Samedi Samedi 28 juin 2008



Ces prochaines semaines, aussi parce que les mises à jour depuis les Cévennes n’ont jamais été possibles, ni même envisagées, le bloc-notes du désordre fait une pause, cette fois-ci moins qu’une autre avec la certitude qu’il reparaîtra à mon retour dans le garage. Il y a aussi que la vie connait des tourments qui sont les notres et seulement les notres et qu’il ne serait jamais possible d’écrire publiquement de telles choses.

Pour ce qui est de la rubrique de la Vie en panne depuis quelques temps, depuis le vol de l’appareil, il faudra justement attendre le remplacement de l’appareil. J’ai tenté de maintenir un peu de ce flux d’images à l’aide de l’appareil gentiment offert par P., mais je n’y parviens pas bien, sans doute que parce que chaque image faite avec cet appareil pourtant irréprochable, me donne à voir des images que je ne suis pas parvenu à faire aussi bien que je l’aurais souhaité avec l’appareil envolé et auquel j’étais physiquement habitué.

Les dons ont beaucoup afflué et nous sommes proches de la somme voulue, alors merci à tous les très généreux donateurs, encore quelques clics pour ceux qui prennent la rame en marche sur le bouton ci après.



Et je ne veux pas non plus négliger les lecteurs empathiques au contenu même du bloc-notes, et pour ceux qui suivent la progression pas très linéraire de Nathan, une excellente nouvelle, Nathan est enfin inscrit pour la rentrée prochaine à l’école De Croly, où il va rejoindre Adèle, et où il est déjà accueilli avec toute l’intelligence et la bienveillance d’une équipe pédagogique à l’écoute de la particularité de Nathan, avant même qu’il ne soit un de leurs élèves. C’est une excellente nouvelle, vous n’avez pas idée.




J’ai repris l’article sur la réédition des Américains de Robert Frank par les éditions Steidl avec deux exemples des recadrages.

De même j’ai ajouté un extrait de John Zorn plus en relation avec mon article à propos de son récent concert à la cité de la Musique
 

Vendredi Vendredi 27 juin 2008



Je ne sais pas quoi penser de ce concert de John Zorn à la Cité de la Musique à Paris. Y étaient jouées les pièces suivantes. 777 un trio de vioncelles. Gri-Gri, un solo de tambours, Sortilège, un duo de clarinettes basses, Fay çe que voudras un solo de piano préparé et enfin Necronomicon, un quatuor à cordes.

L’oeuvre de John Zorn est absolument pléthorique, de consulter même rapidement sa discographie donne une mesure de que l’oeuvre comprend de directions toutes différentes, elles-mêmes prenant leurs sources dans des univers très variés. C’est à ce point éparpillé que c’est sûrement un défi, même pour les plus accrochés de ses admirateurs, dont je suis, de l’aimer toute. Qui pourrait bien aimer à hauteur égale, les albums de Massada, ceux de Painkiller ou d’Hemophilliac ou encore de Naked City, ou de Lulu, les oeuvres de musique classique contemporaine ou encore les reprises de musiques de films écrites par Enio Morricone, et à l’intérieur de chacune de ces directions majeures épouser sans réticence les infinies variations à l’intérieur de chacune de ces branches prolixes.

Dans mon cas je me demande si ce n’est pas justement sur les tentatives de John Zorn en matière de musique classique contemporaine que je finis par achopper. Et j’aimerais tenter de comprendre pourquoi.

Dans le cas de ce soir, 777 n’est pas une oeuvre inintéressante, loin s’en faut, mais elle est très prédictible, elle part sur les chapeaux de roue dans des grincements de cordes joués à toute berzingue, ça part dans tous les sens, ça paraît se calmer de temps à autre pour reprendre de plus belle, c’est écrit de façon virtuose et doit représenter pour les interprétes un véritable labyrinthe de complexité. Mais décidément les accentuations et les contrastes ne sont pas de la dernière finesse.

