Samedi Samedi 9 septembre 2006



 

Vendredi vendredi 8 septembre



 

Jeudi Jeudi 7 septembre

La question de l’intime c’est souvent que l’on me la pose. Et nous en plaisantions encore hier soir avec Patrick et Constance, avant que ne nous rejoignent Michel et Nathalie, et est-ce que je n’en dis déjà pas de trop ici ? Et dois-je, ou non, faire un lien vers le site de Patrick, qui s’appelle différemment sur internet ? Et à Constance j’avais déjà posé la question de savoir si parlant d’elle dans ces lignes, il fallait, ou pas, dire qui elle était, elle avait répondu que oui, elle était bien Contance Krebs. Pour Michel et Nathalie, je ne sais pas du tout, ce n’est, après tout, que la deuxième fois que nous nous voyons, la première fois c’était, est-ce que je peux le dire ?, à Cerisy l’année dernière. On comprendra aussi qu’à force d’indications croisées il soit possible pour le lecteur perspicace de retrouver très rapidement les identités de ces trois personnes légèrement voilées. Mais on peut aussi compter sur la discrétion du même lecteur de ne pas commettre cet effort pour justement ne pas démasquer ces mêmes personnes avec lesquelles j’ai passé une très bonne soirée, dans un restaurant où nous avons dîné d’une bouillabaisse très médiocre, oui, je crois que je peux dire que la bouillabaisse était passable. Et je crois que je peux aussi écrire que le restaurant de la rue Mouffetard en question s’appelait l’Huître et demi, où la cuisine est à l’égal du jeu de mots. Mais qu’importe, nous avons passé une bonne soirée. Je n’en dis pas plus.

Avant que Nathalie ne nous rejoigne, Patrick, qui avait déjeuné avec elle, nous montrait une photographie de Nathalie sur son téléphone portable et nous plaisantions que nous reverrions cette photographie sur son site. Mais Patrick nous détrompa en nous répondant que c’était une image trop intime. Pourtant je vous l’assure, c’était une photographie qui n’avait rien d’inattendu, qui ne révélait rien de plus que le visage de Nathalie à la ville.

Il y a trois semaines aux Rigaudières je montrais à Pascal des photographies prises avec le nouvel appareil et parmi ces photographies, l’une montrait le dernier virage avant d’arriver chez Pascal et Florence, avec son ancien réservoir rouillé et son pylône en ciment, seule élément vertical de toute l’image. Et Pascal me confiait alors que cette image, de ce bout de route, était pour lui tout autant intime, et disant de qui il était, que n’importe quelle autre photographie que j’aurais faite à l’intérieur de la maison ou de l’atelier.

Récemment également François me confiait que certains textes de Tumulte avaient fait débat à la maison pour ce qu’ils révélaient de la vie de tous les jours chez lui. Pour moi qui ne connais François que loin de chez lui, je reste stupéfait, parce que justement à la lecture de Tumulte je devine assez mal ce qui relève de l’intime.

Voilà trois définitions inattendues de l’intime, lesquelles me surprennent parce qu’elles sont très éloignées de ma propre perception de l’intime, de ce que j’entends par intime.

A moi on me pose souvent la question — d’ailleurs Patrick m’a dit qu’il souhaitait m’inviter à une conférence débat à la BNF sur le sujet de l’intime, j’ai peut-être intérêt à clarifier ma position sur le sujet — de savoir ce que cela me fait de tant révéler de moi-même, de mes proches ou encore des mes voisins et de mes contemporains.

La semaine dernière je répondais à un interview par mail d’une journaliste brésilienne, dont toutes les questions tournaient autour de cette même idée de l’intimité, je viens de relire mes réponses, c’est à peine croyable, en une semaine, je n’ai pas beaucoup varié d’idées :

Dans Désordre nous, lecteurs, recevons de nombreuses informations à propos de votre vie : vos filles et votre garçon, votre femme, vos parents, votre travail, mais aussi vos impressions à propos d’expositions que vous avez visitées ou des livres que vous lisez et une infinité d’autres choses. Le lecteur a l’impression, quelques fois, qu’il est chez vous. En quoi le site Désordre a changé votre vie priveé ?

