Samedi 17 juin 2006

Il y a quelques temps déjà j’avais écrit dans le bloc-notes que je n’étais pas quelqu’un de bien. Je ne le faisais pas par désir que l’on vienne me soutenir le contraire, surtout pas, mais davantage par honnêteté. Je sentais qu’autour de moi régnait une confusion : on me lisait au pied de la lettre, sans distance, sans recul. Du coup on avait le sentiment de me connaître. Mais me connaître sans me connaître. A vrai dire ceux qui me connaissent savent, eux, que j’ai sans doute davantage de défauts que de qualités.

Je le redis ici. Je ne suis pas quelqu’un de bien.

Non, il n’y a pas de commentaires dans ce blog, d’ailleurs si vous pouviez essayer d’appeler cela différemment, je vous assure que je me donne suffisamment de mal à le faire depuis quatre ans pour que vous appeliez cela différemment. Et puis les commentaires, je déteste cela absolument. Pour moi les commentaires sont les nids de coucous pour une population très particulière de gens. Les "moi aussi". Je suis convaincu que si j’écrivais un article du bloc-notes qui avouerait que je viens de tuer Anne et les enfants dans un accès de démence, que j’ai violé toutes les femmes du quartier et que je descends en ce moment même dans la rue avec un bidon d’essence pour aller incendier la synagogue de Fontenay, qui est effectivement en bas de la rue, je suis sûr que j’aurais droit dans les commentaires à quelques très beaux témoignages du genre "moi aussi" et qui seraient autant d’invitations à co-fonder une grande fratrie de gens qui tuent femme et enfants, violent leurs voisines et vont foutre le feu à la synagogue du quartier.

Je tiens en très peu d’estime les mails que je peux recevoir qui généralement commencent par dire que vraiment c’est maginifique ce bloc-notes, ils ont l’impression de s’y retrouver totalement (c’est leur adverbe pas le mien) mais quand même pour les footballers ou les premiers ministres de droite, les catholiques bien pensants et les comptables j’exagère. Comme si cet écart depuis leur identification, leur s’y retrouver, n’était plus permis.

Non, je pense vraiment ce que je dis. Si vous êtes capable de vous intéresser à un match de foot, vous êtes un con. Si vous êtes de droite, vous êtes un con, si vous êtes comptable, votre travail ne m’intéresse pas. Et si j’écris à Coriolis et consort à télévision en leur demandant d’agrémenter leurs postérieurs avec les perches de leurs preneurs de son, je le pense vraiment. Et non, je ne pense pas que le dialogue soit interressant à rechercher avec de tels peignes-culs.

En revanche prêtez-moi au moins cette confiance, je n’ai jamais rêvé de tirer une balle dans la tête de quiconque. Même pas dans celles qui m’ont pronfondément nui. Je n’ai et n’aurais jamais la valeur d’un Socrates buvant la cigüe sans trembler, et assurant à ses proches qu’on pouvait le tuer mais pas lui nuire. Oui, on peut me nuire. Certains y parviennent très bien et tant pis s’ils lisent ces lignes et qu’ils y trouvent la matière de s’y réjouir.

