Samedi Samedi 26 janvier 2008



 

Vendredi Vendredi 25 janvier 2008



Soirée comme je les adore, dans le garage, il fait froid, les pieds, bleus, gelés sur le ciment nu, en haut tout le monde dort, je suis l’une des dernières lumières allumées du quartier, de temps en temps je remonte à la cuisine pour me faire un thé pendant que je charge tels ou tels gros fichiers ou que tel script s’attaque à une montagne de fichiers et je redescends, j’écoute Keith Jarrett au Blue note, merci Bernard, le volume est même un peu fort mais deux étages, trois des filles, me séparent des dormeurs là-haut et de leur nuit tranquille. Dans le garage, il y a du désordre, c’est que j’ai sorti le contenu de nombreuses boîtes, pour y chercher tout ce que j’ai pu faire de rayogrammes, scanner ce qui ne l’est pas déjà ou encore dans des piles de CDs ou même de DVDs de sauvegardes retrouver la trace de tel morceau de bois dont l’ombre a déjà servi tant de fois, et puis ensuite dans Photoshop monter et régler les différents calques, vérifier les alignements, se laisser surprendre par la forme incongrue d’un rayogramme dont le calque est trop grand, et alors se permettre un hors-champ, là, une superposition du texte sur l’image, respecter la règle que l’on s’est donnée, mais être attentif aux variations toujours possibles.

J’aurais pu y passer la nuit. Mais vers deux heures, j’ai compressé mes fichiers et je les ai chargés quelque part pour François, et me couchant finalement, découvrant, en montant, le désordre de la répartition des lits, Nathan toujours plus oedipien avait pris ma place dans mon lit, Madeleine, elle dans son lit, tandis qu’Adèle toujours soucieuse de son confort, avait monopolisé le grand lit d’invités et les deux couettes, la sienne et celle du lit d’invités, ai dormi avec elle, mais avant de m’endormir, je souriais que François naturellement matinal découvrirait le travail de cette journée, sûr que j’aurais un mail demain matin, en me levant.  

Jeudi Jeudi 24 janvier 2008



L’endroit est sûrement connu, je le découvre dans son entier pour la première fois, il s’agit du parc des Guilands de Montreuil, dont je ne connaissais qu’une toute petite partie, celle orientale et qui comprend un petit parc de jeux dans lequel il y a une grande toile d’araignée et quelques jeux d’eau, endroit paisible, comme une frontière entre une des parties résidentielles de Montreuil et une de ses citées aux immeubles immenses et aux façades lépreuses.

Lorsque les enfants m’avaient demandé d’y aller cet après-midi de grève de la fonction publique, j’avais pensé que c’était dans cette petite aire de jeu qu’ils voulaient aller, mais pas du tout comme me l’expliqua rapidement Madeleine, nous eumes donc à traverser tout le parc pour atteindre sa partie la plus septentrionnale, et je découvrais ce parc aux si vastes dimenstions et dont les paysagistes, Michel et christine Pena sont, à mon sens, de discrets génies du genre. Pour avoir conservé de grandes parties du parc inaccessibles au promeneur, ce qui donne cet effet singulier de traverser un paysage lorsque l’on s’y promène et non, comme souvent de suivre les chemins sinueux qui ont surtout causé de l’agrément au paysagiste de tracer les courbes sur sa table à dessin. Pour avoir tracé au contraire des axes rectilignes, étonnamment droits, lesquels accentuent ce sentiment de traversée ; Pour avoir gardé, pour tout le dessin de ce parc des gestes simples de dessin, de grands axes rectilignes donc, mais aussi des courbes légèrement incurvées, et n’avoir pas toujours disputé à la friche sa part, mais au contraire d’avoir ménagé des espaces amples, la grande pelouse qui donne sur la banlieue sud-est de la ville, quel plaisir que de marcher aussi longtemps dans du gazon, et atteindre enfin, l’espace de jeux convoîté par les enfants, où de fait ils ont trouvé un labyrinthe tri-dimensionnel sous forme de deux tours jointes, desquelles trois toboggans tubulaires permettent de descendre, et de devoir remonter dans les étages du labyrinthe pour emprunter un nouveau toboggan, pour avoir chaque fois accepté la plus simple des idées, une modeste cascade souligne l’escalier un peu plus pentu du bas du parc. Pour avoir ménagé des espaces pour chacun, deux parcs de jeux pour les enfants, tous les deux de caractères différents (et pour des âges différents), un petit stade avec sa piste et son terrain de foot, la demi-douzaine d’enfants regroupés devant l’une des cages, se rend-elle compte de sa chance de pouvoir jouer au ballon en pareil endroit ?, sur un aussi grand terrain ?, des jardins ouvriers, et cette grande esplanade qui permet de prendre du recul par rapport à la ville, tout en pouvant en admirer l’étendue. D’ailleurs dans ce mélange des espaces voisins les uns des autres, le sentiment que c’est là une image pour la ville, celle de la cohabitation des habitants des quartiers pavillonaires et des grands immeubles. Et un parc aussi où la végétation garde ses droits à son désordre naturel par endroits, lesquels sont traversés par ses axes comme des routes qui traversent le paysage en le respectant.

