Dimanche Dimanche 18 décembre 2005



Toute la journée, malade, incapable du moinde effort. Au travail, vissé sur ma chaise, devant mon ordinateur, mais rechignant au moindre mouvement à produire sur le clavier, donc pas de bloc-notes pour aujourd’hui, cela tombe bien, LL de Mars a écrit une lettre ouverte à Nicolas Seydoux, suite à son invraisemblable heure de propagande libérale sur France Culture il y a quelques semaines, vraiment sur ce coup-là L me retire les mots de la bouche. Donc le bloc-notes aujourd’hui c’est lui — si cela pouvait lui mettre le pied à l’étrier d’avoir un tel espace de publication au fil du temps. Et puis cela donne malgré tout une idée de ce dont il fut question, le soir, dans la conversation avec Emmanuelle, qui en a marre d’en avoir marre, quel engagement politique ?, en dehors de l’étatisme des partis politiques, et certainement pas du côté de la déconnection sociale qui semble être le trouble le plus profond du Parti Socialiste aujourd’hui. LL de Mars donc, dans ses oeuvres.

Monsieur Seydoux,

J’ai eu le déplaisir de vous entendre sur France Culture le 29 novembre 2005 étaler votre inaptitude arrogante à propos du projet de loi DADVSI ; par charité, je passerai sous silence les détails de votre vertigineuse inculture numérique (ah, le passage sur la bande passante pour nous fourguer un avenir improbable de compatibilité, un poème en hommage à la confusion...) pour me consacrer ici à un domaine sur lequel je suis plus inquiet encore qu’on vous laisse la parole avec autant de complaisance, à savoir la production des oeuvres d’art.

Vous êtes prétendument bienveillant — ce que, pour ma part, je ne crois pas — mais en tout cas rigoureusement incompétent pour ce qui est d’établir ce qui ressortirait, ou pas, au domaine de l’art. Non seulement les critères économiques que vous brandissez sont une insulte à tous les artistes qui, depuis la scission de la production artistique avec le pouvoir exclusif des commanditaires, ont produit des oeuvres sans l’argent ni la complicité des parasites de votre espèce, mais vous êtes un menteur en vassalisant toutes les formes d’art à la seule qui vous concerne vaguement (je parle du profit qu’on peut en tirer, pas de la jouissance à voir Roublev), le cinéma, en feignant de croire que leur genèse à toutes est placée sous les mêmes contraintes économiques (une petite lecture du désormais classique « La jouissance-cinéma » de Claudine Eizykman serait bienvenue, je pense) ; hé bien non seulement il est possible de faire de l’excellent cinéma dans un garage sans aucun producteur dans les environs (vous ferai-je l’offense d’une petite filmographie sur un sujet que vous prétendez connaître ?), mais l’intégralité des oeuvres composant ce qu’on appelle l’histoire de la littérature peut se produire avec un stylo à bille ; si vous me répondiez que pour produire des livres il faut du pognon, vous retomberiez dans les mêmes ornières navrantes qui vous font croire que ce n’est pas Hitchcock qui fait des films mais le producteur de Hitchcock. Pouvez-vous comprendre cette nuance ? Si vous ne le pouvez pas, cessez de parler au nom d’une partie de la population dont vous ignorez tout, à savoir les artistes. Que certains soient assez crédules pour vous écouter (vous écouter dire, par exemple « Je représente les auteurs »), arrivistes pour vous suivre ou menteurs pour s’enrichir en votre compagnie ne vous autorise pas à nous entraîner tous sans notre consentement sous votre bannière tape-à-l’oeil et de mauvais goût. J’ai même tort d’insister sur l’éventuelle coupure qui persisterait entre la production d’une oeuvre et ses conditions d’apparition sociale (diffusion, publication, exposition etc.), parce que ça fait belle lurette que les artistes les ont prises en main ; on ne vous a pas prévenu ? Vous ne sauriez imaginer le nombre d’oeuvres majeures dont vous ignorez tout - persuadé que le dernier état de l’art est celui qui arrive trop tard jusqu’à vous par des médias à la traîne, vendus à votre modélisation du monde étriquée et balourde - et qui circulent librement selon la volonté de leurs propres auteurs ; films, partitions, mp3, livres etc. Parlons un peu d’économie, vous voulez bien ? Vous prétendez que sans les producteurs les artistes sont foutus. C’est faux ; ou plutôt, ça n’est vrai que pour une certaine catégorie d’artistes dont, étrangement, la chute me navre d’emblée un peu moins que celle d’une feuille en automne.

