Allez, je peux bien vous le dire, avec Anne hier soir nous avons regardé le film d’action du dimanche soir avec Bruce Willis, si si, je vous assure, d’ailleurs c’est quand même de temps en temps, une fois par mois, que l’on regarde le film d’action du dimanche soir.
Alors au programme d’hier soir, nous avions Mercury, avec Bruce Willis donc. Le scenario de ce film d’action hollywoodien est assez simple. La NSA National Security Administration fabrique un code secret réputé inviolable et dans un dernier effort de contrôle de cette inviolabilité pratique le "test du crétin", c’est-à-dire fait publier un message édité avec ce code dans une revue de puzzles. Un enfant autiste, le petit Simon, tombe par hasard sur cette énigme et n’a aucun mal à craquer le code. La NSA échaudée par cet échec décide d’éliminer le petit Simon, mais échoue, finalement c’est un agent du FBI à qui va revenir la tâche difficile de protéger le petit Simon contre les tueurs acharnés qui sont à ses trousses. A Bruce Willis on donnera le rôle de l’agent du FBI, hargneux mais qui cache un coeur d’or façon Lino Ventura, d’ailleurs ce n’est pas le seul trait de ressemblance puisque la situation fait penser à celle de Classe tous risques de Claude Sautet dans lequel on voit un Lino Ventura, casseur mafieux dont la fuite est freinée par ses deux enfants qu’il est obligé d’emmner avec lui dans sa cavale, en soi ce n’est pas un mauvais ressort et avec Anne nous avons rigolé parce que nous nous sommes tout de suite dit qu’à tous les coups, la grande brute d’agent FBI avant la fin du film connaîtrait tous les recoins de la méthode dite ABA pour Applied Behaviour Analysis qui est une méthode comportementaliste qui donne d’excellents résultats avec les enfants autistes. Cela ne manque pas, à la fin du film, le petit Simon est sauvé par l’agent du FBI, qui en plus l’a tout à fait apprivoisé, grâce à un apprentissage express de la méthode ABA pour les nuls.
C’est tout à fait étonnant de voir comment ce film est à la fois bien documenté, mais fait la pire des utilisations de cette documentation. Ainsi lorsque l’on voit le petit Simon dans son école spécialisée (à deux reprises dans le film) et chez lui, on remarque des éléments de l’autisme qui paraissent assez authentiques et qui n’ont pas pu être "inventés" par les scénaristes de ce film. Il y a donc eu effort de documentation. En revanche, les personnes auprès desquelles les scénaristes ont obtenu leurs informations n’ont pas du être là pour relire la copie. Un exemple : en fait le petit Simon n’est pas un autiste ordinaire parce qu’au lieu d’être affligé de quelques uns des symptômes de la maladie, comme c’est généralement le cas, ils les cumulent tous, il marche sur la pointe des pieds, il ne regarde pas devant lui, il louche légèrement, il ne supporte pas qu’on le touche, il est hyperactif, réagit violemment au bruit, il est routinier, il parle de lui même à la troisième personne, il fuit le regard des autres, il ne comprend les situations et reconnaît les personnes uniquement lorsqu’elles figurent dans son livre d’images, il crie de façon suraiguë lorsqu’il est stressé, il répète les mêmes rengaines et ne s’interrompt que pour en entamer une nouvelle et surtout il déchiffre du code secret en un rien de temps, là c’est la part fantasmée dans toute son horreur. Quand bien même les enfants autistes sont parfois doués de facultés surprenantes, ce qui n’est pas toujours le cas, ces facultés n’ont pas de chance d’excéder les opérations de calcul d’un ordinateur, ce que le film suggère.
Vous allez me dire, mais qu’est-ce qu’il pouvait bien attendre de plus d’un film d’action du dimanche soir avec Bruce Willis dans le rôle principal ? Rassurez-vous : rien. Et certainement pas des éclaircissements sur l’autisme, pour cela Anne a plutôt tendance à aller chercher ses renseignements sur la liste d’Austisme France.
