Enreistrement partiel de la lecture rencontre avec Phil Rahmy et Jean-Marie Barnaud
Impossible que tout cela tienne en une seule journée !
J’avais rendez-vous à l’ouverture de Beaubouprg avec
Emmanuelle et
Marc pour aller visiter l’exposition de
Louise Bourgeois, dont je n’ai d’ailleurs pas grand chose à dire, si ce n’est qu’elle a le défaut de toutes les expositions monographiques, de s’attarder pesamment sur les oeuvres de jeunesse, ce qui m’apparaît à moi, pas très amateur de l’eouvre de Louise Bourgeois, sauf peut-être ses installations, comme interminable, puisque Louise Bourgeois n’explore cette voie, celle des installations, ouverte par d’autres d’ailleurs, seulement dans les années 70, c’est dire si sa jeunesse a duré. Bref, je n’aurais trouvé mon content dans cette exposition, que dans les quatre avant-dernières salles du sixième étage, et au contraire, j’aurais visité la partie graphique de l’oeuvre, en à peu près moins d’une minute — j’ai toujours eu très peu de patience pour ce petit jeu des artistes devenus célèbres de déclamer quelques uns de leurs slogans personnels sur de grandes feuilles d’Arches, avec quelques gribouillis comme pour attester que c’est effectivement dit par leur grandeur. J’aurais tout de même eu de belles émotions devant les installations grillagées et celles, plus convenues pourtant, des portes.
Nous déjeunons d’un fellafel — je le note pour Emmanuelle et Marc, pour lesquels c’était une première — place des Vosges, un café sur une petite terrasse trottoir ombragée et c’est déjà le moment de se quitter, place Saint-Paul.
Pendant qu’eux disparaissent sous terre, je file à la Maison Européenne de la Photographie pour voir l’exposition de Georges Rousse, artiste dont le travail continue de me passionner, depuis que je le connais et une autre photographe,
Valérie Belin, dont je ne connaissais que quelques images, loin de me douter à la fois de la pertinence et de l’intégrité de la démarche, j’en viens à me demander si cela s’était déjà produit pour moi d’aller à la M.E.P. et d’apprécier TOUTES les images exposées.
Sur le chemin du retour, j’achète dans une librairie
Images malgré tout de Georges Didi-Huberman, dont la lecture m’a été récemment recommandée par P., que je commence à dévorer dans le métro, puis dans le bois de Vincennes, en attendant d’aller chercher Adèle à sa sortie anticipée de l’école. J’ai peine à croire que je suis passé si longtemps à côté de ce livre dont le point de départ de la réflexion, dense et riche, réside dans l’analyse des quatre photographies prises clandestinement à Birkenau par des membres résistants des
Sonderkommandos, quatre
photographies pour lesquelles je nourris une fascination de longue date, mais que je peine à verbaliser, il semble que ce livre détienne les clefs pour me délivrer de cette manière de perplexité.
Je récupère les "Grands" à la sortie de l’école à Fontenay, je fais avec eux un peu de ménage et de rangement et je prépare le dîner avec l’aide de Nathan, Anne rentre, je dîne sur le pouce et je file à la rencontre lecture des amis Phil Rahmy et Jean-Marie Barnaud organisée par les amis de
remue.net. J’arrive en retard et installe en hâte l’enregistreur comme on tente de retenir de l’eau entre ses mains pour boire de l’eau pure de ruissellement en montagne. Ils sont tous les deux en bonne forme, cabotinent un peu, mais surtout se disent publiquement leur amitié mutuelle.
Quel plaisir ensuite de retrouver les amis peu vus ces dernières années,
Sébastien,
Sereine, J,
Dominique,
Laurent, Olivier,
Isabelle à peine aperçue, Cécile, dont j’apprends le soir la vocation de script, pour le moment déçue, et bien sûr Phil et Jean-Marie, comme il me fait plaisir de voir ces deux-là en bonne forme après leurs épreuves récentes. Je ferai aussi brièvement la connaissance de
Jérôme Mauche. Je suis accueilli avec une chaleur (et les rires) qui me vont droit au coeur. Dans le tard de la soirée, conversation essentielle avec Phil et Tania, à propos de ce qui est central de nos existences, et partage de ce que le handicap nous apporte et nous grandit. Dans l’étreinte de Phil, pour moi, toujours le souvenir intact, la sensation intecte, de l’avoir porté dans le dernier escalier, chez Dominique, il y a quatre ans.
