Il n’y a pas très longtemps, j’avais déjà beaucoup ri à cette découverte tardive d’un certain nombre d’artistes numériques, et des personnes les représentant, qu’ils avaient placé de faux espoirs dans la lettre de mission à la Goebbels que
le président des otaries de droite avait envoyée à sa ministre de la Culture, et que ce que le président avait entendu, dans cette lettre, comme étant une volonté d’encouragement des arts nuémriques ne leur était pas du tout destiné, mais ce que le président des otaries de droite entendait par arts numériques relevait en fait des jeux vidéos. C’est une conception évidemment très étrange de la culture que d’y ranger les jeux vidéos, mais passons, ma capacité d’étonnement pour tant de bêtise, je le remarque, est en grande baisse, ce qui n’est pas bon signe. Si seulement cela pouvait servir de leçon à toute cette clique de déçus de la lettre de mission à la Ministre de la Culture, non pas que je veuille les priver de quelles que subventions que ce soit, mais j’aimerais qu’ils m’expliquent de quelle subventions ils ont tant besoin quand ils ont sous la main à la fois l’outil et son vecteur de propagation.
Mais là j’avoue que c’est presque encore plus drôle. Je viens d’aller sur
la page concernant la création numérique sur le site du Ministère de Culture, et les bras m’en tombent. Avant de cliquer sur
le lien, est-ce que vous sauriez deviner de combien de sites internet le site du ministère de la Culture se fait l’écho ? 1000 ?, un vrai gros portail, moins ?, 500, un portail sérieux, moins ?, 100, un truc bouclé à toute allure pour meubler une case ?, moins encore ? 50 ?, 25 ?, non allez je vais vous le dire : six ! Ni plus ni moins. Six sites internet. Mais alors là, vous imaginez que c’est le
nec plus ultra, la sélection sur le volet très sévère, n’entre pas dans le sacro-saint site du minsitère de la Culture qui veut, amateurs s’abstenir. Je vous laisse juges.
C’est évidemment pitoyable.
C’est sans doute idiot, mais cela me ferait presque honte. Non pas que j’y puisse quelque chose d’ailleurs, et ce n’est pas du chauvinisme mal placé et très contrarié, pas de ça Lisette, je n’ai jamais eu la moindre raison de fierté d’être français, tout le contraire, mais j’ai honte de cette page.
J’ai honte, non pas que j’espérais que mon petit désordre ferait partie du lot, pitié !, je me rends bien compte qu’avec une sélection aussi serrée, je ne risquais de figurer sur un portail aussi élitiste, mais parce que les six sites ici représentés sont à mes yeux la définition même, à l’exception du
piano graphique — mais qui lui fait l’objet d’un soutien du ministère de la Culture depuis sa création presque — de sites merdiques avec des trucs qui bougent et
des machines qui font bing ! Sans doute cela qui me fait honte, que ce soit cela les arts numériques.
Il y a depuis la généralisation d’internet et singulièrement depuis celle du haut débit dans le pays, un véritable bouillonement en ligne, un accès inédit à des informations de qualité, une révolution entière des moyens de représentation et de diffusion pour les artistes, nous ne sommes enfin plus assujettis à une manière d’art officiel, tout du moins validé par des instances dans lesquelles on avait de toute façon placé beaucoup de méfiance, depuis dix ans en France j’ai enfin le sentiment de recontrer mes pairs, et on voudrait encore nous faire croire que l’essentiel de la création en ligne est contenu dans un portail merdique qui, nul doute, a été vite torché par un webmaster peu sourcillieux qui s’est empressé d’y ranger ses six camarades de promotion aux Arts Décos. Et parce que dans le ministère de la Culture l’incompétence règne sans partage sur cette matière qui fait peur, d’arts numériques et de réseau, une telle page est validée, dans toute sa médiocrité et devient une vitrine.
Le réseau c’est vraiment l’éléphant dans le couloir que nul ne saurait voir. Ca crêve les yeux à toute personne qui se prend un peu en main et qui tente de faire l’expérience par elle-même d’une immersion, mais le ministère de la Culture est encore capable de produire ce qu’il appelle pompeusement un portail, et
la page de liens de n’importe lequel d’entre nous recèle dix fois cela en nombre, en qualité ce n’est évidemment pas mesurable. On en est encore là, des particuliers qui occupent utilement leurs loisirs continuent de faire cent fois mieux que des institutions auxquelles on refourgue des architectures à la fois boîteuses mais surtout vides, et sans doute très coûteuses.
