Samedi 12 mai 2007

Verím, že už jste to nekdy zkusili. Nemyslím zabít cloveka. To ne. Ale jít po pláži, po oblázkové pláži a házet kameny po raccích. Zcela urcite. Nemluvím o házení kamenu rackum místo kousku ztvrdlého chleba. Ne. Mluvím o házení kamenu po raccích ve snaze je zasáhnout, nejen abyste je srazili k zemi, ale abyste udelali konec jejich pronikavému kriku, který vám už pred nekolika minutami zacal jít porádne na nervy. Vždy si mužete nechat zdát o tom, že jednoho trefíte. Všimnete si, ríkám, že o tom mužete snít, ale ne abych vás odradil, presto na rovinu, opravdu, nemužete než snít o tom, že zasáhnete racka kamenem, i kdybyste umeli mírit tak dobre jako já, natolik jsou neuveritelne obratní a uniknou pred nebezpecím mnohem drív, než by je mohlo dostihnout, varovaní pouhým pohybem vašeho zápestí. Ve vzduchu, chci ríct, když racci létají v dosažitelné vzdálenosti, rekneme, tesne po vzletu, nebo pri pristávání, nebo když prelétají nad oblázky proti vetru, jako by se vás provokovali, v letu, vaše šance trefit racka kamenem, i velmi dovedne hozeným, vaše šance na úspech jsou nulové. Když plachtí, racek je neskutecne mrštný, jediným mávnutím krídla se sklouzl po vetru a elegantním manévrem se vzdálil. Ne, racci v letu jsou schopní mimorádného hrdinství. Abych vás od toho odradil, spíše než oblázky, vážne, proc po nich házet kamením ?, oni nemohou za vaše trápení, nakonec, spíše než abyste po nich házeli malými oblázky, nebo velkými, hodte po nekolika raccích v letu pár krajícu chleba a pozorujte, jak jen zrídka dopadne kousek chleba zpátky na zem bez povšimnutí, zkonfiskováno racky, mezi kterými nekterí jsou rekneme smíšci, každopádne spokojení s možností se nakrmit vašim ztvrdlým chlebem, racci nejsou evidentne hloupí, váš chleba, trebaže suchý a tvrdý, je zajímá, ale nechat se trefit kamenem ?, to ne. A meli jste už nekdy možnost porádne pozorovat racky ?, jejich let, pri pohledu na jejich akrobatický výkon, když se obrací po krídle, se neubráníte vzpomínce na príbehy z detství, kdy jste leželi na briše a hltali Velký Cirkus (Grand Cirque) Pierra Clostermanna, ten chlapec, nemel žádný problém vás ztotožnit se svými neohroženými piloty Royal Air Force, odrážejícími, v nebezpecí vlastního života, úporné útoky nemeckých bombardéru, Heinekel 111, zavalitých letadel bez šarmu, vzdušné koráby s nesoumerným plachtovím, obézním brichem, které se otevírá a vypouští kusy litiny a ohen, ano, racek nemá pod krídly modré a cervené kokardy, ale mohl by mít. A to všechno není bez souvislosti s naším príbehem, protože ten, titul knihy vás zavede na správnou cestu, se odehrává v Portsmouthu, to je stredne velké mesto, s témer ctvrt miliónem obyvatel, na jihu Anglie, vojenský prístav, ze kterého vyrazila podstatná cást spojených sil, v noci z 5. na 6. cervna 1944, smerem k plážím Normandie – a tehdy spocíval úkol zmenit Svet na ramenou detí – na plážích, na jihu mesta, jsou cetné monumenty, které vám je mají pripomenout, a ty jsou z oblázku. Proc teda do certa házet kamením po raccích ?

Et vous vous demandez bien ce dont il s’agit là, et même peut-être dans quelle langue tout ceci est écrit. Barbora, ma collègue tchèque a décidé de se lancer dans la traduction de Porsmouth en Tchèque, curieuse impression pour moi que de regarder toutes ces lignes incompréhensibles — même les noms propres sont altérés par des effets de déclinaison — et pourtant c’est moi qui l’ai écrit.