En effet, lorsqu’un éditeur concède avec des mines de bienfaiteur la publication d’un jeune auteur dont les livres sont un peu plus difficiles que ce que Télérama fait passer pour de la littérature, il lui promet des ventes inférieures à celles que j’obtiens seul en auto-publication. Pour la plupart des musiciens que je connais, avec lesquels je travaille depuis vingt ans, attendre qu’un producteur accepte de les prendre en charge reviendrait à attendre patiemment la mort. Pourquoi à votre avis ? Hé bien si j’ai vent si régulièrement des chiffres de vente de la musique contemporaine, ça signifie qu’il y a toujours des porcs pour faire les comptes. Et s’il y a des porcs pour compter, c’est que nous ne sommes pas en train de parler de musique. Ça vous démange de changer de sujet, non ? Je me trompe ? Allez, me faites pas croire que ça vous a pas effleuré quand je parlais de musique contemporaine : « Qui ça intéresse la musique contemporaine » ? How much ? Des petits chiffres, l’audience, ça vaut le coup, ça vaut pas le coup ? Non ? Vous n’étiez pas déjà en train de compter ? Pourtant votre monologue sur France Culture ne laisse planer aucun doute sur ce que vous pensez être le cinéma contemporain. Non seulement les échanges de disques et les copies constantes sont depuis que j’en écoute (plus d’une vingtaine d’année) monnaie courante et n’ont jamais affaibli la moindre vente des petits labels (je me fous éperdument des autres ventes, celles de vos semblables qui pignent à l’idée de voir disparaître leurs vaches à lait, vous l’avez déjà compris), mais c’est la condition même de leur survie, c’est le meilleur organe de leur publicité. Quant au minable pourcentage que vos producteurs concèdent aux artistes qui ont la candeur de leur concéder leur travail, il sera toujours risiblement inférieur à ce que rapportent les concerts pour les uns et la prise en charge de leurs propres production pour les moins domestiqués.

On pourrait continuer, égrener : peinture exposée par les artistes eux-mêmes, bédés auto-produites etc. Les producteurs, ils arrivent quand le boulot est déjà fait, quand nous nous sommes crevés à faire - bien avant leur apparition dans notre paysage - une vie entière d’artiste, c’est-à-dire tout entier faisant corps avec ce qui se joue bien au-delà de la petite question de l’argent ; encore un truc qu’on vous a pas dit, mais toute oeuvre d’art digne de ce nom est une critique de la valeur ; elle en fonde une nouvelle. Autant vous dire que vous ne sauriez pas la reconnaître pour ce qu’elle est avec un parcours flêché au néon devant le pif, tant qu’elle ne se sera pas dévaluée dans la seule monnaie computable par vous.

Ah, et le partage... Gros morceau, ça, le partage. Vos producteurs chéris sont infoutus d’assurer le dixième du travail que le partage permet ; pendant des années je suis allé pleurnicher chez le loueur de vidéos de mon bled pour lui demander si quelqu’un avait pris en charge la publication de « la foule » de Vidor (idem à l’époque pour « The servant » de Losey, toute la filmo de Duras, la plupart des Ruiz etc.). Je rêvais de montrer à ma compagne ce film sublime vu une fois dans une cinémathèque. Rien. J’ai abandonné, usé. Hé bien voilà qui grâce au peer to peer est enfin fait, elle l’a vu. Sans les échanges en peer to peer, comment aurais-je pu enfin voir le « Funeral parade of roses » de Matsumoto, découvrir le cinéma de Buttgereit, faire découvrir autour de moi les films expérimentaux du début du siècle précédent ? Comment diffuserais-je mes propres films, d’ailleurs ? S’il fallait compter sur les éditeurs, comment pourrait-on aujourd’hui lire les textes de Vachey mis à disposition sur mon site ? Vous croyez vraiment que les producteurs de disques ont pris en main le pressage de tous les vinyles en CD ? Des clous : la moitié de ma discothèque serait considérée comme perdue corps et bien avec vos aigrefins, adieu les chants de travail et d’amour de Taïwan, adieu la collection Prospective du XXIe siècle, adieu les petits pressages de l’extraordinaire collection de Illusion Productions, adieu les interprétations exceptionnelles comme cette version de la K546 de Mozart par I Musici... Etc. Vous savez quelle est la chance de ces musiques de continuer à exister ? Le peer to peer.

