Samedi Samedi 26 mai 2007

Quel empressement ce gouvernement de droite décomplexée met à faire des cadeaux fiscaux d’importance aux plus riches du pays ! Et on se demande bien où est l’urgence ? Et comme on peut sentir que ce ne sont là que les première mesures, qu’arrivera bientôt le moment des autres mesures promises en direction de la France qui se lève soit-disant tôt, comment on va retirer aux plus démunis ce qui justement faisait notre seule fierté française, le RMI, ce sera d’autant plus facile d’argumenter que le financement du RMI coûte de trop au pays, puisque justement ce dernier se sera préalablement privé des recettes fiscales en provenances de l’ISF, des droits de succession et de la marge entre 50 at 60% du bouclier fiscal — c’est d’ailleurs curieux de voir comment les chiffres avancés pour ces manques à gagner fiscaux correspondent, à peu près, au coût annuel du RMI. C’est sans doute cela la droite décomplexée qui prend aux pauvres pour permettre aux riches de payer moins d’impôts. Le sentiment que l’on est en train de nous voler ce que nous avions de meilleur, c’est-à-dire un système qui n’était pas parfait, loin s’en faut, mais qui tendait vers quelque chose de juste, où les plus puissants permettaient aux plus démunis de vivre dignement.

Un peu moins de 100.000 foyers fiscaux sont concernés par le bouclier fiscal — d’où l’urgence de ces mesures sans doute. Et seulement 2000 (2%) de ces foyers ont entammé les procédures pour en bénéficier : admirable preuve de civisme, en préférant ne pas bénéficier de cette protection plutôt que de communiquer honnêtement à propos de leurs revenus, de peur d’attirer l’attention du fisc.

L’arrogance et le cynisme de tout ceci.

A ce rythme là mon fichier extreme_droite.txt risque de se remplir très rapidement.

 

Vendredi Vendredi 25 mai 2007



 

Jeudi Jeudi 24 mai 2007





Levé ce matin en fredonnant un de ces airs que j’ai le sentiment d’entendre avec précision mais en étant incapable de savoir d’où vient cet air, de quel disque ?, de quel morceau ?

Je ne me réjouis pas beaucoup de cette journée, j’ai rendez-vous à l’hôpital pour un examen rectal que j’appréhende à la fois pour son désagrément objectif, mais aussi parce je n’aime pas beaucoup cette indécision des médecins à mon égard. Et pourtant j’ai cet air en tête, je pourrais presque en fredonner les paroles phonétiquement, mais je suis incapable, décidément, d’en retrouver la provenance. Je fais ma toilette, sans doute plus appliqué qu’un autre jour avec la raie de mes fesses, je fouille dans le petit sachet en papier, la boîte qui contient mon lavement, je soupire un peu à l’idée de m’injecter la chose où je pense — comment dire cela justement ? — n’étant pas du tout coutumier de ce genre de traitement, je déplie la notice en continuant de siffloter cet air qui me trotte dans la tête, je tente de le fredonner, mais non, décidément non, je ne ne parviens à retrouver ce morceau, et là je commets cette erreur qui fait la jalousie d’un de mes collègues, pas très anglophile, je lis, sans m’en rendre compte la partie du mode d’emploi en anglais, ennema, ennema, ennema (ennema signifie, en anglais, lavement), et je ris à gorge déployée, l’air que je fredonne depuis ce matin est the Illinois ennema bandit de Frank Zappa (le bandit des lavements de l’Illinois, une chanson à propos d’un fait divers, un détraqué qui violait ses victimes en leur faisant un lavement, qui d’autre que Zappa peut faire une chanson à propos d’un truc pareil, avec naturellement force solos de gratte et orchestration grandiloquente ?)

