Samedi 25 octobre 2008

Je lis les romans de Régis Jauffret, plus ou moins depuis le début et plus ou moins chaque fois qu’ils paraissent, je ne les lis pas tous, un sur deux, à peu près. Pour certains d’entre eux, je ne les lis pas non plus jusqu’au bout, j’ai le sentiment d’en comprendre assez rapidement le principe, et je laisse ce principe, par exemple écrire tout un roman au conditionnel — Clémence Picot — et s’enfoncer méthodiquement dans une manière d’horreur et de noirceur humaines — Histoire d’amour — courir sur quelques centaines de pages et puis quand j’ai le sentiment qu’il agit suffisamment sur moi, le livre finit par me tomber des mains — Microfictions — mais, c’est assez paradoxal, ce n’est pas parce que je ne lis pas de tels livres jusqu’au bout que je ne suis pas favorablement impressionné par leur grande maîtrise, notamment stylistique, et le cloisonnement obsédant de tels récits, par exemple je n’ai pas lu les six cents pages d’Univers, univers, seulement le tiers, je n’en ai pas eu besoin pour savoir que c’était un livre admirable d’ingéniosité dans cet enchaînement de toutes les identités que le personnage principal aurait pu endosser tout aussi bien, plutôt que de personnage de femme fort occupée à la cuisson de son gigot qui lui donne tant de soucis et la fait dériver en pensées. A vrai dire je n’ai même pas eu la curiosité d’aller vérifier à la fin du livre si le récit avait poursuivi son cours avec la même efficacité, il n’y avait pas moyen d’en douter, Régis Jauffret écrit des livres qui sont compacts et sans fissures, et dont un des principes consiste aussi à démontrer que la construction tient sur la distance de plusieurs centaines de pages. Et ce n’est pas parce que je ne parviens pas toujours, ou je ne désire pas toujours, aller jusqu’à leur terme qu’il me viendrait à l’idée de questionner la nécessité qui les a vus naître.

Mais plus j’ai lu de livres de Régis Jauffret et plus je parvenais à lire ses romans jusqu’au bout, d’autant que dans Asile de fous la tension est grandissante et justement ne lâche pas son lecteur au contraire peut-être d’Univers, univers dans lequel la tension s’installe d’emblée mais qui reste constante, et donc finit par s’étioler. Bref j’avais le sentiment de devenir un lecteur de plus en plus fidèle de Régis Jauffret, et je n’eus pas la moindre hésitation à entamer la lecture de son dernier, Lacrimosa, d’autant que ce que j’en avais lu promettait justement une plus forte nécessité, une variation et des pas de côté s’écartant de ses sillons, mais inquiet tout de même de ce que le livre partait d’une réalité douloureuse dont je n’imaginais pas que l’on puisse prendre si facilement écart, le suicide de sa compagne.

Au début du livre je rechigne d’emblée à la forme de distanciation choisie pour décoller du drame, celle de cette correspondance factice, qui justement n’a pas du tout un rythme épistolaire sauf aux deux tiers du roman quand les échanges de lettres se font plus brefs, mais fort de la confiance que je fais à l’auteur, notamment dans ses constructions, je poursuis, confiant que cette forme, peut-être mal trouvée, si elle lui permet par exemple de parler à une morte et de la faire parler, pourquoi pas ?

Le départ est d’autant plus rude qu’on s’attache au caractère fictionnel très vraisemblable d’un suicide chez les parents pendant que mijotent des cailles aux olives qui donc ne seront pas consommées, ou alors trop tard figées dans leur graisse par les convives les plus indélicats, on s’amuse à deux ou trois endroits de ces comparaisons et métaphores qui sont la patte de l’auteur, mais rapidement on s’en énerve aussi, comme d’un tic, il doit bien y avoir un moyen de coller des épithètes à un substantif sans le rapprocher d’un autre sans grand rapport, pour le seul plaisir de se regarder écrire. La scène du suicide, de sa découverte et des errements des uns et des autres part ensuite en capilotade, sans doute à l’image des cailles qui finiront bien par être trop cuites, on s’égare tous azimuts, les déraisons des uns et des autres conduisant à des récits délirants qui feraient penser au Boris Vian de l’écume des jours ou de l’Arrache-cœur et on pourrait laisser tomber le livre là, à cet endroit, mais alors ce serait dans la déception, ce qui n’est pas la façon dont je suis devenu lecteur de Régis Jauffret, on lit rapidement jusqu’à la fin de cette première lettre pour pouvoir entendre la réponse de la morte.

