Mettre un terme à la rubrique
Contre, ce serait comme de mettre à terme à tout le reste et de façon définitive. Nous n’en sommes pas encore là.
Quinze nouvelles pages de Contre.
Contre c’est tenir.
C’est la fin de
la Vie.
Dit comme ça, c’est sûr, ce n’est pas très réjouissant.
Je viens de mettre péniblement à jour
cette rubrique et tenter de la mener au moins jusqu’à un terme naturel, celui de la fin de l’année 2012, finir sur une ambiance de fête,
celle du dernier réveillon. Et cela fera dix ans tout juste que je travaille à cette série de collages quotidiens, seules les années 2003 et 2004 sont incomplètes. On peut dire que j’ai eu l’intuition de cette série dès que j’ai disposé d’un appareil-photo numérique digne de ce nom,
le Nikon coolpix 5000, appareil remarquable qui tenait dans les grosses poches de mon manteau, que j’ai emporté partout avec moi, et qui de fait, aura, pour un appareil-photo numérique, très bien résisté à cette utilisation davantage attendue d’un robuste boîtier 24X36 argentique. C’est pendant l’été 2006 qu’il a rendu l’âme et a donc été remplacé par le merveilleux Nikon D200,
de cette date on peut dire que la bascule dans le numérique a été irréversible pour moi.
Je pourrais, j’imagine, continuer à mettre en ligne les collages de
la Vie. Après tout je continue de prendre des photographies absolument tous les jours, parfois
une seule de toute la journée,
pas forcément très réussie d’ailleurs, et d’autres fois ce sont davantage
des centaines d’images dans la même journée. La matière première est donc encore là, le gisement n’est pas épuisé. En revanche si je poursuivais cette mise en ligne même de façon pas très assidue, cela se ferait au détriment du reste.
Je m’explique.
Quelques revirements personnels l’année dernière ont condamné un mode de vie dans lequel le temps libre était une denrée nombreuse, richesse sur laquelle je pouvais m’appuyer pour bâtir et y être ambitieux. Mon travail alimentaire ne m’occupait que les week ends, le reste du temps était grandement dépensé à s’occuper des enfants, mais quand ces derniers étaient à l’école, je disposais de temps à passer dans
le garage pour régner sur mon petit empire. Ce n’est plus le cas, je travaille désormais comme tout le monde, pendant que les enfants sont à l’école, bref le temps libre a disparu, c’est la
Tyrannie de la réalité en somme. Les semaines commencent tous les lundis à 6 heures et se terminent le dimanche
vers minuit.
Il faut donc réduire la voilure.
Il y a deux ans j’ai mis un terme à l’expérience du
Bloc-notes du désordre dans sa pratique quotidienne, j’ai maintenu l’espace de publication qui me permet désormais de signaler les nouveaux contenus du site autrement invisibles ou presque.
Je m’en suis expliqué, je n’y reviens pas. Les bienfaits de cet arrêt ont été très nombreux pour moi, comme je l’avais identifié,
le Bloc-notes était devenu davantage une contrainte que l’espace de création ouvert auquel j’aspirais. Cela m’a permis de travailler à des projets plus riches de mon point de vue et davantage inscrits dans le long terme, citons par exemple,
Philippe le petit court métrage d’animation dont la durée de réalisation s’est étendue sur une année entière. Ou encore
l’Immuable en question, de façon plus récente. J’y trouve davantage mon plaisir.
Jusqu’ici je maintenais encore deux autres rubriques verticales,
la Vie et
l’image enregistrée. L’effort n’était pas le même, l’astreinte moindre, et l’un comme l’autre ces deux espaces étaient l’occasion pour moi de faire des brouillons, ainsi
la Vie a été le point de départ de toute une série de travaux photographiques que j’ai décidé de regrouper en un endroit que je rendrais bientôt public, une série intitulée
Hommage à Cartier-Bresson. Et
l’Image enregistrée a été le carnet de croquis de
l’Immuable en question.
Mais pour ces deux expériences d’empilement des données, je suis arrivé au bout de ce que j’étais capable de produire, la répétition et le ressassement sont désormais à craindre dans les deux rubriques. S’ils n’ont pas déjà commencé.
Tout comme pour la fin du
Bloc-botes du Désordre, je souhaite revenir au coeur du travail, et le coeur c’est encore et une fois de plus le site en lui-même. Sa construction. Et la possibilité de nouvelles galeries, dans de nouvelles directions, du moins c’est l’idée.
Une des nouvelles directions du travail sur le site serait les pages spectacles, celles de
Formes d’une Guerre ou celle de
Contre ou encore d’autres projets plus secrets notamment avec
Dominique. Il n’est pourtant pas exclu que je sois contraint pour la fluidité des projections en spectacle de passer à un outil qui ne sera plus soutenu par le langage html. En dépit de trouvailles admirables de
Julien pour rendre l’apparition et le cheminement des images dans
une page html de plus en plus interactif et direct dans la manipulation (pianotez sur les lettres de votre clavier, juste pour voir). Chantier donc dont il est difficile de parler ici. Travaux en cours. J’y reviendrai peut-être. Ne serait-ce que pour avoir un vrai retour sous la forme
Ursula du spectacle de
Contre à Suresnes.