Le parc des Guilands de Montreuil n’a pas de grands airs, comme les grilles de ses confrères parisiens prestigieux, ni de faux rochers et de fausses chutes d’eau, il ne singe pas le paysage, ou plus exactement une idée stéréotypée du paysage, non il le traverse.  

Mercredi Mercredi 23 janvier 2008



Aujourd’hui mon groupe de poussins évoluaient sur le bord du terrain, du grand terrain divisé en autant de petits espaces de travail et donc parmi eux, mon groupe de vingt mômes, auxquels je faisais travailler aujourd’hui, les ballons portés, les mauls, et l’enchaînement après une percussion, et comment, notamment le joueur qui avait passé son ballon après une première percussion devenait le premier soutien du joueur auquel il avait passé le ballon, "dernier passeur premier soutien", dit l’adage. Ils me font plaisir les enfants, parce qu’on dirait qu’ils commencent à me faire confiance. Je ne suis plus juste le père de Nathan qui n’est pas vraiment entraineur, je suis vraiment en train de devenir leur entraineur-remplaçant — et aujourd’hui pour la première fois depuis avril dernier, Nathan n’était pas dans mon groupe mais entièrement autonome dans un autre groupe, celui de Boris. Et puis ils commencent à goûter à mes vannes, quand ils arrivent tous ensemble sur un regroupement et qu’ils déplument les ailes faute de replacement, je leur lance, des "regardez-moi toutes ces mouches qui se battent sur leur tas de fumier" ou encore, "les jaunes, vous attaquez comme des crabes", "les bleus en défense, z’êtes des passoires à très gros trous, pour très grosses pâtes". Et même aujourd’hui ils m’ont fait marrer parce qu’entre eux ils se houspillaient en utilisant certaines de mes expressions, Victor t’es pas "solidaire" !

Curieux aussi comme je n’ai presque plus de discipline à faire sur les gros trucs, si, tel gamin que j’envoie faire un tour de terrain pour une cravate, tu ne l’as pas fait exprès, mais tu vas faire exprès de faire un tour de terrain. Et qu’est-ce que j’ai ri quand une maman qui avait regardé tout l’entrainement depuis le bord du terrain est venue me dire qu’elle n’en revenait pas de l’autorité que j’avais sur son garçon. Un bon garçon d’ailleurs, rieur, joueur, malin comme un singe. Parce que j’ai répondu à cette femme, que je n’avais aucune autorité sur mes propres enfants, qui me rendaient chèvre à force de désobéissance. Et comme Nathan venait me retrouver en ayant copieusement aspergé le bas de ces chaussettes parce qu’il insiste pour laver à grande eau au robinent ses crampons chaussés, j’ai pu lui faire remarquer que je ne mentais pas.

Vous êtes le père de Nathan ?

Comme j’étais fier. Oui, je suis le père de Nathan, le petit bonhomme autiste qui est en passe de devenir la mascotte des mercredis du RC Vincennes.  

Mardi Mardi 22 janvier 2008



Ce soir j’apprends, presque, la mort d’un ami. Je vous rassure tout de suite, personne n’est mort. L’ami auquel je pense ce soir pesait trente tonnes.