Mais la morte hésite de trop entre le silence qui devrait être le sien, elle est morte et enterrée, et au contraire rejoindre son veuf dans le bavardage, au point que l’artifice, forcément artifice, a des coutures bien trop saillantes pour faire oublier son caractère fabriqué. D’autant que le ton de la morte rejoint souvent le ton désabusé de l’endeuillé, la marionnette n’est pas très bien animée, c’est la même voix qui fait les dialogues de Guignol et du Gendarme.

Et puis la fausseté de la situation, le sentiment que l’auteur n’y croit lui-même qu’à peine, est parachevée par tout l’épisode central, pas très raccord, des souvenirs et notamment celui du séjour au Maroc en Club Méditerranée, on aime bien cet ancrage insolite parce que très anti-littéraire — j’ai repensé à la fin assez magistrale d’Au piano de Jean Echenoz, pour cette superposition sans précaution du monde qui nous entoure avec le royaume des morts —, mais la figure de l’amant marin ne prend pas du tout et devient une nuisance, vraiment inutile, même en tant que parasite, à ce qui s’exprimerait de façon pluis fluide dans le tête-à-tête ante mortem de l’endeuillée et de sa morte.

A tout moment du roman on est un peu gêné par les références littéraires que l’on trouve bien immodestes, sans compter la figure de l’écrivain démiurge aidé par la déesse littérature qui lui sert de justifications à tout bout de champ. Quelle curieuse préoccupation d’ailleurs que d’invoquer son nom en vain, tant cela paraît être le moyen le plus efficace pour la faire fuir.

Je ne connais pas Régis Jauffret personnellement, je ne peux donc pas m’associer à sa peine très vive d’avoir perdu sa compagne, de façon aussi déchirante, puisque partout je lis qu’il s’agit d’un deuil avéré, ce qui paraît corroboré par quelques détails qui émaillent le roman, comme celui de la signature d’Univers, univers au Salon du livre, mais la vivacité de cette douleur n’agit malheureusement pas comme garantie de la vaillance de ce qui est écrit, et j’en viens à me demander si je pourrais encore être un lecteur de Régis Jauffret, tant il me semble que dans ce dernier roman il m’a rendu visible, par inadvertance et maladresse, tous les trucages des tours qui jusque-là faisaient ma joie. Maladresse d’un "magicien" pas en forme. A l’avenir je serais incapable de lire les livres de Régis Jauffret sans voir dans son cynisme de toutes les lignes le fait d’un être effectivement assez cynique, et peut-être même lâche, pour ne rien laisser paraître de ses émotions vraies de douleur, préférant sans cesse le petit jeu de la moquerie des faiblesses de ses semblables, et qui dans ce livre ne s’humanise qu’en creux, c’est-à-dire en perdant de son talent face à la douleur, rien de très littéraire à cela.

Un des extraits les plus navrants du livre, dans lequel sont réunis à la fois une des bien trop nombreuses comparaisons capillotractées et le procédé incantatoire tourné ves les aînés, ici, la figure de Proust, mais qui reste sans réponse.

Je vous ai donc conseillé d’aller plutôt voir un psychiatre. avec une poignée de lithium, d’antidépresseurs, et de neuroleptiques, il saurait mettre au pas vos neurotransmetteurs, jusqu’à tant illuminer votre néocortex, qu’à la fin du traitement votre front vous servirait de lampe pour terminer dans l’obscurité la lecture du Temps retrouvé sans réveillé votre voisin de lit.

 

Vendredi 24 octobre 2008

 

Jeudi 23 octobre 2008



Déjeuner avec Martin, de passage à Paris, nous parlons de son exposition à l’abbaye de Maubuisson et comme chaque fois la conversation dévie beaucoup sur la peinture, pas seulement la sienne. Nous nous étonnons de concert des dérives de la peinture contemporaine qui semble ré-endosser les problématiques de la représentation, en grande partie aidée par les développements récents de l’imagerie numérique, laissant de côté toute l’histoire récente de la peinture, et contraignant finalement cette dernière à être une pourvoyeuse supplémentaire d’images, ce que la peinture parviendra toujours à faire, mais qu’a-t-elle à y gagner ?, elle y perd surtout.

Nous évoquons le peu de retentissement et d’enseignements qu’ont inspirés les peintres berlinois, plus généralement allemands, des années 80, que Martin comme moi plaçons assez haut dans la hiérarchie des peintres du siècle passé, notamment par leur insistance à placer la peinture même au centre de leurs préoccupations picturales.

