Samedi Samedi 3 février 2007



 

Vendredi Vendredi 2 février 2007



Voilà bien le désordre de ma petite bibliothèque, en cherchant la Chambre des enfants de Louis-René des Forêts, que je n’ai pas trouvé, j’ai fini par retrouver la Castration mentale de Bernard Noël que je cherchais sans succès il y a deux mois je crois, pour ses premières pages à propos des photographies de la Commune et des yeux des Communards que les Versaillais crevaient. Mais je n’ai pas retrouvé le livre de Louis-René des Forêts. Et puis recherchant cette photographie de C. de Trogoff dans les archives de la Photographie de minuit, n’y parvenant pas, j’ai fini par me souvenir que je lui avais écrit un mail au sujet de cette photographie, le retrouvant, j’ai fini par retrouver son titre dont je me souvenais de travers — la création d’un monde nouveau au lieu de Nouveau monde et, la date aidant, j’ai fini par retrouver l’image sur laquelle sans doute mes yeux avaient glissé en parcourrant les archives de la photo de minuit. Parfois je m’amuse de recevoir des mails de visiteurs courroucés presque de ne pas retrouver ce qu’ils ont vu une fois dans le site. Sensation d’arroseur arrosé ce soir.  

Jeudi Jeudi premier février 2007



>C’est ce soir, entre 19h55 et 20h. > >L’Alliance pour la Planète (groupement national d’associations >environnementales) lance 5 minutes de répit pour la planète, un appel >simple à l’attention de tous les citoyens : le 1er février 2007 entre >19h55 et 20h00, éteignez veilles et lumières. > >Pourquoi le 1er février ? Le lendemain sortira, à Paris, le nouveau >rapport du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du >climat (GIEC) des Nations Unies. Cet événement aura lieu en France : il >ne faut pas laisser passer cette occasion de braquer les projecteurs sur >l’urgence de la situation climatique mondiale. > >Il y a aussi des rassemblements, pour en savoir plus :www.amisdelaterre.org. > >Et bientôt des manifs contre l’EPR et pour les énergies renouvelables, >voir le site de geenpeace : www.greenpeace.org

Reçu depuis la liste de discussion du Terrier  

Mercredi Mercredi 31 janvier 2007

Quand je suis entré dans le salon familier, je n’en ai pas cru mes yeux. Là où j’avais toujours vu un canapé de style Louis XV — je ne suis pas sûr, mais je pourrais sans doute le vérifier sur internet, c’est effectivement Louis XV, je viens de vérifier — et dont seul le motif de la tapisserie avait varié avec les ans, j’y ai vu la petite table de jeu au tapis vert, qui autrefois repliée logeait le téléphone dans le coin de la pièce, et qui dépliée désormais supportait l’ordinateur portable des parents et entre les pieds de la table courrait un très beau désordre de câbles, internet était enfin arrivé jusqu’à eux, mon père n’était pas peu fier d’avoir réussi les branchements et l’installation de la connexion, mais à vrai dire l’ensemble était assez perfectible, ce à quoi je me suis employé, notamment en le débarrassant de l’antivirus présent par défaut, Norton, que je ne peux m’empêcher de comparer à Sarkozy, il s’installe partout, il se mêle de tout, il vous empêche de faire toutes sortes de choses que vous aimeriez faire, et il est surtout d’une prodigieuse inefficacité pour ce qu’il est censé faire, vous protéger des attaques virales.

C’est une sensation étrange de se dire que mes parents vont bientôt se servir d’internet, qu’ils vont devoir faire évoluer leur appréhension des choses, par exemple ils ne seront plus obligés d’acheter le Monde tous les jours — il y a même les mots croisés sur leur site ? A vrai dire je ne m’étais jamais posé la question et il semble qu’il y ait effectivement une grille quotidienne, je doute que l’on puisse y trouver le plaisir de surcharger au crayon du papier journal ou d’y déposer au contraire des lettres hésitantes que l’on marque à peine, sans compter qu’il devrait pouvoir se frotter à des grilles d’auteurs qu’il ne connaît pas encore, comme Epsilon, et puis le Monde tous les jours pourquoi pas, mais pourquoi se priver de tant d’autres journaux en ligne comme Courrier Internationnal et le New York Times, un jour il indexera peut-être le fil rss de rezo.net. Nous n’en sommes pas là.

