Samedi Samedi 16 décembre 2006



 

Vendredi Vendredi 15 décembre 2006

Les nouvelles du Monde ce matin : sur le site de la Paix Maintenant le compte-rendu enflammé à propos de la conférence internationnale sur la question de la Shoah à Téhéran.



Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a déclaré mardi aux délégués présents à la conférence internationale sur la question de la Shoah que les jours d’Israël étaient comptés.

Ahmadinejad, qui a déclenché les protestations du monde entier en parlant de l’assassinat systématique de six millions de Juifs pendant la deuxième Guerre mondiale de "mythe" et en appelant à "rayer Israël de la carte", s’est encore une fois lancé dans une attaque verbale contre Israël.

"Grâce au peuple et à la volonté de Dieu, l’existence du régime sioniste est sur le déclin, et c’est ce que Dieu et toutes les nations veulent. Tout comme l’Union soviétique a été balayée et n’existe plus, le régime sioniste sera bientôt balayé."



Ces mots ont été chaleureusement applaudis par les délégués, dont certains juifs ultra-orthodoxes et anti-sionistes, et des écrivains américains pour qui la Shoah est soit un supercherie, soit une exagération.

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Mardi, les participants ont salué la ligne dure du président iranien, en disant que cette réunion leur avait donné l’occasion de diffuser des théories qui mettent en doute la tentative des Nazis d’éliminer le peuple juif, ce qui est interdit dans certains pays européens.

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Ahmadinejad a pris l’initiative d’organiser cette conférence de deux jours pour tenter de renforcer son image de leader qui résiste à Israël, l’Europe et aux Etats-Unis, en Iran et à l’étranger.

"Les remarques d’Ahmadinejad sur l’Holocauste ont ouvert une nouvelle fenêtre dans les relations internationales sur cette question. Il y a 20 ans, il était impossible de parler de l’Holocauste, et toute étude scientifique pouvait être interdite. Ce tabou a été brisé, grâce à l’initiative de Mr Ahmadinejad", a déclaré mardi aux délégués le Français Georges Theil.

Georges Thieil a été condamné cette année en France pour "contestation de crimes contre l’humanité", après qu’il a dit que les Nazis n’avaient jamais utilisé le gaz contre des Juifs.

Michele Renouf, une ancienne reine de beauté autrichienne "Shoah-sceptique", a qualifié Ahmadinejad de "héros".

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Les 67 participants, venus de 30 pays (dont les négationnistes européens les plus célèbres) devaient rencontrer Ahmadinejad mardi dans la soirée.

"Cette conférence a eu un impact incroyable sur les études relatives à l’Holocauste partout dans le monde", a dit l’Américain David Duke, ancien leader du Ku Klux Klan et ancien représentant de Louisiane. "L’Holocauste est les stratagème utilisé par l’impérialisme sioniste, l’agression sioniste, le terrorisme sioniste et le meurtre sioniste", a dit Duke à l’agence Associated Press.



En Allemagne, en Autriche et en France, il est illégal de nier la Shoah ou d’en mettre en doute certains aspects, et plusieurs participants à la conférence de Téhéran ont été poursuivis. Eux et les organisateurs ont salué la conférence comme étant une expression de la libre parole académique.



Les participants se sont attroupés autour d’un modèle réduit du camp d’Auschwitz apporté par l’un des orateurs, l’Australien Frederick Toben, qui l’utilise dans ses conférences pour prétendre que ce camp était trop petit pour un assassinat en masse de Juifs. On estime à un million le nombre de personnes qui y ont été tuées.

Toben, qui a fait de la prison en Allemagne en 1999 pour avoir mis en doute la Shoah, a effectué plusieurs tournées de conférences dans des universités iraniennes.



Parmi les participants étaient également présents deux rabbins et quatre autres membres du groupe " Jews United Against Zionism" (Juifs Unis contre le Sionisme), habillés du caftan et du streimel traditionnels des juifs ultra-orthodoxes. Ce groupe, membre de la secte des "Netourei Karta", considère que la création de l’Etat d’Israël a violé la loi juive et que la Shoah ne doit pas être utilisée pour justifier sa création.




Pour l’honnête homme les motivations des révisionnistes mais surtout celles des négationnistes sont incompréhensibles : comment peut-on nier l’existence des chambres à gaz ? Des camps d’exterminations ? Des Einsatzgruppen sur le front de l’Est ? Pourtant, il y a fort à parier que ce seront ceux qui se sont convaincus de leur mensonge qui finiront par triompher parce que leur opiniâtreté paranoïaque est sans borne. Et que leur motivation de faire prédominer cette vision de l’histoire sera un jour plus grande que celle des historiens intègres.

Dans l’échelle graduée de la destrution des Juifs telle qu’elle est donnée par Raul Hilberg — caractériation des Juifs, stygmatisation, expropriation, exil, extermination — quelles sont les étapes déjà franchies dans le discours de Ahmadinejad ? Ne lui reste plus que de passer à l’acte. Ce dont il aura bientôt les moyens. Est-ce que dans ce passage à l’acte, ce genre de conférences fantasques aura gagné davantage de poids et de crédibilité ? C’est l’évidence.

