Samedi Samedi 30 juin 2007



 

Vendredi Vendredi 29 juin 2007







Lorsque l’on va au spectacle ou au concert, ce n’est finalement pas si souvent que l’on ait à envisager la fragilité du spectacle, on a tous assisté à une corde qui lâche, dans un quatuor, on est obligé de s’arrêter et de reprendre au début, la réparation faite, mais dans un orchestre symphonique, la chose peut être conciliée, parfois grâce à des échanges d’instruments si par exemple le violon défaillant est celui d’un premier violon, mais si vous étiez en train de fermer les yeux à ce moment, particulièrement émouvant de telle symphonie, il y a en fait peu de chances pour que vous remarquiez ce petit manège, tant les violons sont nombreux, de là à penser que certains pourraient facilement passer inaperçus en faisant semblant de jouer, d’ailleurs de ce que je sais cela arrive, il y a des brebis galeuses partout, même dans les orchestres symphoniques, mais tout de même si vous êtes le clarinettiste d’un orchestre qui joue le Mandarin merveilleux de Bartok, il importe que votre anche et vous tiennent le coup. Dans les pièces de théâtre, il y a les impondérables que l’on associe avec plus ou moins de bonheur à la pièce, "on enchaîne", dit-on dans ces cas-là, une amie qui fait du théâtre m’a même parlé d’une représentation où suite à une grossière erreur d’un des acteurs, c’est tout un acte qui était passé à la trappe, un acte manqué sans doute, je pense aussi à la destruction complète d’une pièce parce que l’actrice principale est tout à fait soaule dans Opening night de John Cassavetes, mais là c’est du cinéma, on voit d’ailleurs bien qu’ils font du cinéma, qu’on ne laisserait jamais monter une actrice aussi saoule en scène. Dans un genre voisin, je me souviens d’une exposition de mes photos pour laquelle Pascal devait me fabriquer des coffres à lumière, et comme souvent Pascal arriva avec un tel retard, que j’ai fini, avec son aide, par monter cette installation lumineuse, en plein vernissage, sans même me rendre compte, c’est ce qu’on m’a dit plus tard, que cela parraissait être un happening tout à fait volontaire, bref les accidents cela rrive, et ce n’est pas toujours un drâme.

Ce soir on aura fait un assez sale coup à mes amis du Surnatural Orchestra pendant une de leurs ciné-projections de la Nouvelle Babylone, dont ils jouent la musique qu’ils ont entièrement écrite, sous l’écran, certains d’entre eux prenant, à tour de rôle, la direction de ce bâteau faussement ivre qu’est le Surnatural Orchestra, dans le cas de la ciné-projection de la Nouvelle Babylone, surtout avec des efforts pour caler les effets sonores avec les images qui défilent au dessus de leurs têtes et auxquelles les musiciens tournent le dos. Et ce soit effectivement, je n’aurais pas aimé être à leur place puisque le projectionniste très approximatif a inversé l’ordre des bandes, jouant la bobine de la fin en plein milieu du film. Autant on peut pratiquer ce genre de sport dans l’intention de détraquer volontairement les choses et tenter de faire naître de nouvelles idées d’un tel désordre, autant quand vous avez sous l’écran une vingtaine de musiciens qui se calent sur les images, un tel changement inopiné est nettement plus délicat à négocier.

Le Surnatural Orchestra pratique, pour sa direction, le sound painting, qui est une technique gestuelle destinée à communiquer aux musiciens, par gestes, des directives qui peuvent être très précises et surtout très nombreuses, il existe plusieurs centaines de ces gestes, sorte de language des signes pour musiciens sourds. Par ailleurs le sound painting permet notamment l’improvisation collective tout étant cadrée par l’un des musiciens qui dirige l’ensemble. Et c’est grâce à cette technique que Baptiste, l’altiste, a réussi en quelques secondes, longues d’hésitations, à faire comprendre à ses camarades du Surnatural Orchestra ce qui l’avait d’abord désarçonné, le désordre dans les bobines, et réassociant aux images de la fin, la musique de la fin du film, puis cette bobine déplacée entièrement projetée, il parvint également à faire reprendre à l’orchestre la partition là où la séquence erronée des bobines reprit.