Je raccompagne J., nous parlons de notre prochaine visite d’un centre d’accueil pour autistes en Auvergne.
Comme j’ai peine à croire que tout cela tienne dans une seule journée !
En rentrant de chez la psychologue avec Nathan, je me gare dans une rue adjacente de la maison, et tombe sur quelques détritus dont une petite comode pour enfants que j’ai bien du mal à considérer comme un rebus, tant elle paraît en bon état, à première vue. Au point que, j’en viens à me demander, tout de même, si je peux, ou pas, l’embarquer, ses trois tiroirs coulissent comme s’ils étaient neufs, il y a très peu de traces d’usure sur les flancs de la comode, les poignées des tiroirs sont un peu flottantes, mais je ne pense quand même pas que ce soit ce qui a motivé l’initial propriétaire de se défaire de ce petit meuble, le plateau est un peu abimé, légèrement décollé sur le devant, et j’hésite à la prendre. Parce que j’ai pour ainsi dire le sentiment de voler ce meuble. Mais non, il n’y a pas de doute, cette comode fait bien partie du lot avec ces quelques éléments de cuisine, eux aussi plutôt en bon état, mais dont il manque le principal, il y a, malgré tout, deux caissons en parfait état que je décide de prendre aussi. Nathan m’aide à charger la comode et les deux caissons. Et nous mettons à profit le rendez-vous annulé chez l’orthophoniste, et d’avoir un peu de temps devant nous, pour retaper la petite comode dans le jardin. Pour Nathan, naturellement, cette petite séance de bricolage imprévue, c’est fête et je l’aide à m’aider à passer un premier coup de ponceuse sur le plateau. Puis nous gavons la fente du plateau de colle à bois, trois serre-joints et le tour est joué, je profite du temps de séchage pour mastiquer les quelques fissures qu’il y a sur les côtés du plateau, et dans l’après-midi, je passe une première couche d’un pot de laque qu’il me reste en bleu foncé et quand Madeleine découvre ce petit meuble que je lui destine pour un peu de rangement dans sa chambre, elle est enchantée. Mais elle ne veut pas croire que je ne le lui ai pas achété mais que je l’ai trouvé à la poubelle, aux encombrants.
— Mais Papa, ils sont bêtes les gens de jeter un aussi beau meuble (j’aime cet enthousiasme de Madeleine, une couche de laque sur le plateau de son petit meuble et elle le trouve déjà beau)
— Oui, Madeleine, tu as raison, c’est un peu idiot d’avoir jeté ce meuble, dont je répare vite fait les poignées en les fixant avec des vis un peu plus fortes. Il te plaît ?
Elle est très contente. Mais en fait je vois bien qu’elle est scandalisée aussi que ce meuble était à la poubelle. Alors s’en suit une conversation sur le sujet du gâchis. J’explique à Madeleine que nous sommes dominés par un discours qui veut que nous travaillions toujours davantage pour pouvoir s’acheter davantage de produits et que nous perdons beaucoup de nos forces dans cette avidité de nouvelles acquisitions. C’est un peu les grandes idées de la décroissance expliquées à Candide, mais je poursuis quand même. D’ailleurs Madeleine continue d’être révoltée comme Candide, ou même Micromégas. Nous gagnerions tellement à réparer ce qui est de guingois, ce qui branle dans le manche, à fabriquer des petites cales pour des tables et des chaises instables, à redonner un peu de vie à des jouets abimés, et dans cette conversation avec Madeleine, je me souviens des jours lointains de l’enfance quand c’était moi Candide. Et quand j’étais Candide, c’étaient les guerres et leurs menaces sur l’Europe qui me révoltaient.
Je me souviens d’un documentaire à propos de la dissuasion nucléaire, lequel expliquait de façon assez dramatique à quoi pourrait bien ressembler l’Europe si la guerre froide s’était réchauffée subitement, les images dont je me souviens, des images d’enfants qui se rendaient à l’école en portant des masques à gaz et quelques autres images d’Epinal de la guerre atomique me glaçaient au point de me faire peur le soir. Enfant, je ne comprenais pas l’aberration de ces deux blocs, et l’un était foncièrement mauvais et l’autre foncièrement bon, qui s’affrontaient en se menaçant mutuellement d’une destruction totale. Et cette menace me faisait tellement peur que je me souviens aussi très bien que la première fois que j’ai vu Docteur Follamour de Stanley Kubrick, la dimension déjantée de cette fable m’avait entièrement échappé, je voyais ce film au premier degré ce qui contribuait amplement à mon sentiment de peur enfantine. Fallait-il effectivement que tout ceci soit déformé par la terreur irrationnelle des enfants, à laquelle, adulte, nous ne faisons jamais suffisamment attention, pour ne pas trouver Peter Sellers irrestible de drôlerie dans ses trois rôles différents, celui de l’officier anglais, du président des Etats-Unis et naturellement du Docteur Follamour. Mais alors adulte, quand on glousse des pitreries de Peter Sellers, est-ce que l’on ne passe pas à côté de la fable et justement de sa morale ?