Et dans vingt ans peut-être des historiens se pencheront sur la question de savoir à quel moment une étape décisive a été franchie : ces étapes graduelles ont déjà été franchies. Il ne s’agit pas là d’une génération spontanée d’antisémitisme, mais bien davantage d’un mouvement qui s’inscrit dans l’histoire, d’où son besoin de la pervertir.
 

Jeudi jeudi 14 décembre 2006



Bonne et intense après-midi de travail avec Julien dans le garage. Discussion à propos des évolutions futures du site. Je suis ravi de voir que la fièvre qui m’a empêché de dormir une bonne partie de la nuit, ne m’handicape apparemment pas du tout dans cette discussion, mais dès que Julien sera parti, toute la fatigue me sera retombée dessus, d’un seul coup, au point d’être couché presque avant les enfants.

Dans la liste des choses à faire pour le site :
— Reprendre le script de répartition aléatoire des iframes pour qu’il n’y ait plus d’espace libre entre les différents frames, sachant qu’est acquis que les frames restent alignés selon le nombre paramétré pour la largeur quelle que soit la largeur de la fenêtre ouverte.
— Reprendre le script de tirage aléatoire d’un fichier html qui a le défaut de n’être pas très fiable quand le nombre d’occurences diminue et donc de produire une page blanche.
— Se lancer, ou non, dans un espace dans lequel le visiteur aurait la possibilité de produire sa propre page du désordre, à partir des fichiers du site, et de l’envoyer par mail ou même de la publier sur un espace ftp de son choix.
— Dans le passage du jeu de memory en javascript donner la possibilité de donner une récompense au joueur lorsqu’il a terminé le puzzle, un peu selon le principe des jeux de taquin. — Le poids des jours, une version du bloc-notes qui donnerait au visiteur la possbilité de lire toutes les entrées selon le même jour de l’année, par exemple, tous les 28 décembre, tous les 22 mai, etc...

Il ne faut pas non plus s’attendre à voir toutes ces choses réalisées très prochainement, au désordre, on a pour devise que rien ne presse.  

Mercredi Mercredi 13 décembre 2006



Je reprends le tir à l’arc. Quel plaisir de retrouver le bois de l’arc, et tous ces petits accessoires dans la grande boîte noire, et dans laquelle quelques herbes séchées, prisonnières dans la boîte depuis trois ans, un peu plus même, me rappelent la pratique quotidienne du tir à l’arc dans le jardin de Puiseux, qui s’y prêtait admirablement, tout en longueur qu’il fût.

Dans le terrain vague au dessus de la maison j’ai trouvé l’endroit parfait, je tire contre une butte haute de quelques mètres ce qui devrait garantir que même une flèche folle n’aura aucune chance de sortir de ce pas de tir improvisé. D’ailleurs ma première flèche est passée un peu au-dessus de la cible. La hausse n’est pas le plus facile des réglages. Mais c’est surprenant de voir que c’est celui dans lequel on corrige le plus vite. En revanche je suis surpris de voir que mon tir est très centré, cela fait bien trois ans que je n’ai plus tiré et les flèches sont groupées et centrées encore qu’un peu à gauche, mais surtout tout est un peu trop haut. Bref après une brassée de vingt flèches j’ai l’impression de tirer aussi bien, aussi mal, qu’il y a trois ans. Et de reproduire le même défaut, trop haut et un peu trop à gauche. Avec de temps en temps de bonnes flèches en plein centre, mais dont on peut se demander à quel point elles ne sont pas accidentelles.

Il y a bien sûr cette astuce immédiate qui consiste à tirer un peu à droite et trop bas dans l’espoir de corriger artificiellement son tir, mais les dieux de tir à l’arc ne doivent pas l’entendre de cette oreille parce qu’invariablement quand on triche de la sorte on est sévérement puni et il n’est pas rare que des flèches manquent la cible. Et se brisent.

A vrai dire je n’ai aucune chance de corriger ce défaut un jour puisque je tire dans un terrain vague sans professeur qui, examinant mes gestes, permettrait de mettre le doigt sur le défaut de tir qui est le mien, une sortie de flèche trop nerveuse parce que je retiens mon arc avec trop de tension, un aligement erroné des pieds. Le bras gauche trop tendu. Une position de la tête penchée et qui entraîne de grossières erreurs de paralaxe. Etonnant que dans le geste assez simple de décocher une flèche tant d’écueils existent.

Je pourrais, nul doute, m’inscrire dans un club de tir à l’arc — il y en a un à quelques centaines de mètres de la maison, dans le quartier des Rigollots — et bénéficier des conseils d’un professeur, mais alors il m’obligerait sûrement à me servir d’un viseur, de balanciers, toutes sortes de choses dont je ne veux pas entendre parler. Non, ce que j’aime dans le tir à l’arc ce n’est pas tant d’atteindre la cible — en quelque sorte de réduire à son plus petit rayon possible le cône dont la pointe de la flèche est le sommet — mais au contraire, au contraire ?, de sentir la flèche quitter l’arc dans ce chuintement grisant et d’accompagner en une pensée brève la trajectoire de la flèche. Et d’être surpris, malgré tout, quand la flèche vient se ficher, trop haut et un peu à gauche du centre de la cible.