Gri-Gri est une pièce de percussions seules dont on ne doute pas qu’elle doit receller mille complications et détours, sans doute faut-il l’écouter un grand nombre de fois pour en découvrir la matière et la densité statistiques. Sans doute. Encore qu’on puisse douter que ce soit du même tonneau que les pièces pour percussions seules de Xenakis, parce que dans cette oeuvre de John Zorn, on a de nouveau le sentiment qu’une recherche excessive de complexité a prévalu et qu’elle se soit de plus employée à utiliser toutes les ficelles de l’instrument en question, un peu comme un cuisinier qui aurait commis l’erreur d’utiliser à la fois absolument toutes les épices dont il disposait. Connaissant le goût de John Zorn pour créer, plus souvent qu’à son tour, des univers sonores proches d’une certaine manière de violence ou d’inconfort chez l’auditeur, il est possible que certaines parties de cette pièce aient été écrites avec ce genre de recherches en tête. Mais là aussi c’est peu convaincant.

Plus concise et plus riche à la fois, la pièce Sortilège pour deux clarinettes basses est au contraire un petit bijou d’intelligence, de passes de notes entre les deux instruments qui prennent le relai l’un de l’autre créant de très beaux passages continus avec de très précieux alliages entre les sonorités les plus basses de ces deux grands instruments mais aussi les notes les plus hautes qui sont comme coincées dans les ouvertures martyrisées de leurs anches. Curieux d’ailleurs comme il est facile de rapprocher cette pièce du jeu même de John Zorn au saxophone alto, alternance de passages très enlevés ou au contraire brouillons et stridents.

Fay çe que voudras m’a laissé de marbre, une pièce qui semble donner d’excessives difficultés à son pianiste dans les aller-retours entre le clavier et les cordes du piano entre lesquelles la partition semble prescrire toutes sortes de manoeuvres complexes, aucune qui paraisse indispensable ni apporter beaucoup à la musicalité de cette pièce, sans compter le caractère un peu carricatural de l’interprétation qui s’en prend au clavier avec force martellement et coups de poing, pas toujours pour la plus grande richesse musicale.

La pièce suivante en cinq parties pour quatuor à cordes est d’une toute autre richesse. Admirablement écrite notamment pour ses très étonnants passages entre instruments des notes jouées pizzicato et celles au contraire cum archo, ou encore ses précieuses combinaisons notamment entre l’alto et le violoncelle, la pièce malgré tout, cette écriture riche et son interprétation irréprochable, semble cependant s’égarer, dans de pesants jeux de citations, notamment des Français du début XXème, Debussy, Ravel et quelques passages sans doute pris à Fauré, mais ma culture musicale est (bien) insuffisante pour relever toutes ces citations qui par accumulations successives finissent par peser et faire se demander s’il n’y aurait pas chez John Zorn dans cette écriture la volonté d’être un peu trop brillant ou pire encore de faire étalge de sa culture musicale, ce qui étant donné la richesse de son oeuvre par ailleurs est étonnant d’inutile.

Pour cette dernière pièce également on note la recherche systématique de la complexité qui est accentuée encore par l’étalage de virtuosité des interprétes drôlement contents de disposer d’une partition dans laquelle ils peuvent rivaliser de technique et se montrer les uns aux autres de quel bois ils se chauffent.

Et à la fin de ce concert de musique peut-être un peu trop savante, je suis ramené à la même interrogation, quoique plus diffuse, qu’il m’est arrivé d’avoir en écoutant les tentatives pas toutes très heureuses de recherches en musique classique contemporaine d’un Frank Zappa, qui aura tellement voulu nous faire croire que ses si nombreuses parodies et orgies sonores sur la scène rock n’étaient que le prétexte pour financer des recherches plus prestigieuses mais au public plus étroit. Quand j’écoute Yellow Shark de Frank Zappa, je pense que c’est une musique pompeuse, pas très adroite ni très finaude, alors qu’au contraire dans la débauche des Mothers of Invention et toutes les orchestrations rock virtuoses jusqu’à Joe’s Garage, j’ai le sentiment d’avoir affaire à une oeuvre autonome, fondatrice, même si cette dernière doit provenir d’un aussi mauvais genre que le rock.