Et c’est à cela que je repense ce soir en passant une deuxième couche de laque sur le meuble que j’ai rentré dans le garage pour la nuit. Et les enfants de Madeleine, qu’est-ce qui, plus tard, heurtera leur sensibilité de Candide ?

J’aurais voulu que cela dure longtemps, cette sensation de bonheur fou, sur le terrain de rugby, je tenais la main de Nathan pour qu’il soit à peu près au bon endroit, il venait de recevoir le ballon et je le faisais foncer tête baissée dans le tas, il avait un peu percé le mur de la défense adverse, mais il venait de se faire plaquer, il allait au sol et je me couchais avec lui, son corps contre le mien, tellement grand, qui faisait muraille contre l’arrivée des autres défenseurs et, de notre côté, du soutien, Nathan avait bien libéré son ballon, la main dessus sans le tenir, juste l’empêcher de rouler, et j’avais mon bras qui passait par dessus celui de Nathan et ma main sur la sienne qui tenait le ballon, j’avais le visage enfoui dans les cheveux de Nathan, un des poussins faisait mine de s’essuyer les crampons sur le paillasson en général quand je vais au sol ils y vont de bon cœur ! et les coéquipiers de Nathan arrivés en soutien commençaient à faire leur œuvre, ça poussait des deux côtés au dessus de nous, j’aurais voulu que cela dure des heures d’être comme cela autour de Nathan au cœur d’un regroupement, tout contre lui, le protégeant et sentant l’odeur terreuse de sa chevelure. Dehors il faisait beau, l’herbe a recommencé à pousser un peu sur le terrain, par endroits, et le cris des poussins qui s’organisaient autour de ce
ruck, j’ai su instantanément que ce moment serait bref, et que peu de moments dans la vie aurait la saveur de celui-là. Le demi de mêlée est venu nettoyer le ballon et l’extraire pour relancer le jeu, la charge au dessus de nous s’est vite allégée des petits corps qui se relevaient pour revenir en position, les uns en défense, les autres prêts à retourner au soutien sur le prochain regroupement, je me suis relevé, j’ai donné la main à Nathan et je l’ai tiré à moi, il était sale comme un peigne, il s’est frotté les sourcils, je lui ai pris de nouveau la main et on est allé se poster au près dans le regroupement suivant.
Cela fait trois jours consécutifs que je suis dans mes statistiques une recherche argumentaire, qui aboutit au bloc-notes, et où ailleurs pourrait-elle échouer, puisqu’elle est tellement implicite : "suicide Alain De Jonckheere" ? Et d’ailleurs, pour le moment, je ne suis pas certain que
les résultats vers lesquels cette recherche aboutit renseignent beaucoup la personne qui a renouvelé trois jours de suite cette requête.