La bande dessinée est, selon ses historiens mêmes, un médium sans histoire. On ne republie pas, ou presque pas les classiques. Martine Van et François Mutterer ont formé une génération de scénaristes avec leur « Carpet Baazar » ? Et bien ils seront condamnés à en parler avec les yeux qui brillent à des générations qui n’auront aucune chance de comprendre de quoi ils parlent. À moins qu’ils ne copient leur exemplaire, évidemment. Hé bien je viens de découvrir avec bonheur qu’a été inventé un logiciel de consultation de bédés numérisées, qui fait que circulent actuellement des centaines de titres jusqu’ici introuvables. J’aurai moins de scrupules à évoquer à mes amis des livres dont je craignais qu’il ne puissent jamais satisfaire l’appétit que je leur en avais donné.

Vous pourriez aujourd’hui sans rougir, par exemple, déclarer « Le photocopillage tue le livre » ? (c’est purement rhétorique, évidemment, cette question. Bien sûr, que vous pourriez, on a assez entendu sur France Culture que vous ne reculiez devant aucune énormité), allez, essayez après-moi, et venez regarder ma bibliothèque, celle de mes proches, ou allez simplement faire un saut dans une librairie : « Le photocopillage tue le livre ». Je ne vois pas de morts, moi. Vous en voyez, vous ? Ils sont où, les cadavres ? Il y a un moment où il faut se calmer un peu sur les déclarations frappantes, les slogans du genre « Le photocopillage tue le livre », parce que tôt ou tard, quelqu’un vous demandera des comptes sur le sens de ces métaphores. Continuons sur la métaphore : un détail assez éclairant, par exemple, sur votre mode de pensée, ce sont vos métaphores bouchères : que vous soyez assez épais pour penser réellement qu’il y a déperdition d’oeuvre quand elle est partagée est déjà confondant (c’est le contraire, vous l’ignoriez ? Une oeuvre est grandie par tous ceux qui se donnent à elle) ; j’ignorais en effet qu’on manquait de film quand on était plus de dix dans la salle, qu’on manquait de livre quand on se le passait de main en main après l’avoir lu. Mais que pour étayer cette niaiserie vous compariez les oeuvres d’art à du boeuf à débiter, voilà qui est réellement offensant.

j’ai la réputation d’être grossier,
donc,
veuillez agréer mes couilles,

L.L. de Mars





Sans compter que j’avais commencé la journée avec l’intention de faire la chronique de Plusieurs lièvres à la fois de LL de Mars et que justement la fièvre m’en a écarté.  

Samedi Samedi 17 décembre 2005



Je me réveille en pleine nuit
Anne, de nouveau à côté de moi, endormie
La poitrine nue dans la lumière argentée de la lune.
 

Vendredi Vendredi 16 décembre 2005





En fait je ne vais pas bien. Pas bien du tout. D’ailleurs quand c’est comme ça je crois que l’on va chez son médecin. Ce que j’ai fait ce matin. A la fois parce qu’il fallait que je lui demande de me renouveller mon ordonnance d’antidépresseurs, que j’oublie si régulièrement de prendre, et dont j’ai si souvent à comprendre que non, décidément, je ne peux pas m’en passer du tout. Pour le reste c’est juste une angine qui couve et qui rend ma voix rocailleuse. Il y a quelques temps une visiteuse du site me disait son incrédulité en découvrant la voix d’André Breton sur le site du 42, rue fontaine, archive d’une émission de radio très ampoulée. Et de se dire que vraiment c’était une sensation étrange que d’entendre enfin la voix d’une personne que l’on a beaucoup lue, d’ailleurs fidèle lectrice du bloc-notes elle se demandait s’il n’y avait pas d’enregistrement de ma voix.