Non pas que je veuille non plus rattraper le coup, quelque part j’espère que cette merveilleuse page de sites internet recommandés par le site du ministère de la Culture sera un jour archivée, ils n’ont pas fini de rire les futurs historiens quand ils auront accès à cette page qu’ils pourront dater de l’époque même d’une mutation de civilisation d’aussi grande ampleur si ce n’est davantage que celle de Gutenberg, ils se diront que le ministère de la Culture français dans sa perception prospective de l’avenir avait une vue à peu près aussi clairvoyante que celle du ministère de la Défense français en 1940, je ne veux pas non plus faire de l’ombre au Ministère, je connais ma place merci, mais voilà tout de même une liste de liens vers des sites internet qui comptent. Et qui comptent autrement. Sont pas dans l’ordre, faut pas trop m’en demander non plus, ils sont déjà nettement plus facilement accessibles que depuis
la page de liens du désordre. Sont tous plus ou moins francophones, je ne suis pas non plus du genre à vérifier les papiers de mes amis &3151; à ce propos on peut également s’interroger du bien fondé de maintenir de telles frontières qui culturellement, justement, tendent à s’abolir ou à devenir plus européennes, mais bon faut pas trop leur en demander non plus au ministère. Autre remarque à propos des effets de frontières, dans la liste non exhaustive qui suit figurent délibérément des sites plus littéraires, parce que là aussi, les choses vont davantage dans le sens de la convergence que dans celui du cloisonnement étanche.
Le Terrier
remue.net
Poject Euh ?
Adam Project
Secrets
Piano graphique (également recommandé par le Ministère de la Culture)
le site de Michel Butor juste pour leur dire au ministère
tickets de courses
L’argoteur
Pour avoir l’heure
Soda play
Superbad
Echolalie
Willing to try
Chaoïd
trucs qui bougent et machines qui font Bing, étonnant qu’ils ne soient pas répertoriés sur le site du ministère
Photomontage
JK Keller
Poésies choises de Laurent Grisel
Monsieur Toussaint Louverture
Benoit Guillaume
De la farine en bloc
Christophe Bruno
Laurent Massénat
Fubbs
Planète urbaine
Site d’animation
Oculart
Charabia
Poupée volante
La Crouty Family
Tiers livre de François Bon
Grrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr
Le parloir de poche
Les industries lourdes
Carré
Lien que l’on donne gracieusement au webmaster du site du ministère de la Culture à partir duquel il trouvera de quoi agrémenter un peu sa page minable
Kilobytespatron
T A P I N
Les anonymes
Page 48
Thierry Tillier
Purpose
Thomas Dechamps
L’autofictif d’Eric chevillard
Chasse à la baleine
Lettres de démotivation.
Et dernière trouvaille, via
Laure Limongi,
Fayçal Baghriche


Ca y est, nous y sommes de nouveau. Anne attaque sa formation. Je me retrouve seul donc à la maison, et pour me mettre tout de suite dans le bain, Nathan n’a pas école parce que son instituteur est malade — au passage j’aime comme on se pique d’intégration scolaire et au premier contre-temps, nous fassions partie des premiers parents auxquels on demande de garder notre enfant à la maison, et ce n’est évidemment pas la directrice qui nous appelle mais une enseignante déléguée, sans doute parce qu’on ne souhaite pas à l’école mener deux situations conflictuelles à la fois, mais à vrai dire moi-même en ce moment, je n’ai pas non plus envie de livrer plusieurs batailles simultanées — je résouds donc de commencer par un peu de bricolage avec Nathan, manière d’enclencher favorablement le dialogue avec lui, il me suit partout portant fièrement les outils que je lui confie, première réparation, la porte qui coince de nouveau, on s’en sort avec quelques coups de lime, puis je décide de m’attaquer au carreau manquant dans la salle de bain. Je ne recommande à personne de scier du carrelage à la main avec une scie à métaux, on finit par arriver à ses fins, c’est certain, mais c’est pour le moins laborieux, il avait sans doute raison le type du magasin de bricolage d’être dubitatif quand je lui ai demandé si j’avais une chance de m’en sortir de la sorte, mais j’ai bien compris aussi comment il voyait d’un bon oeil que je lui achète une meuleuse, pour un seul carreau ?, il m’avait mal regardé, du coup je sue à grosses gouttes sur ma scie, avec, c’est vrai, et ce n’est pas très élégant, un certain sentiment de suite, j’aurais raison, dans cette joute fictive d’avec le préposé du magasin de bricolage. A mi-parcours dans la largeur du carreau, c’est là que je reprends mes vieilles habitudes, je mets de la musique, mais pas n’importe laquelle, une musique qui demande tout de même un peu de concentration, il y a trois semaines j’avais déniché dans la collection de disques de