Bref je suis un archer de terrain vague, un archer vague.

Mais, c’est quand même plaisant quand la flèche atteint le centre de la cible, bien qu’une fois encore je ne me sente pas toujours responsable de cet heureux résultat.

Depuis que je fais du tir à l’arc j’ai coutume d’afficher dans le centre de la cible des reproductions de peintures de Saint Sébastien — des cartes postales — qui finissent abîmées par les plus réussies de mes flèches, mais de façon plutôt aléatoire puisque la dispersion des trous dans l’image intervient selon le bon vouloir de mes flèches. A dix-quinze mètres, je perçois encore le nombril de Saint-Sébastien que je prends pour cible dans la cible. Et c’est, de fait, très rare que je l’atteigne dans le nombril.  

Mardi Mardi 12 décembre 2006

Nathan était allongé, déjà calmé par la première injection de sédatif, quand l’anesthésiste est entré dans la pièce, il a demandé à l’infirmière si tout allait bien, je ne suis pas certain qu’il ait attendu ou même écouté la réponse, il a jeté un coup d’oeil très rapide vers le moniteur qui enregistrait le rythme cardiaque de Nathan et puis il a discrètement passé sa seringue d’un liquide laiteux — et dire que j’avais expliqué à Anne dans la voiture que cette injection était pareille à du poison et que c’était pour cela qu’il fallait que Nathan soit à jeun — Nathan a eu un moment de panique, un petit cri de peur et puis sa tête est tombée inanimée dans les mains de l’infirmière, Anne et moi étions sous le choc, cette impression invraisemblable que l’on venait de nous tuer Nathan sous les yeux. Et tout d’un coup nous étions honteux d’avoir laissé faire, la raison nous disait bien que tout avait l’air d’aller, le moniteur renvoyait l’image d’une activité cardiaque calme, et régulière, mais on nous faisait comprendre que maintenant il fallait les laisser tranquilles, ils allaient prendre le petit corps de Nathan et l’emmener au coeur de cette puissante machine, je revoyais l’entrée de cet immense aimant de la visite de la semaine précédente, et je n’aimais pas du tout cette idée du corps horizontal de Nathan rentrant dans cet appareil comme, c’était bien ce genre de pensées que nous aurions aimé éloigner de nous.

Ils nous ont dit que nous avions une heure devant nous, que l’on pouvait attendre dans la salle d’attente ou aller nous promener pendant une heure. Curieusement c’est la deuxième de ces solutions que nous avons choisie, je crois que nous avions besoin de prendre l’air.

Anne avait faim, moi aussi du reste, nous sommés allés dans une boulangerie, Anne a pris une viennoise au chocolat et moi une part de flan nature. Puis nous sommes allés à la page 189, Anne voulait en profiter pour commander deux livres dont il avait été question dans ses cours d’hier à l’Université de Lille, des livres à propos d’autisme. Pendant ce temps-là j’avisais une luxueuse édition de photos trouvées et je pensais déjà à quelques remarques que je pourrais écrire sur le sujet, comme quoi la seule véritable façon de produire une image nouvelle en photographie est d’avoir recours au hasard, mais je reposais le livre parce qu’évidemment ce n’est pas le moment de faire de telles dépenses, Anne discutait avec Gaëlle et lui expliquait cette impression étrange de l’endormissement si violent de Nathan, je fis ce que je fais dans les librairies depuis trois mois, j’ouvris les Bienveillantes au hasard et je soupirai du dégoût que m’inspire ce livre, ni écrit ni à écrire — pour ce livre aussi j’ai toute une théorie, celle qui veuille que le déclin du monde éditorial, plus tard, sera rappelé par le succès d’un roman révisionniste. Je regardais l’heure, il était temps de rebrousser chemin et d’aller nous assurer que Nathan se réveilait bien. Nous dûmes encore attendre dans la salle d’attente parce que le vacarme en provenance de la pièce d’IRM disait que la longue procédure tournante au dessus de la tête de Nathan n’avait pas encore fini sa révolution.

Un aide-soignant est venu me voir pour me faire signer une décharge, là j’ai cru que cela allait mal, mais non, c’était juste de la maladresse de sa part, je signais les consignes à respecter pour les heures qui suivent le réveil de l’anesthésie.

Finalement on est venu nous chercher et nous avons trouvé un Nathan de très très mauvais poil, mais très vivant.

Mais je ne suis pas prêt d’oublier cette sansation affreuse du cri d’effroi de Nathan sentant le poison irradier son coprs et s’endormant, la tête tombant en arrière, comme une masse, comme l’aurait fait la tête d’un petit animal tué à la chasse. Et de ressasser toutes ces pensées à ce moment-là, les exécutions par injection aux Etats-Unis, en trois piqûres, la première pour endormir, la seconde pour paralyser et la troisième pour tuer, si la première ne fonctionne pas bien alors le condamné meurt dans d’atroces souffrances parce qu’il est paralysé et ne peut dire qu’il n’est pas endormi et subit la dernière injection dans une terrible douleur. Cette autre idée très inconfortable que la seringue qui contenait ce poison si puissant avait été là tout près, aux pieds de Nathan dans son lit, juste à côté de mon appareil-photo, pendant que nous attendions notre tour, que la place se libère dans le grand aimant. Et l’anesthésiste allant si vite en manoeuvre, comme un travail à la chaîne, si on lui avait tendu une mauvaise seringue, s’en serait-il rendu compte ?, sans doute pas. Dans l’anesthésie ce n’est pas d’endormir les gens qui est le plus difficile, c’est de les réveiller.