Il faut cependant savoir ceci. Certaines personnes sans doute pas animées de l’intention de me nuire, m’écrivent, fort bien, pour commenter ce que je décris dans le bloc-notes. L’intérêt du bloc-notes n’est pas le quotidien qui y est écrit, je vous assure que mon existence n’a pas grand intérêt toute entière qu’elle est souvent tendue de trouver la sortie du marécage, c’est une survie, pas une surexistence, alors me direz-vous mais pourquoi l’écrire et pourquoi la donner à lire ? Parce que. Parce que c’est mon travail. C’est mon travail que de m’intéresser au quotidien. Le sujet c’est le quotidien. Ce n’est pas tant mon quotidien. Si j’avais accès au quotidien d’autres personnes, je pense que cela m’intéresserait davantage d’écrire à propos de ce quotidien, mais voilà fort heureusement on ne vit pas chez les uns et les autres. Donc pour s’intéresser au quotidien je suis somme toute contraint de m’intéresser à mon quotidien. Mais le lecteur dans tout cela ? Il me semble que le lecteur devrait s’intéresser davantage à la démarche de l’écriture du quotidien, et au côté générique du quotidien. Les spécificités de ce quotidien sont en fait, du point de vue de l’écriture, assez inintéressantes à explorer. D’une certaine façon elle ne situe que le cadre. Comme par exemple, je suis obligé de préciser que je ne travaille que le week end, parce que telle n’est pas la norme, alors on pourrait ne pas comprendre que des articles du bloc-notes qui parlent du monde du travail soient datés de samedis et de dimanches. Ou encore que bien que vivant en banlieue parisienne, depuis trois mois je suis obligé d’aller à Clermont-Ferrand pour travailler. En soi cela n’a aucun intérêt. Ce n’est qu’une explication qui permet de comprendre comment je suis amené à passer près de la centrale nucléaire de Cosne-sur-Loire deux fois par semaine. Donc fort de ces explications de contexte, il va de soi, me semblait-il, que je ne reçois pas nécessairement en bonne part, que l’on me dise que ce n’est pas une bonne chose que j’aille faire mes courses toutes les semaines chez Lidl — merci je sais que ce n’est une mauvaise idée et qu’on y mange mal — de même ai-je besoin que l’on me sermone sur la méthode ABA et que les comportementalistes ceci et les comportemantalistes cela — que les freudiens et les lacaniens unifiés se rassurent, ce n’est pas parce que nous tentons avec Anne de mettre cette méthode en pratique, que nous avons tout à fait perdu de vue que Nathan est avant tout un sujet et non un chien de Pavlov — ce qui m’intéresse et devrait intéresser ceux qui me lisent c’est comment ce quotidien fait de petites grandeurs et de grandes petitesses est préservé et comment il est écrit. Je serais comptable, de droite et grand supporter de l’équipe de France de football, il n’est pas certain que le bloc-notes serait très différent de ce qu’il est aujourd’hui. Toutes proportions gardées, pitié !, les jérémiades d’un jeune bourgeois neurasthénique et asthmatique, qui du fond de son lit, qu’il ne parvient jamais vraiment à quitter, se rêve en écrivain à la fin du XIXème siècle, ont peu de chances de m’intéresser a priori, et pourtant ces mêmes geignements écrits par Proust, je n’ai jamais rien lu de tel.

Depuis l’année dernière, où par la force des choses — ordinateur ayant lâché — je tenais le bloc-notes à distance, j’avais remarqué que si un écart de temps subsistait entre l’écriture et la publication des articles, alors l’assiduité de ceux qui lisent de travers, les "moi aussi", diminuait. Je trouvais le subterfuge assez bon pour le garder quelques temps. Ces dernières semaines, j’ai eu envie de réagir rapidement sur certains sujets, aussi je me suis tenu à moins d’écart, moins de temps de latence, les "moi aussi" sont de retour. Que faire ?

Mais que je sois imprécis sur un article qui ne concerne plus le quotidien stricto sensu, une critique, ou un fait de société, et je suis ravi d’engager la conversation, de même que je publie souvent les précisions qui me sont offertes par des personnes attentives et qui relèvent mes inexacitudes.

 

Vendredi 16 juin 2006



 

Jeudi 15 juin 2006

Ne plus savoir où donner de la tête. La semaine passée, de voir la psychologue de Nathan un mercredi matin et non un jeudi matin et j’avais déroulé quasiment l’emploi du temps d’un jeudi, comme si chaque matin, j’enclenchais un bouton et perdais dans ce déclenchement mon libre arbitre.

Et ce midi j’aurais presque perdu mon calme parce que l’orthophoniste a annulé son rendez-vous sans me prévenir. Je trouvais cela tellement injuste presque &#151 devoir attendre dans le rue avec Nathan et Adèle sur mes épaules &#151 je me rongeais les sangs en perdant tout à fait de vue qu’il ne s’agissait que d’un rendez-vous manqué, ni plus ni moins.

Comme chaque année, je crois que j’ai besoin de m’arrêter sur les bords de la Cèze, de jeter des pierres dans l’eau, de faire le vide en me plongeant tout entier dans l’eau froide de la rivière. Il est temps.

 

Mercredi 14 juin 2006

Quel cauchemar idiot. Je révais d’émissions de télévision au cours desquelles des personnes étaient contraintes et forcées de participer. On obligeait Deleuze à participer à Loft story et Derrida à débattre de football avec Roland Courbis. J’ai beau ne plus regarder la télévision, je me demande si je ne la regarde pas encore de trop.