L’autisme est une maladie méconnue et dont on comprend habituellement qu’elle est le lot d’enfants tout à fait mutiques. De tels autistes existent, ils appartiennent à la catégorie du syndrôme de Kanner. Et même si ces enfans sont très lourdement handicapés il faut savoir que l’on obtient avec eux, avec force patience et méthode, des développements qui jusque-là paraissaient hors d’atteinte. Et puis il y a d’autres formes d’autismes, on entendra souvent parler d’autisme d’Asperger, ou encre d’autisme de haut niveau ou bien encore d’autisme atypique (ce dont Nathan souffre). L’autisme de haut niveau est celui qui est le plus à même de produire des cas de facultés hors du commun. Mais encore une fois de là à lire courrament du code secret fabriqué par les laboratoires de la NSA, c’est pur fantasme. En la matière ce qui est affligeant c’est que le film Rain Man dans lequel Dustin Hoffman surjoue très pesamment comme il fait toujours le rôle d’un autiste de haut niveau a fait plus en matière d’édification des masses de ce que peut être l’autisme. Et c’est là où je voulais en venir, que dire de notre société qui se fie à des oeuvres de fiction, de grosses machines hollywoodiennes constuites comme d’interminables spots publicitaires, pour se faire une idée de son histoire, des phénomènes de sociétés, de la politique, de l’amour c’est possible ?, sans doute, bref une image un tant soit peu complète d’elle-même ?, on va encore dire que j’exagère.
Mais alors, comment expliquer que la durée de prescription des crimes contre l’Humanité en Allemagne au lendemain de la seconde guerre mondiale, qui était alors de trente ans, ait finalement été prolongée pour être imprescriptible justement, et cela à quelle occasion ? : lors de la diffusion d’Holocaust, cet épouvantable film de série B, à la télévision allemande. Etait-ce alors là toute l’intelligence politique d’Helmut Schmidt, de prendre conscience de la part d’ombre de l’histoire récente de son pays, seulement à la lumière d’un téléfilm américain ?
Ou comment encore, je m’étais disputé avec Barbara Crane parce qu’elle avait emmené ses petits enfants voir la liste de Schlinder, elle ne comprenait pas le danger d’apprendre l’histoire de la Shoah dont elle était tout de même mieux placée que moi pour la connaître au travers d’une grosse production hollywoodienne, et justement comment c’était là la porte ouverte au révisionnisme qui avec son entêtement malhonnête aurait beau jeu de relever les contradictions d’un tel film et d’en faire un élément de soutien à leurs thèses nauséabondes. Mais c’est sans doute peine perdue que de s’énerver de la sorte, notre monde est véritablement devenu une fiction. De série B.
D’ailleurs son grand pédagogue, Steven Spielberg palme incontestée de la naïveté bouffie du bon Américain à l’irréprochable conscience, mais qui a très mal payé les figurants polonais de la liste de Schlinder, ah les bons sentiments ! nous fait en ce moment un nouveau cours d’histoire, cela s’appelle Munich et je n’ai pas besoin d’aller le voir pour savoir que c’est un gros navet, aussi bien documenté qu’un film avec Bruce Willis ou Dustin Hoffman à propos de l’autisme.
Je me souviens que les jeux olympiques de Munich que je suivais avidemment à la télévision je me souviens des sept médailles d’or de Mark Spitz, je me souviens qu’alors quand on se faisait traiter de con, on répondait que cela ne nous faisait aucun mal puisque cela voulait dire "Champion Olympique de Natation" ont été interrompus à cause de la prise d’otages par le commando Septembre noir, et que cela me faisait beaucoup râler. Je me souviens que ma mère m’avait expliqué qu’il y avait parfois des choses plus importantes que le sport, des choses que je ne pouvais pas comprendre, et que des hommes et des femmes étaient déjà morts, que d’autres allaient mourrir encore sans doute et que non, il fallait que je comprenne que les Jeux olmypiques allaient se terminer. J’étais édifié. Les jeux ont repris un ou deux jours après, mais je n’ai plus voulu les regarder. Je crois que c’est de ce jour-là que le sport à la télévision m’a toujours un peu dégoûté. Et c’est sans doute parce que les Jeux n’ont pas été arrêtés, annulés, en 1972, que la finale du Heysel a bien eu lieu le 29 mai 1985, que le match a été joué alors qu’une quarantaine de supporters italiens étaient morts je me souviens de l’incompétence manifeste et navrante des journalistes sportifs à commenter autre chose qu’un match de football, c’était pitoyable. Et que, d’une façon générale, aujourd’hui, plus rien ne pourrait interrompre un match de football. Que les aléas du Paris-Saint Germain font désormais très naturellement la une du Parisien. Je me souviens quand il n’y avait pas d’article à propos de sport dans le journal Le Monde.