C’est une joie sans mélange cet après-midi d’entendre Nathan faire des caprices, crier, répéter sans arrêt la même chose, toutes choses par ailleurs insupportables d’ordinaire.

Cette petite heure passée dehors pendant que Nathan était anesthésié et scanné dans toutes les coupes possibles et imaginables, je voudrais l’oublier à jamais, car je n’aime pas avoir été capable de vivre pendant qu’un doute aussi infime soit-il subsistait.




Un remords, dans un mail à François :

>Ce que je ne dis pas dans le bloc-notes, sans doute conscient de la >surcharge de pathos, c’est le défilé des enfants étranges que tu voies >dans ce service et des parents dont nous reconnaissons au regard que >rien n’est simple. Anne leur adresse volontiers la parole, moi j’ai plus de >mal, je parle aux enfants qui rarement me répondent, paradoxalement >nous ressortons regaillardis de ces rencontres brèves, comme si ces >parents nous avaient transmis de leur courage, et souvent en se disant >qu’avec Nathan, finalement, c’est plutôt facile. >
>
>Aujourd’hui cette femme qui vient de Brest, avec sa fille d’une trentaine >d’années, encore dans l’espoir de découvrir quelque chose qui va >l’aider. Celle-là je ne sais pas où elle tire sa force. >
>
>Et puis finalement si, je crois que je devrais le mettre dans le >bloc-notes.
 

Lundi Lundi 11 décembre 2006

Compte-rendu du Mois de la Photo à Paris, édition 2006



Une arme visuelle : le photo-montage soviétique de 1917 à 1953.

Exposition rare dans laquelle il est donné de voir la fabrique de ces images à la gloire de la révolution d’octobre et à l’installation des Soviets au pouvoir, pour finir avec les purges staliniennes. Images vénéneuses, comme des amanites tue-mouches, leur beauté formelle, leurs audaces graphiques et l’inclusion adventice de la typographie feraient oublier à quel point il s’agit là d’images de propagande pour un régime, notamment celui de Staline, qui fit tant de morts et opprima brutalement des millions.

Les images qui sont ici exposées, sont en fait les montages originaux, les véritables découpages, collages et superpositions, surimpressions aussi, qui toutes reposaient ensuite sur l’aplatissage de ces infimes reliefs par une photogravure rudimentaire et qui écrasait avec violence de si fins collages. Il y a peu d’autres moments dans l’histoire de la photographie &#151 les Suréalistes, Man Ray, en tête, mais aussi à la périphérie avec Brassaï et enfin les collages de John Heartfield — pendant lesquels une telle liberté sera prise par rapport à l’image photographique.

Et pourtant c’est sûrement dans ces manques de respect et dans cette aventure qu’ont été gardées les clefs de ce qu’il serait plus tard possible de faire avec la photographie numérique.




Les expositions de la Maison Européenne de la photographie

Programmation de plus en plus décevante ; La petite odyssée de trois photographies d’André Kertész : on s’en fout ! Sans compter que la seule émotion qui aurait pu filtrer de cette exposition-bâteau, en montrant les trois négatifs des trois images, est entièrement gâchée puisque par manque de lumière réfléchie, il est quasiment impossible d’observer ces trois négatifs.

Les photographies de l’agence VU, jamais compris l’intérêt de la photographie genre Life, je ne suis pas certain d’avoir même visité entièrement la première salle de cette exposition.

Philippe Ramette : est-ce une blague ? Et pour valider ces photographies il est clairement précisé qu’elles ont été réalisées sans le concours de Photoshop. C’est garanti sans trucage. Mais c’est truqué quand même. Bref c’est du cirque, pour amateur de cabrioles seulement.






Joël Meyerowitz

Les premiers autochromes datent de 1908, premières photographies en couleur, il est cependant étonnant de voir combien de temps les photographes mettront à réaliser l’existence de cette nouveauté — je reste même persuadé que Cartier-Bresson est mort en 2004 sans le savoir. Ceci dit, étant donné ce que firent longtemps les photographes de cette possibilité nouvelle de fixer la couleur — des images à peine meilleures que celles des aquarellistes du dimanche, non, les autochromes de Stieglitz ne sont pas des chefs d’oeuvre, mais de mauvaises imitations de mauvaises aquarellistes eux même imitant de mauvais peintres impressionnistes — il n’y avait décidément pas urgence à ce qu’ils découvrent la couleur.