Je ne pense pas que le travail que je fais sur internet ait beaucoup changé de choses dans mon existence et plus particulièrement dans ma vie privée. Avant de travailler à la réalisation du site et plus spécifiquement à la rédaction de son bloc-notes, les sujets sur lesquels je travaillais étaient déjà les mêmes, le quotidien, mon entourage immédiat, mon atelier et le travail en cours. Ce qui a résolument changé c’est que mon travail est passé de confidentiel à très visible, en relativement peu de temps. Du coup je bénéficie d’une reconnaissance qui est plutôt agréable et qui donne sans doute davantage de poids à ce que je fais. Mais il ne semble pas que cela m’ait beaucoup changé : de toute manière je ne suis pas la meilleure personne pour percevoir ce changement.

Comment percevez-vous l’infinité de gens inconnus qui ont accés au site Désordre et, de ce fait à des fragments de votre vie ?

Tout d’abord ce n’est pas une infinité, c’est plutôt entre 3000 et 5000 visiteurs par jour, et beaucoup sont davantage interessés par l’Origine du Monde de Courbet que par notre combat contre l’autisme de notre petit garçon, si j’en crois les statistiques du site, cette fréquentation, dépend un peu des jours des pédiodes de l’année et de la régularité de mes mises à jour.

Lorsque je travaille sur mon site, je n’ai jamais le sentiment que quelqu’un lit par dessus mes épaules, tout au contraire je me sens assez seul, je travaille dans le fond de mon garage, c’est assez tranquille, et c’est tout petit, il n’y a pas assez de place pour 3000 lecteurs.

Je n’ai pas le sentiment de dire ou de montrer des choses particulièrement extraordinaires ou tellement différentes de ce que j’imagine que d’autres personnes peuvent vivre, je suis toujours frappé qu’apprenant à mieux connaître quelqu’un, son parcours de vie est toujours nettement moins rectiligne que je ne l’aurais cru, ou que cette personne le laissait croire.

Ce n’est pas tant le contenu qui m’intéresse mais la forme, comment rendre compte du temps qui passe ? Est-ce que cela a seulement un intérêt, je n’en suis pas certain. Je me pose sincérement la question et je n’en ai pas la réponse.

Qu’est ce que les personnes de votre famille pensent de leurs apparition dans le site ?

Mes enfants sont trop jeunes pour en penser quoi que ce soit. Ma fille de sept ans aime bien regarder les photos de la Vie et rouspète quand elle n’apparaît pas assez souvent à son goût. Ma compagne est habituée à cette manière de franchise indirecte. Elle lit le bloc-notes comme tout le monde, seulement quand les articles sont en ligne. Elle sait déjà la plupart des choses qui y sont contenues et parfois elle apprend, au contraire, ce qu’elle ne savait pas encore.

Parmi mes amis, certains ne suivent pas du tout ce qui se passe sur internet et donc pas ce qu’il se passe sur mon site. Ils savent que cela existe, ils se doutent qu’il est parfois question d’eux, mais ils n’éprouvent pas le besoin d’en savoir davantage, ou de vérifier, ce sont des amis, ils ont confiance. D’autres amis au contraire sont davantage "connectés", ceux-là sont alors plus habitués des usages d’internet et ne sont pas surpris de ma propre utilisation.

Cette exposition quelques fois vous donnez un probléme ?

Oui, de nombreuses fois en fait.

Certains visiteurs ont du mal à comprendre que je ne souhaite pas nécessairement être leurs amis quand bien même je réponds poliment à leur mails.

Certains visiteurs sont très voyeurs et indiscrets et ne se suffisent pas toujours de ce qu’ils peuvent voir sur le site, et deviennent alors indiscrets par mail, et parfois aussi en cherchant absolument à me rencontrer.

