Samedi 23 août 2008

 

Vendredi 22 août 2008



Dans le garage, je travaille à la compilation des photographies des séries du Quotidien pour la galerie bonobo, je reprends une à une chacune des photographies, une par jour. Travaillant sur celles de février et mars, soudain, je suis parcouru de frissons, j’ai froid en plein mois d’août : s’il y a une chose dont je me félicite que mes photographies rendent bien, ce sont les saisons.  

Jeudi 21 août 2008





 

Mercredi 20 août 2008



Peut-on rire de tout ? ("et avec tout le monde ?" avait ajouté Pierre Desproges dans le Tribunal des Flagrants Délires et la remarque s’adressait naturellement à Jean-Marie Le Pen).

Les deux questions jusque là m’apparaissaient purement théoriques, à l’instar de Desproges, j’étais plutôt d’accord avec l’idée que l’on puisse rire de tout, mais certainement pas avec tout le monde (le genre de question dans laquelle est déjà contenue la réponse).

Et puis ces derniers temps je me suis aperçu que je devenais chatouilleux sur un sujet, celui des autistes, plus largement des handicapés mentaux et même celui des handicapés. Je me suis aperçu que tandis que si certaines situations provoquées par l’incompréhension habituelle vis à vis des autistes m’amusaient au dépens des personnes neurotypiques désorientées par le comportement si déroutant des autistes parfois, je goûtais nettement moins, par exemple, dans le langage courant le recours à l’épithète d’"autiste" à propos de personnes qui d’ailleurs ne le sont pas, que l’on qualifie d’autiste, à cause, la plupart du temps, de leur entêtement dans l’erreur, leur nature peu bavarde et volontiers absorbée — de là à penser que l’on m’ait déjà qualifié d’autiste, je serais à moitié surpris. Il m’est arrivé une fois de réagir très épidermiquement en face d’une personne dont pourtant j’admire le talent, l’amie d’un ami par ailleurs, et j’ai craint d’ailleurs de froisser les personnes autour de nous, c’était idiot, et je m’en suis excusé rapidement.

Aujourd’hui, et une autre fois la semaine dernière, il m’est arrivé de rire au passage d’une personne handicapée, à cause de son handicap, dans les deux cas je crois que j’ai été assez discret pour que ces deux personnes ne se rendent pas compte que leur infirmité déclenchait mon hilarité. En fait ces deux personnes, et c’est sûrement dramatique et douloureux, ne parvenaient à se déplacer qu’au prix d’une agitation curieuse de l’ensemble de leur corps ce qui leur donnait évidemment une démarche très curieuse et c’est cet étrange balet qui, les deux fois, me fit rire.

Evidemment dans les deux cas, ce ne sont pas ces deux personnes qui me faisaient rire, ni leur difficulté à se déplacer mais bien le fait que leur démarche extravagante me rappelait le fameux sketch des Monty Python, intitulé le Ministère des Démarches Saugrenues — The Minister fo Silly Walks — et dans lequel justement ces personnes croisées dans la rue auraient sûrement fait pâle figure et n’auraient certainement pas obtenu de bourses pour le développement de leur démarche saugrenue qui aurait été jugée trop simples.

Ce n’est pas très malin j’en conviens facilement. Et je m’en excuse auprès de toutes les personnes qui me lisent et qui eux mêmes ont des difficultés à marcher, quel que soit leur handicap.

Et pourtant, je sens comme dans ce rire idiot de ma part, j’évacue une tension qui me vient naturellement d’ailleurs, de ce sujet qui me chatouille au point de me faire perdre mon sens de l’humour quand le sujet des plaisanteries passe un peu trop près de la tête de mon petit bonhomme. C’est une façon d’expier. Une façon de me libérer de la pesanteur des soucis que nous cause donc l’autisme de Nathan. C’est un déplacement, une esquive. Une manière de dire que mieux vaut en rire — non que ce soit possible vraiment — mais comme je ne suis pas encore capable d’en rire, même un peu, j’apprivoise le sujet, pour qu’il finisse pas me faire rire. Comme tout le monde.