C’est évidemment surprenant de trouver cela au milieu du poème sans cesse renouvellé des requêtes habituelles, celles d’aujourd’hui :
* « desordre » (2)
* « philippe de jonckheere » (2)
* « je chante faux quoi faire »
* « tache blanche radiographie poumons »
* « Philippe de jonckheere »
* « net bloc »
* « nouvelle catastrophe naturel 2008/04/26 »
* « ouvriers chantiers blagues graveleux »
* « tâche blanche sur les os a la radiographie »
* « chaudrons trou de poule »
* « Emilie Dejonckheere »
* « le désordre »
* « photos désordre sur bureau »
* « desordres blog »
* « bloc net »
* « attente baignade cicatrice »
* « alain de jonckheere suicide »
* « à quoi sert la langue de orvet »
* « petit vaisseau sanguin qui a éclaté dans blanc de l’oeil après quinte de toux »
* « snuff movies »
* « tenacité »
* « collage d’un bloc source sur un bloc destination »
* « émissions autisme »
* « évanouissement batteur the who »
* « PUY DE GOULLES »
* « la meule de talbot »
* « blague sur des personne qui pense être intelligent an écrivant sans faute »
* « lettre de motivation pour celui qui n’a pas d’experience professionnelle »
* « percer un bariller de porte »
* « que bloc »
* « Dubet le nouvel obs »
* « moniteur cardiaque dubin exercice »
* « desordre jonckeere »
* « modele bloc note à faire »
* « photos cuisine désordre »
* « blog desordre »
* « désordre.net »
* « olivia rosenthal »
* « qui ma fait block »
* « pauvres millionaires dvd »
* « ma petite soeur ce mes en ménage avec son copain »
* « autisme william natan »
* « image desordre »
* « droit beatles abbey road »
* « Le Chiffre est asthmatique james bond »
* « gailly monory »
* « monory jacques gailly »
* « anne de jonckhhere »
* « suicide laurier rose »
* « reves obsédants »
* « desordre »
* « desordre.net »
* « le desordre »
Cette recherche est incompréhensible, en plus d’être perturbante, mon frère Alain De Jonckheere, s’est suicidé en 1993, il y a bientôt quinze ans. Il n’était pas connu. Et avait en fait assez peu d’amis. Lesquels, pour ceux que je connaissais, étaient tous plus ou moins là le jour de ses funérailles. Donc je me demande bien qui aimerait en savoir davantage sur la question. En fait je ne suis pas certain de vouloir savoir. Comme je ne suis pas certain que j’aimerais que la personne qui fait de telles recherches entre en contact avec moi, que je la connaisse ou non. Et je dois dire que je serais encore plus choqué que cette personne soit quelqu’un que je ne connaisse pas. Parce qu’alors je redoute beaucoup que cette personne ait à m’apprendre à propos de mon frère des choses que je ne savais pas jusqu’à maintenant. Sans doute parce que je n’attends pas que de nouveaux éléments portés à ma connaissance pourraient m’aider à mieux appréhender ce qui m’a fait souffrir pendant un peu plus de douze ans et dont j’ai eu le sentiment seulement lors de ma dernière analyse de me délivrer. Parce que mon frère vivait une existence tellement effrayante et que je suis certain justement que si j’apprenais quoi que ce soit que je ne sais déjà, cela ne pourrait qu’être un surcroît de douleur.
Alors voilà, cela fait quelques jours, depuis que j’ai repéré cette requête et je note au passage que l’orthographe de De Jonckheere y est parfaite, ce qui est rarissime que je me demande comment y répondre finalement. Sans doute parce que je suis le seul qui peut répondre, pas tellement à cette curiosité, celle qui conduit à la requête, mais l’un des seuls dépositaires du passé de celui qui fut mon frère. Et si pendant longtemps, j’avais le sentiment que cela me donnait surtout des devoirs, celui de garder trace, mémoire, et de faire vivre une manière de souvenir de celui qui m’était cher, mes sentiments sont devenus plus ambigus, et plus sains, avec le temps, j’ai appris qu’il n’était pas déloyal d’en vouloir tout de même à celui qui par la violence de sa mort avait abimé ma vie et l’avait rendue malheureuse, et il m’aura fallu douze ans pour accepter d’en vouloir, pas sans tendresse, à un mort, à un naufragé, à bien plus malheureux et moins armé que je pouvais l’être pour la vie.
De façon inhabituelle aussi, je sens que le sujet voisine des territoires que je n’ai pas envie de découvrir, par pudeur, ce qui sans doute en rassurera beaucoup, oui, j’ai de la pudeur.
Je me souviens du coup de téléphone d’une amie d’enfance, une personne que je ne voyais que de loin en loin, que je ne vois plus du tout, et un jour qu’elle appelait, mon frère était mort depuis un an ou deux, je vivais avenue Daumesnil, dans le fil d’une discussion qui ne présentait pas beaucoup d’aspérités, au détour d’une phrase, cette amie m’avait demandé quelles nouvelles j’avais de mon frère ? A l’époque j’en voulais à la Terre entière de cette mort, aussi j’éprouvais un certain sadisme d’annoncer à cette amie la mort de mon propre frère, ce qui de fait l’émut beaucoup. Ce dont je m’en suis voulu plus tard. Je ne suis pas un monstre.