L’hiver dernier j’ai eu de graves soucis avec mon employeur parce que mon patron a tenté de se servir du contenu du site pour me licencier et régler un différend qu’il avait avec moi. Du point de la loi stricto sensu il aurait pu le faire, fort heureusement son supérieur hierarchique a annulé cette procédure. Parce que lui jugeait que je ne pouvais pas être mis en cause pour ce qui relevait de ma vie privée.

Il y a aussi sur internet toutes sortes de pratiques qui ne sont pas très grâcieuses, il est assez fréquent que certaines personnes se prévalent de me connaître — ce que j’ai du mal à considérer comme un avantage — pour attirer des visiteurs vers leur propre site. Je trouve cela pitoyable.

En dépit de cela, les quelques très belles rencontres que j’ai pu faire sur internet avec des personnes qui sont devenues de véritables amis, avec lesquels j’apprécie de travailler à des projets communs, sont tellement enrichissantes qu’elles justifient de prendre le risque de faire de mauvaises rencontres.

Pourquoi un "blog" pour enregistrer la mémoire et non un journal en papier ?

Pourquoi Guthenberg a-t-il inventé l’imprimerie ? Et pourquoi Talbot, Niepce et Daguerre ont inventé la photographie ?

Vous pensez que les journaux d’aujordhui ont besoin du regarde de l’autre pour acquérir une manière de légitimité ?

Non, le bloc-notes que je tiens en ligne n’offre pas la possibilité aux visiteurs de publier des commentaires et c’est une frontière que je ne suis pas décidé à franchir, quand bien même je reçois de nombreuses demandes pour que ce soit possible. Cette interactivité est une aberration comme l’est dans une plus grande mesure encore celle de la Wikipedia ou tout un chacun peut sans cesse contredire le point de vue de son prochain : je ne vis pas dans un monde où le dernier qui a parlé est celui qui a raison.

Je ne travaille pas sur internet et je ne rends pas mon travail visible sur internet dans le seul espoir qu’il acquiert une reconnaissance fictive. J’ai tout à fait horreur de Will you scratch my back, I’ll scracth yours (si tu me grattes le dos, je te gratterais le tien)

7. Vous pensez que, maintenant, avec Internet, l’idée de vie privée est dépassée ?

La vie privée des autres ne m’intéresse pas. Elle ne m’a jamais intéressé. Ce qui m’intéresse chez mon prochain, c’est son aptitude à inventer de nouvelles formes. Je me moque bien de savoir que Céline était un affreux antisémite (un trait pour lequel je n’ai aucune patience) il était avant tout un écrivain incomparable. Et ça c’est passionnant.

Nul ne gagne à être connu.

 

Mercredi Mercredi 6 septembre



La semaine dernière, je découvrais que Nathan aime la musique de Steve Reich, aujourd’hui, j’avais la garde de Boris pendant une petit heure, Edith avait apporté son petit ordinateur portable et Boris s’en servait pour s’enregistrer et rejouer sans cesse des paroles dont je pense que lui seul comprenait la signification. J’ai de nouveau pensé à Steve Reich mais à une des ses oeuvres du début : Come out.

Avec Boris comme avec Nathan le sentiment d’être devant un mystère, certainement pas une forteresse vide, mais devant de nombreuses portes dérobées et qui s’entrouvrent très brièvement.

J’ai fait écouter à Boris le premier mouvement de Drumming de Steve Reich, il n’a pas eu l’attention soutenue dont Nathan est capable, mais je veux tout de même croire que pour la première fois depuis que je le connais, j’ai réussi à échanger quelque chose avec Boris.  

Mardi Mardi 5 septembre

Au travail d’Anne il y a un licenciement économique qui est prévu pour prendre effet à la fin du mois de septembre. Hier se tenait une réunion du C.E. dans laquelle les cas des treize personnes concernées étaient passés en revue. Conformément à la loi. Doivent être pris en compte les éléments suivants. La personne est-elle chargée de famille ?, quelle est son ancienneté ? quelles sont ses chances objectives de retrouver un emploi ailleurs ?