Parce que sans doute je sens la nécessité de pourvoir rire de tout. Mais effectivement, on ne peut pas rire de tout avec tout le monde.

Je vous défends donc de dire, comme, enfant, me disait mon père quand justement j’avais perdu le sens de l’humour — en revanche si vous arrivez à regarder ce grand escogriffe de John Clesse, dans l’extrait ci-dessus, envoyer ses longues cannes dans tous les sens sans même sourrire, vous m’inquiétez.  

Mardi 19 août 2008

Ai passé le plus clair de mon temps aujourd’hui dans le garage à travailler à quelque commande de graphisme, le genre de choses dont je ne me vante pas, mais qui mettent parfois un peu de beurre dans le pinard, et il n’est pas question aujourd’hui d’en faire davantage la chronique qu’un autre jour où je suis pareillement occupé. En revanche, je me demande si je ne devrais pas parler d’une rencontre éclair qui s’est produite hier, à l’intérieur même de la rencontre avec Philippe Didion, tandis que nous déjeunions à L’industrie — cher et pas terrible alors que j’avais promis l’exact contraire à Philippe, mais voilà L’ébauchoir était fermé.

Il y a cinq ou six ans j’avais suivi avec intérêt l’aventure de l’Adam Project, au point d’y participer moi même trois fois, la première de ces journées, 22042003.txt m’avait demandé pas loin d’un mois et demi de travail, les deux autres pariticpations, Exercices de styles et Adèle avaient été plus cohérents avec les participations habituelles à l’Adam Project. J’avais croisé une fois Timothée Rolin, c’était au Salon des Revues en 2003, et nous avions un peu échangé, je me souviens qu’il m’avait surpris avec l’éclair de son flash, puis m’avait tendu la main à serre en se présentant, Timothée Rolin !

Comme pour de nombreuses personnalités connues du web qu’il m’est arrivé de croiser, je continue généralement à suivre ce qu’elles produisent, conscient que même si elles ne bénéficient pas toujours d’un éclairage constant, il est à peu certain qu’elles continuent de produire des tentatives, et c’est le cas de Timothée Rolin dont je suis depuis le début de l’été le journal photographique, pas très réjoui par sa maquette mais toujours favorablement impressionné par le côté boulimique de photographies et cette volonté permanente d’une neutralité pourtant inaccessible.

Dans son enregistrement obstiné de son quotidien, Timothée Rolin fait la part belle à son entourage, et il ne faut pas consulter l’intégralité de ses centaines de photographies et leurs légendes extrêmement brèves pour savoir que telle jeune femme brune avec une jolie frange, prénommée Marjolaine, est sa compagne.

Or, tandis que je déjeunais avec Philippe Didion, cette jeune femme est entrée dans le restaurant et cela m’a produit à peu près le même choc que celui vécu par le personnage interprété par Mia Farrow, dans La rose pourpre du Caire de Woody Allen — le premier de ses films sénile — cette femme blottie dans son siège au cinéma et qui voit le personnage principal du film qui la passionne tant, sortir de l’écran et venir la chercher dans son siège.

Et voilà bien nos vies et la façon dont nous en rendons compte de façon quotidienne qu’une personne qui partage la vie d’un blogueur devient un personnage, dans le récit qu’il fait de son existence, pour tous les lecteurs de ce récit, et qui, par les hasards de la grande ville, redevient une personne qui entre dans un restaurant, et d’ailleurs me dit-elle, parce que je l’accoste, lui demandant si elle est bien la Marjolaine du blog de Timothée Rolin ? — quelle question ? —, elle vient déjeuner avec Tim avec qui elle a rendez-vous.