Aujourd’hui le quotidien français qui a le plus gros tirage c’est L’Equipe. Ils ne le savent peut-être pas mais les lecteurs et les journalistes de l’Equipe ont développé une manière de comportement autistique : ils peuvent citer des scores de matchs, des chronos de compététion, des classements de championnat, ce qui demande de la mémoire, mais ils auraient bien du mal à parler de l’histoire récente de l’ancienne Yougoslavie.
Visite des sites amis et de ceux plus lointains. Le Portillon a changé de maquette, d’après moi on y voit plus clair. Au Terrier, on découvre le travail de Jivezi. Le Tumulte est toujours aussi tumultueux, le sentiment partagé que là il se passe quelque chose qui fera sans doute date. A remue.net je trouve que l’on vit un peu trop sur sa réputation. Je n’avais plus joué depuis longtemps au piano graphique. Il y a cinq ou six ans c’était une drôle de révélation ce machin, mais pourquoi donc cela ne se renouvelle qu’à si faible allure ? A la BNF, je me suis taillé quelques beaux livres de Zola, quelle merveille d’avoir accès à tant. Random Access Memory est victime de son succès, ce qui brillait dans la nuit est devenu terriblement terne, jamais très bien compris l’urgence des gens qui ont si peu à dire, de le faire savoir à autant de monde, chaoid a pris du poids, je ne m’en plains pas parce que j’ai le haut débit à la maison, mais ce que j’appréciais beaucoup autrefois c’était le côté site en flash pour bas débit tout à fait unique. Comme je connais un peu les coulisses, je n’en dis trop rien, mais c’est dommage que le site de Marcel Duchamp par Zumba ne soit là que par intermittence. Mais ces derniers temps il est là, il faut en profiter. Toujours aussi essentiel, la mine pour lutter contre les esprits étroits. Il est opiniâtre le petit gars de Poésies choisies, il va son chemin, lentement mais le sillon est profond. On lit toujours avec plaisir les textes (pas tous) de Monsieur Toussaint Louverture. Il ne faut pas quitter Benoît Guillaume trop longtemps du regard, parce que cela bouge toujours beaucoup chez lui. J’ai toujours autant d’émotions devant les photographies du projet Look at me. Je passe faire un peu de lecture chez Queneau. rezo.net, c’est souvent de là que je pars quand j’ai envie de "lire le journal", sauf que je ne lis plus le journal, je devrais sans doute dire, lire l’écran. Crouty a changé de maquette c’est devenu un blog, je ne suis pas certain que l’on y gagne quoi que ce soit, décidément je ne comprendrais jamais ceux qui savent faire un site, un beau site, et qui se précipitent pour transformer cette belle construction en un blog avec une maquette épouvantable. Je fais le plein de rêves et de cauchemar chez onirique. D’ailleurs j’ai rêve cette nuit que j’étais le nègre de Martin et qu’il ne cessait de m’engueuler comme un mauvais aprpenti parce mes fonds repoussaient ses coups de brosses. Je vais lui envoyer un mail pour lui dire, Canadien de malheur. Je suis allé me perdre un peu dans grrrrr, l’un des plus beaux sites que je connaisse, et surtout parmi les plus orginaux, celui-là ne ressemble vraiment à aucun autre. Mon disque dur est plein de ce que j’ai pu télécharger sur ubuweb. Et ma dernière découverte ce sont les industries lourdes de Young-Hae Chang.