L., une anthologie de trio à cordes contemporains, dans laquelle, j’ai eu plaisir à retrouver le trio à cordes de
Ton That Tiet que je n’avais plus entendu depuis longtemps, et qui naturellement n’est pas sans me rappeler les temps lointains du trio Calaïs et notamment de ce premier concert dans un amphithéâtre de la Sorbonne, et finalement ma découverte en concert d’une musique que j’écoutais déjà depuis quelques temps, mais dont j’étais loin de me représenter ses formes en concert, sa gestuelle et surtout sa spacialité et je continue de scier. En ahanant. Et sous les applaudissements de Nathan, je finis par gagner mon combat contre à la fois le carreau récalcitrant et le vendeur du même carreau également vendeur de meuleuses électriques, ma vie est décidément une aventure trépidante dont la musique de fond est un trio à cordes contemporain.
Nous partons chez l’orthophoniste, je profite de m’être mis les bonnes grâces de Nathan dans la poche et je prends rapidement les informations à la radio, où j’entends le ministre Xavier Bertrand répondre à la courageuse question d’un journaliste qui voulait savoir où en était le gouvernement dans la réalisation des promesses électorales de
Sarkozy en matière de réduction d’impôts — c’est curieux, mais en période d’endettement record de l’état, je ne parviens jamais à comprendre l’urgence de ces réductions des recettes fiscales de l’Etat — et la réponse de tomber, sans sourire, que cela fait justement partie des promesses qui ont déjà été réalisées, rappelez-vous le "paquet fiscal", et pensez-vous, que le journaliste de la fonction publique aurait eu un peu de nerf pour faire remarquer que certes il s’agissait de réductions d’impôts mais qu’elles étaient tout de même destinées aux 5% les plus aisés des foyers fiscaux.
Dans la salle d’attente de l’orthophoniste, j’en profite pour avancer d’une dizaine de pages dans le livre de Saul Friedländer,
les Années d’extermination, auquel je trouve tout de même pas mal de défauts de structure, mais je m’acharne.
Dans l’après-midi, avant de retourner à mes problèmes de carrelage, je prépare à la hâte des courgettes et des poivrons farcis que j’enfourne, je remets de la musique, volume assez fort, pour l’entendre d’un étage plus haut, deuis le salle de bain, du
Jean-Luc Guionnet. contre toute attente mon plan un peu capillotracté pour faire tenir le carreau manquant en équilibre contre le rebord de la baignoire, semble focntionner et une dose massive de silicone fait le reste, Nathan assistant parfait, à qui je demande d’aller me chercher un tournevis, et qui me demande "un tourneviche truchiforme ?".
Nous avons tout juste le temps de ranger les outils, et de nettoyer un peu nos saletés, en écoutant rapidement une pièce courte de
Berg, qu’ol faut partir chercher les filles à l’école, et je manque de foutre le feu à la maison en n’éteignant pas le four avant de partir à l’école, et d’enchaîner en allant à la piscine. Faire plusieurs choses à la fois. Je m’en étais guéri ces derniers temps. Apparemment pas définitivement.
Il est techniquement possible, je n’ai pas essayé, mais c’est techniquement possible d’écouter simultanément les trois morceux de musique liés à cet article — leurs ouvertures de fenêtres portent trois noms différent exprès — je pense que ce n’est pas faire justice à ces trois musiciens exceptionnels, tout comme il est techniquement possible de mener de front la cuisson de légumes farcis, un peu de plomberie carrelage et d’écouter de la musique contemporaine, mais je ne suis pas certain que l’on puisse par la suite être satisfait du résultat dans l’une de ces trois activités pris séparément.