La construction maintenant. Ces derniers temps Julien m’a confectionné de nouveaux outils, notamment
"l’avalanche" avec laquelle je voudrais expérimenter dans des directions différentes. Et d’ailleurs l’une d’elles sera peut-être l’occasion de reprendre la logique de flux d’images qui était celle de
la Vie, mais d’une façon qui serait plus dynamique et qui ferait une plus grande part au hasard, dans l’espoir d’obtenir des formes neuves. Nous verrons.
Il n’empêche, ce recentrement ne peut pas cacher indéfiniment un fait avéré, le
Désordre est sur le déclin.
Sa progression et sa croissance ne sont plus assurées, son auteur ne sera bientôt plus à même de lui insuffler la vie, sans laquelle le site risque surtout de devenir une oeuvre morte. En plus de me donner du souci, de m’attrister, cela me donne un devoir, celui de clore et de conclure peut-être pas définitivement mais au moins de donner à l’ensemble une forme raffermie par rapport à l’esquisse des possibles que le site pouvait être tant qu’il était changeant et mouvant.
Evidemment, je préférerais, de loin, qu’il n’en soit pas ainsi. Qu’il me soit encore donné les énergies, les ressources et le temps nécessaires à la vie du site, parce que je ne pense pas que j’en ai tout à fait fini de me débattre avec les possibilités de cette affaire, de la grande affaire de ma vie, celle que l’on peut écrire en langue html. Je suis en train d’écrire au Ministère de la Culture, à ce sujet. Sans rire.
Je ne peux plus faire semblant de ne pas entendre ce que l’on me dit à propos du site. Qu’il compte. Qu’il est unique (je pense que nous ne devons pas être nombreux à travailler au même site internet depuis presque quinze ans, rien que cela sert de très efficace bouclier contre le plagiat, en écoeurant les véléités de ces peigne-culs à la petite semaine — vous n’imaginiez tout de même que j’allais écrire un si long article du
Bloc-notes du désordre sans le mot peigne-cul ?). Et qu’à certains égards il fait partie du patrimoine, je ne sais pas de quel patrimoine exactement, mais rien ne prouve que les choses iraient mieux dans le monde s’il n’y avait pas le
Désordre. Finalement c’est une responsabilité qui m’incombe au premier chef. Je vais tâcher d’y faire face, par moi-même ou avec une aide bienveillante. Que je vais solliciter.
Je suis finalement l’héritier de moi-même, toutes proportions mal gardées je suis contraint d’entamer des démarches comparables à celles que les héritiers d’auteurs et d’artistes du patrimoine font pour la préservation des oeuvres dont ils sont les dépositaires.
Je sens bien que cela ne va pas être une mince aventure. Imaginez un peu les chances de réussite d’une telle entreprise auprès du Ministère, de n’importe quelle institution, demander la sauvegarde d’une oeuvre qui vaut surtout si elle est vivante, je vais avoir un mal de chien à leur expliquer ce genre de choses, dont je ne suis pas certrain de les comprendre moi-même entièrement. D’ailleurs je me demande si je ne devrais pas me tourner vers les visiteurs du
Désordre. Des plus anciens, j’en connais quand même quelques-uns, aux plus récents. Leur, vous demander de prendre le temps de décrire l’expérience qui est la votre du
Désordre. Parce que bien sûr je pourrais exceptionnellement mettre mon nez dans les statistiques du site, tenter d’en extraire quelques figures comptables et dire les centaines que vous êtes peut-être, ça sera terriblement froid et je n’ai jamais pensé, à aucun d’entre vous, comme à une unité dans une feuille de calcul, un schéma, un camembert, je ne vais pas commencer à le faire. Proposons au contraire une approche qualitative.
Tout à l’heure je vous parlais de mon très beau Nikon D200. Nombreux d’entre vous se souviennent sans doute
qu’il m’a été volé dans le train
entre Paris et Clermont, en juin 2008. A l’invitation de
François Bon qui avait organisé la révolte j’avais fait passer le chapeau pour redonner à la chronique de
la Vie la possibilité de reprendre. En l’espace de deux ou trois semaines cinquante-sept personnes s’étaient fendu de petites et de grandes sommes pour me permettre l’achat d’un nouveau boîtier numérique. Pour tout vous dire, je n’ai jamais été aussi touché qu’à ce moment-là. Mon ami
L.L. de Mars avait d’ailleurs diagnostiqué que le vol de cet appareil-photo avait été la meilleure chose qui ne me soit jamais arrivée. C’est bien de lui de voir les choses sous ce genre d’angle impossible.