Tous les liens du désordre, du coup, remis à jour

L’emploi du temps de ministre du petit bonhomme a repris il y avait eu répit du fait de la convalescence d’Anne, qui par exemple gardait Adèle avec elle pendant que j’emmenais Nathan. Et notamment le jeudi. Psychologue de 9H45 à 10H30, puis on court pour aller chez l’orthophoniste, puis retour rapide à la maison, on mange un morceau et on va à l’école ou c’est l’AVS assistante de vie scolaire qui prend le relai, et le soir rendez-vous chez l’ostéopathe heureusement, pour ce dernier ce n’est pas toutes les semaines.
On est justement en train de faire les comptes avec Anne, parce que nous allons avoir droit à une aide de la Caisse des Allocations Familiales. Il faut justifier. Tout justifier. Justifier les quarante-cinq euros par séance chez la psychologue, les cinquante euros par semaine chez le psychomotricien, les 35,55 euros chez l’orthophoniste, toutes les semaines aussi, les 500 euros pour une dizaine de séances chez l’ostéopathe, puis ce sont les tikets de métro pour aller chez ce dernier, les indemnités kilomètriques pour aller à Paris chez la psychologue, à Vincennes chez le psychomotricien et l’orthophoniste, puis le récent devis pour la réparation d’une des deux enceintes de la chaîne, des photos du papier peint arraché dans les deux chambres des enfants, un ticket de caisse avec la ligne des "couches pour grand garçon" soulignée, la facture de l’association qui nous envoie deux AVS dans la semaine à peu près deux cents euros dans le mois toute une algèbre de nos difficultés, d’ailleurs faire les comptes nous est instructif, on comprend mieux pourquoi avec Anne, on a tant de mal à faire face tous les mois, comment on a progressivement remplacé toutes les ampoules de la maison pour en mettre des économiques, que l’on fait les courses des produits de base chez lidl, on ne se plaint pas bien sûr. Bien sûr que non. Nous vivons très confortablement.
Et aujourd’hui, de tenir la main de Nathan sur le banc chez l’ostéopathe, de le voir comme cela allongé calme faisant son possible pour respecter sa promesse de rester bien tranquille, le sentiment qui prime est celui de la fierté. De ressentir un tel plaisir quand l’ostéopathe explique que les sutures crâniennes de Nathan sont en train de se refermer de façon très homogène, bien sûr nous n’y sommes pour rien. Mais on est fier tout de même. On a sa fierté. Allez viens Nathan, on reprend "le train qui fait du bruit" et on rentre à la maison.
Madame, Monsieur,
Le dossier que vous avez eu l’obligeance de présenter à la Fondation HSBC pour la Photographie a été examiné avec la plus grande attention.
Malgré tout l’intérêt de votre travail, celui-ci n’a pas été retenu par notre conseiller artistique, Gilles Mora. Nous vous proposons de venir retirer votre dossier au siège de HSBC France.
Combien de fois dans une vie est-ce que l’on peut recevoir ce genre de courriers pour dire que ce que l’on a écrit n’est pas publiable que ce que l’on a fait de ses dix doigts n’est pas montrable ? Est-ce que l’on est vraiment sourd à ce genre de correspondances ? Et qu’est-ce qui peut bien nous pousser à continuer ?, alors qu’on nous l’écrit que notre travail n’a pas de valeur.
Cette lettre rejoint les autres du même genre. Je me dis toujours qu’un jour j’en ferai quelque chose. Tapisser les toilettes ? Tiens, c’est une idée. Je dois bien disposer d’une dizaine de mètres carrés de ces lettres. Cela devrait suffire amplement. Non, ce serait encore leur donner trop d’importance.