N’empêche je l’aurais fredonnée toute la journée cette chanson, un peu, lors du rendez-vous, pour me donner du courage. D’ailleurs le médecin qui aura pratiqué la rectosigmoïdoscopie fait partie des médecins qui vous saluent d’abord mais il s’excuse ensuite de tout de suite plonger dans le dossier. Ah ! c’est vous le monsieur de la Campylobacter jejuni — c’est tout de même drôlement bath Internet, pour dénicher ce genre d’informations, je ne dis pas qu’avant Internet on manquait vraiment de pouvoir se figurer quelles sortes de sales bestioles on traînait avec soi dans ses intestins, mais tout de même ce rapport aux informations est curieux, puisque la gastro-entérologue ayant prononcé le nom de mon intrus, je me suis tout de suite dit que j’irai chercher sa photo sur Internet —, une vraie curiosité savez-vous ? Du coup, le voilà qui part gaiement dans l’exploration de mon colon. J’avais bien compris qu’il y aurait toutes sortes de choses à regarder sur l’écran de contrôle, sur lequel j’avais un assez bon angle de vue, mais comme je suis nauséeux depuis une ou deux semaines, sans parler de ballonement, je n’avais pas grande envie de voir la sonde de mon gastro entérologue s’aventurer au travers de mes selles, mais une exclamation de sa part, m’injoignant de regarder, m’a trompé, invraisemblables images qui à force de précision finissent par représenter ce qui n’est pas représentable a priori, l’intérieur du corps dans un éclairage irréel, selon un objectif de très grand angle, incompréhensibles images qui feraient davantage penser à un jeu vidéo dans lequel on progresserait dans des corridors étroits, mais qui ne ressemblent en rien à l’image que l’on se ferait de son anus en action.

Du coup je suis vraiment captif de ces images et regarde jusqu’à la fin cette exploration suréelle. D’autant que j’ai toujours cet air de Zappa qui me trotte dans la tête.

Et je ne suis plus du tout certain d’être dans le monde réel quand le gastro enterologue, qui confesse être un peu au bout des explorations qu’il peut conduire sans anesthésie, m’annonce que oui, il voit des selles solides en formation et m’assure que d’ici à demain, je vais peut-être finir par déféquer plus sereinement, après deux semaines de diarrhée ce n’est pas luxueux, je ne peux m’empêcher de penser que le gastro entérlogue est un drôle de devin qui prédit l’état futur des celles de son patient. C’est un peu cela aussi l’an 2000, les moyens techniques qui permettent d’explorer, avec caméra vidéo embarquée, le rectum de votre serviteur et revenir avec des informations et des prévisions. Vous irez bientôt à la celle normalement.

Je pense que dorénavant je serais incapable d’écouter the Illinois ennema bandit de Frank Zappa, sans prêter au bandit en question les traits de mon gasto entéroloque d’aujourd’hui, lequel était affligé d’un léger rictus nerveux, presque un tic.  

Mercredi Mercredi 23 mai 2007





Elle commence bien cette journée, j’accompagne Anne au métro de Vincennes, la radio joue un morceau de John Scoffield avec un rythme très enlevé et très "en l’air" qu’Anne et moi nous donnons l’illusion de battre sur nos cuisses. A l’arrière les enfants sont calmes, on dirait qu’à eux aussi cette musique énergique fait du bien. Il suffit parfois de peu choses, d’une rythme endiablé, un morceau à la radio et ce rythme et son harmonie s’imprime au reste de la journée.  

Mardi Mardi 22 mai 2007

Sommeil agité, toute la nuit, regretter de ne pas avoir le courage de faire une photo de la chambre dans cette magnifique pénombre, mais n’avoir pas les force physiques de le faire et douter de ses capacités à envisager les réglages d’une telle image. Au matin une infirmière m’apprend que les médecins ne savent vraiment pas quoi faire de moi, ce qui a l’air de les frustrer, je regrette tout de même d’une part qu’ils ne fassent pas davantage preuve d’esprit de suite — à leur place je me réjouierais d’avoir un puzzle à résoudre, mais je ne suis pas à leur place, n’étant pas médecin — et d’autre part qu’ils ne m’associent pas davantage à leur réflexion, non que je leur serais d’aucune aide, eux sont médecins, mais j’ai quand même le sentiment d’être concerné au premier chef par leurs atermoiements. Il y a deux sortes de médecins, ceux qui vous envisagent en premier lieu, puis qui regardent votre dossier, et ceux qui regardent votre dossier avant de vous adresser la parole. La compétence, je n’en doute pas, doit être uniformément répartie entre ces deux catégories, sur cela je ne porte pas de jugement. Il n’empêche dans cet hôpital, ils ont beaucoup le réflexe du dossier. J’apprends de l’infirmière du matin que mon sort dépend beaucoup de ce que l’on va trouver dans ma coprologie de cette nuit. Curieuse impression de savoir son destin enfermé dans un échantillon de merde. Et elle me prévient, cela devrait prendre toute la matinée. Thé ou café ? Thé. Mais je regrette déjà. Quel thé épouvantable ! Ma grande expérience des hôpitaux m’assure que le café n’aurait pas été meilleur.

