Samedi Samedi 13 janvier 2007



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Vendredi Vendredi 12 janvier 2007



 

Jeudi Jeudi 11 janvier 2007



Invité par François Bon

Cinq choses peu connues à mon sujet.

Je suis obèse, je suis un clown triste, pas très doué pour faire rire, et gentiment désespéré ; il m’arrive de rire à mes propres plaisanteries, ce que je trouve être le comble de la vulgarité. Je ris des pires blagues. Surtout celles d’un goût très discutable.

J’ai peur de tant de choses, j’ai peur de la mort, je ne suis pas certain que les autres aient peur de la mort autant que moi, j’ai peur de la violence. De la douleur. De la maladie psychiatrique. Du suicide. De l’avenir, au point de ne pas règler aujourd’hui ce qui justement pourrait assombrir le futur. De la nuit aussi, d’ailleurs le travail de nuit n’a jamais été une gêne pour moi, tout au contraire une délivrance. Je suis lâche. Ma peur des égorgeurs nocturnes m’empêche de dormir seul dans une maison ou un appartement, il m’est arrivé très souvent d’aller dormir dans ma voiture, garé en face de chez moi.

Je ne suis pas imperméable aux choses et certainement pas aux mails d’insultes que je reçois de plus en plus régulièrement, je ne suis pas au dessus des coups bas, de la médiocrité et de la bêtise. Je manque de bon sens, de jugement, et de hauteur. Je suis ignorant de tant de choses. Et je fais mon possible pour le cacher, lorsque je parviens à dissimuler cette ignorance, je vis ensuite dans la peur d’être découvert. Si je dépensais toute ces ressources de dissimulation à la lecture, je serais un savant. Je suis un usurpateur. Et j’aime les films de James Bond.

Je suis écrasé par les contraintes matérielles auxquelles je ne parviens pas toujours à faire face. Une implacable inertie me retient de m’attaquer aux corvées. Qui s’accumulent et me tarraudent. Me donnent mauvaise conscience et m’obligent à des manoeuvres très souterraines pour que d’autres me soulagent de ce trop encombrant réel.

Je suis envahi par des doutes sincères. Je menace sans cesse de tout foutre en l’air, en jugeant médiocres et prétentieuses mes tentatives. Je remets indéfiniment ma légitimité à cette expression publique qui est la mienne. A sa publication et sa diffusion dont le nombre s’accroissant alimente mes doutes quant à l’à propos de ces vues.

Je passe le témoin à Julien Kirch, Catherine de Trogoff, Josué, Emmanuelle Pagano, et Dominique Meens.

Aix-en-Provence - Paris, le 10 janvier 2007
















 

Mercredi Mercredi 10 janvier 2007



Quelle journée !

Levé à 4h30, train jusqu’à aix-en-Provence, à partir de Lyon, le jour se lève sur un paysage ensoleillé et sec à l’Est et au contraire brumeux à l’Ouest, puis c’est l’inverse sur les crêtes du Vercors, les nuages forment des vagues. A la gare, je suis accueulli par Josué Rauscher, avec qui je corresponds depuis un peu plus de deux ans et qui est mon hôte aujourd’hui à l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence.

Visite de l’école et de ses ateliers, tant de souvenirs revécus grâce à ces ambiances de sols souillés par les coulures de peinture, de placards maculés d’encre, d’odeurs : j’aurais pu repérer, à l’odeur, la situation de la section photo de l’école depuis son entrée : je serai par la suite incapable de parler aux étudiants sans leur dire, sans doute de façon pesante, à quel point leur école me rappelle la mienne. Je fais une brève présentation du site, mais pas assez brêve, parce que j’avais surtout l’intention de rencontrer ces étudiants, qu’ils me montrent leur travail et quand je cède la place à ceux qui voudront bien me montrer leur travail, je ressens moi-même l’écrasement que produit le mastodonte du désordre. Mais on arrive à casser la glace malgré tout. Je suis étonné de voir comment cette nonchallance faite de lenteur, lors de la visite du matin, cachait un petit peuple laborieux, ces étudiants sont très travailleurs. J’essaye d’en savoir plus sur leurs habitudes de travail. Je leur demande quelle est la part de réseau qui s’organise entre eux via inernet et je suis curieux d’apprendre que cela ne fait pas encore partie de leur méthode de travail, de leur façon de penser.