Oui, c’est bien cela. Cet après-midi, je suis dans le garage. J’ai fait table rase de tout le désordre qui y traînait, tout est là, perfaitement en ordre, en ordre pour moi, c’est à dire que vous n’y touveriez peut-être pas facilement une enveloppe ou une paire de ciseaux et lorsque je vous aurais montré où ils se trouvaient, vous penseriez sans doute que c’est un emplacement illogique. Oui, tout est là. Prêt. Les crayons sont taillés. Je viens de le faire. L’ordinateur est allumé. J’ai mis un disque du Modern Jazz Quartet. Je suis prêt. Les crayons taillés. Et rien. Rien ne se passe. Le téléphone ne sonne pas qui ne me dérange pas. Il n’y a rien de pressant qu’il faudrait que je fasse toutes affaires cessantes. J’ai du ménage dans mon courrier électronique. Je ne reçois pas de nouveaux messages. Je n’ai pas envie de lire le journal ou de m’agripper à un des liens de rezo.net — c’est souvent de là que je pars — la musique swingue. J’aime le MJQ. Dehors il y a quelques rayons de soleil timides qui se hasardent au fond du garage. Je fais un tour complet sur mon siège envisageant les rayonnages qui habituellement se trouvent dans mon dos. Mais rien de ce qui comble les étagères ne provoque chez moi la moindre pensée. Le disque est fini, j’en mets un autre. J’essaye quelque chose de plus remuant. John Zorn. Mais je n’ai soif de rien. Je n’ai pas le courage de remonter me faire un thé. Je n’ai pas le courage de finir ce que j’étais en train de faire, il ne reste pourtant plus tant que cela de choses à faire dessus. L’atelier de Frédéric Bazille est presque terminé, quelques liens à reprendre. Pas grand chose. Adèle dort plus haut. Dans sa chambre. Je monte en catimini en espérant presque d’entendre son rire, jouant dans son lit, qui sonnerait la fin de la sieste, mais je peux même m’approcher sans beaucoup de précaution, elle dort. Je n’ai pas d’excuse et pourtant, je n’ai rien fait. Je n’ai rien fait de l’après-midi. De ces deux heures qui parfois sont libres pour moi dans une journée, pour en faire justement ce dont je me souviendrais. Ce qui vaudra le coup. Mais qui aujourd’hui n’a pas valu le coup. Je ne suis ni triste ni malheureux. Je ne suis pas heureux non plus. Je suis tiède. Ca ne vient pas.
Je suis sûrement en retard d’une rame ou l’autre, mais voilà je ne découvre que maintenant le magnifique effort caritatif de la cellule niçoise du Front National : une soupe populaire tous les mercredis soirs. Evidemment la soupe est empoisonnée puisqu’elle est faite à base de porc. Je ne dis pas faite par des porcs, je pourrais, non faite avec du porc.
Levée de boucliers, la presse qui s’émeut, quand je dis la presse, je ne parle pas de la presse de droite que je ne lis évidemment pas, pas que je sois de gauche d’ailleurs mais une chose est certaine je ne suis pas de droite. Et quand on demande aux porcs en fait quand on leur tend les microphones qu’ils sont venus quémander ils font entendre leur messages : eux s’occupent des vrais pauvres.
Les vrais pauvres. Comme il existe dans le cerveau malade de ces gens des vrais Français. Pas seulement. Les vrais pauvres pour ces sales porcs, cela veut dire qu’ils sont vraiment pauvres, sous-entendu, ils ne sont pas polygames vous vous rappelez la polygamie, mère de tous les émeutes de novembre l’année dernière ils ne touchent pas le fameux Graal des allocations ou je ne sais quel autre fantasme du petit Français qui lui n’a droit à rien du tout dans son pays.