D’autant que parmi les premiers buts affichés lors de l’achat de cet ordinateur, un peu après "ne pas mourrir idiot", il y avait l’idée d’aller voir de plus près à quoi ressemblait le désordre. Et c’est curieux parce que mes pensées alors se dirigent vers les jeunes lycéennes de mon ami Alain et qui travaillent sur la notion d’intime lors du travaux dirigés qui les avaient notamment conduits à venir nous écouter à la table ronde de la BNF fin novembre, et demander à me recontrer à nouveau pour me poser d’autres questions. Toutes les trois ont un blog et elles redoutent parfois que leurs parents aillent y lire de plus près. En riant je leur ai dit que depuis peu je connaissais la même angoisse, la même peur. Elles étaient interloquées, incrédules.

Je pense alors à la nouvelle de Louis-René des Forêts, La Chambre des enfants, cet homme qui écoute les jeux et les discussions des enfants au travers de la porte de leur chambre et qui soudain s’aperçoit que c’est là un droit qu’il s’arroge trop sommairement, il est alors prisonnier de son indiscrétion parce que s’il bouge les enfants vont l’entendre et savoir qu’il les écoutait. Et pourtant, je ne saurais trop conseiller aux parents de lire les blogs de leurs enfants, parfois avant qu’il ne soit trop tard, mais surtout de ne pas bouger derrière la porte de la chambre, de ne pas faire de bruit.

Julien plaisante souvent qu’un jour Madeleine aura son propre bloc-notes, je le soupçonne même de vouloir aider Madeleine à le construire, et que les visiteurs du désordre sauront enfin ce que cette pauvre enfant endure, et ce qui est généralement présenté sous la forme de benoîtes déconnades par son père. Je me demande quel genre de site internet Madeleine fera plus tard et si elle souhaitera ou non que j’y aille de temps en temps. Quant à Nathan mon rêve le plus fou serait de pouvoir lui remettre les clefs du désordre, son impressionnante mémoire visuelle devrait l’aider à affronter cette multitude et pourquoi pas même ?, la domestiquer. D’Adèle ne je peux deviner qu’une chose pour le moment c’est qu’elle sera très grande, puisqu’elle a déjà une taille de pieds d’un enfant de quatre ans, et qu’il m’en a justement coûté bonbon en lui achetant aujourd’hui une nouvelle paire de chaussures.




Photographies de C. de Trogoff  

Mardi Mardi 30 janvier 2007

Certains jours, davantage que d’autres je passe tout près d’arrêter, de tout arrêter, et je ne saurais dire exactement à quoi c’est dû. En général ce sont les jours de moindre forme, de moral plus bas, mais il n’y a pas de règle ou d’échelon à cette tentation de capituler, ce ne sont pas nécessairement les jours de plus grand désespoir qui m’amènent à cette latence, et ce ne sont pas non plus les jours de plus grand courage qui sont la garantie de la volonté raffermie.

Il y a que c’est beaucoup de travail. Ces derniers temps, j’ai passé beaucoup de temps à faire passer les anciens articles du bloc-notes sous SPIP, et j’y ai remarqué qu’alors, je ne m’astreignais pas à une entrée pour chaque jour. Que bien souvent, il y avait cinq lignes de texte et puis c’était tout. Et puis une lente dérive a du s’installer, il y a dorénavant une entrée tous les jours, certaines chroniques me coûtent beaucoup d’efforts et d’autres beaucoup de travail, pour la chronique à propos de Charles Burns, il m’a fallu scanner un heure et quart d’enregistrement de cette rencontre-conférence, palier les imperfections de mon enregistrement au mieux de mes connaissances en matière de son — pas sûr d’ailleurs que ce soit pour le meilleur, je suis assez maladroit avec ce programme de traitement des sons — puis scanner quelques pages de Black Hole, ne pas manquer de fabriquer un jeu de taquin avec la première page et son script aléatoire pour que le jeu ne vienne polluer la page qu’une fois sur sept, récupérer les extraits de mail échangés avec Alain, et enfin mettre tout cela en forme en html : il y a bien là trois ou quatre heures de travail (une chance encore, mes photos de ce débat sont ratées par manque de lumière et un placement trop éloigné, sinon il aurait aussi fallu inclure de ces photos qui pourtant ont laissé une trace sonore sur l’enregistrement) et ce n’est qu’une seule entrée. Suis-je vraiment capable de cette surenchère ? Certainement pas tous les jours.