 

Vendredi 11 mai 2007

Est-ce possible d’avoir oublié la veille de recharger les batteries de l’appareil-photo et de traverser ce matin la Bourgnogne particulièrement belle sous un ciel bas et la pluie maculant le parebrise de la voiture ? Oui, c’est possible d’être aussi sot. Du coup l’impression de rouler au travers de photographies imaginaires.

 

Jeudi 10 mai 2007

Je viens enfin de comprendre le fonctionnement de l’intervalomètre de mon appareil-photo, option qui permet de prendre automatiquement des photos à intervalle réguliers et prédéterminés. Aussi, aujourd’hui ai-je posé l’appareil-photo sur un pied, et ai-je photographié, une image toutes les une minute et vingt secondes, Martin débutant une toile, d’après Van Dyck.

Curieuse impression alors, d’être assis en retrait de l’appareil-photo posé sur pied, lui-même en retrait de Martin peignant, et d’entendre l’appareil se déclencher à intervalles réguliers, sans que j’intervienne, témoin de mon propre procédé, enclenché par moi et s’opérant sans moi. Sentiment de cette déconnexion grandissante entre l’idée et le geste, que l’enregistrement en étant programmé se fait au delà de soi-même et de ne plus être que traversé par le flux des images.

Comme souvent se demander si c’est pour le meilleur, et serait-on encore capable de quoi que ce soit si on nous retirait nos expédients devenus habituels ?, est-ce qu’il nous resterait encore assez de force pour écrire sans le recours de l’ordinateur ?, ou faire des photographies sans le concours du logiciel de retouche photo. On aimerait le croire.

 

Mercredi 9 mai 2007



Journée de pas grand chose bien occupée avec le travail sur les pages du site de Martin, et puis en fin d’après-midi, Martin me montre ses dernières toiles, quatre d’entre elles notamment, alors la conversation embraye, il n’est pas de plus grand plaisir que celui de parler de peinture avec Martin et de voir les enchevêtrements qui sont les siens, et sur ses dernières toiles la façon dont il force le regard à chercher des éléments de reconnaissance sans doute là ils sont les plus épaissement parasités et recouverts, ce faisant la toile oscille entre plusieurs niveaux de représentation, d’une part, mais aussi de perception. Comme souvent dans l’atelier de Martin, je comprends comment l’atelier du peintre contient beaucoup plus que ce qu’il est donné de voir de son travail dans les expositions. Ce n’est pas seulement l’ambiance même de l’atelier qui enrichit cette peinture c’est surtout que le travail muséal raisonné n’a pas encore eu le loisir de gommer les aspérités, les remords et les fausses pistes et qui paradoxalement donnent davantage de valeur aux réussites, parce qu’elles en rendent visible le prix.

Il faudrait rendre compte de cela dans une partie du site de Martin, c’est ce que je m’emploie à faire dans cette nouvelle version. Et a contrario me poser la question pour moi-même, pour mon propre travail, c’est d’ailleurs cette autre conversation avec Martin et Isa le soir à propos de cette idée d’une vaste exposition qui rendrait compte des dix ans du désordre. Et comment l’un des objectifs de cette exposition serait justement de déblayer un peu l’encombrante matière du désordre, comme finalement ces derniers temps de relire le bloc-notes en vue d’en faire un livre, et de ne retenir que là où les choses sont les plus aiguës et peut-être aussi les plus abouties.

Martin comme Isa ont, sur ce sujet, cette idée qui me paraît très juste, il faudrait que je sois aidé dans cette entreprise par une personne dont l’organisation d’une exposition aux grandes dimensions soit effectivement le métier.

Et nous rions beaucoup, nous buvons beaucoup, parce que cette exposition c’est pour dans trois ans, mais il n’est pas trop tôt pour en parler. Et certainement pas trop tôt pour trouver un endroit qui permettrait justement cela, une exposition aux dimensions assez vastes.