Dans le cas de John Zorn, la nuance est plus subtile, parce que l’écriture de John Zorn en matière de musique classique contemporaine est plus riche, plus intelligente, le fossé entre ce monde polissé de musique classique et les recherches plus électriques et tout simplement plus improvisées est moindre, il n’en demeure pas moins que dans cette écriture blanche, et avide de complexité, on regrette la générosité et les prises de risques des formations de musique plus libre. Et on finit par voir dans ces tentatives de musique érudite une certaine forme de vanité, qu’on oublie vite en écoutant Absinthe de Naked City, sans doute l’un des plus aboutis des disques de John Zorn.




Pour le moment je donne à écouter un passage de John Zorn issu de More News about Lulu qui n’a rien à voir avec la musique dont je parle, je trouverai à la maison un passage plus ad hoc plus tard.

Nettement plus tard donc j’ai fini par donner un extrait de Music for children ce morceau-là plutôt qu’un autre puisque je suis allé écouter ce concert avec Madeleine.
 

Jeudi Jeudi 26 juin 2008

Je n’étais pas préparé à cela. A croire d’ailleurs qu’il est plus facile pour moi de digérer les portes qui se ferment, le mépris, parfois, ou même encore des sentiments particulièrement déplaisants à mon égard, plutôt que de devoir affronter, ce qui m’est nettement plus difficile, la gentillesse, la générosité et l’élégance.

J’aurais passé une bonne partie de la soirée à continuer de peser le pour et le contre de cette idée de faire passer le chapeau, en avais-je le droit ?, bien sûr, il y avaient les assurances des plus solides, mais cela continuait de me paraître inconvenant. Et puis finalement je l’ai fait. J’ai mis en ligne cet appel à l’aide et cette méthode préconisée pour recevoir les dons. A un peu plus tard d’une heure du matin la chose était en place, avec son fameux bouton. Un premier essai montrait que cela fonctionnait, un message à François, un message à la liste de diffusion du désordre, j’éteignais et je montais me coucher, sans force.

Je me réveillais d’assez bonne heure et avant que les enfants ne soient dans nos pattes à nous demander petit déjeuner, signature de carnets ou de papiers importants de la dernière heure, j’allais voir en ligne, m’imaginant qu’il y aurait peut-être déjà un premier don, un premier signe amical. J’étais évidemment loin de me douter que ce seraient déjà huit donateurs qui se presseraient, les portes de la banque pas encore ouvertes, et que François avait déjà mis en ligne ce texte, qui naturellement me va droit au coeur. Et c’était presque violence que tout ceci. Se sentir apprécié, avoir le sentiment de compter, même pour ceux qui ne me connaissent pas, ou qui ne connaissent que les lignes du bloc-notes ou l’esprit un peu tordu qui les a égarés pendant quelques temps dans un site qui n’avait ni queue ni tête.

Je n’aurais jamais pensé, je n’aurais jamais cru.

Il y a des petits dons et des gros dons. Je suis très touché par les petits dons parce que je me dis qu’à ceux-là cela coûte sûrement, une femme m’a même écrit en me demandant pardon de ne pas pouvoir faire de don parce qu’elle est vraiment trop pauvre, si elle savait comme elle me touche, Les gros dons m’étonnent, je croule sous la confiance qu’ils placent en moi, c’est qu’il va falloir en faire de sacrément bonnes images pour remercier tout ce petit monde de généreux.

D’ailleurs avec Anne on se dit qu’il faudra faire une fête pour remercier les uns et les autres, un de ces banquets indiens dont Anne a le secret et pour lesquels je suis son petit mirliton.

Merci à tous. Du fond du coeur.

 

Mercredi Mercredi 25 juin 2008

Fontenay, le 25 juin 2008


Monsieur, Madame la directrice.