Ma voix je n’y prête pas beaucoup attention, en fait je l’entends très mal et ne la reconnais pas du tout quand elle est enregistrée, j’ai alors cette sensation diffuse qu’il s’agit de la voix d’un autre qui dit les mêmes choses que moi.

Lorsque j’écris, et notamment le bloc-notes, j’ai le plus souvent le sentiment d’entendre ma voix, et d’ailleurs d’écrire comme je parle, passant d’une idée à l’autre sans grande discipline de ménager des transitions, mais je ne me dicte pourtant pas à voix haute ce que je "dis", mais est-ce dire que d’écrire ? Parfois aussi je trouve que le bruit de mon pianotement sur les touches du clavier, à deux doigts, qui trouvent presque toutes les touches sans regarder où ils se posent, je trouve le clapotis de ce pianotement comme le soulignement plaisant de ce que je suis en train de dire, d’autres fois au contraire, les touches me résistant sûrement un peu, les coquilles s’accumulant, je trouve que le bruit de ce pianotement est un véritable parasite et qu’il nuit en quelque sorte à ma concentration.

Je chante faux, ce n’est pas que je manque d’oreille, je suis capable de jouer quelques airs simples sur quelques instruments de musique, non, en fait j’entends très mal ma voix, elle est comme enterreée en moi. Je ne dirais pas que c’est quelqu’un d’autre que moi qui parle, mais c’est parfois l’impression que cela donne.

Non, ces derniers temps j’ai le sentiment de chanter faux en toutes choses. Ce matin encore quand je demandais le renouvellement de mes médicaments à mon médecin et qu’elle me demandait comment les choses allaient je me suis entendu dire qu’en ce moment j’avais surtout le sentiment de racler le fond de la cuve et que du coup le mélange était drôlement trouble. Quand j’y pense c’est une formule vide de sens, cela ne veut rien dire vraiment.

Lorsque je me suis acheté un enregistreur de minidisc et un micro il y a quelques années, j’ai eu l’idée deux ou trois fois d’enregistrer ma voix rauque quand elle était enrouée. Aujourd’hui plus qu’un autre jour j’ai l’impression que ce déraillement de la voix est l’illustration parfaite de mon état du moment, de son manque d’harmonie en quelque sorte. Mais je ne saurais préciser cette discordance mieux que cela.

Le mercredi, lors de mes séances d’analyse je suis égalment dérangé par la voix de mon analyste que je trouve dénuée de toute harmonique, en fait je crois bien que tout dans cette femme me déplaît aussi ai-je le sentiment qu’elle est la persone idéale pour recevoir toute cette parole que je qualifierais volontiers de mauvaise, je crois bien que je détesterais d’accabler quiconque que j’apprécierais avec le flot de mes jérémiades sur le divan de la psychanalyste. Et l’écho de cette voix qui m’est presque étrangère est à ce point nocif qu’il me faut plusieurs heures par la suite pour me débarrasser de sa résonnace qui me poursuit. Et c’est en écoutant généralement des musiques, certaines stidentes, que je parviens doucement à calmer cet épanchement plus tôt dans la journée.

Combien d’autre fois je préférerais me taire, ne rien avoir à dire, ne rien dire, ne plus m’entendre. Et pourtant je ne suis pas sans savoir comment cette parole rentrée tient en elle de nocif. Etre son propre poison.  