 

Mardi 8 mai 2007

De : "LA VOIX DE L’ENFANT AUTISTE"
> Date : 7 mai 2007 15:56:58 HAEC
> À : <"Undisclosed-Recipient : ;"@orange.fr>
> Objet : Léa pour Samy - Appel au soutien
>
> Chers parents, chers amis,
>
> Un coup dur vient d’être porté à Léa pour Samy. Notre siège a été
> pillé suite aux manifestations suivant les résultats de l’élection
> présidentielle de ce dimanche. Toute l’équipe est sous le choc à la
> découverte des vitres brisées, meubles fracassés, matériel
> informatique et vidéo volés, dossiers saccagés. Un travail de
> milliers d’heures, d’acharnement, de longue haleine, réduit à
> néant. Au-delà du coût financier catastrophique pour notre action,
> je rappelle au passage qu’ayant porté plainte contre l’Etat, notre
> association est discriminée dans l’accès aux subventions de
> fonctionnement par les pouvoirs publics, ces dégâts entravent
> nombre de nos projets.
>
> Les présidentielles n’ont donné aucune place aux associations
> actives. Quant aux familles d’enfants handicapées que nous
> défendons, elles n’ont été utilisées que pour récupérer des voix.
> Nos enfants subissent des maltraitances sanitaires quotidiennes.
> Nous comptons, plus que jamais, sur la Justice, pour rétablir le
> droit de ces enfants. Avec l’appui des medias et la prise de
> conscience du Grand Public.
>
> La cause que nous défendons ne nous permet pas de baisser les bras.
> Nous avons besoin de votre appui, de votre soutien de votre aide
> pour traverser cette épreuve et continuer notre combat.
> Nul ne nous fera abandonner nos actions pour nos enfants.
> Ayant perdu de nombreux mails, n’hésitez pas à renouveler vos
> demandes si vous n’avez pas de réponse de votre part.
>
> Merci d’avance pour votre soutien.
>
> Avec toute ma sympathie
>
> M’Hammed SAJIDI
> Président
> Association Léa pour Samy
> La Voix de l’Enfant Autiste >
> 51 rue Léon Frot 75011 Paris
> Tel : 01.47.00.47.83
> Fax : 01.43.73.64.49
> Portable : 06.09.85.70.22
> leapoursamy[@]wanadoo.fr
> www.leapoursamy.com

 

Lundi 7 mai 2007





Ce sont les aléas du camping après le travail de nuit, surtout un lundi matin, que d’avoir planté la tente au mauvais endroit, dans le cas présent dans un endroit fort bruyant puisqu’une tondeuse, une débrousailleuse, peut-être deux, une tronçonneuse aussi, mugissent de concert vers dix heures du matin, peut-être depuis plus tôt — mais alors comme faisais-je pour dormir dans un vacarme pareil ?, je m’en sais pourtant capable jusqu’à un certain point — à quelques mètres seulement de la tente.

Dans le tintamarre de cette mécanique violente et insistante, je pense au mot "décomplexée".

Dans la fatigue de ce manque de sommeil, la route entre Clermont et Autun passe étrangement, au soir je n’en garde pas de souvenir précis, si ce n’est celui de l’écoute à nouveau des quatuors à cordes de Bach, en conduisant, et d’un sandwich au paté taillé dans un morceau de pain gros comme ça, et les cornichons pareillement généreux.

A Autun, le plaisir toujours d’être accueilli avec force embrassades et plaisanteries sur mon air fatigué. Je me mets rapidement au travail, c’est que je n’en manque pas si je dois reprendre le site de Martin comme nous en avons convenu.

Isa me fait cadeau d’un magnifique chaudron porte livre, après notre discussion j’ironise qu’il acceuillera très bien la Prisonnière de Proust.

Je suis fatigué mais je me sens bien auprès de mes amis.  

Lundi 7 mai 2007

C’est sûrement une coïncidence, n’est-ce pas ?, que le résultat de ces élections corresponde en tout point avec les chiffres des derniers sondages ? En 2002 les sondages n’avaient pas vu Le Hideux arriver au second tour, ce qui était gros comme une maison, rétrospectivement s’entend, mais en cinq ans, que de progrès techniques pour arriver à une telle perfection jusque dans les décimales ! Admirables décimales qui donnent corps au mensonge.

Comme ce sera commode dans cinq ans ces machines à voter — parce qu’il n’y aura plus besoin de voter — il suffira de rentrer le pourcentage désiré — crédible — dans les machines.

Ma colère est inextinguible. Il est inexcusable de rendre les clefs d’une démocratie de la sorte à un dictateur.