Il ne nous est pas possible de signer le carnet du troisième trimestre de Nathan. Pour plusieurs raisons, nous ne considérons pas que Nathan soit évaluable, selon de tels critères. Par ailleurs les évaluations de ce dernier trimestre semblent indiquer un net fléchissement dans ses acquis et ses capacités ce qui est en parfaite contradiction avec les évaluations des professionnels qui interviennent auprès de lui, plus particulièrement, sa psychologue, son orthophoniste et son psychomotricien. Et dernièrement, nous ne pouvons pas contresigner une recommandation à ce que Nathan soit accueilli dans une structure plus légère, puisque nous refusons précisément ce type de solutions, qui n’en sont pas, et certainement pas pour un enfant autiste.

Respectueusement.






Anne Verley et Philippe De Jonckheere
 

Mardi Mardi 24 juin 2008



Pas nécessairement en défense d’André Gunthert, il se défend très bien tout seul, mais tout de même.

André, tu as mille fois raison d’insister sur le fait que parmi les nombreuses manipulations de cette exposition ratée de bout en bout, il y avait effectivement le problème de l’intégrité des documents qui semble-t-il a été ausi bien occulté que le reste dans cette exposition, et qu’on oppose le fait qu’un cartel avait bien précisé qu’il s’agissait-là de numérisations, n’excuse en rien l’attitude laxiste de part en part des commissaires de cette exposition, qui justement, durant toute sa tenue, n’a pas brillé par la qualité de ces cartels.

La société Tribvn est nullement en cause, elle n’a fait que des reproductions, des numérisations, lesquelles ont été confiées à des techniciens dont c’est le travail tous les jours de profiter de la souplesse des outils numériques pour gommer les imperfections des images qui leur passent entre les mains, manipulations et corrections densitométriques et colorimétriques qui sont attendues par leurs clients. Ou tout du moins la majorité de leurs clients.

Une fois encore les commissaires de cette exposition n’ont jamais perçu la dangerosité du matériau qu’ils manipulaient, et ton analyse montre bien à quel point même dans une étape aussi importante que la numérisation des originaux, ils ne se sont pas étouffés de questions, et que la même attitude nonchallante a prévalu aux autres étapes de réalisation de cette exposition, dont le thème était manifestement historique, mais c’est à se demander s’ils ne sont jamais posé la question de ce que l’histoire en tant que sujet de l’exposition leur imposait de rigueur éthique.

C’est irresponsable de confier des documents historiques à des faussaires. Or tout ce qui relève de la numérisation si le processus n’est pas surveillé dans toutes ces étapes par un historien, appartient plus sûrement au monde des manipulateurs et des retoucheurs et donc des faussaires. On peut se demander en revanche si une telle compétence existe, c’est-à-dire, celle d’un historien scrupuleux de respecter dans ses moindes détails l’objectivité des documents — façon Raul Hilberg qui explique à Claude Lanzman dans Shoah, ce qu’il peut tirer d’informations à l’étude d’une feuille de route ferroviaire, et quand Lanzman le presse de dire que ce transport concernait certainement plus de 10.000 personnes, Hilberg lui explique que c’est fort possible mais que le document lui permet seulement de parler d’au moins 3000 et qu’il s’en tient toujours à ce que les documents disent de façon certaine — lequel historien donc, aurait également des compétences solides dans la reprographie et la numérisation, et ce qui serait parfait c’est que cette espèce de surhomme intellectuel aurait également une pratique courante de l’analyse sémantique et sémiologique des images, comme par exemple un Georges Didi-Huberman. Et encore ce serait peut-être ne pas être absolument certain que ce soit encore suffisant. Au lieu de cela, on envoit apparemment les originaux sans escorte, et un technicien les numérise sur une bécane pendant qu’il numérise également, sur une autre bécane, l’album-photo de je ne sais quelle famille bourgeoise qui s’offre la numérisation de ses archives photographiques.

Au contraire de tes deux contradicteurs, je trouve ton cheminement très honnête, conscient de toutes les possibilités d’erreur, et qui justement en prenant le temps de les mettre toutes au jour, finit par redonner une chance à une manière de vérité historique et donc temporaire, mais honnête, en l’état actuel des connaissances (voir Pierre Vidal Nacquet dans les Assassins de la mémoire) de filtrer. Cette honnêteté dans le cas de cette exposition n’a jamais été de mise. Avec les résultats que l’on sait.