Jeudi Mercredi 15 décembre 2005

Pied au plancher toute la journée. Réveiller les enfants, les habiller, leur donner leur petit-déjeuner, déposer Madeleine à l’école, filer ensuite chez la psychologue de Nathan, pendant le temps de la séance, en profiter pour faire des courses de produits pas chers chez Lidl, plus haut dans le rue. Récupérer Nathan, repartir à Vincennes pour aller chez l’orthophoniste, là pendant le temps de la séance, acheter des galettes de courgettes que Nathan et Adèle affectionnent tout particulièrement, rentrer à la maison, donner à manger aux enfants, puis c’est l’heure de repartir à l’école déposer Nathan, passer par la poste, et au supermarché pour acheter du lait de soja pour Adèle, coucher Adèle, faire du rangement et du ménage, Edith passe me déposer Boris, réveiller Adèle et partir chercher Nathan avec Adèle et Boris, chemin du retour entre Nathan et Boris très compliqué, leur donner un goûter, Edith passe reprendre Boris et me dépose Eléanore, lui donne un goûter aussi, rhabiller Eléanore, Nathan et Adèle et partir chercher Madeleine, revenir avec toute cette marmaille, donner son bain à Adèle, et faire à manger, Edith revient avec Boris, donner à manger à tout ce petit monde, les coucher et refaire du ménage et enfin aller chercher Anne au train à Montparnasse. Mais à quoi ai-je bien pu révasser toute cette journée ?, je ne m’en souviens plus.

 

Mercredi Mercredi 14 décembre 2005

Le mercredi je m’allonge. Pas seulement le matin à dix heures chez ma psychanalyste. non, en en revenant aussi je m’allonge. Je m’allonge dans le canapé, je mets de la musique, et je m’allonge, et j’attends que cela passe. J’attends que cette voix pleine d’écho qui fut la mienne pendant la séance veuille bien se taire un peu, qu’elle veuille bien arrêter de ressasser ce qui s’est produit &#151 ou ce que je crois qui se soit produit &#151 lorsque j’avais un peu plus que l’âge d’Adèle. Et tant que cette voix ne s’est pas tue, je suis incapable de faire autre chose que de rester de la sorte, immobile, allongé écoutant disque après disques, beaucoup de John Zorn en ce moment.

Et je ne saurais dire à quoi je pense pendant que je reste comme cela allongé, une heure, deux heures, trois heures, écoutant la musique et laissant le sang refluer un peu partout dans les membres.

Se sentir prisonnier aussi. Ne pas savoir combien de temps tout cela va durer, quand bien même cela ne dépend que de moi finalement. Etre au beau milieu d’une forêt obscure, mais est-ce le milieu ?, parfaitement désorienté, progressant dans des directions incertaines ne sachant où trouver l’orée. Mais est-ce que toute une vie c’est suffisant pour sortir du bois ?

La nuit quand en entend un bruit suspect dans la maison, il vaut toujours mieux descendre voir ce que c’est, ne jamais débusquer de cambrioleur mais se rassurer de voir qu’en fait ce n’est rien. Descendre dans la forêt c’est vouloir savoir ce qu’il se passe dans la maison au milieu de la nuit.

Mais la forêt est touffue. Et vaste.

 

Mardi Mardi 13 décembre 2005

Certains jours se sentir plus médiocre encore que d’autres jours, reprendre plusieurs fois son brouillon pour aboutir à quelques lignes seulement qui disent l’impuissance à dire davantage, dire mieux. Et ne pas parvenir à donner, ne serait-ce qu’un tout petit peu, de relief à une journée qui vient de filer comme cela et qui ne laisse aucun goût, aucun parfum. Une journée que l’on aurait aussi bien pu ne pas vivre. Et amusé se dire que pour d’autres au contraire cette journée aura peut-être été extraordinaire, une journée à marquer d’une pierre blanche pour eux. Et pour nous une journée qui retourne à la masse des autres journées qui s’emplilent les unes sur les autres en une masse indistincte : le poids des jours. Finalement, se taire.

Une pensée pour la soeur d’Anne dont j’ai appris aujourd’hui qu’elle reprenait graduellement conscience, elle souffre terriblement. Et revoit en horreur la scène de l’accident.

 

Lundi Lundi 12 décembre 2005

Je ne sais plus quoi faire dans ce site. Oh des idées pour de nouvelles pages, je crois que j’en ai, dans le lot il y en a peut-être même des bonnes, non, ce qui m’ennuie aujourd’hui, c’est de ne plus savoir comment faire évoluer l’ensemble. C’est devenu trop grand, trop imprévisible aussi. Je peux en faisant une petite modification de pas grand chose faire s’écrouler toute une partie du site, d’ailleurs c’est peut-être déjà fait en de multiples endroits si j’en juge que la page la plus visitée du site est la page d’erreur pour les pages non trouvées.