Quel sauvetage !

Et quelle désinvolture de la part du projectionniste qui n’eut pas l’idée ni de s’excuser auprès du public à la fin de la projection et même pas d’aller s’excuser auprès des musiciens.

L’enregistrement que vous pouvez écouter en tête de cet article est donc une interprétation tout à fait inédite de la Nouvelle Babylone du Surnatural Orchestra, je pense que désormais ils joueront souvent la peur au ventre qu’une telle bêtise puisse un jour se reproduire. Tout cela par la faute du projectionniste, auquel ils dédièrent très gentiment, pleins d’ironie les applaudissements auxquels ils eurent tout de même droit, et qu’ils n’avaient pas démérités.  

Jeudi Jeudi 28 juin 2007



C’était aujourd’hui la dernière journée qu’Adèle passait chez son assistante maternelle, Blandine. Je ne pense pas qu’Adèle, en dépit de nos explications, en concevait la moindre émotion, mais Blandine et moi si, nous étions fort émus, et surtout quand Blandine donna à Adèle un gros carnet joufflu dans lequel elle avait consigné tant de tant de petits détails.

Le journal d’une petite fille de trois ans, tenu scrupuleusement par sa nourrice.

Ce que j’y lis au hasard :

Papa me dépose il est en colère après moi car je suis le diable a-t-il dit à Blandine. Je joue, fais encore caca à la culotte, mais ce n’est pas de ma faute car Damien prenait sa douche et que la porte était fermée à clé. changer, bu jus de fruit et sortie au relais, y joue, fais de la peinture. Retour, je mange de l’avocat, filet mignon pommes de terre carrottes (finis mon assiette pour ma première fois) comté, poire, fais pipi et la sieste pendant une heure. Jouer dans le jardin, ramasse des noisettes, mais n’en mange pas. Bu lait et manger du gâteau à la noix de coco et un quart d’une banane, jouer, papote, questionne, je veux savoir. Puis maman vient me chercher.

Et comme je suis surpris de trouver cette intersection avec mon propre journal :

Mon papa regarde l’éclipse sur le trottoir et en fait profiter Blandine et d’autres passants ainsi qu’une classe d’élèves.  

Mercredi Mercredi 27 juin 2007



Et si j’étais autiste, moi-même ? La question posée de la sorte ferait presque rire, comme ferait rire une boutade ou une pique ? Mais elle me poursuit. Anne qui en connaît un rayon sur le sujet, me soutient qu’elle ne serait même pas étonnée que je puisse relever du syndrôme d’Asperger. Affligé de façon très légère, mais atteint malgré tout.

Et je vois bien comment je n’aime pas du tout penser à tout ceci. Je n’aime pas penser à cette possibilité. Je n’aime pas penser à toute mon existence jusqu’à maintenant dans cet éclairage trop violent, trop incident.

D’abord, je ne peux pas supporter l’idée que si c’était effectivement le cas, cela voudrait sûrement dire que je n’ai pas été seulement un porteur sain de cette tare génétique envers Nathan, mais davantage un porteur actif. D’après ce que je sais, les connaissances actuelles en matière de transmission génétique de l’autisme penchent davantage pour une combinaison génétique entre deux porteurs sains et dont l’association permet au gène de s’imposer. Donc même si je n’étais pas autiste, et Anne ne l’étant pas non plus, je serais tout de même en grande partie responsable. Mais je n’aimerais pas apprendre que je suis seul porteur de ce qui affecte tant Nathan. Merci de ne pas m’écrire pour me dire que c’est idiot de penser à ce genre de choses, ce n’est pas vous qui vivez avec cette culpabilité, même si elle est idiote.

Je n’aimerais pas non plus cette idée que ma façon d’ensisager le monde soit finalement le fait d’un dysfonctionnement cérébral et qu’alors ce que je tiens pour être mes inventions ne serait qu’une interprétation, comme d’écrire sous la dictée, de ce que je ne peux percevoir comme les neurotypiques. J’aurais alors le sentiment que l’on rogne le mérite de mon imagination.