Pour ce qui est du traitement des images originales, également d’accord avec toi que s’agissant d’une exposition à portée historique (parce que parlons sincèrement, les images d’André Zucca en dehors des problèmes historiques qu’elles représentent, n’ont aucun intérêt purement photographique, c’est de l’artisanat adroit, sans plus, de la propagande, ce n’est formellement pas plus intéressant que les films de Leni Riefenstahl, c’est dire !), des rayures en travers des films, des poussières, des bulles d’air dans les films et toutes sortes d’autres imperfections, celles aussi héritées des mains d’archivistes pas toujours assez soigneux, auraient été rassurantes — mais attention hein ?, nous sommes bien d’accord qu’on peut aussi avec la numérisation des rayures donner à l’image un petit air d’archive tout à fait usurpé, comme de rajouter des rayures justement. Penser que l’on peut donner à voir aujourd’hui un document visuel comme il était perçu au moment de sa réalisation (et encore dans le cas présent, à la différence de la Joconde, comme tu le pointes avec justesse, ce ne sont pas des siècles qui nous séparent de ces images) est une idiotie, un non-sens : je pense par exemple à quelques vestiges de peinture dans l’église Notre-Dame à Rennes, voisine du parc du Thabor, qui datent probablement du Quinzième siècle, tellement fragmentaires et parcellaires qu’il n’est plus du tout envisageable de devinder à quelle grande peinture ces détails appartiennent, si on appliquait à ces quelques fragments de peinture un traitement équivalent à cette numérisation à l’aveugle, on confierait sans doute ces restes de fresques à quelques graffers en leur demandant de reprendre dans leur composition à la bombe de peinture industrielle les quelques éléments disparates restants. Ou plus près de nous, pour le centenaire de Simone de Beauvoir, non seulement faire un choix iconographique putassier et en plus le mettre au goût de la libido du jour avec quelques retouches numériques.

L’exposition des photographies de Zucca aura surtout montré une chose, c’est que historien c’est un métier. Pas un hobby. Pas un passe temps pour amateurs. Avec ton article où tu remontes aux sources, tu montres une parmi les nombreuses erreurs qui ont été commises par incompétence.

Amicalement

Phil

PS : c’est amusant comment on te reproche de l’acharnement, je vois justement dans ce reproche de l’acharnement à ne pas vouloir reconnaître le désastre de cette exposition, comme il est difficile d’admettre que l’on vient de vous démontrer que ce que vous teniez pour connaissance n’est que mensonge et fabrication.
 

Lundi Lundi 23 juin 2008

Depuis samedi matin, depuis que je me suis fait volé mon appareil-photo, le sentiment de toutes ces images qui m’échappent. De tout ce que je ne parviens plus à capturer. Drôle de sentiment d’ailleurs puisque ces derniers temps, j’avais si souvent l’impression qu’à quoi bon, que dans une telle profusion d’images de moins en moins risquaient de sortir du lot et de produire ces minuscules aiguillons, je me demande si ce n’est pas comme aux fumeurs le geste qui finit par me manquer.

Ou encore cette impression désagréable d’un acte manqué, ne me suis-je pas volontairement mis en danger en espérant secrétement que quelque voleur vienne à me soulager de mon vice. En la matière, de mal que l’on est capable de se faire à soi, plus rien ne m’étonne.

Ou bien encore, est-ce que je n’ai pas tenté de me punir d’une faute que j’estime avoir commise, c’est possible. De ce qu’il y aurait de plus immédiat et dont je vois bien que je pourrais être tenté de me flageller, il ne sera jamais question dans ces lignes.

Ou encore le stress assommant qui est le notre en ce moment à cause de Nathan, des tentatives insidueuses de le pousser en touche, des forces que nous y laissons et qui justement viennent à manquer, je me demande si je ne serais pas en train de m’en vouloir de les gaspiller dans des causes qui ne sont pas étroitement liées avec le combat qui est à mener pour Nathan. Ce pourrait être cela aussi dont j’aurais voulu me punir.

