et espérer qu’il soit plus clément que celui de cette année.

Le soir, en reprenant mes notes de ces derniers jours pour le bloc-notes, en cherchant des images, notamment de Paul Graham, tout particulièrement sur son site, je redécouvre certaines de ses images dont j’avais un peu oublié l’existence ou même la provenance, notamment la série Beyond Carrying. C’est de plus en plus souvent que je me dis que je pourrais tout aussi bien reprendre un à un tous les livres de ma petite et modeste bibliothèque et les relire, pour nombreux d’entre eux ce serait comme une première lecture, et pour les monographies et autres nombreux livres de photographie, j’y trouverais peut-être des images m’apparaissant comme nouvelles, voire inspirantes, sans doute aussi inspirantes qu’elles l’ont déjà été à ce qui n’appartient plus qu’à mon éducation. Dans la visite du site de Jean-Louis Garnell, je découvre un peu surpris, dans les séries récentes, celle des Pages, des images qui auraient pu inspirer la Vie et dans celles des Découpes, une recherche vers laquelle j’essaye, à l’état de brouillons seulement pour le moment, de faire évoluer la série La Vie, non pas tant dans le morcellement anti-rectangulaire des assemblages mais dans les fondus entre les différentes images composant chaque collage.

C’est donc fort tard que je finis par me coucher après une journée à la lumière roborative.  

Dimanche Dimanche 2 novembre 2008

Le bloc-notes du désordre