Le soir, je lis quelques pages de
Ice Heaven Daniel Clowes.
Ce n’est jamais gagné avec des gamins de cet âge. On peut avoir le sentiment qu’on a gagné la partie, que ça y est cette fois ils ont compris, et puis, à la première occasion, ils démontrent qu’ils sont loin, très loin, d’avoir pigé. Avec Boris, depuis deux ou trois semaines, nous nous acharnons à faire comprendre à nos poussins que le jeu, le beau jeu, ne peut avoir lieu que dans la cohésion, le collectif, et les passes n’ont la chance d’aboutir que si toutes les courses sans ballon sont effectivement menées.
Aujourd’hui, je commençais par leur faire faire une montée en escalier classique, pas de mystère, on court tous dans le même sens, le but étant d’envoyer le ballon à l’aile, et d’aplatir en coin. C’est long à venir, mais je finis par y arriver. Alors ceci étant acquis, je complique un peu. L’ailier aura à passer outre un de ses camarades muni d’un bouclier. Ils sont dans le jeu, ça a l’air de fonctionner, alors j’ajoute une difficulté supplémentaire, je modifie la position de départ, ils sont tous à la queue-leu-leu, le premier reçoit le ballon et tout de suite les cinq autres joueurs doivent se déployer et se décaler, c’est long à venir mais on y arrive, une fois ou l’autre je me colle dans l’alignement pour accélérer les choses, ça commence à prendre forme, alors j’ajoute une étape supplémentaire, on commencera par un porteur de ballon qui va au contact contre deux camarades munis de bouclier, deux au soutien, on nettoie le ballon, un demi-mêlée le récupère et envoie le même mouvement vers l’aile, et l’ailier aura toujours à vaincre son camarade sur la ligne avec son bouclier. Non seulement cela commence à fonctionner mais en plus cela commence à les amuser, alors j’organise une ligne de défense en sous-nombre pour contrarier un peu cette belle attaque, et effectivement, c’est déjà nettement moins fluide, mais certains parviennent malgré tout à quelques beaux mouvements.
Il est temps d’organiser un petit match, je suis gros de l’espoir que je vais les voir mettre à profit les enseignements de la leçon d’aujourd’hui. Pas du tout, ils recommencent à faire des petits tas partout sur le terrain, on dirait l’Angleterre contre l’Afrique du Sud, qu’est-ce que cela va être quand je vais commencer à introduire dans leur jeu les coups pied à suivre, sans compter qu’ils commencent à être un peu échaudés et des petites disputes naissent à l’issue de certains regroupements. Sans compter que de nouveau ils plaquent comme des gorets, quand ce n’est pas directement à la jugulaire. Ils ne sont déjà pas capables de mettre en pratique ce qu’ils viennent d’apprendre aujourd’hui même, alors, pensez, ce qui a été rabâché il y a plus d’un mois, le placage, inutile de comtper dessus. Bref c’est un fiasco.
J’en connais un, Boris, qui sera très amusé, ce soir, de mon compte-rendu au téléphone.
Pour courroner cette belle journée, une des "dames du rugby", comme Nathan les appelle, lui a offert un sifflet, parce que toutes les semaines elle lui offre un petit quelque chose, un sifflet à Nathan, va falloir qu’à l’occasion je lui explique quelques-unes des spécificités de l’autisme.
Je réponds aux
questions d’une étudiante en psychologie, dont le sujet de thèse porte sur l’impact dans la vie quotidienne causé par l’autisme d’un enfant. C’est pour cette raison que l’on peut avoir le sentiment que je réponds à un questionnaire, dans lequel je dois me déterminer selon des termes sans nuance, suis-je plutôt satisfait, très satisfait ou très insatisfait de l’aide que l’on reçoit de l’état ? Elle est bien bonne celle-là.
Quel grand dommage, sitôt arrivé en haut du Puy de Pariou d’en être chassé par un vent puissant me giflant le visage de neige et me bousculant jusqu’à me faire tomber, glacé, redescendre aussitôt, mais quelle belle marche dans la neige tout de même pour arriver jusqu’en haut.