Il y a parmi les collègues d’Anne une personne handicappée, laquelle fait partie des personnes qui se retrouve sur le carreau. Aussi quand les délégués syndicaux ont demandé des explications concernant cette personne à la direction, cette dernière a répondu qu’elle assumait.

C’est étonnant tout de même ces retournements du sens.

Dans le dictionnaire au verbe assumer, je lis ceci :

assumer [asyme] v. tr.

• XVe ; lat. assumere 

1¨ Prendre à son compte ; se charger de. Assumer une fonction, un emploi, un rôle, une tâche. Assumer une responsabilité. Þ endosser, 1. supporter. Dostoïevski « ne se détourne pas de ses douleurs, mais les assume dans leur plénitude » (A. Gide). — (Sujet chose) Charges assumées par la collectivité.

2¨ (XXe) Accepter consciemment (une situation, un état psychique et leurs conséquences). Assumer pleinement sa condition. — Absolt J’assume. « Une propension naturelle à assumer toujours » (A. Gide). Pronom. S’accepter, se prendre en charge. « Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres, et c’est à partir du regard des autres que nous nous assumons comme nous » (Sartre).

Ä CONTR. Décharger (se). Refuser, rejeter.



Et dans la grande broyeuse de langage qu’est le monde du travail, assumer veut en fait dire n’en avoir rien à foutre.

&#151 Monsieur le directeur, vous ne pouvez pas licencier cette personne, elle est handicappée. Elle aura beaucoup de mal à retrouver un emploi.
&#151 J’en ai rien à branler de ton débile.

Est-ce que c’est plus clair comme ça ?  

Lundi Lundi 4 septembre

Nous apprenons, jour de la rentrée des classes, que l’Education Nationale ne nous donnera pas d’Assistant(e) de Vie Scolaire pour Nathan cette année. En tout cas, c’est très peu probable. Il n’y en a pour ainsi dire pas dans tout le département. Et on nous fait bien comprendre, ce que nous n’avons aucun mal à comprendre, que nous ne serons pas prioritaires, il y a des cas d’enfants nettement plus nécessiteux que celui de Nathan, oui, merci on s’en gourrait un peu. Ainsi donc voilà la farce de l’Edutation Nationale, pour la troisième année consécutive, nous avons eu dans le courant de l’année scolaire précédente une réunion appelée équipe éducative dans laquelle, comme chaque année, nous avons fait remonter le besoin d’un(e) AVS tous les jours pour accompagner Nathan dans sa vie scolaire. Nous avons demandé pour tous les jours sachant que nous n’obtiendrions qu’une journée sur deux, mais, come au souk, à l’Education Nationale, il faut demander le maximum pour obtenir la moitié, et de fait, nous avons reçu un papier du Rectorat pour nous dire que notre demande avait été acceptée mais cela ne signifiait pas que nous obtiendrions effectivement la moitié de cette moitié — la preuve nous n’obtenons rien — puisqu’ensuite il faudra que les AVS disponibles soient partagé(e)s entre les différents enfants qui en ont besoin — cette année le partage sera assez facile à faire puisqu’il n’y a rien à partager, donc rien divisé par le nombre d’enfants qui en ont besoin égale rien.

Parmi les explications de cette absence, je m’attendais à entendre parler de coupes budgétaires qui avaient réduit la portion congrue à rien du tout, mais c’est en fait plus intattendu : il n’y a pas eu de personnes, étudiants en quête d’un à côté, qui ont accepté les postes d’AVS en question. Et il ne me viendrait pas à l’esprit de leur jeter la pierre puisque ces emplois sont payés en dessous du SMIC. Il faudra un jour que l’on m’explique comment un Ministère a le droit d’employer des personnes en dessous du minimum salarial légal.

Depuis deux ans maintenant, je crois, les écoles sont tenues d’accepter en leur sein des enfants handicappés si telle est la volonté des parents. Mais essayez de faire rentrer un enfant autiste à l’école et vous verrez qu’effectivement les établissements y sont tenus par la loi, mais peuvent se réfugier derrière l’argument que la pésence de l’enfant dans l’école ne pourra se faire qu’en présence d’un(e) AVS.