Le premier véritable photographe couleur fut sans doute William Eggleston qui effectivement se lança dans une véritable travail de coloriste subtil. C’est en effet sans doute dans ses photographies que l’on trouve les images qui ne sont pas des photographies en noir et blanc sur lesquelles des couleurs ont été appliquées — non que ce soit comme cela que les photographies couleurs étaient obtenues mais il était alors rare qu’une photographie couleur soit davantage que cette coloration fictive d’une image qui n’aurait pas perdu à être repassée en noir et blanc. Dans les années soixante, en pleine avénement de la société de consommation apparaissaient les premiers usages manifestes de la couleur de masse. Et des couleurs notamment criardes. Du point de vue de la photographie c’est aussi la naissance du film kodakrome. C’est à cette époque que, de façon très solitaire, William Eggleston entreprend sa recherche : des photographies dont la couleur devient visiblement un des éléments qui motivera la prise de vue jusqu’à en affecter profondément la composition.

A sa suite s’engouffrera une génération de photographes américains : Joël Sternfeld, Joël Meyerovtich, Richard Misrach et Stephen Shore qui tous les quatre enrichiront la percée de William Eggleston par l’utilisation de la couleur avec des films de grand format — vous remarquez au passage que ces photographes ont tous été récemment exposés en France et quand je vous disais que la mort de Cartier-Bresson ferait beaucoup de bien à la photographie en France.

Il y a deux grandes époques dans le travail de Joël Meyerowitz, la première qui correspond aux premières salles de l’exposition, suite de photographies au petit format, 24X36, et qui utilise principalement du film kodakrome à la richesse inépuisable de couleurs, cette partie du travail de Meyerowitz connaît ici une deuxième jeunesse grâce à des tirages numériques de toute beauté et qui restituent justement cette palette incomparable du kodakrome. Il s’agit de photographies de rue, à New York et d’autres grandes villes américaines, de même que de l’Amérique des petites villes — small time America. Dans ces séries la couleur trouve essentiellement à s’exprimer dans les lumières tranchées de l’hiver et de la mi-saison — avec cette sous-exposition systématique d’un bon diaphragme pour enterrer les ombres, et donc saturer les couleurs — mais aussi une certaine vulgarité américaine, celle jamais démentie de la fin des années 60 et des années soixante-dix et qui explose littéralement dans une orgie de couleurs primaires. Le sujet n’y est pas cerné, comme il peut l’être dans les photographies de Gary Winogrand de la même époque, la tension de ce qui est capturé par le photographe y est moins grande, la fascination de son prochain est ailleurs, elle est dans cette façon incroyablement putassière et inélégante de s’habiller. Mais de même que les voyageurs du métro à Chicago seront souvent prompts à vous adresser la parole pour de petits riens, vous venir en aide souvent, Joël Meyerowitz garde un peu de chaleur pour ses contemporains et semble même leur trouver des excuses.

Dans la grande salle de l’exposition se trouve la seconde grande partie du travail de Meyerowitz, celle du grand format. Cette partie du travail est en fait fondatrice d’un mouvement de la photographie américaine, celui des photographes documentaires en grand format et en couleur. Principalement Meyerowitz, Sternfeld, Shore et Misrach faisaient partie de ce groupe de photographes qui s’étaient donné la tâche paradoxale de photographier des sujets les moins spectaculaires qui soit si possible ceux éloignés de toute beauté intrinsèque — à l’exception du travail de Richard Misrach qui lui traquait les lumières de fin de jour dans les déserts américains — et de se confronter à ces sujets ingrats avec des moyens à la fois démesurés — la chambre 20X25 et la couleur — mais aussi qui ne manqueraient pas de relever avec une précision inévitable le moindre détail de sujets qui pourtant ne présentent aucun intérêt a priori, manière d’exploitation jusqu’auboutiste du couple studium / punctum mis à jour par Roland Barthes dans la Chambre claire. Or dans ces vues très fouillées au contraire se révélaient photographiquement pas seulement la pauvreté des sujets, mais les causes de ce manque de relief : les Etats-Unis sont ce pays ennuyeux à mourir. On pourrait alors songer à rapprocher cette démarche de celle du Robert Frank des Américains si on ne décellait pas dans toutes ces vues de l’Amérique de Meyerowitz une empathie naturelle pour ses sujets.

Cet autoportrait paradoxal en Américain, est tout entier contenu dans l’une des trois dernières photographies de l’exposition, on y voit un avuegle au regard sans pupilles, recevant une véritable douche de lumière et légèrement surexposé — et qu’est-ce qu’un photographe cyclopéen fait lorsqu’il prend en photo un aveugle sinon un autoportrait ?