 

Mardi 13 juin 2006



Je lis ceci dans le journal :

France 2 accusée d’introduire "la télé-réalité au coeur des tribus"

LE MONDE | 08.06.06 | 17h15 | Mis à jour le 08.06.06 | 17h16

Sous le nom de code "Les caméléons", un programme, produit par Extra Box, une filiale d’Endemol, actuellement en tournage pour France 2, met en émoi le milieu des documentaristes et celui des ethnologues. Le principe de cette émission, qui devrait être diffusée "entre septembre et décembre" sur la chaîne publique, est de faire partager à un groupe de six candidats, âgés de 20 à 45 ans, la vie tribale de peuples autochtones d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Pendant six semaines, sous le regard des caméras, ces "passionnés de découverte et d’aventure" vivront au milieu des Hadzabés, des Miaos ou des cavaliers mongols.

Dans une lettre ouverte accompagnée d’une pétition adressée à Patrick de Carolis, président de France Télévisions, la Commission internationale pour les droits des peuples indigènes (ICRA international) dénonce l’initiative, qualifiée de "télé-réalité au cœur des tribus". "L’exploitation des derniers peuples autochtones de la planète atteint ici des sommets affligeants, écrit l’ICRA dans sa pétition, téléchargeable sur son site Internet. Ce type d’émissions ne peut que nuire gravement à l’intégrité et à la dignité de ces communautés qui sont déjà considérablement précarisées et menacées. Ces émissions risquent également d’entraîner le développement d’un ethno-tourisme de masse au sein des communautés les plus fragilisées de la planète." En conclusion, l’ICRA demande à M. de Carolis de "bien vouloir procéder au retrait de ce projet indigne d’une chaîne publique".

Directeur des programmes et de la programmation de France 2, Jean-Baptiste Jouy réfute le terme de télé-réalité et rejette les accusations de l’ICRA. "Cette émission est un jeu documentaire d’aventures, affirme-t-il, qui offre une porte d’entrée gourmande, humaniste, joyeuse, au grand public, pour lui permettre de découvrir des cultures méconnues." M. Jouy précise que, "contrairement aux émissions de télé-réalité, il n’y aura ni people , ni enfermement, ni élimination, ni vote du public" .

Le directeur des programmes dit cependant"comprendre les inquiétudes" des spécialistes. "Nous en avons fait part aux producteurs", assure-t-il. Pour convaincre de sa bonne foi, il explique que la sélection des candidats a été effectuée "de manière très attentive", et qu’un guide, "en général ethnologue de formation", accompagnera le groupe au contact de chaque tribu. Dans un souci de "respect des proportions" , le nombre de candidats "sera toujours inférieur à celui des membres de la tribu", précise M. Jouy, et les participants devront "prendre garde à ne pas apporter dans leurs bagages des choses qui pourraient modifier les conditions de vie" de leurs hôtes.

Les explications de France 2 ne semblent pas avoir convaincu les adversaires du projet. Selon l’ICRA, la pétition en ligne qui sera prochainement adressée à Dominique Baudis, président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), aurait déjà recueilli quelque "2670 signatures". Sur Internet, les sites et les forums dénonçant l’émission se multiplient.

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Le site de l’ICRA : http://www.icrainternational.org/urgence/293.


Je m’empresse d’écrire à p.decarolis@francetv.fr et à mediateurinfo@france2.fr

Philippe De Jonckheere
xxx, xxxxx
94120 Fontenay-sous-Bois
Tel xx xx xx xx xx
Mail : pdj[0]desordre.net


Fontenay-sous-Bois, le 13 juin 2006


Monsieur le Médiateur, Monsieur le Directeur.


A la lecture de cet article lu dans le Monde, je crois que votre chaîne de télévision vient de me donner le dernier argument pour me convaincre de débrancher à jamais ma télévision et d’écrire dès demain à mon percepteur pour lui indiquer que je n’ai plus à payer la redevance audiovisuelle. Non que je faisais une consommation effrénée de la télévision et de votre chaîne en particulier, je vous rassure.