La discussion se poursuit jusqu’à la tombée de la nuit, un dîner tunisien rapide et c’est déjà l’heure de retourner à la gare. Un café en compagnie de Josué et je monte dans le train, je m’installe, et j’entame la rédaction du bloc-notes. Je note quelques idées supplémentaires à la liste des sites, et quand je lève le nez de ma feuille, si peu de temps depuis notre départ, nous sommes déjà à Valence : quelle vitesse !

Je suis au terme d’une journée réussie, une de celles, rares, qui donnent aux autres d’être supportables.

A destination des étudiants de l’école d’Art d’Aix en Provence, une trentaine d’idées de site avec contraintes.

1- Un site qui ne péserait qu’un megaoctet.
2- Un site qui ne comporte que des images et pas de texte.
3- Un site sans aucune image.
4- Un site qui tient en une seule page.
5- Un site qui contient deux ou plusieurs sites contenus dans des cadres ou des iframes disctincts.
6- Un site de dispersion de canulars.
7- Un site de détournement d’un site connu.
8- Un blog dans lequel chaque intervenant ne blogue qu’une seule fois (curieux que le jour même où j’écrive cette idée, je reçoive le mail de François pour m’inviter à participer à cinq choses peu connues à propos de moi, invitation que je m’empresserais de passer ensuite à Josué).
9- Un site qui s’auto-détruit progressivement.
10- Un site qui n’apparaît que par intermittence (une manière de photo de minuit de Catherine de Trogoff, mais dont la photo ne serait visible que cinq-six minutes aux alentours de minuit.)
11- un site d’archives de mails.
12- Un site qui ne serait que la documentation de sa construction.
13- Un site qui ne contiendrait que du son, avec des consignes orales pour passer aux pages suivantes.
14- Un site sans pages index (dans aucun répertoire).
15- Un site entièrement constitué de copies d’écran (et avec des comportements aberrants quand le visiteur cliquerait sur des parties de l’écran, comme de fermer une fenêtre au lieu de l’ouvrir, etc...)
16- Un blog post ou anti-daté.
17- Un blog qui serait fait de notes manuscrites.
18- Un site qui serait le cheminement dans un tableau.
20- Une nouvelle ou un roman hypertexte.
21- Un blog d’une image par jour, ou d’un son par jour, ou d’une vidéo par jour, ou d’un dessin par jour, pas de texte.
22- une page aux dimensions gigantesques (de la bande dessinées quasi infinie).
23- un site de récit interactif, façon le Hasard de Kristof Kieslowski ou Smoking-non smoking d’Alain Resnais.
, mais dans lequel une décision dans un sens ou dans l’autre condamnerait l’accès aux pages faisant suite à l’option qui n’a pas été choisie.
24- Un site de mise en abyme.
25- Un site véhiculant une fausse identité qui s’acharnerait à dire du mal du site de sa véritable identité.
26- Un site avec des films dont on mélangerait les sous-titres.
27- Un site de petites annaonces.
28- Un site dont on ne dévoile le contenu que dans dix ans.
29- Un site mode d’emploi.
30- Un site de vidéos réalisées à partir de jeux électroniques (une histoire d’amour réalisée avec un jeu de baston et de combat).
32- Un site qui donnerait le code que le visiteur devrait copier et coller dans un fichier de bloc-notes puis l’enregistrer au format html pour le lire dans ce format. 31- Un site qui reprend tous ces sites.


Kill Me Sarah me signale la reprise d’une de ces idées



 

Mardi Mardi 9 janvier 2007



Une bonne partie de la journée d’aujourd’hui, et de celle d’hier, entièrement occupée à préparer un dossier de travaux graphiques pour LLdM, qui s’attèle à la fabrication d’un deuxième numéro de Chutes.