Et pourtant c’est tous les jours qu’il faudrait le faire, tous les jours s’astreindre à enregistrer quelques minutes sonores, tourner quelques minutes de vidéos, prendre quelques dizaines d’images, faire quelques dessins (et d’ailleurs la mise à jour du carnet des esquisses pour le mois de janvier reste à faire) et écrire quelques lignes. C’est beaucoup.

Un immense avantage à cela, et c’est sans doute lui qui me pousse à continuer en dépit de la charge que tout ceci finit par occasionner : il m’arrive de m’obliger à sortir de chez moi, d’aller de l’avant, de recontrer des personnes, d’aller voir des expositions, de lire des livres ou encore d’aller au cinéma, d’aller écouter des concerts, ou même de monter sur un volcan pour avoir le plaisir par la suite, non pas d’épater la galerie, mais de m’être enrichi. Et de constater rétrospectivement que plus je m’agite et plus il m’est donné d’en vivre, comme d’avoir la chance de passer par Oradour-sur-Glane — que mes médiocres connaissances géographiques ne m’avaient pas fait deviner que ce fût si proche de Limoges et donc sur mon chemin entre Angoulême et Clermont — et d’y apprendre notamment qu’il y avait une ligne de tramway qui traversait tout ce long village et qui menait aux autres villages aux environs, et de réaliser aussi qu’alors le tissu social dans les villages était incroyablement plus dense qu’aujourd’hui, je ne peux m’empêcher de repenser au village de Puiseux-en-Bray, 360 âmes et pas un seul commerce, une mairie dont le bureau était ouvert deux soirs dans la semaine, le mardi et le vendredi de dix-huit heures à vingt heures. La géographie est en train de souffrir de nos capacités d’être partout à la fois et nulle part vraiment. Dans un article récent de Libération, je découvrais que les délocalisations notamment étaient, en plus d’être des catastrophes sociales, des plaies écologiques parce qu’elles augmentaient les flux de transports.

C’est sans doute ce besoin de donner de la matière au bloc-notes qui est ma meilleure chance de repousser un peu les barrières de mon ignorance. Et pour cet article, pas d’image, pas de son, pas de vidéo. Des liens c’est tout.

 

Lundi Lundi 29 janvier 2007

On ne monte pas tous les jours sur un volcan, il y a même des jours où l’on demeure dans des tunnels.

 

Dimanche Dimanche 28 janvier 2007



Quelle semaine !, 1500 kilomètres parcourrus en tous sens, Clermont-Ferrand - Paris - Rennes - Angoulême - Clermont-Ferrand, et ce midi quand je me suis levé après la nuit au travail, je suis parti vers Orcines, vers les hauteurs et les volcans. Monté lentement jusqu’en haut du cratère du Pariou, arrivé épuisé en haut, mais heureux, presque seul sur les lèvres du volcan, entièrement recouvert de neige, ciel radieux, la ville gommée par une épaisse couche de nuages, peu de vent, juste le bruit de ma respiration chahutée, et celui de mes pas dans la neige. Faisant le tour du cratère, le sentiment de m’atteindre un peu, davantage que d’autres jours, cela oui, et alors cette ironie que c’est au terme des centaines de kilomètres que je trouve cet endroit appaisant, voisin de mon point de départ. Comme si le trésor que l’on avait cherché au milieu des océans, à l’autre bout de la terre, et revenu, chez soi, on découvre que la recherche a été inutile, puisque le trésor se trouve depuis toujours dans les caves de Moulinsart, mais on est consolé de cette course futile par la découverte in fine du trésor. Heureux d’être parvenu au fait, d’y arriver encore, ma respiration était cassée, mais mon coeur était tranquille. Par endroits, cependant, le plaisir de cette marche, détérioré par une envie pressante de déféquer, le corps ne me laissera donc jamais tranquille ?
Le bloc-notes du désordre