Je n’aime pas que ce serait une explication assez convaincante de cette façon un peu isolée qui a été la mienne pour ce qui est de traverser l’existence, que cet isolement, cet écart et ces assez nombreuses stygmatisations quand j’étais enfant, et pire, adolescent, auraient été motivés chez mes semblables par une sorte de méfiance naturelle vis à vis de ce qui me différencait de façon souterraine.

Je n’aime pas que cela rejoigne les hésitations de mes parents à mon sujet, enfant, qui soupçonnaient que je puisse être un enfant surdoué, quelle gageure alors d’essayer de leur donner raison ! Et le peu de répit qu’occasionnait une telle recherche.

Je n’aime pas, cela me serait terriblement inconfortable, qu’il y aurait cette différence objective entre mes proches et moi, je n’aimerais pas qu’Anne vive avec un autiste. Je n’aimerais pas que les enfants aient un père autiste.

Je n’aime pas que ce serait aussi une explication convaincante de ma déficiance de mémoire auditive et au contraire de ma mémoire visuelle très performante, ce dont je m’étais toujours félicité jusqu’à maintenant, pensant, alors à tort ?, que c’était le fruit d’un très grand travail d’entraînement visuel.

Je n’aime pas cette impression étrange que ce serait une explication éclairante à l’inadéquation qui est souvent la mienne à envisager les rapports humains, non pas que je ne sois pas capable de prendre en considération les autres, j’ai le sentiment d’y être attentif, mais de si souvent être surpris de la façon dont raisonnent les autres, et de pas parvenir souvent à leur expliquer ma façon de voir. Quiconque qui aurait subi ma pédagogie sait très bien ce que je veux dire, ce n’est même pas que j’explique mal, c’est que je n’explique pas du tout.

Je n’aime pas ce que cela signiferait et me montrerait bien dans mes faiblesses analogiques. Ma difficulté à envisager des sorties de système dont j’aime au contraire éprouver le caractère totalitaire.

Je n’aime pas, c’est de la dernière violence pour moi, que je puisse être autiste. Je me sens très vulnérable à cette possibilité. Je n’aime pas reconnaître que cette supposition tienne en telle des éléments de raison.  

Mardi Mardi 26 juin 2007

 

Lundi Lundi 25 juin 2007



J’ai beau m’en faire un slogan, ne pas se fier aux apparences, je m’aperçois régulièrement que je me suis insuffisamment tenu à cette exigence. Il y a six mois, j’avais reçu un mail d’une universitaire qui souhaitait faire son mémoire à propos du site désordre, méfiant, j’avais tout de même accepté, au motif que justement il ne fallait pas se fier aux apaprences. Qu’il était malgré tout possible que quelque chose d’intelligent sorte du milieu universitaire dont tout m’échappe, à la fois la méthodologie et les carcans, mais j’avais accepté de me prêter à ce jeu. Et donc de répondre à une première batterie de questions, et quand ces questions étaient arrivées, je m’étais dit que je n’aurais pas du accpeter tant les questions auxquelles je devais maintenant répondre ne me paraissaient pas avoir un rapport cohérent avec mes péoccupations, j’y répondais malgré tout mais d’assez mauvaise grâce, et à la fin de mon mail j’ironisais auprès de ma correspondante que je connaissais les habitudes de ce genre d’études, une fois les questions posées et répondues, les informations amassées, je pouvais être certain que je n’aurais plus de nouvelles de ces travaux. D’ailleurs je n’ai pas reçu de réponse sur ce dernier point.

Et puis ce matin je reçois un imposant document en pdf, qui est justement cette lecture experte du site selon des critères de lecture et un angle d’étude que je n’aurais pas crus soupçonnables. Un peu comme si, toutes proportions mal gardées, il s’était agi d’analyser un tableau célèbre, comme la Ronde de nuit de Rembrandt, mais plutôt que d’en faire une analyse picturale, on l’avait passé au travers de toutes sortes de moulinettes pour en faire une analyse chimique, des vues en coupe, des radios et qu’on se soit beaucoup attardé sur l’esquisse qui se trouvait au dos de la peinture dont tout pourtant portait à croire qu’il s’agissait d’un croquis raté et que justement Rembrandt avait retourné la toile avec la réussite que l’on sait. Nul ne ferait confiance à une telle analyse. Tout du moins pour ce qu’elle serait capable d’apporter comme renseignements à la lecture patiente de ce sublime tableau.