Le pire, sans doute, est que tout était écrit en blanc sur bleu foncé : tout devient possible, tout un programme.

Une réflexion aussi que je me tiens depuis le tout début de cette campagne, que la droite se comporte en gorets de droite, c’est assez cohérent, mais combien de temps faudra-t-il à ceux l’on appelle les éléphants de ce Parti Socialiste qui continue de désapprendre justement ce qu’est le socialisme, pour comprendre que c’est à eux, essentiellement, que l’on doit cette résistible ascencion du sinistre de l’intérieur. Comme je suis content de ne pas être militant au Parti Socialiste parce que je m’y sentirais tellement cocufié, trahi par les pachydermes qui savent mieux que leur base ce qu’il faut faire — je ne sais pas si comme moi vous aviez parcouru les propositions de programmes, synthèses des militants, il y a quelques six mois, il y avait là un vrai programme, dont la candidate et ses pontes n’ont cessé de s’éloigner — l’avertissement de 2005 n’avait pas suffit, le oui voté par les militants, mais alors Fabius — surtout lui, libéral dans l’âme — et quelques autres voyaient l’occasion de briller à gauche de la gauche, c’est aussi un autre ratage de ce parti politique d’élites.

Depuis que je suis en âge de voter, je finis toujours, à quelques exceptions de vote blancs près, par voter pour ce parti, vote que je finis systématiquement par vomir.

Comme ils vont souffrir ces prochaines années les gens de peu. Mais je ne crois pas que les pontes du Parti Socialiste n’en auront cure, et sans doute trouveront-ils à s’étonner de cette érosion envahissante de leur base.

Parmi les quelques images que je ne suis pas parvenu à éviter ce soir, ce n’était pas nécessairement celles des premiers de la classe de droite, Coppé, Devedjian piaffant, qui me dégoûtaient le plus — encore j’étais tout de même très nauséeux à leurs mines réjouies — mais bien plutôt l’image de cette candidate en tailleur BCBG, dominant la foule depuis une terrasse en épaisse pierre de taille de la rue Solférino, tendant son micro vers la foule, comme une rock star pathétique et jouissant d’elle-même par foule interposée. Pense-t-elle que c’est à elle que les faibles et les pauvres devront leurs prochaines souffrances accrues ?

Cette nuit au travail, je pense à ma fille Madeleine, dont Anne m’a dit qu’elle était inconsolable de ce résultat, convaincue, et elle n’a sûrement pas tort, que cette élection allait donner bien du tourment à la famille de sa camarade de classe malgache et à d’autres aussi dont elle soupçonne que l’on puisse prochainement s’intéresser de près. Plus tard sans doute ma fille me demandera ce que j’ai fait pour éviter cela. Et je lui dirai que je n’ai rien fait, parce que comme tant d’autres j’étais pris dans les machoires de cette haine qui rend impuissant, qui me privait de mots, à un électeur de Sarkozy, je n’aurais pas su expliquer qu’il était dans l’erreur, tant le mensonge était immense.

Le retournement du sens. Sarkozy qui fait d’un haut lieu de la résistance son Solutré. Sarkozy dans les usines, celles-là même qui fermeront bientôt derniers maillons en attente de délocalisation. Sarkozy qui explique qu’il tient personnellement à l’intégration scolaire et sociale des enfants handicappés — ne pouvait-on pas exiger davantage d’implication de la part de la candidate socialiste pressée comme Sarkozy de répondre à une question écrite par l’association Autisme-France, une réponse en une dizaine de lignes de langue de bois, quand le sinistre de l’interieur fait répondre par une personne compétente de son entourage une longue lettre extrêmement détaillée et documentée, elle pouvait pas se donner un peu plus de mal la madonne du haut de sa terrasse en pierre de taille ? — car c’est encore de cette façon qu’il m’écoeure le plus le sinistre de l’intérieur, la facilité avec laquelle il s’est emparé de ce pouvoir.

Pour longtemps. Et la violence qui va bientôt pleuvoir sur ceux qui tenteront de se mettre en travers de son chemin.

 

Dimanche 6 mai 2007



 

Dimanche 6 mai 2007

Je vous en supplie, votez pour Ségolène Royal

Le bloc-notes du désordre