Quand je lis ceci : les participants devront "prendre garde à ne pas apporter dans leurs bagages des choses qui pourraient modifier les conditions de vie" de leurs hôtes. Je me pose sincèrement la question, comment vos équipes vont-elles filmer et enregistrer ? Parce qu’à mon sens le matériel audio et vidéo qui est indispensable à la réalisation de cette monstrueuse connerie fait précisément partie "des choses qui pourraient modifier les conditions de vie" des hommes et des femmes de ces tribus.

En présupposant qu’une telle émission puisse m’intéresser, moi téléspectateur, vous êtes insultants. Laissez-moi vous insulter à mon tour, allez tous vous faire enculer avec les perches de vos preneurs de sons.

Philippe De Jonckheere.

PJ, mon cordon de réception dûment sectionné. Je ne vous reçois plus.
 

Lundi 12 juin 2006



 

Dimanche 11 juin 2006



Dessin de LL de Mars

J’allume la télévision. Du sport. De la formule 1. D’ailleurs c’est épatant la formule 1 c’est un sport dans lequel les commentateurs chauvins peuvent toujours trouver matière à satisfaction. Ainsi on les entendra se réjouir de la victoire de tel ou tel pilote parce que les gants du pilote sont fabriquées en France ou les rétroviseurs ou je ne sais quoi d’autre, bref c’est assez divertissant la formule 1. Sur la chaîne suivante. Du sport. Du tennis. Les deux joueurs poussent des cris de bête en tapant dans la balle. Ils font la grimace quand la balle ne franchit pas le filet ou qu’elle va au delà des lignes, les commentaires sont un concert de superlatifs énoncés sur un ton très docte, le tennis c’est un sport très docte. Je change de chaîne. Du football. Les Pays-Bas affrontent la Serbie-Monténégro. Là c’est commenté par toutes sortes de gars du métier dont un type qui vient d’être condamné à trois ans de prison &#151 et moi qui croyais que quand on était condamné à la prison, on allait en prison justement, ce n’est pas que je suive tout cela de près, je vous rassure, on se tient informé c’est tout, donc le type s’appelle Roland Courbis, il aurait détourné des sommes folles en dizaines de millions d’euros sur des histoires de transferts de joueurs, d’ailleurs bon prince un jeune gars sémiliant de la télévision lui demande ce qu’il pense de cette condamnation, on voit donc un type corpulent dans un costume de mafiosi expliquer que lui il n’appelle pas cela des détournements mais des astuces pour économiser de l’argent, je suis souvent subjugué par l’inatteignable de ces gens, ils sont condamnés, mais ils font appel puis appel de l’appel, mais en tout cas en football il en connaît un rayon c’est sans doute pour cela que la chaîne de télévision le trouve irremplaçable au point d’elle aussi ignorer la condamnation, sans doute aussi qu’après la condamantion, si elle s’entête et persiste, la scélérate, il y aura l’amnistie, parce que de tels talents on ne peut vraiment pas s’en passer. Sur une autre chaîne encore, il y a du cyclisme &#151 là je vous le dis tout de suite, faire du vélo, très bien mais regarder quelqu’un en faire, même très bien, je n’ai jamais compris. Je crois que j’ai fait le tour.

Je ne dois pas être bien réveillé parce que tout d’un coup je m’imagine, en éteignant la télévision, un monde qui serait tellement différent de celui-ci, un monde dans lequel, des millions et des millions de gens s’intéresseraient à la littérature, la poésie, la peinture, la photographie, des stades entiers écouteraient avec componction des lectures de poésie, à la télévision des écrivains échangeraient des paroles de spécialistes, et ergoteraient sur la fréquence des adverbes d’untel, le rythme ternaire d’un autre. Il y aurait même des débats, de véritables débats politiques dans lesquels des questions de société seraient abordées longuement et amplement documentées, à la fin des émissions des urls seraient données à partir desquelles il serait possible de télécharger les livres écrits par les invités de ces émissions. Il faudrait une bande passante de tous les diables pour satisfaire l’affluence de téléchargements massifs. Le sport serait un monde d’amateurs et quelques émissions de temps en temps passeraient très tard le soir sur une chaîne spécialisée à l’audience très limitée.

Je me suis réveillé, il était déjà l’heure de retourner au travail. Arrivé au bureau, mes collègues à la relève tenaient une conversation extrêmement animée pleine d’arguments documentés à propos de la composition de l’équipe de France. Monde de merde.

Le bloc-notes du désordre