Et de fait le voilà qui arrive sur son vélo rouge au restaurant, littéralement de sa manche il sort un appareil-photo et comme je lui adresse la parole me photographie, comme dans la rose pourpre du Caire le personnage du film, m’entraine pour traverser à mon tour l’écran dans l’autre sens, parce que nul doute cette photographie de moi je finirai par la trouver dans deux ou trois mois dans le blog de Timothée Rolin, j’imagine sans mal la légende de cette photographie : "je suis accosté par Philippe De Jonckheere, de désordre.net qui vient de reconnaître Marjolaine".

Et ces croisements, ces passages de la vie à l’écran et retour, c’est justement cela qui transparaissait dans les premières tentatives d’Adam Project et comment nombreuses de ces journées de gens qui se connaissaient finissaient par se croiser et s’associer puis se disjoindre dans des mouvements de flux aussi aléatoires que les cours qui nous animent dans l’existence.

Le soir pour reprendre contact avec Timothée, je m’aperçois que l’adresse de mail que j’ai pour lui est caduque, et qu’une adresse récente n’est pas donnée dans aucun de ces sites comme point de contact. Je résous de la trouver en faisant une recherche sur le mot "mail" dans son blog, espérant qu’une des photographies qu’il prend de lui même consultant ses mails me laissera voir dans un coin de l’écran son adresse de mail en clair. Ce que je finis par trouver.

Le sentiment que les écrans qui construisent de plus en plus nos existences ont fini par acquérir une certaine porosité.




Photographies de Timothée Rolin.  

Lundi 18 août 2008

J’avais rendez-vous ce midi avec Philippe Didion de passage à Paris pour consulter en bibliothèque le lendemain. C’est curieux au téléphone, j’aurais pu lui faire la blague habituelle qui consiste à dire à quelqu’un qui ne m’a jamais vu que comme signe distinctif, je ne porterai pas de cravate rouge à rayures vertes, mais en fait je me doutais bien que l’on se reconnaîtrait facilement, que cela ressemblerait de loin à l’improbable rencontre entre Monsieur Hulot et Christopher Lloyd — puisque j’ai lu récemment que je ressemblais à ce dernier.

Et bien contrairement à ce que l’on aurait pu penser, Monsieur Hulot et Christopher Lloyd avaient des choses à se dire et beaucoup à partager, et nous devions avoir laissé au vestiaire, l’un son côté gaffeur et silencieux, l’autre son caractère brutal, parce que naturellement, entre, et ce fut le premier sujet de conversation, le fait que nous aimions tous les deux la biographie de Proust par George Painter, ou encore qu’en bons lecteurs passionnés de Perec, la promenade en ville était le prétexte parfait à toutes sortes de remarques sur les noms de rue, sur les lieux et ce qu’ils tiennent de mémoire, ravi que j’étais de voir que je n’étais pas le seul qui était capable, finalement, d’un pèlerinage vers un lieu, où justement j’avais raté un examen ou je ne sais quelle autre mésaventure, une sorte de pèlerinage à l’envers. Quelques heures passées donc en compagnie de Philippe Didion, l’auteur des Notules dominicales de culture domestique, des silences de temps en temps, mais aussi des moments d’amusements partagés, puisque nous aimons l’un comme l’autre rien tant que de raconter ces moments de l’existence où on n’est pas à son meilleur et que c’en est plutôt drôle.

Ravi de cette rencontre, je dois complimenter Philippe pour la justesse de ses descriptions de lui-même, une personne admirablement discrète et qui trouve son content dans des détails dont il sait comme personne tirer les richesses insoupçonnées, apparemment convaincu de longue date que le quotidien recèle justement de caisses entières de ces trésors inimaginés. Et je me dis vivement dimanche ! Parce que si Philippe a le talent pour pouvoir écrire un paragraphe à l’avance du journal de Pierre Bergounioux à propos de leur non-rencontre — et [je] m’arrête en bordure des Bordes, au bout d’un pèlerinage qui me tenait à cœur. Peut-être, s’il [Pierre Bergounioux] n’a pas changé de mode de vie, est-il ici à cette heure, occupé à souder je ne sais quelles ferrailles. Nous le saurons en lisant le troisième tome de son Carnet de notes, à l’entrée du 7 août 2008. Je vois déjà le passage : "Un importun s’arrête pour photographier la pancarte du hameau et fait bruyamment demi-tour sur le chemin. Où et quand trouverons-nous la paix ?" — je me demande un peu de quoi sera fait "lundi, vie parisienne" de sa prochaine notule dominicale.