Photographies de la Commune

Deux photographes de la Commune se disputent cette exposition, Eugène Disdéri et notamment à la fin de l’exposition les photographies glaçantes de cerceuils ouverts et accueillant les cadavres de gardes nationaux et de communards morts lors des derniers assauts, et Hippolyte Blancard qui a méticuleusement documenté la destruction de Paris, à la fois celle des incendies des grands monuments provoqués par les Communards et celle plus terrible encore provoquée par les bombardements prussiens mais aussi ceux des Gardes Nationaux. Du fait de la très faible sensibilité des émulsions de l’époque les temps d’exposition étaient souvent trop longs pour capturer en pleine netteté leurs sujets mobiles, aussi, notamment pour les photographies de Blancard, les ruines de Paris sont de surcroît habitées par des fantômes et lorsque le siège prendra fin des photographies seront alors peuplées de cadavres. Témoignage historique admirable et très émouvant, du martyr de la ville et de ses habitants, il est cependant regrettable qu’autant les photographies de Disdéri sont effectivement des tirages d’époque, autant celles de Blancard sont des tirages actuels, d’après les négatifs originaux, sur plaques de verre, mais dont on peut se demander si le tireur d’aujourd’hui a fait le moindre effort pour se documenter sur les techniques de tirages de l’époque, livrant ici une exposition aux tirages admirablement uniformes, au traitement de la lumière contemporain, en tout cas très conscient de la théorie du Zone-System inventée par Anseln Adams au XXème siècle. L’exposition est une réussite pour le témoignage historique et une aberration de point de vue photographique.

A la fin de l’exposition les photographies truquées, soit mises en scène, soit littéralement dessinées, des exécutions ou des cadavres jonchant les barricades, m’ont fait penser aux première pages de la Castration mentale de Bernard Noël.

La scène primitive

Depuis des années et des années, une scène me poursuit : je ne l’ai pas vue, et cependant je la vois derrière mes yeux, au croisement de la mémoire et de l’imaginaire, là où fantômes et fantasmes se forment et apparaissent. Cette scène a eu lieu dans les derniers jours de mai 1871, à Paris. Un troupeau de Communards, que l’on vient d’arrêter et qu’encadrent les Versaillais, passe devant la foule ameutée sur les boulevards, dans les parages de l’Opéra : une foule de bourgeois bien mis qu’accompagnent leurs épouses en tournures et voilettes. Tous ces gens, qui ont eu peur, clament un soulagement haineux et victorieux, mais voici que dans l’excitation générale, quelques-unes des femmes s’avancent vers les prisonniers, et tout à coup arrachent la longue épingle qui retient ensemble chignon et chapeau, puis la manient à bout de bras pour crever les yeux sous les applaudissements et les rires.

Cette scène me poursuit parce qu’elle donne la mesure d’un comportement dont la répétition finit par fournir l’une des normes de mon pays. On sait que les vainqueurs, partout, sont les propriétaires de l’histoire, et qu’ils en font disparaître les épingles à chapeau, mais cette disparition, chez nous, se double à tel point d’une négation de son existence que ce refoulement ménage le retour de la même violence. Dès lors, faute d’une expression qui pourrait les exorciser, les scènes de ce genre rôdent dans l’inconscient collectif où, loin de s’apaiser, elles deviennent les appelants d’actes identiques aussitôt que l’occasion s’en présente.

Cette scène est exemplaire parce qu’elle met en scène un meurtre du regard que le pouvoir français commet régulièrement. Ici, le geste final est toujours d’aveugler l’adversaire pour qu’il ne voie pas ce qu’on lui fait, et soit donc incapable d’en témoigner valablement. Il suffit de se rapporter à deux événements récents pour constater combien la scène évoquée semble servir de perpétuel modèle. Ainsi de la rafle dite du Vel’ d’Hiv et du pogrom que subirent les Algériens, à Paris même, dans la nuit du 17 octobre 1961. Chaque fois, c’est une cruauté immédiatement couverte, sinon légalisée, par la hiérarchie de l’État : chaque fois le même enterrement d’une prise de conscience salutaire, comme si la lâcheté des exécutants reflétait la réalité fondamentale de nos gouvernements successifs. Quand la vérité finit par devenir publique - et va même jusqu’à s’afficher trop tard sur les estrades de l’État -, c’est que l’amnistie a depuis longtemps bâillonné les victimes et mis à l’abri les bourreaux par une soumission légale de la justice au crime. On ne devrait pas s’étonner que les « révisionnistes » nient l’évidence quand la volonté officielle a toujours été de blanchir l’histoire.

Ce penchant favorise la renaissance perpétuelle du racisme, de l’exclusion et du nationalisme le plus régressif. Il favorise aussi l’apparition de lois qui sous prétexte, par exemple, de lutter contre l’immigration clandestine s’inscrivent contre toute la tradition dont se réclame chez nous la « légalité ». Ailleurs, mais dans un mouvement semblable, l’humanitaire si généreusement médiatisé prête son aide à la « purification ethnique ». Bref, tout change sans cesse de sens dans une belle confusion, qui est le nouvel ordre.

Les riches ne crèvent plus les yeux des révoltés avec des épingles à chapeau, mais avec des images. Cet aveuglement a l’avantage de n’être ni salissant ni douloureux. Le pouvoir est à nouveau divin puisqu’il peut agir invisiblement. Il faudra sans doute beaucoup de temps pour qu’on aperçoive dans cette invisibilité un crime contre l’humanité puisqu’on ne l’a pas mieux distingué chez la mafia du sang contaminé, qui, pourtant, a servi la propagation du sida avec bien plus d’efficacité que notre sexualité rendue pécheresse. Le virus, lui aussi, appartient à l’invisible : quand sa cruauté apparaît, il est trop tard. Bizarrement, ce qui prépare les viols, les massacres, la destruction, apparaît aussi trop tard, mais uniquement parce que les responsables, pour n’être pas coupables, choisissent toujours d’aveugler.