Donc je m’installe pour la matinée. C’est une petite chambre du service des hospitalisations de courtes durées, elle ne contient donc que son lit, et derrière lui tout l’appareillage sur lequel les infirmières peuvent arrimer toutes sortes d’appareil, et joie !, une petite tablette, assez grande pour accueillir des feuillets quémandés à l’infirmière et d’autre part un gobelet d’eau, l’infirmière tout à l’heure m’a recommandé de beaucoup boire pour évacuer l’iode injectée pour le scanner hier.

Et j’étonne tout le monde dans le service, pour ma très grande patience. Cela fait effectivement plus de vingt quatre heures maintenant que je suis en butte à ses spasmes douloureux dans le bas-ventre et nul ne semble avoir la moindre idée de ce qui les cause. Mais donnez-moi une tablette, des feuillets et un stylo et vous n’entendrez pas beaucoup parler de moi.

Lorsque finalement, on décide de me relâcher, c’est effectivement le verbe qu’emploie le médecin, je me rhabille rapidement, quittant ma nuisette des hôpitaux du Val de Marne, l’infirmière rit de mon empressement, un peu surprise après tant de patience. Lorsque je sors à l’air libre, mes jambes me portent mal et j’ai rapidement l’impression d’être saoul.

 

Lundi Lundi 21 mai 2007



Je suis arrivé dans un tel état de fatigue aux urgences, le ventre plié en deux par cette douleur qui ressemblait à celle de l’année dernière, que j’ai eu ce setiment de littéralement m’abandonner à eux, les médecins et les infirmières. On m’a d’abord installé sur un brancard que je n’ai pas quitté de la journée. Et toute la journée on m’aura trimballé de la sorte, allongé sur le brancard, des urgences à la radio, le type qui m’a fait mes radios est un sosie, rouquin et taciturne, de Samuel Beckett, puis retour aux urgences, puis scanner, puis retour, puis ce sont les spécialistes qui se sont succédés au chevet de ce lit sur roulettes, ma maison pour la journée, le médecin des urgences, puis le gastro-enterologue, puis le chirurgien et même un spécialiste des maladies infectieuses, et entre ces visites et ces déplacements, je n’ai pas quitté le brancard, le temps a passé tantôt vite, tantôt lentement, vite quand je m’endormais, ne m’avait-on pas fait un calmant avec la perfusion ? C’est curieux une journée où l’on ne fait rien, ou l’on ne peut rien faire, on reste allongé. On pense à toutes sortes de choses, mais on serait bien incapable de retenir un peu du flot de ces pensées. On pense, c’est tout. A plusieurs reprises j’ai eu le sentiment que je tenais des veines heureuses dans cette déambulation mentale qui prenait le pas sur l’immobilité du corps, et je me faisais même une joie que ce serait des réflexions à propos desquelles j’aurais plaisir à écrire, le soir, dans le bloc-notes, mais je me rendais bien compte que ne pouvant pas en prendre note, tout ceci finissait par retourner au magma duquel de telles pensées s’étaient extraites, pourquoi celles-là plutôt que d’autres ? Et était-ce vraiment un gâchis ?, cette pensée du gâchis, de ce que je ne parviendrais pas à retenir, drogué, cette pensée-là, je l’ai retenue.