C’est assez curieux que de travailler sur un site internet. Il y a une partie de la construction dont on jurerait après quelques temps qu’elle est animée d’une vie propre et autonome. Ou encore. Vous laissez le site de côté pendant quelques temps, parce que vous avez besoin, ou envie, de faire autre chose, et puis, y retournant, comme on retourne à la mine, on s’aperçoit que pendant son absence le site n’a pas continué à proliférer, non, mais qu’il a continué de perdre des personnes, qui parfois ont laissé des traces de leur passage, en envoyant des mails, ou en rebondissant sur tel ou tel article du bloc-notes dans leur propre site. Alors on se sentirait presque une responsabilité de se remettre aux commandes du machin.

Et puis il y a aussi ceci. Pendant la très longue refonte du site, le temps de travail et de connection a été essentiellement monopolisé par ce travail de reprise des fichiers un à un et, très très peu à aller regarder ce que d’autres font pendant ce temps. Et cela n’est pas bon. Ce fonctionnement en vase clos ne débouche sur rien.

Alors ces derniers temps, je me suis surpris à reprendre du plaisir à explorer un peu le travail des autres sur internet, et de me réjouir de découvertes ou de redécouvertes (c’est aussi pour cela que je n’aime pas les fil rss, on se prive du plaisir de retourner sur un site sur lequel nous n’étions plus allé depuis quelques temps, on y retourne et tout a changé).

Alors quelques unes des dernières trouvailles.

UBUWEB : le site a pris un volume extraordinaire, je ne me souviens plus de son état d’il y deux ou trois ans, mais ce qui est disponible en ligne aujourd’hui est proprement hallucinant. Film de Samuel Beckett, film dont j’avais lu tant et tant de choses et dont j’avais vu quelques courts extraits, je le vois en entier pour la première fois et suis vivement impressionné par le jeu en deux caméras du film. Dans les extraits sonores, quantités de documents inédits, notamment toute une collection d’extraits de Gertrude Stein.

Dans le Terrier, si c’est possible !, j’étais passé du tout au tout à côté des enregistrements de l’ensemble Ryôan-Ji lors de leur résidence à Rennes durant l’été 2004, John Cage, Christian Wolff, et Morton Feldman, cette période extrêmement novatrice de la musique contemporaire.

La très belle rencontre trypartite d’Avoir lieu, peintures d’Alain Simon, textes et musique, entreprises de rencontre interdisciplinaire généralement boîteuses, celle-ci au contraire fonctionne admirablement tant les trois intervenants sont dans l’écoute studieuse des deux autres membres de ce trio.

Grrrrrr site absolument admirable à la fois pour sa navigation intuitive et son graphisme vraiment novateur. Des dessins superbes.

Le site de Laurent Massénat, très sensible, évidemment, à son principe désordonné de navigation.

Christophe Bruno interroge admirablement le medium internet et en donne à voir les pires contradictions avec une ironie pince sans rire jubilatoire.

Mad Meg, comme dirait Céline Guichard âmes pas sensibles s’abstenir, je regrette cependant que sa récente participation à l’aventure bonobo-revue soit très en deça de ce qui justement se trouve sur son site.

Look at me un très beau projet participatif où l’on est invité à déposer des photographies aux origines floues (les photos peuvent cependant être nettes)

Et puis deux autres adresses encore sur lesquelles j’ai eu récemment plaisir à repasser : http://www.fubbs.net/
http://stephnricr.free.fr/

La page de liens du désordre

 

Dimanche Dimanche 11 décembre 2005



Nathan fait du vélo ! C’est sûrement idiot mais quand un enfant fait enfin du vélo, on est juste content qu’il en fasse, "sans les petites roues" — encore que ce ne soit pas comme cela que Nathan ait commencé sa carrière cycliste, il a juste ramassé le vélo de Madeleine qui traînait par terre, il l’a enfourché et il s’est mis à faire du vélo — non, je ne sais pas ce que les parents "normaux" font ou disent, mais je suis à peu près certain qu’ils ne se font pas la remarque qu’ils vont en parler le lendemain au psychomotricien et qu’ils vont même apporter leur petit appareil-photo pour lui montrer la petite vidéo. Non, probabement pas.
Le bloc-notes du désordre