La France est raciste. C’est tout le pays. C’est tout ce petit pays qui est raciste. Tous ses habitants qui sont incroyablement racistes. Cette salade niçoise de soupe au porc n’est pas condamnée : c’est tout le pays qui est raciste. Pronfondément. On se dit sûrement que malgré tout cela fait bien à des pauvres. Oui, sans doute. Remarquez une fois par semaine pour ce qui est de l’alimentation ce n’est pas suffisant. Non, ce pays est raciste parce qu’il n’y a pas un seul homme politique pour dire le mensonge de tout ceci. Pas un seul pour dire que le petit Français qui n’a droit à rien parce qu’on donne tout aux "autres", celui-là est sans doute l’un des êtres les plus socialement protégés et assistés au monde. Que le raisonnement soit-disant économique qui voudrait rejeter tous les fameux profiteurs hors de nos frontières, ce raisonnement ne vaut pas, qu’il ne fonctionne pas. Que mis en pratique c’est toute l’économie du pays qui s’écroule. Parce que ce ne sont peut-être pas les profiteurs que l’on croit qui profitent tant que cela du système. Combien de retraites de Français de souche moyen sont-elles payées par les cotisations sociales, et donc le salaire, et donc le travail des indésirables étrangers ? Combien de ces vieux Français de souche qui croupissent dans des maisons de retraites, abandonnés des leurs sans doute trop occupés à compter leur or et tout particulièrement celui prospectif de leur future retraite et dont des étrangers profiteurs, souvent jeunes, ont pour seules perspectives de travail, et de vie, de devoir torcher les vieux derrières fripés et terriblement odorants. Parce que c’est cela aussi, cette fameuse société de blancs, qui ne veulent plus ramasser les poubelles, travailler à la voirie, à construire dans le bâtiment, on nous promet, et on nous a promis, l’avenir dans les bureaux, un travail propre, un travail dans lequel nous pourrions nous épanouir seuls la bassesse, les coups bas et mauvais s’épanouissent dans les bureaux, dans les cloisons desquels l’incompétence règne sans partage et avec elle l’âpreté au gain et comme nous trouvons somme toute normal que des jeunes, les jeunes, soient derrière nous pour balayer, ramasser nos ordures, nettoyer nos fosses, prêter main forte à nos corps amaigris et sans force, et finalement porter nos lourds cerceuils orgeuilleux, combien de regards nous leur adressons vraiment à ceux qui sont finalement les meilleurs d’entre nous ? Et plus exactement notre seule perspective d’avenir, et pas seulement pour porter la bière.
Le 21 avril dernier, j’avais fait partie de ceux qui voyaient dans le pourcentage des suffrages bruns, non pas la proportion de la population contaminée mais la part malade de chacun de nous. La soupe au porc nourrit cette vision de ce petit pays et de ses habitants aux mentalités etriquées. Comment peut-on réfléchir avec une pensée aussi étroite ? Comment peut-on survivre ?
Photographie de John Heartfield, légende : nouveau succès du traitement nazi:moutarde à la place du fromage "Supprimez le fromage blanc, la moutarde brune est le seul remède ! sur le pot "moutarde médicinale du Dr GOEBBELS"
Je suis tout en bas, tout au fond. Dans le bas de la maison, dans le fond du garage, dans ce que nous appelons la petite chambre. Petit réduit dans laquel il a été possible de construire un petit lit, dans lequel je trouve refuge les matins après le travail de nuit. lorsque je remonte en surface, bien souvent c’est l’heure du déjeuner que je prends plus ou moins en cours, mais cette trop courte sieste est rarement suffisante pour affronter le choc d’une nouvelle nuit sans sommeil, aussi, je retourne dormir une paire d’heures dans l’après-midi. J’aime la lumière douce qui entre par le soupirail, parfois les cris dans enfants atténués venant du jardin, près de mon oreille, j’entends aussi le compteur d’eau qui s’active, je devine que l’on fait la vaisselle ou qu’Anne fait couler de l’eau pour faire du thé. Je suis tout en bas. Tout au fond. Et je suis bien. Bien souvent c’est la douceur de Madeleine qui m’apporte une tasse de thé, ou Anne parce que Madeleine qui ne confierait à personne cette tâche, parce que Madeleine donc, est partie jouer chez Eléanore. De temps en temps c’est Nathan et si je reconnais sa voix, je dois me dresser vivement dans le lit pour recevoir le thé qu’il m’offre un peu brusquement, et alors il se tient devant moi et m’encourage du geste à boire tout de suite le thé, et quand je lui dis qu’il est trop chaud, il vient souffler et je lui sourris. Cet après-midi c’est Anne qui est venue me réveiller avec douceur. Suivie par les petits pas timides d’Adèle qui commence à s’aventurer dans le garage et d’y trouver toutes sortes de méfaits pontentiels très à son goût. C’est très difficile de s’extirper de cette douceur pour partir travailler.