Il s’agit du grand tilleul qui se tenait, immense, devant la maison dans les Cévennes. Je pense pouvoir dire sans me tromper qu’il a du gandir de la moitié de sa hauteur en trente ans que je l’ai connu, pour atteindre la très belle hauteur de dix-huit mètres. Cet arbre était également magnifique parce qu’en dépit de ses dimensions il paraissait en pleine santé, pas de branches mortes, des feuilles et des fruits à toutes les branches, les hautes comme les basses, et son volume de feuillage ne semblait jamais baisser d’année en année. Chaque été il enveloppait toute la partie habitée de la maison d’une ombre bienfaisante, en automne il était d’un jaune d’or magnifique et en hiver les ombres de ses branches nues couraient sur les murs de la maison, à l’intérieur aussi.

J’ai connu l’homme qui avait planté cet arbre qui allait bientôt devenir centenaire, il s’agissait de Lousteau, l’ouvrier agricole de la ferme du hameau. Lousteau était un homme de petite taille, sec, vouté par des années de travail, le cuir de ses paumes était admirablement épais, et lorsque nous l’aidions à rentrer les foins en été, je l’ai vu deux fois ramasser une vipère par la queue pour la tuer en lui fouettant la tête contre le tronc d’un chataîgnier, enfants nous étions terrifiés lorsqu’il faisait cela. Cet homme avait peu d’instruction, mais un savoir innombrable des ressources autour de lui, il semblait capable de trouver des champignons presque toute l’année, il ramassait les chataîgnes encore dans leur bogue sans se piquer le bout de doigts selon un geste qu’il m’avait appris, il cultivait sa vigne de laquelle il tirait un clinton terrible, et lorsqu’il en avait bu quelques verres, il racontait volontiers l’histoire de sa vie, et comme je regrette qu’alors je n’étais encore qu’enfant et n’avais pas du tout le sens de sauvegarder de tels témoignages. Je me souviens surtout de cette histoire de démobilisation en 1940 et comment, de Paris, il partit à pied pour rejoindre ses Cévennes, et que dans l’été de 1940 qui ne fut doux pour personne sûrement, lui se souvenait de nuits à la belle étoile sous des arbres dont il avait mangé les fruits, et il sut qu’il était bientôt arrivé lorsqu’il entendit les première cigales. De comment il s’était orienté pour retourner dans les Cévennes depuis Paris, personne n’a pensé à lui demander, mais je serais à peine surpris que la réponse fut avec le soleil et les étoiles. Lousteau est mort à l’âge de 73 ans en octobre ou novembre 1981, je ne suis plus sûr. Quinze jours avant cela il avait arrêté de travailler tous les jours à la ferme parce qu’il ne se sentait pas bien, je suis certain que cette science de la vie qui était la sienne avait du lui annoncer sans pouvoir se méprendre l’arrivée très prochaine de la grande faucheuse, aussi s’était-il assis à l’entrée du village jusqu’à ce qu’elle vienne le prendre. Il est mort d’épuisement.

Son tilleul a lui continué de grandir et de croître.

J’ai commencé à me servir d’un appareil-photo à l’âge de 14 ou 15 ans. Il s’agissait du Minolta SRT100 dont le père m’avait montré et expliqué l’utilisation, ses deux réglages principaux, le diaphragme et la mise au point, quand l’aiguille se superposait parfaitement avec le rond, l’expositon était correcte, pour la mise au point il fallait se fier à l’oeil. Je suis parti en promenade pour revenir une heure plus tard et demander à mon père comment on faisait pour rembobiner le film et avoir une autre pellicule, il était estomaqué et m’expliqua qu’en une heure je venais de faire autant de photographies que lui en six mois, peut-être même plus. Je ne suis pas certain qu’il ait jamais refait une seule photographie avec son appareil, tant je suis devenu le photographe indisputé de la famille sans compter toutes les autres photographies que je prenais et qui ne concernaient pas stricement le cercle familial. D’ailleurs deux ou trois ans plus tard, j’eus droit à un agrandisseur, un petit Durst, avec comme un objectif un immode cul de bouteille, acheté d’occasion au frère aîné d’un camarde de classe pour 300 francs. Ce qu’il y avait d’étonnant dans ce cadeau inhabituel, c’est qu’il n’était pas la célébration de quel qu’aniversaire ou fête que ce soit ni même (et c’était quasi impossible à l’époque, tant j’étais cancre) la récompense pour quel que résultat scolaire que ce soit. C’est donc véritablement un pas de côté dans l’éducation de mes parents qui a fait de moi un photographe. Mais dans mon esprit la photographie et les Cévennes ont toujours été intimement liés.