Alors aujourd’hui, je ne vous demande pas d’argent, j’aimerais que vous ouvriez votre traitement de texte et que vous tentiez de décrire le
Désordre, votre
Désordre, et vous vous doutez bien que je serai ravi de vous entendre râler, que vous trouvez le site mal foutu, que vous ne trouvez jamais ce que vous cherchez, que
sur Cartier-Bresson j’exagère, que sais-je, toutes les démangeaisons que j’ai pu occasionner en une douzaine d’années. Je voudrais regrouper tous les textes en une page, nécessairement un peu brouillonne, on ne se refait pas, et tenter de trouver une issue un peu moins triste à ce qui pourrait ressembler à une agonie avérée du
Désordre (si vous préférez rester anonyme, dites-le, bien sûr,
no question asked). L’adresse mail est
ici, gardez à l’esprit tout de même, c’est moi qui vous demande une chose pareille !, que c’est pour un dossier en direction d’institutions.
Attention hein !, je ne cherche pas à faire peur à quiconque, à désoler qui que ce soit, je ferai en sorte que le
Désordre soit en ligne aussi longtemps que possible, mais il n’y a qu’à regarder la différence de richesse entre
la page d’archives de 2012 et
celle de 2013, pourtant bien entamée, pour comprendre que ce n’est plus la même chose. La même chose vivante.
Et pour consoler les plus tristes. Je me souviens qu’
à Lussas, il y a quatre ans, un des stagiaires de mon atelier,
Frédéric Rumeau à l’issue de la projection que j’avais faite du site, m’avait demandé ce qui m’empêchait de considérer mon site comme un projet sur le long terme, tel un film, mais qu’il faudrait finir un jour. Pour pouvoir commencer autre chose. Cette idée me poursuit, me hante, depuis ce matin-là.
C’est peut-être le moment. Ou pas.
Mais quand même, ça file un sacré coup de lancer la dernière synchronisation ftp du répertoire www/bloc/vie.

Dernière mise à jour de la chronique photographique de la Vie
La vie continue.

Nouvelle mise à jour de la chronique photographique de la Vie
Seize nouvelles pages de la rubrique
Contre, histoire de ne pas perdre la main.
Contre, l’enregistrement du concert et les photographies du spectacle par Virginie Crouail.
L’occasion d’une nouvelle mise à jour des pages de
Contre
Contre, enregistrement et photographies du concert par Virginie Crouail dans le Désordre.
Dans tes rêves les plus fous, tu joues de la musique, du piano je crois, avec Dominique en concert, tu l’accompagnes dans une de ses envolées terribles, tu trouves les bons accords à cette virtuosité féconde, tu es musicien, un accompagnateur, le rêve inaccessible.
Dans la réalité, tu appuies sur deux touches de clavier d’ordinateur pour commander deux effets sur les images des trois vidéo-projecteurs. Et c’est souvent que tu n’es pas dans le rythme. Que tu es à côté. Que même cela pourrait faire trébucher Dominique, qui, fort heureusement, en a vu sans doute d’autres en matière d’accompagnement un peu lâche. Et donc lui ne trébuche pas.
Retourne dans tes rêves.
Et.
Dans tes rêves récents, c’est souvent que tu te vois pendant le prochain spectacle de Contre, et devant lutter contre toute une série d’incidents techniques qui mettent en péril le spectacle. Tu as déjà fait de nombreux rêves de ce genre pendant les périodes d’intenses répétitions de Formes d’une guerre. Etonnant d’ailleurs que de travailler à un spectacle soit à la fois le point focal de ton plus ardent désir, mais une telle douleur dans son accouchement, vaincre le trac et la peur que ça foire étant une barrière infranchissable.
Finalement, les applaudissements à la fin du spectacle, sont surtout le signal sonore que le cauchemar est fini.
Le "cauchemar" est donc fini, le public a applaudi, on nous envoie des fleurs électroniques. Ben c’était un grand moment, j’ai mis un bout de temps à le réaliser, que cela s’était bien passé, que nous avions fait du bon travail, et même que les textes lus par François étaient essentiellement de moi, et d’un autre belge gars assez doué, Henri Michaux — comment voulez-vous que je garde la raison dans un pareil voisinage ? Bref l’atterrissage prend du temps, c’est dimanche dans le monde, les enfants sont partis en vacances, j’ai fait du café et je passe la wassingue dans la maison. Retour.
Des fois je suis vraiment un dinosaure. Un dimétrodon donc.
En attendant d’arranger une manière de retour sur le spectacle, avec des photos du spectacle et une forme Ursula encore à déterminer et à inventer, la rubrique Contre a été remise à jour. On est quand même rendu à la page 393.htm de cette affaire. Soit le 116 octobre 2013.

Ce sera
là à
la médiathèque de Suresnes, 5 Rue Ledru Rollin, 92150 Suresnes, réservations encouragées au 01 41 18 16 69 ce sera le 26 avril à 20 heures,
Dominique Pifarély,
François Bon et
moi-même interpréterons
Contre, spectacle créé d’après
la suite de textes du même titre, des textes d’Henri Michaux, du même titre, et des texters de François Bon d’un autre titre, Dominique Pifarély jouera du violon et de l’ordinateur et moi je projetterai des images sur les murs.
Spectacle lecture dans le cadre du cycle des
Lectures en scène organisé par
Julien Pauthe.