Et dans le cas de cette requête je finis par me demander si ce ne serait pas un ancien camarade de classe de mon frère, qui avait appris, ces sites sont toujours tellement bien renseignés et référencés, au travers d’un site de recherche d’anciens camarades de classe, que mon frère Alain était mort et avait voulu en savoir davantage, dans un premier temps il avait demandé à un autre camarade de classe qui avait été plus à même de le renseigner, mon frère Alain s’était suicidé, et cette mort a beau dater d’il y a quinze ans, c’est une nouvelle récente pour cette personne qui du coup cherche à en savoir davantage encore. Je pourrais, j’en suis sûr, mener l’enquête, m’inscrire moi-même à un de ces sites et faire des recherches croisées, mais vous pensez bien que j’ai autre chose à faire et que je n’ai pas non plus envie de retourner dans certaines régions sombres.
Bref, c’est une pensée obnubilante que celle de cette recherche et je n’aime pas du tout ses remous. Je finis par en vouloir à l’inconnu qui conduit de telles recherches. Alors comprenant que cet article et le référencement aidant, si la recherche continue d’être d’un intérêt pour la personne émettrice, je pense que c’est le bon endroit, cette page, pour dire à cette personne que je ne souhaite pas recevoir de mail ou toute autre prise de contact de sa part, et que c’est là quelque chose que je lui demande instamment de respecter.
Toute la journée, les murs du
garage ont vibré, tremblé sous les coups du bras armé de ce terrible engin percuteur, marteau piqueur géant opéré par un ouvrier dans sa cabine, un type au sourire admirable, toujours de bonne humeur, même vendredi soir quand son engin était tombé en panne au milieu de la rue et que lui et son chef de chantier ont du attendre l’arrivée d’une immense dépanneuse pour terminer de déblayer le chantier, libérer à nouveau la rue à la circulation et pouvoir enfin rentrer chez eux, après cette semaine bien dure, quel métier terrible que celui-ci, piloter un engin aussi bruyant, une journée à moi qui ne le pilotait pas, cela m’a paru interminable, mais trente et quelques années de ce pénible métier, quelle endurance cela demande sûrement. De temps en temps, j’essayais de mettre de la musique,
September Song de Pascal Comelade, mais la musique ne résistait pas toujours, et elle devenait souvent davantage de bruit. Dans ces conditions, je n’ai pas été très productif, je le suis rarement le lundi, et j’ai vécu comme une récréation inespérée de devoir retourner chez le marchand de meubles suédois à monter soi-même pour un échange standard.
A la sortie de l’école, j’avais rendez-vous avec l’instituteur de Nathan, discussion correcte mais âpre pour ce que je pressens du combat qu’il va falloir mener pour cette fin d’année et pour l’année prochaine. D’ailleurs la petite remarque assassine de la directrice au passage me dit bien que le temps de la collaboration entre l’école et nous est sans doute fini. Je reste calme. Ca a l’air de rien, mais c’est un effort énorme de ma part. J’aimerais tant pouvoir crier contre cette injustice à la petite semaine, celle qui se construit dans la pente douce, quand les volontés des uns et des autres s’émoussent, dire d’ailleurs que ma propre volonté parfois connait des fluctuations, mais me laisser descendre tout près des derniers degrés, de ceux du découragement, de la partie abadonnée, cela jamais, non, dans ces moments moins heureux, je finis toujours par me resaisir et retourner, tête baissée, pousser de toutes mes forces, fin de la métaphore rugbystique.
En fin d’après-midi, je confiais les filles à Edith et disposant d’un peu de temps avant d’aller chez le psychomotricien, séance d’orthophonie annulée, je décidais de mettre à profit les bonnes dispositions de Nathan du moment pour commencer à préparer le repas. Moment de belle félicité, aidant Nathan à m’aider, j’avais mis une vieille galette de
, et ça commençait à sentir drôlement bon dans la cuisine. Nous avions tous les deux de la farine sur le haut de nos pantalons. Ce que ne manque pas de remarquer le psychomotricien qui nous accueille dans sa salle d’attente, et Nathan de lui expliquer que c’est parce que nous avons fait une tourte aux courgettes, le psychomotricien s’en félicite, je m’y attendais, comme d’un excellent échauffement psychomoteur. Et, de fait, la séance est très prolixe.
Le soir, les enfants couchés, s’infliger la peine de numériser l’enregistrement fait du marteau piqueur, son qui m’aura fait souffrir toute la journée, et que je subis, faut-il être entêté !, comme un surcroît de douleur, d’autant que j’en profite pour l’ampifier un peu, le niveau d’enregistrement étant un peu faible. Penser à changer les piles du microphone.