Mais nous sentons bien comment l’époque est ailleurs, les artistes du moment principalement tournés vers des questionnements sociétaux, renvoyant à la société, dont le constat est toujours de la même dureté, une dureté équivalente, pratique artistique étroitement contemporaine dont on peut se demander ce qu’il restera dans quelques années quand les œuvres en question seront davantage coupées de leur contexte.

Pour tout dire, Jeff Koons et Damien Hirst ne nous font pas beaucoup rire, et je nourris depuis quelques temps le fantasme d’un vandalisme violent à l’égard du crâne certi de diamants de Damien Hirst.

Bref, une conversation entre amis, au cours de laquelle le monde a été entièrement refait. Et bien refait, vous pouvez nous faire confiance. Par bonheur nul autre que nous n’aura probablement l’occasion de remarquer les changements induits par nos modifications.  

Mercredi 22 octobre 2008



Baroukh n’était pas très disposé à jouer au rugby aujourd’hui, il est arrivé agité, les yeux mi-clos et les mains dessinant toutes sortes de formes abstraites et agitées au devant de lui, ce qui après une heure de tentatives diverses de ma part pour le mobiliser sur le jeu, le ballon, les autres joueurs, toutes infructueuses, m’a conduit à abandonner cette séance. Est-ce un échec ? Pour ce qui est d’aujourd’hui, c’est possible. En revanche je continue de faire ce qui peut paraître inutile à beaucoup, c’est-à-dire, tenir Baroukh par la main pendant toutes les phases de jeu et de ce fait m’arranger pour qu’il soit à peu près correctement positionné sur le terrain, dans la ligne de défense ou encore dans la diagonale d’attaque, pas systématiquement attiré par le ballon, comme les joueurs débutants qui se faisant détruisent leurs lignes et créent des espaces dans lesquels les attaques adverses peuvent s’engouffrer et causer de graves dommages, voire marquer un essai. Et on se demande bien pourquoi je traîne comme cela Baroukh qui me suit du mieux qu’il peut tiré par la main, ou par le maillot dans les situations plus rapprochées, quel intérêt pour lui ?

C’est ce que j’ai fait pendant très longtemps avec Nathan. Et pareillement le bien-fondé de cette approche était très discutable, mais j’avais bien une idée derrière la tête : la capacité de mémorisation involontaire de ces enfants.

Et de fait le placement de Nathan sur le terrain s’est grandement amélioré, il est de plus en plus souvent du bon côté du terrain, c’est-à-dire dans le camp mouvant de son équipe, et parfois dans les mouvements d’attaque il déboule au bon endroit, et je vois bien la surprise sur le visage de ses camarades qui ne s’attendaient pas à le voir arriver là à cet instant, des fois je suis même obligé de les houspiller, allez, donne-lui le ballon !

Je ne sais pas si Baroukh bénéficiera un jour de ces répétitions incessantes, cela pourrait ne pas fonctionner, ne pas donner de résultats, mais m’appuyer sur cette si forte mémoire visuelle de ces enfants, c’est pour le moment la seule méthode que j’ai trouvée. On verra dans un an ou deux. Ou même jamais. De toute façon qu’ai-je à faire de plus utile ?  

Mardi 21 octobre 2008

M’apercevant deux fois, coup sur coup que je ne parviens pas à ouvrir deux très anciens CDs de sauvegarde, j’ai entrepris il y a quelques temps, la sauvegarde complète sur disque dur de tout ce qui pouvait être sauvé. Le premier disque dur sur lequel je commence ce méticuleux travail de copie de tous mes fichiers peut accueillir un téra-octet de données. La tâche est longue et elle joue un peu sur mes nerfs, puisqu’exhumant CDs et DVDs un à un des étagères qui en sont combles, chaque fois que j’insère une de ces fines galettes brillantes, je redoute que le disque soit recraché ou refusé par la machine qui ne parviendrait plus à lire des données dont j’avais pourtant eu le sentiment naïf, un temps, que j’étais en train de les sauvegarder en les copiant sur un CD. Les quelques fois où cette perte s’est produite depuis le début de ce long travail de fond, j’ai senti comme les choses allaient vite dans mon esprit, s’agissait-il, ou pas, d’images (puisque pour le moment je n’attaque que la question des images) que je pourrais à nouveau produire à partir d’autres fichiers sur d’autres disques, peut-il exister de ces données englouties une autre sauvegarde croisée sur un autre support, et c’est souvent le cas, ou est-ce qu’au contraire les données ont définitivement disparu ?