Ryan Mac Ginley

Lors de l’édition de l’aubergine des recontres d’Arles, je n’avais pas pensé grand chose des photographies de Ryan Mac Ginley, pour la raison assez simple que l’exposition ne comptait que cinq ou six images, toutes assez médiocres à l’exception de l’une d’elles tout à fait exceptionnelle, on y voyait un jeune homme plonger dans une piscine, on avait le sentiment qu’il se couchait dans l’eau, la composition était très déséquilibrée et tenait admirablement la route, un miracle de in-between à la Robert Frank.

En sortant de l’exposition du même Mac Ginley au mois de la Photo, je suis obligé d’admettre que je suis à peine plus capable du moindre jugement qui soit sur le travail de ce jeune photographe. Ce dernier semble se tenir à la croisée de Larry Clark, le Larry Clark jeune de Tulsa et de Nan Goldin, la Nan Goldin jeune de The ballad of sexual dependency, sujets identiques aux deux photographes, l’autoportrait d’une jeunesse délurée et luttant efficamement contre l’ennui — précisément l’ennui typiquement américain tel qu’il est représenté dans les photographies de Joël Meyerowitz — une photographie qui se moque pas mal du résultat, plutot peu éduquée visuellement et qui mise massivement sur la pléthore d’images pour que miraculeusement certaines sortent du lot et deviennent de véritables icônes. Les quelques photographies extraites de cette masse indistincte sont ensuite, de façon un peu factice, agrandies hors de proportions, obligeant le visiteur à regarder des images sur lesquelles il ne s’arrêterait même pas si ces dernières étaient tirées au format carte postale. Et j’ai beau éventer la recette, le plat n’en reste pas moins inattendu, parce qu’un vent fou traverse ces images et carresse justement ces corps libres et nus : oui, tous ces jeunes gens sont en vacances, et ne semblent pas très motivés pour se rhabiller, pourtant c’est à peine si on remarque cette nudité de tous les instants.




Man Ray, l’énigme photographique

La Galerie Marion Meyer propose une exposition tout à fait navrante de quelques photographies de Man Ray que l’on voudrait faire passer pour rares, elles le sont dans le sens où elles ont été visiblement sauvées de la poubelle du grand photographe. Tirages ratés, si ce n’est tirages de lecture, épreuves sans intérêt, et plus grave encore tentatives infructueuses : ici on n’a pas compris que ce n’était pas dans ses corbeilles à papier que Man Ray avait conservé ses images, mais très probablement dans des portfolios. une exposition parfaitement dégoûtante de crottes. Fussent-elles de Man Ray.




John Hearfield

A la galerie 1900-2000, une vingtaine de couvertures de la revue AIZ signées par John Heartfield, très mal éclairées, très mal mises en valeur, c’est ni fait ni à faire, mises en regard du travail sans grand intérêt d’un collagiste contemporain, Philippe Jusforgue, dont le galeriste est extrêmement prompt à préciser que ces collages n’ont pas été réalisés sous Photoshop, parce que ce serait trop facile et donc sans intérêt, ici aussi, comme à ’exposition de Philippe Ramette à la MEP, on confond volontiers photographie contemporaine avec cirque et acrobaties. Les images de John Heartfield sont un pendant exact des images de la propagande soviétique exposées au passage de Retz : celles de John Heartfield sont en fait le produit final, la couverture imprimée depuis les collages originaux, tandis qu’à l’exposition de l’arme visuelle, ce sont les collages originaux qui sont exposés. Au contraire des images de la propagande celles de John Heartfield sont celles de la résistance. Là où on admirait de façon ambiguë la beauté formelle et constructiviste de la propagande soviétique, dans l’exposition de John Heartfield on apprécie sans limite le courage politique, les audaces graphiques et l’ironie. Mais assurément le travail très prolifique de John Heartfield mériterait mieux qu’une exposition bâclée.




A l’institut hongrois, deux expositions, dont l’une, je crois devoir vous le préciser, est en fait dehors sur le trottoir d’en face, des photographies de presse de la révolution de 1956 à Budapest, qui ne sont pas sans rappeler celles de la révolution du printemps de Prague en 1958, notamment celles de Josef Kudelka. Les tirages sont imprimés de façon sommaire destinés évidemment à résister à la pluie parisienne pendant quelques semaines. A l’intérieur une petite salle regroupe une trentaine de paires d’images de Budapest, l’image du haut est en noir et blanc et date de 1900, celle du bas est en couleur et date de 2000, elle singe du mieux qu’elle peut le cadrage et la composition de son aînée et offre donc au spectateur un jeu temporel des sept erreurs, qui n’est certes pas inédit, mais au pouvoir malgré tout évocateur : du temps a passé sur la ville et l’a défigurée.






Amérique d’Edouard Levé.