Vous m’avez compris, réduisez le nombre d’AVS, soit en coupant sur leur budget ou en rendant leurs conditions d’embauche inattractives et vous êtes débarrassés du problème, tout en respectant cette fameuse loi d’intégration scolaire de l’enfant handicappé.

 

Dimanche Dimanche 3 septembre



Dans la famille de mon père, on ne se réunit pas à date fixe ni à intervalles réguliers. Une fois tous les trois ans, parfois quatre, c’est souvent début septembre, pour cette raison facile à comprendre, cela se passe dans le Nord, département français à la météorologie pas toujours grâcieuse, il vaut mieux donc que cela se passe en été, mais si possible pas pendant que tout un chacun est en vacances, donc début septembre. Pour une grand nombre du grand nombre de mes cousins, c’est la seule occasion que j’ai de les voir, et c’est donc un vrai plaisir que de se retrouver au Mont des Cats — l’un des trois Monts avec le Mont Noir et le Mont Kassel à former ce triangle des Bermudes flamand, d’où vient la fameuse bière des trappiste des Trois Monts justement.

Je crois me rappeller que la première de ces réunions a eu lieu en septembre 1985, en fait j’en suis sûr, sur la photo de groupe, je porte la barbe, cela date donc de l’année de mon service militaire. Je me souviens qu’avec mon frère Alain nous avions campé la nuit précédente dans les dunes de Brey-Dunes, et que nous avions été réveillés en pleine nuit par les douaniers belges qui nous avaient fait décamper deux cents mètres plus loin affirmant mordicus qu’ici c’était en Belgique, et que là-bas c’était en France. Sur des murs de la salle à manger sont punaisées cinq des photos de ces réunions de famille, elles n’y sont pas toutes, de même que la photographie en noir et blanc est très ancienne, elle date d’une autre époque, de 1960, peut-être même d’un peu avant, son fond de mur de briques n’est pas celui du Mont des Cats. Y figurent mes deux grands-parents, Oscar et Emilie De Jonckheere, que je n’ai pas connus, le visage de mon père est masqué par celui de sa soeur Marie-Thérèse, je reconnais certains de mes grands cousins, alors enfants, Mon Oncle Michel est d’une élégance folle avec un noeud de papillon.

Avec le temps, le souvenir de toutes ces réunions s’accélère pour me donner le vertige. Toutes ces personnes que je suis chargé de photographier, souvent avec l’aide de mon cousin Dominique, lui aussi passionné de photographie, j’ai le sentiment de leur être à la fois très proches — je connais leur histoire et elle croise souvent la mienne, notamment au moment de l’enfance — mais aussi terriblement éloignés tant je ne les vois plus qu’une fois tous les trois ou quatre ans, parfois moins parce que tous ne sont pas toujours présents.

D’une photo sur l’autre, on voit des personnes qui disparaissent, mon frère Alain par exemple, mais aussi Mon Oncle Michel la même année funeste, Tante Marie-Thérèse, Mon Oncle Léandre, et puis naturellement une profusion toujours grandissante de moujingues, par exemple sur la dernière photo, Adèle ne figurait pas mais Madeleine et Nathan si, et ils étaient tout petits. Mon cousin Raymond, mathématicien, qui a le sens de ce genre d’observtions, me faisait remarquer ce paradoxe, il se pourrait que plus le temps passe et plus la moyenne d’âge de cette réunion de famille rajeunisse. Interrogatif, je lui demande si elle ne serait pas plutôt constante, il corrige et même ajoute qu’en fait, elle doit plutôt augmenter, comme le fait la moyenne d’âge de la population du pays tout entier. Mais très lentement. Inexorablement cependant.

L’impression surtout vertigineuse de toutes ces nombreuses trajectories qui sont les nôtres et qui se croisent brièvement une fois tous les trois ou quatre ans, comme ces mouvements désordonnés des astres qui produisent des éclipses fugitives.
Le bloc-notes du désordre