Et le tilleul immense y était sans doute pour quelque chose. Sans doute parce qu’en automne il agissait comme un aimant pour mes tentatives en Kodakrome — la photographie argentique est morte lorsque Kodak a cessé de produire ce film et quand Agfa a cessé de produire du papier noir et blanc Portriga. Et les jeux de lumière que le tilleul dessinait dans l’embrasure des fenêtres en fin de journée était des sujets de photographie inépuisables également.

Un été, en refermant les volets dans la chambre au dessus de la cuisine, un tout petit trou dans un des volets avait dessiné un gigantesque sténopée sur le mur du fond de la chambre. On y voyait l’immense tilleul. La tête en bas.

Le tilleul a été abattu aujourd’hui par des bûcherons, qui auront mis, à cinq d’entre eux, pas loin d’une demi-journée pour venir à bout de son tronc d’un mètre trente de diamètre, parce la prolifération de ses racines, les plus grandes d’entre elles avaient une soixantaine de centimètres de diamètre, a causé à la fois l’éboulement du chemin du village et causé également des dégats dans les canalisations d’eau de nos voisins cévennols.

Je n’arrive pas du tout à imaginer les lieux sans lui.  

Lundi Lundi 21 janvier 2008



Je savais bien que cela me ferait du bien d’emmener Adèle à l’école en vélo, de traverser une partie du bois de Vincennes en prenant par les petits sentiers, que cela me calmerait en somme. Parce que de retour à la maison, encore essoufflé, j’ai allumé ma machine et j’ai tout de suite ressenti le besoin de passer à autre chose, ne serait-ce que de décharger les images, cette fois-ci l’intervallomètre réglé sur trois secondes, et de les soumettre à un traitement par lot puis de programmer leur affichage à intervalle régulier, toujours le sentiment idiot, mais évidemment enthousiasmant de réinventer le cinéma quand je fais cela, et pendant que ceci opérait en tâche de fond, monopolisant tout de même une bonne part de la mémoire vive de la machine, je faisais le dernier tri des images de l’année tout juste passée, et cette fois-ci je préparais un zip qui contenait bien une photo par jour pour Alain de bonobo. Et était-ce la succession des tâches, les images animées du vélo dans le bois, la traversée de ces couloirs de végétation, et le défilement des images de toute une année qui vient de s’écouler, j’avais, en travaillant à cette seconde série d’images, la sensation aussi d’un cinéma, à la fois plus lent dans son défilement, mais incomparablement rapide dans l’intervalle de temps réel, une année, dans lequel il découpait.

Chaque nouvelle année je remarque, en créant de nouveaux dossiers dans les différentes parties de mon travail, un nouveau sous-dossier qui porte le nom de l’année qui commence, je remarque la lente accumulation sur mon disque dur des anciens dossiers, j’ai peine à croire que les premiers fichiers de bloc-notes du désordre datent de 2002, que les premières photographies numériques datent de 2003, que les premières images scannées datent elles de 1999 — et comment mon maniement de Photoshop était tellement balbutiant qu’il m’arrivait de faire des manipulations dans le laboratoire et d’en scanner le résultat, plutôt que de me hasarder avec les menus déroulants du programme, dont j’ai peiné un temps à comprendre une logique qui m’apparait aujourd’hui avec naturel — en grande partie grâce à un premier enseignement de mon ami Ray Martin, et des fréquents conseils par la suite de mon ami L. Et pourtant 1999, c’était hier. Madeleine venait de naître.

C’est ce mélange de lente accumulation de dossiers, et de fichiers, d’entassement et au contraire de regard rétrospectif extrêmement rapide qui me donne à contempler la brusque accélération du temps. Etrange que cela ne crée pas chez moi de sentiment d’angoisse compréhensible, mais plutôt une acceptation, et de la curiosité de savoir, enfin, quelle sera la hauteur finale de mon petit tas d’images, de textes, de fichiers html et de dossiers et leurs imbrications, infinies presque, de sous-dossiers, tels des poupées russes.

Je n’ai pas peur, je suis rempi de curiosité.