Et pourtant, je me demande si de vraies découvertes ne se cacheraient pas dans les plis de ce genre d’études. Parce qu’à la lecture du mémoire de Marie Serindou à propos du désordre, je suis très surpris d’apprendre toutes sortes de choses. Je découvre en effet que les menus déroulants en haut du plan du site sont en fait en contradiction complète avec le principe même de la page d’accueil et du site en général, que la page que je considère comme étant la véritable page d’accueil du site ne remplit pas ce rôle ou très mal, et pourtant comme je me suis donné de mal à la concevoir et à la construire, et que contrairement à ce que je pensais la dimension horizontale du site est telle qu’elle gomme celle plus verticale à laquelle j’avais également consacré beaucoup d’efforts. Je découvre également que la dimension conative du site est très faible parce qu’elle est noyée dans l’océan d’impasses et de fausses pistes, je découvre, je vous assure que je le découvre, que la navigation jonchée de pièges dont je pensais honnêtement que l’on puisse tirer plaisir, peut se révéler comme la source de terribles frustrations et je découvre enfin, ce à quoi je n’avais pas consacré la moindre pensée, que le site est terriblement impraticable pour une personne handicapée, je présume que l’on pense principalement aux personnes mal voyantes, ce dont je ne suis pas fier du tout, mais j’avoue que je ne comprends pas du tout comment je pourrais faire différemment. S’il y a parmi vous des personnes qui me lisent et qui le font justement au travers de telles difficultés, j’aimerais beaucoup pouvoir en discuter, tâcher de remédier à tout cela et pourquoi pas faire quelques pages qui vous seraient entièrement destinées. Mon mail est ici.

Je continue de beaucoup m’interroger en revanche à propos de cette urgence qui veuille que le visiteur puisse influer sur la teneur du site, si toutefois j’ai bien compris cette notion incompréhensible naturellement par moi, de web communautaire ou de web 2.0 et pouquoi il m’est si souvent reproché de ne pas m’y prêter notamment en n’ouvrant pas les commentaires, fonction pourtant existante, du bloc-notes. Je persiste à penser que ce serait une très mauvaise idée. D’ailleurs dans le mémoire de Marie Serindou, on parle de contamination du site par ses visiteurs. Et justement parce qu’il a coûté tant d’efforts à sa construction, je n’ai décidément pas envie de livrer le site à cette prolifération mal maîtrisable. Il y a toujours cette idée, de donner un espace qui permettrait aux visiteurs de composer leurs propres pages du désordre, à l’aide de ses éléments existants, mais il semble que pour le moment la mise en application d’une telle idée ne soit pas facilement praticable et demanderait à Julien, pour sa programmation, un travail titanesque.

Je réalise également à la lecture de ce mémoire que j’ai des soucis à ma faire pour sa pérénité, qu’il n’est pas impossible que l’évolution des outils de lecture des données qui composent le site puisse un jour aller à l’encontre de cette lisibilité. J’ai déjà eu un embryon de discussion sur le sujet avec Josué Rauscher à Aix qui m’avait montré que le site, quand il était lu sur un écran à la très puissante définition, la plupart de ses images, et notamment celles de la Vie, était à la limite du lisible. Et pourtant, je ne peux pas imposer des images trop grandes et les mises en page qui vont avec à tant et tant de visiteurs qui, comme moi, visitent le désordre sur un écran à la largeur un peu au delà de 1000 pixels. Pour cela aussi, je vois qu’il y a des questions qui restent sans réponse.

Mais ce que je retiens le plus, somme toute, dans cette étude, c’est de comprendre que sa grille de lecture qui ne m’est pas du tout familière, presque hostile, puisse justement me procurer un point de vue inédit. Ce que mes façons d’appréhension coutumières n’ont aucune chance de m’accorder.

Encore une fois, il ne faut jamais se fier aux apparences.

Merci Marie.  

Dimanche Dimanche 24 juin 2007



Le bloc-notes du désordre