Et pourtant la peur qui se cache derrière l’ouverture de chaque nouveau dossier introduit dans le lecteur est souvent masquée aussi avec le plaisir de retrouver des images dont j’avais pour la plus grande part oublié les formes. Et pour le moment dans ce travail d’excavation les heureuses nouvelles, images qu’il me fait plaisir de retrouver, sont nettement plus nombreuses que les déconvenues de devoir admettre que telles ou telles autres images sont tout à fait perdues, et il est curieux le mouvement de la pensée qui se résout finalement à cette perte, le déclarant soit très dommageable soit au contraire pas si grave, les titres donnés à certains dossiers m’informant parfois que ce ne sont pas de toute manière des images auxquelles je tenais beaucoup.

En revanche je m’interroge sur mon soin d’aujourd’hui de vouloir comme cela sauvegarder ce qui peut l’être, fichiers qui ne me manquaient pas du tout, depuis des années que je les avais gravés sur ces petits cercles argentés. Si la grande partie de ces fichiers ne me manquait donc pas tant que cela, jusqu’à constater la disparition de certains d’entre eux que je recherchais pour toutes sortes d’usages, pas tous très contrariés par cette perte, trouvant souvent des moyens de contourner ces pertes, alors pourquoi cette urgence aujourd’hui à tenter d’en sauver le plus possible ? Et pour qui se donner tant de mal ? Puisqu’à l’évidence je dois reconnaître que la plupart de toutes ces images n’ont pas retenu l’attention de beaucoup de gens en dehors des visiteurs du site mais alors eux doivent se contenter de définitions d’images très frustres.

Très franchement, je ne sais pas pourquoi je le fais. En d’autres temps, je le faisais parce que je vivais dans l’espoir qu’un jour ces images finissent par intéresser d’autres que moi-même, mais encore une fois, je sais désormais que ce ne sera jamais le cas, ou de façon tellement improbable. Et cependant ce qui a tous les contours d’un naufrage dans l’indifférence ne me rend pas si triste que cela. Parce que je pense commencer à accepter gentiment la notion d’échec et de comprendre qu’elle est une partie intégrante de nos existences qui ne sont pas toutes destinées à laisser des traces ou certaines même à devenir des objets de patrimoine. C’est vrai cela ne me rend pas si triste que cela. En tout cas beaucoup moins triste que tant de ce que je vis au plus près. C’est aussi que je vois bien que pour moi le plaisir a surtout consisté à produire ces travaux, à en inventer les formes et trouver des moyens de leur réalisation et aussi que souvent ces productions, modestes malgré tout, ont été le lieu de l’apprentissage de connaissances que j’ai ensuite eu le plaisir d’utiliser dans de nouveaux travaux. Et donc d’une certaine façon cet enrichissement est très personnel, je me suis enseigné à moi-même le plaisir de construire des images. Et j’aurais pu faire quantité d’autres choses de mon existence qui n’auraient pas pareillement concouru à cette manière d’élévation. Qu’importe finalement qu’il n’y ait pas eu des foules de témoins de ce parcours, puisque j’ai su bénéficier de ce parcours, parfois seul, et que j’ai encore de la curiosité et du désir pour de nouvelles garrigues ?




J’ai retrouvé les seuls scans que j’ai — et ils ne sont pas dans une très grande définition — de ces douze photographies de la jetée sur la plage d’Eastney à Portsmouth, les douze vues d’un rouleau de 6X6, photographies auxquelles je tenais, mais je serais bien en peine d’en retrouver les négatifs, parce qu’ils représentaient une langue de terre seulement découverte par la mer lors des marées d’équinoxe les plus basses, et il fallait que le coefficient de marée fut très fort pour qu’effectivement ce lambeau de terre soit découvert par les vagues. Une éclipse de mer.  