Et ce bref recensement de mes dernières initiatives en la matière me surprend presque, dans ce qu’il montre que mon travail graphique ces dernières années a essentillement consisté à revisiter mes plus anciennes tentatives, de les numériser et de les augmenter de ces nouvelles capacités héritées de la maniabilité numérique. A vrai dire il en va comme cela de l’essentiel de mon travail ces dernières années, graphique ou pas, et principalement depuis l’existence du site, en dehors du travail sur le site lui-même, mon travail ressemble à cette seconde moitié de l’existence du personnage de Bartlebooth dans la Vie mode d’emploi de Georges Perec.

Ayant d’abord consacré une dizaine d’années à l’étude de l’aquarelle, Bartlebooth passe la décennie suivante à voyager de par le Monde pour peindre des vues pitoresques des paysages qu’il traverse. Aquarelles et lavis qu’il confie ensuite à Serge Valène, son voisin dans l’immeuble de la rue Simon-Crubellier, qui doit en fabriquer des puzzles en bois, lesquels, une fois patiemment reconstitués par Bartlebooth, devait subir, toujours aux mains de Valène, un traitement de restitution de l’aquarelle initiale, et les dix dernières années de la vie de Bartlebooth devaient être occupées à retourner dans les différentes endroits où il avait peint ses paysages, et d’y détruire, en les brûlant, toutes ses aquarelles. Cette entrepise échoua, Bartlebooth meurt avant son accomplissement, d’autant qu’il bute sur la réalisation du quatre cent trente-neuvième puzzle.

Je ne saurais dire avec précision dans quelle étape de cette vie de Bartlebooth je me situe, sans doute celle de la reconstitution des puzzles — ou de leur fabrication — ce dont je suis certain, c’est que cette entreprise n’a pas de fin et que peut-être la mort me surprendra tandis que j’y travaillerai encore.

La nouvelle étape du désordre : y faire rentrer absolument tout mon travail et pas seulement des extraits. Tenter d’y parvenir avant que les étagères combles dans le garage ne finissent par s’écrouler et m’ensevelir.  

Lundi Lundi 8 janvier 2007





C’était donc la dernière séance avec Benjamin. Et nous avions convenu qu’elle serait consacrée à expliquer à Nathan que c’était effectivement la dernière fois qu’il aurait à travailler avec son éducateur. Il n’était évidemment pas question d’expliquer à Nathan, qui ne le comprendrait pas, que ce sont les aléas financiers qui présidaient à cette fin, aussi nous sommes tombés d’accord avec Anne et Benjamin pour dire à Nathan qu’il était parvenu à un terme dans son travail avec Benjamin. Nathan s’est assis en tailleur sur son trempoline et de façon très posée, un petit Boudha assis, nous a devancés dans nos explications, décrétant qu’il avait fini son travail avec Benjamin, et que oui, Benjamin pouvait partir, mais d’abord il voulait faire un câlin à Benjamin.

Et voilà, c’était aussi simple que cela. Sauf que Benjamin et moi nous aurions pu en pleurer, Benjamin sans doute parce qu’il mesurait d’un seul coup toute l’avancée que Nathan avait parcourue. N’avions-nous pas sous les yeux un Nathan parfaitement composé, dans cette même chambre qui avait été le théâtre des empoignades du début ? Ces derniers temps, je n’ai pas toujours été en plein accord avec le travail que Benjamin faisait avec Nathan, c’est un euphémisme, mais ce qui prime sans doute, à mes yeux, c’est que bouffi d’émotion, je n’ai pas su dire davantage que "Merci" à Benjamin, et que si je devais en dire plus, j’aurais implosé. Il va donc falloir que j’écrive à Benjamin, pour lui dire ce que j’entendais ce soir par "Merci".



Et de constater que c’est souvent à cela que me sert d’écrire. A exprimer ce que je ne parviens pas à dire, parce que trop envahi par mes émotions.  

Dimanche Dimanche 7 janvier 2007



Le bloc-notes du désordre