 

Dimanche Dimanche 20 janvier 2008



 

Dimanche Dimanche 20 janvier 2008

A : Monsieur le directeur de France 24
5 rue des Nations Unies
92445 Issy-les-Moulineaux


De : Philippe De Jonckheere
xxxx
94120 Fontenay-sous-Bois


Clermont-Ferrand, le 19 janvier 2008


Monsieur le président de France 24


J’ai l’honneur de vous proposer ma candidature pour le poste de chroniqueur de billets d’humeur. Diplômé de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs de Paris, option photographie, Master of Fine Arts de the School of the Art institute of Chicago, je suis par ailleurs l’auteur d’un site internet, le désordre, dans lequel je tiens une chronique quotidienne, intitulée le bloc-notes du désordre, laquelle joint souvent au texte, l’image, parfois la vidéo et assez souvent le son.

Ce qui motive ma candidature c’est d’avoir visionné ce matin la récente contribution d’une de vos collaboratrices, Madame Christine Okrent, et d’avoir obtenu de l’hebdomadaire Le Point le renseignement de sa rénumération annuelle pour cette chronique annuelle, 120 000 euros.

J’imagine que je pourrais présenter les mêmes prétentions salariales, mais conscient que pour rendre ma canditature attrayante, il serait de bon ton de brader mon offre, je vous propose des chroniques hebdomadaires deux fois plus longues, entre six et dix minutes pour un salaire deux fois moindre, soit 60.000 euros, mon offre est donc quatre fois plus intéressante que celle de Madame Okrent.

Par souci d’honnêteté intellectuelle, je vous propose de comparer la chronique que Madame Okrent a faite à propos du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir et d’une part, une chronique sur un sujet voisin, qui m’a valu d’être interviewé assez longuement, dix minutes, par la Radio Suisse Romande dans l’émission Médialogues d’Alain Maillard et de Pascal Bernheim et l’article d’être repris dans le Contre-journal de Libération, vous pourrez alors tout à loisir comparer la prestation de Madame Okrent et la mienne, qu’en toute modestie, je trouve nettement plus fouillée.

Cette semaine, vous pouvez également lire deux de mes billets, l’un sur un sujet d’actualité, la mort du champion d’échecs Bobby Fischer et l’autre sur un événement culturel, l’exposition des collections de l’enfer de la BNF.

Par ailleurs, je note au générique du billet d’humeur de Madame Okrent un générique assez long, je pense pouvoir travailler avec beaucoup de soin avec le tiers de cet effectif. Pour cela aussi vous réaliseriez sans doute de précieuses économies.

Enfin, quand on regarde l’émission de Madame Okrent, on remarque qu’elle ne cesse de passer d’une caméra à une autre de façon pas toujours très adroite, non pas que je mette en doute ses compétences en audiovisuel, mais tout de même on a l’impression d’une facture un peu expéditive, et que son billet d’humeur aurait peut-être mérité quelques prises supplémentaires et un montage plus précis, connaissant les nombreuses autres activités de Madame Okrent, je comprends qu’elle soit contrainte d’aller un peu vite, si nous nous mettons d’accord sur les 60.000 euros annuels, je m’engage à ne travailler que pour vous, aussi disposerai-je de davantage de temps pour fignoler, dans les moindres détails, les six à dix minutes de ma chronique hebdomadaire, donc deux fois plus longue que celle de Madame Okrent que je n’hésite plus à considérer comme ma concurrente directe dans votre grille de programmes.

Deux derniers détails, pour avoir étudié trois ans aux Etats-Unis et vécu également trois ans en Angleterre, je puis vous assurer que je parle parfaitement anglais, là aussi, objectivement, bien mieux que ma concurrente, Madame Okrent, de même qu’un peu d’Allemand que je peux lire tout à fait intelligiblement pour une personne germanophone, je dis cela pendant que votre chaîne a toujours pour mission de s’exprimer parfois en langue étrangère. Enfin, détail pratique, je n’ai aucune relation personnelle, ni aucune sympathie d’ailleurs — ça je puis vous l’assurer — avec quel que membre du gourvernement que ce soit, vous n’avez donc pas à craindre de ma part ni risque de collusion, ni possible scandale de favoritisme, je suis sûr que vous apprécierez.

Dans l’attente impatiente de votre coup de téléphone pour me donner le feu vert de ma prochaine émission, je vous prie d’agréer mes respecteuses salutations.

Philippe De Jonckheere.





Pour les lecteurs habituels de ce bloc-notes je m’excuse de ce rabâchage de l’affaire Simone de Beauvoir / Nouvel Obs, mais comme j’envoie effectivement cette lettre de motivation au directeur de France 24, je suis un peu contraint de me mettre en avant pour la rendre crédible
Le bloc-notes du désordre