Si !, cette pensée réchappée, avoir refusé cet examen dans le but de savoir si mon estomac contenait du sang, l’infirmière aura tenté de faire passer un tuyau par une de mes narines, et tandis qu’elle était à mi-chemin entre ma gorge et mon estomac, lui demander d’arrêter, ce qu’elle n’a pas voulu faire, alors prendre le tuyau et tirer vivement, l’arracher d’un coup, sentir, en une seule seconde, le cheminement inverse de celui qui avait été gagné centimètre à centimètre, mais cette sensation, même pas douloureuse, d’étouffement, la refuser, ne pouvoir faire autrement. Ce sentiment de honte, d’avoir sans doute manqué de courage, d’avoir salopé le travail de l’infirmière, lui en demander pardon, mais surtout avoir honte de ne pas supporter cela, cette invasion.

Et la pensée, d’autant plus honteuse, pour toutes les personnes que l’on a torturées et qui ont résisté à la morsure de la douleur, ne livrant pas les secrets que leurs tortionnaires cherchaient à dévoiler. Se demander alors combien de temps on aurait tenu soi-même devant la douleur et la torture ?, sans doute pas très longtemps, et alors qui aurait-on livré pour s’épargner la douleur ou la mort ?  

Dimanche Dimanche 20 mai 2007



Ambiance tendue à la maison, à la mesure du temps couvert qu’il fait dehors, une première tentative de sortie au square avec Nathan et Adèle n’aboutissant qu’à davantage d’exaspération, ces derniers se jettant dans la première flaque d’eau boueuse du square.

Plus tard au contraire, je décide d’emmener Madeleine seule et l’humeur est plus constante. Madeleine rit à gorge déployée que je la pousse le plus haut possible sur les balançoires et même plus tard que je joue au ballon avec elle, nous nous amusons comme des fous. Comme j’aime sentir cette tendresse chez Madeleine quand je suis seul avec elle.

Profitant que Madeleine ait trouvé des compagnons de jeu davantage de son âge, je m’assieds sur l’une des tables du square et tire de ma besace le manuscrit en cours. Il commence à bruiner, mais Madeleine comme moi n’en avons cure, elle poursuit ses jeux d’adresse et de ballon avec deux garçons de son école qu’elle a recontrés et je continue d’amender mon texte d’anotations et de corrections minimales — je n’ai encore jamais fait autant attention en relisant un manuscrit et de l’altérer pareillement par petites touches pour être certain d’en garder l’initiale impulsion — la bruine se fait petite pluie, le papier est mouillé par endroits et boit l’encre de mon feutre, mais je fais comme si de rien n’était, je suis bien, dans un état d’esprit fécond, il pleuvrait tout à fait que je ne suis pas certain que je rangerais mon tas de feuilles, plutôt j’abriterais le tout sous mon imperméable et continuerais de relire et d’écrire de plus belle. Félicité humide, mais félicité tout de même, je vais finir par m’enrhumer. Quand je lève les yeux vers Madeleine, elle m’implore du regard parce qu’elle voudrait rester encore au square et elle craint que la pluie me fasse fuir, elle est ravie de comprendre qu’à mon sourire, je n’ai pas plus envie qu’elle de partir.

Comme chaque fois quand je travaille ou lis en plein air, et tout particulièrement aujourd’hui qu’il pleut, je pense au Peter Handke de Mon année dans la baie de personne.

Le soir nous dînons en présence de L., Catherine, Oolong, Estelle, et Emmanuelle, nous sommes tous d’excellente humeur, nous rions beaucoup, j’aime que se rencontrent pour la première fois Emmanuelle et Renaud dont j’apprécie tant les textes.

Vers minuit, L. installe une caméra vidéo sur un trépied et entreprend l’un de ses remakes avec moi, j’ai choisi La grande illsuion de Jean Renoir — et je m’amuse secrétement que la veille dans le sous-sol de l’Orangerie, dans cette épouvantable collection à quelques exceptions près, nous ayons vu un tableau de Renoir qui représentait la belle Gabrielle et le petit Jean, qui plus tard revendra les toiles de son père pour pouvoir tourner ses films, dont la Grande illusion.
Le bloc-notes du désordre