A rebours aussi, les dernières frasques de Nathan n’ont en apparence rien entamé de mon calme que j’estime lui devoir et qui depuis que je m’y tiens prévaut à notre relation, ce que je prends de moi pour parvenir à une telle tranquillité face à la tourmente, finalement finit par me manquer, et je n’ai plus de force, exsangue.

Et naturellement je ne trouve aucun réconfort à tout cela, à remuer cette matière sans matière, qui résiste à l’appréhension et qui se dérobe beaucoup à fournir ses clefs de lecture pourtant indispensables.

Une question cependant, est-ce que pendant le temps d’interruption, que j’espère le plus court possible pendant lequel je ne disposerais pas de cet oeil mécanique et numérique à la fois, mon regard, s’en trouvera altéré. Ce serait une excellente chose en fait.

 

Dimanche Dimanche 22 juin 2008



Dans le train ce matin, je me suis fait voler mon NIKON D200, et j’en ai pleuré comme un enfant pendant tout le trajet.

Voilà, je suis bien désolé de tout ça, je n’y aurais pas pensé tout seul, mais ayant confié cette perte, incroyablement douloureuse pour la seule perte d’un objet, je n’aurais pas cru, on m’encourage à faire passer le chapeau. Sans quoi le bloc-notes du désordre, et ce n’est pas du chantage, va manquer de photographies. Pensez, toutes ces photographies de centrales nucléaires prises au vol depuis le train ou encore ces photographies superposées du président des otaries de droite. Quant à la rubrique de la Vie, je vais bien essayer de la tenir à jour avec un appreil de secours, là aussi, merci au généreux donateur, mais de toute façon il manquera des jours, ceux dont les images étaient encore sur la carte mémoire encore prisonnière de l’appareil, mon voleur n’ayant pas eu l’élégance de me laisser au moins ça, n’empêche je lui souhaite bien du plaisir pour ce qui est de faire fonctionner cet appreil sans en connaître le mode d’emploi, et sans annuler tous mes réglages personnels, seule, et modeste, consolation.

Je ne suis plus du tout en mesure de me racheter un tel appareil, un Nikon D200, tout de même, alors j’en appelle à votre générosité, je ne peux pas dire que je ne suis pas honteux de le faire, mais assuré par des amis solides que je peux le faire.

D’après ce que j’ai compris, il suffit de cliquer sur le bouton ci dessous et de faire votre don. C’est une solution paypal, donc parfaitement sécurisée.

Du fond du coeur, merci à tous, à celle qui connaissait déjà mon adresse postale et qui s’est ruée sur son chéquier, à l’ami qui a fait circuler cette nouvelle et qui déjà a déclenché une avalanche de sympathie, un peu sa spécialité ça les départs d’avalanches de ce genre, et à ceux qui ont déjà écrit et ont dit gentiment leur sympathie.

Voilà c’est là : "à votre bon coeur M’sieurs-dames !"



Et pour dire exactement comment les choses se sont passées, exactement, je ne saurais pas dire, après une semaine épuisante, je me suis endormi samedi matin dans le train, sans doute profondément, et sans doute aussi que mes ronflements ont du attirer l’attention de quelque prédateur, j’étais une proie facile, très vulnérable, en tout cas c’est comme cela que je me suis senti le reste du voyage.




Posté cette nuit à 1 heure du matin, à 7 heures du matin il y avait déjà une dizaine de généreux et matinaux donateurs, sans compter les marques de sympathie que je reprends ici dans leur contexte d’origine, parce qu’elles me touchent beaucoup. A ce rythme-là la semaine prochaine, j’aurais de nouveau mon outil de travail autour du cou, soyez en tous remerciés.

François Bon (et dans ce texte le sentiment de partager l’absolu essentiel, et même l’appellation de l’internet de pères de famille.



Laure Limongi



Les amis de remue.net



Marc Pautrel



Lignes de fuite



Jacques Bon



Stéphane Pagano



André Gunthert



B. de Kill me Sarah



Virginie Clayssen



Bertrand Redonnet



Jean-Claude Bourdais



Juliette Mezenc

Merci
Le bloc-notes du désordre