En 2002, Edouard Levé avait publié Oeuvres, livre au principe redoutable, énumération d’oeuvres n’ayant pas été réalisées, soit parce que matériellement irréalisables, soit sans doute par manque de temps ou de désir, et aussi parce que pour beaucoup d’entre elles, conceptuelles, l’énumération de leur principe ne garantissait pas à leur réalisation putative un surcroît d’intérêt par rapport à cette interrogation sur leur principe d’obtention. Et pourtant depuis, Edouard Levé, en contradiction apparente d’avec cette oeuvre conceptuelle, semble être pris de remords, et explore quelques-unes de ces oeuvres en poussant jusqu’à leur réalisation.

L’oeuvre ici présentée à la galerie Léo Sheer est ainsi décrite dans Oeuvres.

20. Aux États-Unis, un voyage est accompli pour photographier des villes homonymes de villes d’autres pays. L’itinéraire, qui les relie en ne passant qu’une fois dans chacune d’elles, fait le tour du pays en treize mille kilomètres. Le trajet commence par New York, longe la côte est vers le Sud, se dirige vers l’Ouest jusqu’à la côte pacifique, remonte au Nord, longe le Canada pour rejoindre le Nord-Est avant de retourner au point de départ. Le chemin est parcouru en voiture. Les villes traversées sont, par ordre alphabétique : AMSTERDAM, BAGDAD, BELFAST, BELGRADE, BELLEVILLE, BERLIN, BETHLEHEM, BETHUNE, BRISTOL, CALAIS, CAMBRIDGE, CANTON, CARLS-BAD, CARTHAGE, CLERMONT, CUBA, DELHI, DUBLIN, FLORENCE, FRANKFORT, GLASGOW, HEIDELBERG, JERICHO, JOHANNESBURG, LIMA, LTVERPOOL, MAÇON, MADRAS, MADRID, MANCHESTER, MELBOURNE, MEXICO, MILAN, MILO, MONTEVIDEO, NAPLES, ODESSA, OXFORD, PANAMA, PARIS, PEKIN, POTSDAM, ROME, ROTTERDAM, SAINT-CLOUD, SEVILLE, STOCKHOLM, STUTTGART, SYRACUSE, TORONTO, TOULON, VERSAILLES.

Dans ces villes, sont photographiés des lieux communs, au double sens de lieux banals et de lieux où la communauté se retrouve. Les photographies sont présentées accompagnées d’un titre : Cuba, la mairie ; Un bar à Berlin ; Supermarché à Rome ; Salon de coiffure à Paris ; Une rue à Versailles. Descriptifs trompeurs, sans être faux.


En réalisant quelques-unes de ses oeuvres, Edouard Levé touche peut-être du doigt un des mystères de l’art qui veuille que la contingence ne soit jamais neutre, et peut travailler dans des directions insoupçonnées par l’auteur même. Qu’au cours de la réalisation de l’oeuvre, des décisions devront être prises et toutes seront déterminantes de l’eouvre au point de pontentiellement la défigurer. En édictant son principe apparemment aléatoire de détermintation du parcours au travers des Etats-Unis, qui n’est pas sans rappeler les premières oeuvres de Richard Long, celles qui consistaient à énumérer simplement le principe de parcours de ses marches — dix aller-retours entre les points A et B définis sur une carte, par exemple — Edouard Levé ne présumait sans doute pas qu’il tirerait le portrait paradoxal d’une Amérique médiocre, small time America, dissimulée derrière des noms de pays exotiques. Et de découvrir également dans cette Amérique que le piéton, qui plus est photographe, est souvent suspect — c’était déjà le cas du piéton-photographe Robert Frank lors de son parcours du grand pays — que le paradoxe de la richesse américaine est que sa pauvreté est plus visible que ses richesses — les personnes des classes moyennes et riches ne sortent pas ce chez eux et ne se déplacent qu’en voiture, ainsi les personnes qu’Edouard Levé a rencontrées et photographiées sont précisément celles qui n’ont pas nécessairement de voiture et peut-être même pas de toit.

Et aurait-il envisagé de telles images de l’Amérique en écrivant la vingtaine de lignes qui décrivent cette oeuvre ? Sans doute pas. Et pourtant tout comme les légendes des images de cette oeuvre sont trompeuses — pompier de Versailles, curé de Bagdad et conseiller municipal de Paris — mais non fausses, l’intitulé de cette oeuvre, a priori, est à la fois rigoureusement exact et trompeur.










Il y a bien de nombreuses autres expositions dans ce mois de la photo, mais je ne parviendrais jamais à m’intéresser à des photographes comme Xavier Lambours, Henri Cartier-Bresson, Isis, Edouard boubat, Robert Doisneau, Jean Dieuzaide, Jean-Paul Goude, Gérard Rondeau, Ian Patrick, Jean-Loup Sieff, je ne suis pas allé voir toutes ces expositions, je n’en demeure pas moins incrédule de leur sempiterntelle programmation, voisine, notamment, cette fois, d’un photographe américain, Joël Meyerowitz que l’on découvre en France alors que l’essentiel de son oeuvre était déjà produite il y a plus de vingt ans.

Ah !, la photographie en France.  

Dimanche Dimanche 10 décembre 2006



Le bloc-notes du désordre