Lundi 20 octobre 2008





Je me demande bien à quoi je pensais les premières fois quand je montais les escaliers qui nous menaient, Nathan et moi, au cabinet du psychomotricien il y a maintenant pas tout à fait trois ans. Je prenais le pli en silence, c’était à dix-neuf heures et c’était tous les lundis soir, vacances scolaires exceptées. Et ce rendez-vous comme tant d’autres a toujours imprimé un sillon profond dans le rythme d’une semaine au point que ce rendez-vous comme les rendez-vous chez les autres intervenants, lorsqu’il a été déplacé une ou deux fois, c’était tout un dérèglement auquel je ne me suis pas toujours très bien adapté. Et ce soir quand je montais les escaliers, je tentais de me souvenir de tout cela tout en pensant à la façon dont j’allais aborder les choses avec le psychomotricien, parce que voilà nous en avons discuté avec Anne ces derniers temps, mais les progrès de Nathan sont tels depuis la rentrée scolaire, qu’on se demande si on ne devrait pas réduire un peu la voilure de la prise en charge. Et si le raisonnement qui se tient derrière cette intuition est assez séduisant, se pourrait-il que Nathan évolue à ce point favorablement ?, qu’il gagne en autonomie thérapeutique ?, il n’empêche, et je m’en rends bien compte en reconnaissant cette odeur de lessive propre et de plâtre humide mêlés caractéristique de l’escalier qui monte au cabinet, que c’était sans doute bien plus qu’une habitude horaire que nous avons développée en ces lieux.

Sans compter qu’abordant le sujet en fin de séance avec le psychomotricien, qui n’y fait pas un accueil défavorable, au contraire, je vois bien comment il a parfaitement saisi les enjeux de cette situation, je dois combattre les émotions qui m’étreignent en expliquant que je peine à mesurer les immenses progrès que Nathan a accomplis notamment dans cette thérapie, parce que je revois sans mal le point très reculé duquel nous sommes partis et comment brique après brique, pierre après pierre, petits progrès à chaque séance, le chemin parcouru par Nathan est une vraie traversée, et c’est comme si nous l’apercevions arriver de notre berge, est-ce lui ?, oui, c’est lui, il arrive !

Ma pensée va vers les parents qui découvrent récemment l’autisme de leur enfant, je vois bien comment la montagne doit leur paraître infranchissable, c’est comme cela que je la voyais il y a trois ou quatre ans — et j’ai bien conscience de notre immense chance —, parents qui se demandent pendant combien de temps ils vont devoir emprunter le chemin de certains praticiens ou de certaines institutions et centres d’accueil, sans doute longtemps, mais aussi je peux vous assurer que vous serez rempli d’émotion quand vous vous rendrez compte que telle ou telle prise en charge peut s’interrompre, et ce chemin du retour dans la voiture, à l’heure du jazz sur Fip, ce soir Gil Evans, et quel Gil Evans !, la main gauche sur le volant et la droite dans la main moite de Nathan posée sur ses genoux, et bien ce chemin-là, il va drôlement me manquer. Quel regret contradictoire !

Mais la joie de cela, merci Nathan, tu commences à être un grand maintenant, comme tu m’expliques si bien.  

Dimanche 19 octobre 2008



En faisant du ménage et du rangement dans les chambres des enfants, j’ai découvert que les murs qui entouraient le lit de Nathan étaient maculés de graffitis dans lesquels des chiffres étaient les seuls signes intelligibles et notamment le signe de l’infini, ou était-ce qu’allongé il avait dessiné des 8 horizontaux. Comment savoir avec lui ? Mais l’infini j’ai souvent le sentiment que c’est son domaine.

En faisant du ménage et du rangement dans le garage, j’ai découvert une prise débranchée dans l’écheveau de câbles que mon ordinateur donne l’impression de vomir de ses différents orifices, c’était un câble d’alimentation relié au secteur au travers d’un transformateur et en fouillant entièrement dans le désordre de tous ces reptiles, j’ai découvert que ce câble était l’alimentation des enceintes et que le rebranchant, de nouveau mon ordinateur était capable de produire du son. L’achat de cette nouvelle petite carte-son il y a deux semaines et que je ne parvenais pas à faire fonctionner avait été inutile, puisque l’ancienne carte-son est en parfait état de fonctionnement. On n’est pas plus malin qu’un autre. Du coup cela m’a donné du courage, dont je manquais, depuis deux semaines, pour ranger le désordre qui datait de la séance de travail pour les premières couvertures du publie.net.

En faisant du ménage et du rangement je me suis senti un peu mieux.

Mais cela n’a pas suffit à combler une déception, et j’ai vu comment cela rendait Anne triste aussi. Je ne fais rien pour arranger les choses en écoutant l’album Métode de Rocanrol de Pascal Comelade, affreusement mélancolique, notamment Catalana de Jazzz. Cette propension d’écouter du bourdon quand on a le blues, c’est idiot.
Le bloc-notes du désordre