 

Dimanche 17 août 2008



Dans un effort (inhabituel, j’en conviens) de clarté, voici le récapitulatif des billets du bloc-notes pendant les semaines sans connexion.

29 juin 2008 : Ceci n’est pas une photographie ratée, à propos d’une des quatre photographies des Sonderkommandos analysée par Georges didi-Huberman.
30 juin 2008 : Décorateur c’est un métier.
Premier juillet 2008 : Grande bibliothèque cherche aspirateur intelligent.
2 juillet 2008 : Mais est-ce que je ne peux pas me taire tout simplement ?
3 juillet 2008 : Rangement dans le désordre.
4 juillet 2008 : A quoi tu penses ?
5 juillet 2008 : Sparadrap.
6 juillet 2008 : Memory motels.
7 juillet 2008 : Cèze.
8 juillet 2008 : Apprentissage de la mycologie.
9 juillet 2008 : Rêverie érotique avec débroussailleuse.
10 juillet 2008 : Se servir d’enfants comme d’outils, si ce n’est pas honteux.
11 juillet 2008 : Jour bas, fatigue.
12 juillet 2008 : Guidage sans satellite.
13 juillet 2008 : Recette cévennole.
14 juillet 2008 : jour de gloire.
15 juillet 2008 : Le triomphe de l’esprit sur le coprs, dommage que cela ne dure pas.
16 juillet 2008 : L’édition du coq.
17 juillet 2008 : Se faire son cinéma.
18 juillet 2008 : A quoi tu penses ?
19 juillet 2008 : Immigrant song.
20 juillet 2008 : a quoi tu penses ?
21 juillet 2008 : Chahut dans un dortoir de plein air.
22 juillet 2008 : Photographe sans appareil.
23 juillet 2008 : Mais comment faisait-on avant ?
24 juillet 2008 : L’Enchantement.
25 juillet 2008 : Modeste triomphe.
26 juillet 2008 : Pas le bon jour pour s’entêter.
27 juillet 2008 : Conditions de travail.
28 juillet 2008 : Société de merde et téléspectateurs de droite.
29 juillet 2008 : L’imphotographiable.
30 juillet 2008 : Que trente-cinq kilos.
31 juillet 2008 : Photographier et aimer sont-ils synonymes ?
Premier août 2008 : A quoi tu penses ?
2 août 2008 : Travailler du chapeau sous la tente.
3 août 2008 : A quoi tu penses ?
4 août 2008 : Expert c’est un métier.
5 août 2008 : Im Freundschaft.
6 août 2008 : Les eaux du fleuve.
7 août 2008 : Dans des sentiers gorgés d’eau.
8 août 2008 : Une sensation qui perdure.
9 août 2008 : A quoi tu penses ?
10 août 2008 : Maladresses et platitudes coupables.
11 août 2008 : Le ministère des Rafles emploie des étrangers en situation irrégulière.
12 août 2008 : Une histoire vraie et admirablement mal rancontée.
13 août 2008 : T shirts pour singes habillés.
14 août 2008 : Chien noir.
15 août 2008 : La nouvelle Gomorrhe.
16 août 2008 : When the legend becomes fact, print the legend.

De même je voudrais ajouter des remerciements pour mon ami P. — profitez en pour noter la nouvelle adresse de son JLR — pour le somptueux cadeau de son ancien appareil-photo sans lequel il n’y aurait tout simplement pas de photographies de cet été. Quant au remplacement entièrement subventionné par les lecteurs de ces pages, merci, merci, merci mille fois, ce n’est plus qu’une question de jours avant sa livraison.
Le bloc-notes du désordre